frontispice

Changer l’action publique
et ses temporalités
par l’urbanisme transitoire ?
Le cas de la métropole de Lyon

Baptiste Colin
Université de Bretagne occidentale | Géoarchitecture : territoires, urbanisation, biodiversité, environnement

Thomas Zanetti
Université Lyon 3 Jean-Moulin | UMR Environnement Ville Société

frontispice

Changer l’action publique
et ses temporalités
par l’urbanisme transitoire ?
Le cas de la métropole de Lyon

• Sommaire du no 19

Baptiste Colin Université de Bretagne occidentale | Géoarchitecture : territoires, urbanisation, biodiversité, environnement Thomas Zanetti Université Lyon 3 Jean-Moulin | UMR Environnement Ville Société

Changer l’action publique et ses temporalités par l’urbanisme transitoire ? Le cas de la métropole de Lyon, Riurba no 19, janvier 2026.
URL : https://www.riurba.review/article/19-temps/temporalites/
Article publié le 1er sept. 2026

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Figure 1. BOB (bâtiment ouvert aux bifurcations), élément de l’Étape 22D à Lyon. Cliché Baptiste Colin, février 2025.

Baptiste Colin, Thomas Zanetti
Article publié le 1er sept. 2026
  • Abstract
  • Résumé

Transforming public policy and its timeframes using temporary urbanism? The case of the Lyon Metropolitan Area

Temporary urbanism is now integrated into local public policy in most large French cities and metropolitan areas, and by its very nature raises questions about the timelines of urban planning. This article examines the objectives assigned to temporary urbanism by local authorities through an analysis of its implementation in the Lyon Metropolis. The question is therefore whether temporary urbanism can be defined as a device for changing public action and its timelines, fostering the management of public policies and urban planning projects around issues of optimization, intensification, and acceleration.

L’urbanisme transitoire est aujourd’hui intégré à l’action publique locale d’une majorité de grandes villes et métropoles françaises, et conduit par sa nature même à un questionnement sur les temporalités de l’urbanisme. Cet article étudie les objectifs assignés à l’urbanisme transitoire par les collectivités par l’intermédiaire d’une analyse de sa mise en œuvre dans la métropole de Lyon. Il s’agit dès lors de se demander si l’urbanisme transitoire peut être défini comme un dispositif de changement de l’action publique et de ses temporalités, favorisant la maîtrise temporelle des politiques publiques et des projets d’aménagement autour d’enjeux d’optimisation, d’intensification et d’accélération.

Cet encadré technique n’est affiché que pour les administrateurs
post->ID de l’article : 6759 • Résumé en_US : 6783 • Résumé fr_FR : 6780 • Sous-titre[0] : L

Introduction : l’urbanisme temporaire
sous le prisme des dynamiques du changement dans l’action publique

Avec les notions de temporaire et de transitoire, le vocabulaire de l’urbanisme se dote d’une terminologie qui traduit le passage et les usages du temps dans les territoires habités. Quoique cette variété des termes renvoie à de multiples formats spatiaux et des conceptions différenciées de la gestion des mutations urbaines, l’usage courant associe souvent ces pratiques de manière indifférenciée[1]Les acteurs lyonnais interrogés utilisent spontanément les terminologies urbanisme temporaire/transitoire de manière souvent indifférenciée. La littérature scientifique n’est pas homogène non plus sur les termes utilisés pour rendre compte de ces pratiques. Landgrave-Serrano, Stoker et Crisman (2021) les regroupent par exemple dans la catégorie de l’ « urbanisme ponctuel » (Landgrave-Serrano M, Stoker P, Crisman JJA, 2021, « Punctual urbanisms: rapid planning responses to urban problems », Journal of Planning Literature, n° 36, p. 467-491). Dans cet article, nous reflétons cette ambivalence et employons « urbanisme transitoire » et « urbanisme temporaire » dans un entendement large.. L’urbanisme transitoire fait l’objet depuis plusieurs années d’une attention grandissante de la part des acteurs professionnels (Diguet, 2018[2]Diguet C. (2018). L’urbanisme transitoire : optimisation foncière ou fabrique urbaine partagée ?, Paris, Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France.  ; Lemonier, 2018[3]Lemonier M. (2018). « Urbanisme temporaire : des espaces réinventés », Diagonal : revue des équipes d’urbanisme, n° 203, p. 15-25. ; SNCF Immobilier et Plateau Urbain, 2019[4]SNCF Immobilier et Plateau Urbain. (2019). « Urbanisme transitoire en Europe », Conférence MIPIM.  ; Buratti et Communa, 2020[5]Buratti T, Communa. (2020). « L’urbanisme temporaire. Enjeux et perspectives », Pour la solidarité. Notes d’analyse, septembre. ; ADULM, 2021[6]ADULM (Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole). (2021). L’urbanisme transitoire : paroles d’acteurs et retours d’expériences de la Métropole lilloise, Lille, ADULM, 136 p.  ; Quignon, 2025[7]Quignon B. (2025). « L’urbanisme transitoire, producteur de valeur et créateur de liens », dans Payre R, Paul C, Parnet C (dir.), Les territoires qui disent non ! Mobilisations et mutation de l’action publique, Boulogne-Billancourt, Berger-Levrault, p. 121-125.) et du monde académique (Hou, 2010[8]Hou J (dir.). (2010). Insurgent public space: Guerrilla urbanism and the remaking of contemporary cities, Londres, Routledge, 288 p. ; Pradel, 2012[9]Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les “espaces-enjeux” pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Keerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces-enjeux : entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 245-256. ; Oswalt, Overmeyer et Misselwitz, 2013[10]Oswalt P, Overmeyer K, Misselwitz P. (2013). Urban catalyst: The power of temporary use, Berlin, DOM Publishers, 384 p. ; Ferreri, 2015[11]Ferreri M. (2015). « The seductions of temporary urbanism », Ephemera, n° 15, p. 181-191. ; Mandanipour, 2017[12]Madanipour A. (2017). « Temporary use of space: Urban processes between flexibility, opportunity and precarity », Urban Studies, n° 55, p. 1093-1110. ; Andres et Kraftl, 2021[13] Andres L, Kraftl P. (2021). « New directions in the theorisation of temporary urbanisms: Adaptability, activation and trajectory », Progress in Human Geography, n° 45, p. 1237-1253. ; Stevens et Dovey, 2023[14]Stevens Q, Dovey K. (2023). Temporary and tactical urbanism:(re)assembling urban space, Londres, Routledge, 222 p.). Il a notamment été analysé sous l’angle de l’animation festive des espaces urbains (Pradel, 2007[15]Pradel B. (2007). « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, n° 82, p. 123-130.), de la participation citoyenne (Iveson, 2013[16]Iveson K. (2013). « Cities within the city: Do-it-yourself urbanism and the right to the city », International Journal of Urban and Regional Research, n° 37, p. 941-956.), comme support d’engagement dans des luttes sociospatiales (Tardiveau et Mallo, 2014[17]Tardiveau A, Mallo D. (2014). « Unpacking and challenging habitus: An approach to temporary urbanism as a socially engaged practice », Journal of Urban Design, n° 19, p. 456-472.), en tant que signe de la constitution d’un nouveau champ professionnel (Pinard et Morteau, 2019[18]Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.) ou encore comme forme d’expérimentation de nouvelles pratiques en matière de conception urbaine (Rose, Stocker et Ornetzeder, 2022[19] Rose G, Stocker M, Ornetzeder M. (2022). « The learning city: Temporary housing projects as urban niches for sustainability experiments », Sustainability, n° 14, p. 51-98.), mais beaucoup moins comme un outil transversal de politiques publiques (Lydon et Garcia, 2015[20]Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: Short-term action for long-term plan, Washington, Island Press, 256 p. ; Silva, 2016[21]Silva P. (2016). « Tactical urbanism: Towards an evolutionary cities’ approach? », Environment and Planning B: Planning and design, n° 43, p. 1040-1051. ; Hasenknopf, 2024[22] Hasenknopf R. (2024). « L’urbanisme transitoire en quartier populaire : quelles appropriations ? Les cas de Wild im West (Vienne) et TLM (Paris) », Métropoles, n° 35.), voire comme un dispositif d’accélération des temporalités de l’action publique.

Les expériences d’urbanisme transitoire sont en effet plus rarement abordées comme des initiatives menées et encadrées par les acteurs publics. Des travaux ont pu néanmoins montrer comment elles étaient devenues un levier des stratégies de réaménagement menées par les collectivités, dans le cas de Montréal (Baillargeon et Diaz, 2020[23]Baillargeon T, Diaz J. (2020). « L’urbanisme transitoire à Montréal : entre innovation et préservation », Revue Organisations & Territoires, n° 29, p. 25-39.), ou un cheval de Troie pour perpétuer un agenda néolibéral de transformation urbaine dans plusieurs villes européennes (Bragaglia et Caruso, 2020[24]Bragaglia F, Caruso N. (2020). « Temporary uses: A new form of inclusive urban regeneration or a tool for neoliberal policy? », Urban Research & Practice, n° 15, p. 194-214.). Le cas de Bordeaux a également fait l’objet d’une étude approfondie montrant comment le temporaire avait été construit au cours des trois dernières décennies comme un « instrument de la fabrique urbaine » (Mallet, Mège et Fleury, 2023[25] Mallet S, Mège A, Fleury A. (2023). « Le temporaire comme instrument de la fabrique urbaine. Émergence et ancrage dans la métropole de Bordeaux », Riurba, n° 14.).

L’urbanisme transitoire s’est ainsi diffusé au cours des deux dernières décennies dans des contextes territoriaux qui ne se réduisent pas aux espaces métropolitains et aux friches industrielles qu’ils abritent, et s’est inséré dans le cadre de programmations urbaines extrêmement variées : aménagement de jardins partagés, projets d’économie sociale et solidaire, développement des mobilités douces, opportunités pour des évènements culturels, en passant par le déploiement de sites d’hébergement d’urgence et d’habitat intercalaire. Cette diffusion s’est déroulée de manière progressive dans le temps et dans l’espace. À l’échelle locale, on observe souvent des origines militantes et citoyennes de la pratique de l’urbanisme transitoire, des phases d’expérimentation puis d’institutionnalisation et de professionnalisation, et enfin une arrivée à maturité de l’urbanisme transitoire, encouragé, subventionné, initié voire maîtrisé par les directions et services techniques de l’urbanisme des collectivités. Cette progression n’est pas uniforme selon les contextes territoriaux. Elle n’est pas non plus constante, et on note des épisodes de remise en cause ou de retour en arrière de la pratique, de continuité, de variations ou de ruptures.

Si l’occupation temporaire conventionnée est régulièrement célébrée par le personnel politique et par les professionnels de l’urbanisme qui s’en sont fait une spécialité et en défendent les vertus[26]Afin notamment de permettre à certains usages d’accéder à des espaces (dédiés), malgré l’incapacité de répondre aux exigences financières du marché immobilier., elle fait l’objet de nombreuses critiques dans la littérature académique (Andres, 2013[27] Andres L. (2013). « Differential spaces, power hierarchy and collaborative planning: A critique of the role of temporary uses in shaping and making places », Urban Studies, n° 50, p. 759-775.) : elle concourt à la gentrification (Mould, 2014[28]Mould O. (2014). « Tactical urbanism: The new vernacular of the creative city », Geography Compass,  n° 8, p. 529-539. ; Calvino, 2018[29]Calvino A. (2018). « Les friches, vernis sur la rouille ? », Le Monde diplomatique, avril, p. 26-27.) et sert des stratégies de marketing urbain (Colomb, 2012[30] Colomb C. (2012). « Pushing the urban frontier: Temporary uses of space, city marketing, and the creative city discourse in 2000s Berlin », Journal of Urban Affairs, n° 34, p. 131-152.), elle condamne des usages émergents comme l’agriculture urbaine à une relocalisation récurrente (Demailly et Darly, 2017[31] Demailly KE, Darly S. (2017). « Urban agriculture on the move in Paris: The routes of temporary gardening in the neoliberal city », ACME: An International Journal for Critical Geographies, n° 16, p. 332-361.) et généralise une situation de précarité à la fois spatiale et temporelle, en tant qu’impossibilité pour les occupants de s’ancrer durablement dans l’espace et dans le temps (Védrine et Zanetti, 2025[32] Védrine C, Zanetti T (dir.). (2025). Hébergement et occupation temporaires. Spatialités et temporalités des territoires de l’accueil, Paris, L’œil d’Or, 324 p.). Le développement de telles pratiques temporaires peut être aussi perçu négativement, comme un recours à des solutions « bas de gamme », certes plus légères, plus rapides et plus économiques (LQC solutions[33]LQC solutions/urbanism: lighter, quicker, cheaper.). Cela traduit surtout la baisse drastique des moyens publics (financiers notamment), dans un contexte d’austérité (Greco, 2012[34] Greco J. (2012). « From pop-up to permanent », Planning, n° 78, p. 14-21. ; Landgrave-Serrano, Stoker et Crisman, 2021[35]Op. cit.). En cela, le temporaire épouse la trajectoire classique d’autres alternatives urbaines à mesure qu’elles sont récupérées et intégrées au cadre dominant de la fabrique urbaine.

Il s’agit dans cet article moins de critiquer cette pratique pour ce qu’elle est que de comprendre les objectifs de sa mobilisation pour la mise en œuvre de politiques urbaines. L’urbanisme transitoire est aujourd’hui intégré à l’action publique locale et conduit par sa nature même à un questionnement sur les temporalités de l’action publique, principalement appréhendée dans la littérature à partir d’une interrogation sur le changement (Muller, 2005[36] Muller P. (2005). Esquisse d’une théorie du changement dans l’action publique. Structures, acteurs et cadres cognitifs. Revue française de science politique, n° 55, p. 155-187. ; Marrel et Payre, 2006[37] Marrel G, Payre R. (2006) « Les temporalités du politique », Pôle Sud, n° 25, p. 5-7.), structurée autour de deux grandes approches[38]Nous avons fait le choix de nous restreindre aux approches classiques du changement dans la sociologie de l’action publique et en sciences politiques, mais notons au moins l’existence d’une troisième approche, dans le champ des études urbaines, qui s’intéresse au recours à l’expérimentation comme mode d’appréhension des incertitudes et déterminant les relations au changement des acteurs (Ramirez-Cobo I, Zepf M, 2022, « Expérimenter et valoriser les incertitudes dans le projet urbain : des instruments pour le changement en urbanisme ? Le cas du projet de l’Esplanade à Grenoble », dans Arab N, Mille A, Pauchon A (dir.), Urbanisme et changement : injonction, rhétorique ou nouvelles pratiques ?, Toulouse, Presses universitaires du Midi, p. 115-127 ; Ambrosino C, Devisme L, 2024, « De quoi l’expérimentation urbaine est-elle le nom ? », Métropoles, n° 35).. Une première regroupe des travaux qui considèrent les changements dans l’action publique comme lents et marginaux. C’est le cas de l’incrémentalisme (Lindblom, 1958[39]Lindblom C. (1958). « Policy analysis », American Economic Review,  n° 48, p. 298-312., 1959[40] Lindblom C. (1959). « The science of muddling through », Public Administration Review, n° 19, p. 31-40.), pour lequel le changement s’effectue à la marge et de façon très progressive dans le temps. Un second ensemble de travaux, qualifiés de néo-institutionnalistes (Hall, 1989[41] Hall P. (1989). The power of economic ideas, Princeton, Princeton University Press, 408 p. ; Pierson 1994[42]Pierson P. (1994). Dismantling the welfare State ? Reagan, Thatcher, and the politics of retrenchment, Cambridge, Cambridge University Press, 223 p. ; 2004[43]Pierson P. (2004). Politics in Time, Princeton, Princeton University Press, 208 p.), s’appuient sur l’incrémentalisme, et considèrent que les politiques publiques sont fortement déterminées par leur genèse et empruntent un « sentier de dépendance », qui désigne le poids des choix effectués dans le passé sur le présent, et dans lesquels s’inscrivent les politiques publiques contemporaines. Le contenu de l’action publique est caractérisé par son inertie sur le temps long et, là encore, le changement ne peut s’opérer qu’à la marge, car l’histoire constitue une contrainte qui pèse fortement sur les choix politiques du présent.

Une seconde approche insiste sur l’existence de changements rapides et radicaux. C’est le cas du concept de « fenêtre d’opportunité » (Kingdon, 1984[44] Kingdon J. (1984). Agendas, alternatives and public policies, New York, Harper and Collins, 230 p.), qui reprend le « modèle de la poubelle » (garbage can model) (Cohen, March et Olsen, 1972[45]Cohen MD, March JG, Olsen JP. (1972). « A garbage can model of organizational choice », Administrative Science Quarterly, n° 17, p. 1-25.), dans lequel les décisions publiques sont issues « d’une rencontre plus ou moins aléatoire entre des problèmes, des solutions, des opportunités de choix et des acteurs » (Commaille, Simoulin et Thoemmes, 2014[46]Commaille J, Simoulin V, Thoemmes J. (2014). « Les temps de l’action publique entre accélération et hétérogénéité », Temporalités, n° 19.), selon des temporalités désordonnées et peu prévisibles. Kingdon considère à son tour que les conditions du changement dans l’action publique sont issues de la conjonction de problèmes, de solutions et d’une mise à l’agenda, notamment à la suite d’une alternance politique. L’alternance permet alors de mesurer le poids des élections et des appartenances partisanes sur la mise en œuvre de l’action publique. Cette conjonction crée une fenêtre d’opportunité qui peut permettre une mise en œuvre rapide du changement. Pour Kingdon, les fenêtres d’opportunité sont déterminées par la convergence de trois courants : le policy stream (outils d’intervention, réformes administratives qui concourent à la définition de politiques publiques alternatives) ; le problem stream (diagnostics sur la nature et la gravité des problèmes publics) ; enfin le political stream (élections, état de l’opinion publique, modifications du système politique et orientations partisanes).

Cependant, les régimes de temporalités multiples qui traversent les pratiques professionnelles de l’urbanisme ont fait l’objet de peu d’études (Claude, 2006[47] Claude V. (2006). Faire la ville. Les métiers de l’urbanisme au XXe siècle, Marseille, Parenthèses.), bien que la considération du temps long du changement de l’action publique doive être croisée avec le changement « en train de se faire ». Les temporalités de l’action publique demeurent hétérogènes, et associent généralement des dynamiques de changement soudains et des phases de stabilité (Baumgartner et Jones, 2002[48]Baumgartner F, Jones B. (dir.). (2002). Policy dynamics, Chicago, University of Chicago Press, 371 p.). Mais, dans un contexte d’accélération sociale généralisée (Rosa, 2010[49] Rosa H. (2010). Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 480 p.), le temps de l’action publique se serait lui aussi accéléré (Commaille, Simoulin et Thoemmes, 2014[50] Op. cit.), traduisant une obsession pour la rapidité et le changement. L’urbanisme transitoire serait alors l’une des nouvelles pratiques ayant émergé pour pallier le manque de maîtrise des acteurs publics face à l’accélération de la production urbaine (Mallet, 2024[51]Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération. Les temps de l’urbanisme présentiste, Paris, Éditions de l’Aube, 305 p.). L’urbanisme temporaire, en tant que proposition de maîtrise des injonctions du temps sur la pratique de l’aménagement urbain, est en effet reconnu pour sa faculté à apporter des réponses efficientes à une série de besoins urbains, quand les projets d’urbanisme traditionnel requièrent des moyens financiers plus importants, un risque politique et une temporalité plus longue.

Il s’agit dès lors de se demander si l’urbanisme transitoire introduit un changement dans l’action publique et ses temporalités, s’il le fait de manière incrémentale, soudaine ou mixte ; et s’il peut ainsi être considéré comme une manière d’articuler les « dispositifs techniques des processus urbanistiques pour concevoir, étudier, communiquer, présenter, représenter et discuter les espaces à (ré)aménager » (Arab et al., 2022, p. 71[52]Arab N, Mille A, Pauchon A (dir.). (2022). Urbanisme et changement : injonctions, rhétorique ou nouvelles pratiques ?, Toulouse, Presses Universitaires du Midi.). L’urbanisme transitoire peut-il être défini comme un dispositif expérimental et transversal de gestion temporelle des politiques publiques sectorielles ? Nous proposons donc de mener un questionnement sur les temporalités de l’urbanisme par l’intermédiaire d’une analyse chronologique de la mise en œuvre de l’urbanisme transitoire dans la métropole de Lyon, en interrogeant ce que cela révèle du changement dans l’action publique, à travers les objectifs assignés à l’urbanisme transitoire par les acteurs de la collectivité.

Nous illustrons ces questionnements à partir du cas de la métropole de Lyon qui a vu les opérations d’urbanisme transitoire se multiplier sur son territoire depuis une dizaine d’années. Ces opérations se sont développées sur le patrimoine foncier et immobilier de la métropole, mais ont aussi été menées par des acteurs privés, parapublics et associatifs (SNCF, bailleurs sociaux, promoteurs, etc.) sur leur propre patrimoine. Nous montrons comment l’urbanisme transitoire s’est progressivement imposé au sein des politiques publiques depuis le début des années 2000, et comment son déploiement s’articule aux changements des exécutifs politiques municipaux et métropolitains successifs. Nous nous focalisons dans cet article sur les opérations d’urbanisme transitoire qui concernent des espaces bâtis. Nous faisons donc le choix de ne pas intégrer dans l’analyse les initiatives qui touchent aux espaces publics, pourtant nombreuses à Lyon, qui ressortent plus de l’urbanisme dit tactique.

Nous rappelons dans une première partie les origines largement militantes et conflictuelles de l’urbanisme transitoire à Lyon, alors considéré comme de simples occupations temporaires de sites vacants. Puis nous nous attardons sur les périodes de diffusion des pratiques transitoires, via des opérations pilotes reconnues à postériori pour leur dimension démonstrative ; et sur la montée en puissance de l’urbanisme temporaire, marquée par un investissement progressif de la métropole : ces périodes peuvent être vues comme des ruptures dans l’action publique et ses temporalités. Dans une dernière partie, nous revenons sur la période la plus récente, au sein de laquelle, suite à une alternance politique et dans le contexte de la crise COVID, l’institutionnalisation de l’urbanisme transitoire permet de montrer comment il répond à un triple enjeu de maîtrise pour l’action publique : maîtrise temporelle (optimisation, intensification, accélération), maîtrise programmatique (déploiement de politiques publiques « innovantes » : mobilités, ESS, recyclage…) et maîtrise politique (choix des acteurs, occupants, diminution des mésusages).

Cet article s’inscrit dans le prolongement de deux programmes de recherche qui se sont attachés, pour l’un (UrbaTime[53]Le programme ANR UrbaTime (2018-2024) a été piloté par Sandra Mallet (URCA/Habiter).), à documenter le déploiement de l’urbanisme temporaire ou transitoire dans plusieurs métropoles en vue d’analyser sa contribution à un renouvellement de la pensée sur le temps en urbanisme, et, pour l’autre (TransUrba[54]Le programme TransUrba, soutenu par l’Ademe (2022-2025), a également été piloté par Sandra Mallet (URCA/Habiter).), à la manière dont il participe à construire la transition écologique, économique et sociale des systèmes urbains. Leur réalisation a donné lieu, pour le terrain d’étude lyonnais, à une campagne d’entretiens semi-directifs – au nombre de 42 – auprès de divers acteurs (élus, techniciens, occupants de sites d’urbanisme transitoire et gestionnaires), à l’étude de publications professionnelles et institutionnelles, à l’organisation d’évènements scientifiques et de rencontres d’acteurs sur le thème de l’urbanisme transitoire, à l’encadrement de stages et de mémoires d’étude. Une base de données qui recense une cinquantaine d’opérations a également été établie pour mesurer les évolutions de l’urbanisme transitoire sur le territoire de la métropole de Lyon et ses caractéristiques principales (dates et durée des occupations, devenir des sites occupés, situation géographique, acteurs impliqués, objectifs et contenus programmatiques des opérations, contextes en matière de projets urbains).

En interrogeant les différents acteurs rencontrés sur leur propre lecture du développement des typologies d’occupations temporaires à l’échelle locale (métropolitaine) et leur implication dans ces initiatives, nous avons cherché à établir une vue d’ensemble de la dynamique d’action publique dans laquelle s’est inséré l’urbanisme transitoire. À travers une analyse croisée des données collectées afin d’identifier les systèmes d’acteurs à l’œuvre et de saisir la maturation d’un champ d’action au sein d’une institution, cet article propose une analyse rétrospective des modalités du changement de l’action publique. Centrer l’étude sur un seul terrain crée un biais singulariste mais a permis en revanche d’observer les évolutions et les transformations depuis 2018, et de recueillir les témoignages d’acteurs clés au fil de la chronologie des événements, tandis qu’élus et techniciens, notamment, se sont succédé dans les services impliqués. Les cadres de réalisation des deux programmes de recherche précités ont opéré une dimension comparative dans les questionnements qui les ont guidés, et l’approfondissement de l’analyse de ces résultats pour cet article s’appuie sur les caractéristiques propres de l’intégration de l’urbanisme transitoire comme déclinaison d’un dispositif d’action publique à l’échelle locale par l’intermédiaire de la collectivité. Alors que les premiers entretiens ont porté sur la question des temporalités, puis sur les objectifs, les derniers entretiens réalisés ont abordé plus frontalement la structuration de l’action publique, révélant ainsi des processus de changement au cours de la période considérée.

L’occupation temporaire : un traumatisme local (2002-2015)

L’occupation temporaire conventionnée de sites vacants et l’urbanisme transitoire ont pour origine des actions informelles et contestataires de lutte pour faire la ville autrement, pour le droit à la ville et au logement, en lien notamment avec les mouvements squatteurs (Oswalt, Overmeyer et Misselwitz, 2013[55] Op. cit. ; Tonkiss, 2013[56]Tonkiss F. (2013). « Austerity urbanism and the makeshift city », City, n° 17, p. 312-324. ; Talen, 2015[57]Talen E. (2015). « Do-it-yourself urbanism: A history », Journal of Planning History, n° 14, p. 135-148. ; Ferreri, 2021[58]Ferreri M. (2021). The permanence of temporary urbanism. Normalising precarity in austerity London, Amsterdam, Amsterdam University Press, 194 p.). Avant son intégration stratégique aux politiques urbaines, l’occupation temporaire était donc un moyen, un enjeu et une ressource des répertoires d’action collective liés à des revendications sociales, militantes et citoyennes pour lesquelles l’appropriation (Ripoll et Veschambre, 2005[59]Ripoll F, Veschambre V. (2005). « Introduction. L’appropriation de l’espace comme problématique », Norois. Environnement, aménagement, société, n° 195, p. 7-15.), ou la réquisition d’espaces et de bâtiments vacants permettaient notamment de répondre à des besoins sociaux souvent vitaux, comme l’hébergement (Colin, 2018[60] Colin B. (2018). « Comment l’urbanisme et 1968 ont aménagé des squatts à Paris et Berlin-Ouest », Lendemains. Études comparées sur la France / Vergleichende Frankreichforschung, n° 169, p. 38-49.). Les milieux artistiques alternatifs (Ambrosino et Andres, 2008[61]Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134, p. 37-51.) ont également développé de telles initiatives avec la création de nombreux squatts et de friches à vocation culturelle et artistique, dans la lignée des recommandations du rapport Lextrait (2001[62]Lextrait F. (2001). Une nouvelle époque de l’action culturelle, rapport à Michel Duffour, secrétariat d’État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, Paris, La Documentation française, 290 p.). L’institutionnalisation de tels espaces, par leur assimilation aux « nouveaux territoires de l’art » (Grésillon, 2011[63]Grésillon B. (2011). « La reconversion d’un espace productif au cœur d’une métropole : l’exemple de la friche Belle de Mai à Marseille », Rives méditerranéennes, n° 38, p. 87-101.) et plus globalement via un mouvement de conversion des alternatives urbaines aux logiques marchandes (Pattaroni, 2011[64] Pattaroni L. (2011). « Le nouvel esprit de la ville », Mouvements, n° 65, p. 43-56.), a conduit les acteurs politiques à voir dans les lieux vacants et délaissés des espaces à fort potentiel économique.

L’ouverture funeste d’un champ des possibles

C’est dans ce contexte de réinvestissement des marges spatiales et de revalorisation des temps de veille de l’aménagement que l’urbanisme transitoire et son intégration aux stratégies de développement urbain se développent dans les métropoles. Alors que Gérard Collomb, maire de la ville de Lyon et président de la communauté urbaine du Grand Lyon de 2001 à 2017, poursuit un agenda politique local fondé précisément sur la croissance, l’attractivité et la compétitivité (Bardet et Healy, 2015[65]Bardet F, Healy A. (2015). « Les acteurs urbains et les promesses des palmarès internationaux des villes. Lyon à la conquête du “Top 15” européen », Métropoles, n°16.) et sur un urbanisme productiviste, les grands projets de renouvellement urbain menés pendant ses mandats successifs n’intègrent que très peu de phases d’occupation temporaire. Pour la responsable de l’urbanisme transitoire à la métropole de Lyon jusqu’en 2022 : « clairement, tant qu’il y avait Gérard Collomb au temps de la communauté Urbaine, puis de la métropole, on était quand même sur une ville qui se construit, qui se développe, très fortement. Et l’urbanisme transitoire n’avait absolument pas sa place[66]Entretien réalisé par les auteurs, 8 juin 2020. ! ». Cette attitude de distance de la collectivité s’explique en grande partie par le déroulement et le dénouement traumatique de l’une des premières occupations temporaires lyonnaises conventionnées avec les pouvoirs publics : la friche RVI.

À la suite de la fermeture, en 1998, d’un site industriel appartenant à Renault-Véhicules-Industriels (RVI) dans le 3e arrondissement de Lyon, plusieurs collectifs squattent progressivement les espaces de la friche. Acquis par le Grand Lyon en 2002, quatre hectares sont rapidement démolis pour la réalisation d’un centre d’enseignement professionnel, tandis que les trois hectares restants accueillent encore des usages à dimension culturelle et événementielle. Six collectifs d’artistes implantés créent l’association du CFA RVI (Collectif Friche Autogérée RVI) afin de constituer un interlocuteur commun dans le dialogue avec les pouvoirs publics (Buron, 2007[67]Buron G. (2007). Stratégies et dynamiques conflictuelles autour des délaissés urbains. Quand la ville rencontre la ville…, rapport de recherche, PUCA.), poursuivant l’objectif de demeurer sur les lieux et de construire une friche semblable à celle de la Belle de Mai (Marseille), marquée par un fonctionnement collectif et la volonté de favoriser la liberté de la création artistique. Une double convention d’occupation est finalement signée en 2004 entre le CFA RVI, la ville de Lyon et la communauté Urbaine de Lyon, propriétaire du site mais ne détenant pas de compétences en matière culturelle. Les collectifs occupants bénéficient d’un bail d’occupation temporaire des lieux à titre gratuit, renouvelable tacitement chaque année pour une durée maximale de dix ans. Le soutien de la ville de Lyon dans cette expérience artistique se traduit en outre par une subvention destinée à la mise aux normes techniques du site, et permet la résidence d’artistes et d’artisans, et l’organisation de manifestations publiques.

Le maintien de cette expérience dans le temps est cependant précaire, et le Grand Lyon n’attend pas la fin du bail temporaire pour tenter de faire expulser les occupants, en 2010, alors que se profilent l’extension du centre d’enseignement et l’accueil des nouveaux locaux de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment (FCMB). Une décision de justice octroie, en novembre 2010, un délai supplémentaire d’occupation de six mois pour la cinquantaine de « frichards » encore sur les lieux, mais un incendie détruit un bâtiment et 2 000 mètres carrés de toitures en décembre. Dès le lendemain, Gérard Collomb prend un arrêté municipal pour ordonner la fermeture totale et anticipée du site, tandis que le maire du 3e arrondissement déclare que la friche RVI est « occupée sans droits par une cinquantaine de personnes », et qu’elle doit rester « un lieu de travail et en aucun cas un lieu d’habitation[68]Lyon Mag, 20 décembre 2010. ». Stigmatisés par les élus, une grande partie des occupants se retrouve sans solution de relogement, la proposition du site de la friche Lamartine faite par la ville de Lyon ne convenant pas à toutes les activités[69]Une partie des occupants est finalement relogée jusqu’en 2019 dans les trois hectares d’une ancienne bonneterie rachetée par la ville de Lyon. La « friche Lamartine », espace de création et d’expérimentation artistique, connaît plusieurs adresses successives dans la ville de Lyon, au gré des conventions d’occupation temporaire et de la réalisation de projets d’aménagement urbain..

Cette issue marque les esprits au sein de la classe politique locale, désormais particulièrement rétive aux occupations temporaires et répressive à l’égard des squatts, comme le rappelle, dix ans plus tard, la première responsable de l’urbanisme transitoire à la métropole de Lyon : « Il y a une histoire à Lyon, c’est l’histoire de la friche RVI […]  ça a été le traumatisme, il y en a qui ne s’en sont jamais remis 30 ans après, ça a marqué quand même l’histoire locale[70]Entretien réalisé par les auteurs, 8 juin 2020. ». Pour la directrice d’un grand projet de renouvellement urbain (Carré de Soie) de 2017 à 2023, le traumatisme de la friche RVI a instauré une « vraie peur, ancrée[71]Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021. » qui a été associée à un risque de ralentissement voire de remise en cause des projets d’aménagement et de renouvellement urbain d’anciens sites industriels, « un blocage de principe qui finissait par être anachronique[72]Entretien réalisé par les auteurs, 5 juillet 2024. », selon le directeur général adjoint (DGA) de la métropole délégué à l’urbanisme et aux mobilités (depuis 2020). Ce traumatisme aurait été jugé d’autant plus prégnant dans le cas d’occupations culturelles et artistiques pouvant obtenir le soutien de l’opinion publique et ainsi contraindre les pouvoirs publics à les maintenir sur les sites au-delà des durées initialement fixées dans les conventions. De la même manière que l’expérience de l’Écosystème Darwin semble le démontrer à Bordeaux (Mallet, Mège et Fleury[73]Op. cit.), la friche RVI agit donc comme un repoussoir au développement de l’urbanisme transitoire, bien que d’autres occupations aient pu être conduites dans une veine similaire durant cette même période.

Du soutien timide de marginalités culturelles
à l’exploitation d’opportunités événementielles

En continuité relative d’une attention publique pour ces nouveaux territoires de l’art en marge des institutions culturelles, le cas de Grrrnd Zero, qui regroupe des locaux de répétition, des studios d’enregistrement, des ateliers de création artistique et une salle de concerts, constitue une transition dans la considération dont bénéficient ces initiatives. Fondé en 2004, Grrrnd Zero existe tout d’abord sous la forme d’un squatt situé dans un immeuble tertiaire (appartenant au Grand Lyon) du quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. Expulsée en 2005, l’association qui gère le lieu signe, en 2006, une convention d’occupation précaire de deux ans et s’installe dans l’ancien entrepôt de la société Brossette, toujours à Gerland, propriété d’un bailleur social dont l’actionnaire majoritaire est la mairie de Lyon. Cette convention est prolongée à plusieurs reprises jusqu’en 2013 : Grrrnd Zero est alors expulsé et contraint, en 2014, de déménager à Vaulx-en-Velin sur le site d’une ancienne papeterie, rachetée par le Grand Lyon dans un quartier concerné par le projet Carré de Soie. Une convention d’occupation temporaire initiale de six ans est signée et prolongée par la suite. Malgré des relations souvent conflictuelles avec les pouvoirs publics, Grrrnd Zero fait l’objet d’un soutien finalement constant des collectivités, par l’intermédiaire de subventions et surtout de la mise à disposition de propriétés publiques, lui permettant de maintenir ses activités jusqu’à aujourd’hui.

La pérennité de Grrrnd Zero dépend en définitive du dialogue et de la négociation entre l’association gestionnaire du lieu et les pouvoirs publics (Berthou, 2025[74]Berthou J. (2025). « La convention d’occupation temporaire : un espace d’interdépendance entre les squatteur·euse·s et les autorités publiques », dans Vedrine C, Zanetti T (dir.), Hébergement et occupation temporaires. Spatialités et temporalités des territoires de l’accueil, Paris, L’œil d’Or, p. 251-269.). Dans un certain prolongement de l’expérience de la friche RVI, Grrrnd Zero constitue donc un cas d’occupation temporaire conventionnée qui s’intègre à une gouvernance des illégalismes urbains (Aguilera, 2012[75]Aguilera T. (2012). « Gouverner les illégalismes », Gouvernement et action publique, n° 3(1), p. 101-124.) et apporte aux collectivités une certaine garantie quant au contrôle qu’elles peuvent exercer sur des initiatives militantes et associatives. Au cours de cette même période, d’autres occupations temporaires pilotées par le Grand Lyon sont mises en œuvre, initiées par des techniciens, de manière discrète en raison d’un exécutif frileux, comme en convient la directrice de la mission Carré de Soie, de 2017 à 2023, à propos de l’installation d’un cirque à Vaulx-en-Velin dans le cadre d’une convention d’occupation temporaire de trois ans : « Du temps de Collomb, on n’avait pas le droit, en gros. Il ne fallait pas le dire. On l’a fait, mais il ne fallait pas le dire. Il fallait passer sous les radars. Ou il fallait vraiment que ça soit loin pour que ça puisse passer[76]Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021. ».

Le temporaire se déploie alors majoritairement dans des espaces périphériques de l’agglomération lyonnaise, et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (Bouhaddou, 2019[77]Bouhaddou MK. (2019). « Attente(s) et incertitude(s), le terreau de “Prenez Racines !” », Les cahiers du développement social urbain, n° 69, p. 28-29.). Une seule opération semble indiquer que les pouvoirs publics associent l’occupation temporaire à la revalorisation symbolique d’espaces délaissés (Pradel, 2012[78]Op. cit.) : celle de la Sucrière, ancien entrepôt de sucre réhabilité en 2003 alors que vient d’être créée la première zone d’aménagement concerté (ZAC) du projet urbain Lyon Confluence, qui fait d’une ancienne marge industrielle lyonnaise une vitrine de la nouvelle modernité et de l’attractivité métropolitaine recherchées par Gérard Collomb. Le bâtiment accueille en effet dès cette date un évènement culturel majeur : la biennale d’art contemporain[79]La biennale d’art contemporain est relocalisée dans les usines Fagor-Brandt à partir de 2019, puis aux Grandes Locos pour la dernière édition, deux sites d’urbanisme transitoire de la métropole..

Cette période de 2002 à 2015, si elle est marquée par le traumatisme de la friche RVI, est donc aussi celle d’un premier essaimage des pratiques d’occupation temporaire en lien avec des dynamiques de renouvellement de quartiers caractérisés par la vacance de nombreux sites industriels. Elles offrent des opportunités au développement de l’urbanisme transitoire au gré du déploiement d’initiatives à vocation plutôt culturelle et artistique, favorisées et/ou subventionnées, et de la mise à disposition d’espaces vacants sous convention d’occupation temporaire. On constate également les premières ruptures avec les racines de l’appropriation et de l’occupation spatiales incarnées par les mouvements squatteurs, avec un recours croissant à la contractualisation des acteurs et des usages dans des sites sécurisés, dont les pouvoirs publics conservent la maîtrise d’ouvrage sur leur devenir.

Au cours de cette période, l’urbanisme transitoire reste donc à la marge des politiques publiques, sans en modifier fondamentalement les temporalités. Il est néanmoins à l’origine d’un changement incrémental dans l’action publique, avec une première reconnaissance de l’intérêt du temporaire, notamment dans le cadre du renouvellement urbain. La période suivante est celle d’une intégration plus poussée de l’urbanisme transitoire dans l’action publique, entre démonstration et expérimentation.

Démonstration et expérimentation :
une rupture dans l’action publique locale (2015-2020)

Au milieu des années 2010, le territoire lyonnais connaît un retard en matière d’urbanisme transitoire par rapport à d’autres grandes villes comme Paris, Bordeaux ou Nantes. Si l’expérience de la friche RVI explique partiellement ce retard, d’autres raisons peuvent être exposées.

Lever des verrous internes
pour ouvrir une fenêtre d’opportunité

La collectivité doit faire face à plusieurs verrous internes qui contraignent l’évolution de l’action publique urbaine vers une intégration de temporalités courtes dans les opérations d’aménagement : 1) en matière de planification et de zonage ; 2) en matière de contraintes internes des services administratifs.

Le premier facteur de blocage réside dans les caractéristiques de la planification locale et dans ce que certains acteurs nomment un « plan local d’urbanisme à la lyonnaise ». Le PLU-H de la métropole de Lyon intègre en effet un ensemble de politiques publiques (plan local de l’habitat, schéma directeur d’urbanisme commercial, schéma directeur de l’hébergement et du tourisme) et se fonde sur une approche rigide du zonage qui représente un frein pour la mise en œuvre d’occupations temporaires, de manière encore plus vive lorsqu’elles comportent une mixité d’usages. Selon la première responsable de l’urbanisme transitoire à Lyon, un projet comme celui, emblématique, des Grands Voisins (à Paris) « n’aurait pas pu se faire à Lyon, parce qu’on n’aurait pas eu le PLU adéquat[80]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ».

Cette planification urbaine, à la fois prescriptive et restrictive, n’est donc pas adaptée au temporaire et à la marge de manœuvre qu’il nécessite par rapport à la réglementation, notamment en matière d’autorisation de droit des sols. Selon une responsable de territoire au sein du service planification de la métropole, « pour l’urbanisme transitoire, la dimension réglementaire du code de l’urbanisme est un peu oubliée, et c’est une contrainte assez forte pour ces projets[81]Entretien avec les auteurs, 15 juillet 2020. », qui font face à une interprétation juridique très stricte, jugée antinomique avec le développement du temporaire. On observe alors, durant cette période, une confrontation entre deux logiques temporelles contradictoires de l’urbanisme : celle de la planification lyonnaise traditionnelle, et celle de l’approche émergente par le transitoire et le temporaire. La première repose sur la définition de destinations fonctionnelles du foncier qui n’intègrent aucune notion du temps. Si un projet temporaire ne correspond pas au zonage, « du coup, ça voudrait dire qu’il faut qu’on fasse évoluer le PLU-H, et on est alors en dehors des temps de l’urbanisme transitoire, c’est-à-dire que nous, pour faire évoluer le PLU-H, il nous faut 18 mois et, du coup, le projet d’urbanisme transitoire, il n’a plus sa raison d’être[82]Ibid. ». Cette contradiction temporelle recouvre une opposition entre les sphères politique et technique de la collectivité, comme le reconnaît la même technicienne : « Quand on a des projets d’urbanisme transitoire, on est sur des injonctions contradictoires et on sait très mal les gérer. Et on est embêtés parce qu’on a un ancien président de la métropole [David Kimelfeld, dont le mandat court entre 2017 et 2020] qui nous disait “moi, je veux vraiment qu’on y aille” et nous, le service planification, on disait “bah non, en fait ce n’est pas possible[83]Ibid.” ».

Le déploiement de l’urbanisme transitoire à Lyon se heurte également à une série de freins internes à la métropole, d’ordre technique, juridique et liés à la culture professionnelle. D’un point de vue technique, les acteurs relèvent qu’au milieu des années 2010, les services chargés du patrimoine immobilier de la métropole de Lyon ne disposent pas des outils et savoir-faire nécessaires au diagnostic et à l’expertise précise des sites potentiels d’accueil des opérations temporaires. Le mauvais état de ces sites et de leurs bâtiments requiert des travaux parfois lourds et un respect de différentes normes d’occupation. Et alors que la Métropole engage sa responsabilité en tant que propriétaire, ses bureaux de contrôle manquent de compétences. Selon la technicienne chargée de l’urbanisme transitoire à la métropole jusqu’en 2022, ce contexte local entrave sa mise en œuvre effective : « Donc, à chaque fois, on essaye de faire valider, si les élus sont d’accord, pour que ces sites intègrent l’occupation temporaire ou pas, sachant quand même que le constat au bout d’un an et demi, c’est qu’on n’y arrive pas bien. Donc ça ne marche pas très bien, on est quand même sur un point dur, c’est que l’on n’arrive pas à accéder aux bâtiments, quelque part. On fait toutes les réunions et quand il s’agit de faire des travaux et de trouver des occupants, on a un peu du mal… Ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien mais, aujourd’hui, l’ambition, qu’en tout cas moi je porte, on ne l’atteint pas[84]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ».

Le développement de l’urbanisme transitoire est également ralenti par la faible agilité des services en matière de montages juridiques, pour des projets demandant souvent une souplesse vis-à-vis de la réglementation et une réactivité eu égard de leur nature temporaire. De surcroît, l’urbanisme transitoire est entaché à cette période de craintes et de représentations négatives, notamment de la part des municipalités. Comme on l’a vu avec l’expérience traumatique de la friche RVI, il est perçu comme un facteur de risques et de conflit avec des occupants qui refuseraient de quitter les lieux pour laisser place au projet urbain. Les initiatives d’usages temporaires sont alors associées à l’image stigmatisante du squatt et à un manque de maîtrise temporelle de la puissance publique.

Ces freins et réticences expliquent la complexité et la relative lenteur du développement de l’urbanisme transitoire sur les propriétés de la métropole de Lyon, même si, dans la lignée de la Sucrière, deux friches industrielles (la halle Debourg et l’ancienne usine Fagor-Brandt) sont utilisées à partir de 2017 pour accueillir de grands évènements culturels[85]Biennale d’art contemporain, Nuits sonores, biennale de la danse, Lyon street food festival, festival Peinture fraîche. avec des conventions d’occupations précaires de courtes durées. Ce type d’occupations événementielles, en plus de servir une ambition politique identifiant la culture comme un levier d’attractivité pour la métropole, représente un risque très limité et constitue un cadre sécurisé pour l’expérimentation du temporaire.

Le déploiement de l’urbanisme transitoire à Lyon va alors dépendre de la liberté que peuvent se donner des élus par rapport à l’interprétation de la règle en matière de planification, et d’une prise de risque qui a longtemps fait défaut parmi l’exécutif local. C’est le nouveau président de la métropole, David Kimelfeld, dont le mandat débute avec l’entrée de Gérard Collomb au gouvernement, qui assume cette prise de risque et porte une ambition politique suffisamment importante pour cette mise à l’agenda du temporaire. Le frein réglementaire issu du zonage sera dépassé par son volontarisme, comme l’évoque une des responsables du service planification du Grand Lyon à propos de la friche Fagor, qui « a accueilli la biennale d’art contemporain, sauf qu’on est typiquement dans un zonage à vocation d’activité […]. Au bout d’un moment, le bâtiment, il ne correspond plus à la destination, il ne va plus répondre complètement aux normes, et on se pose la question “est-ce qu’on est vraiment en lien avec la destination qu’on a définie au PLU-H ?” Si ça se pérennise, ça nous pose un problème […] Quand on avait interrogé David Kimelfeld, notre président à l’époque, il avait dit “on y va sur Fagor, pour pérenniser l’accueil d’activités culturelles[86]Entretien avec les auteurs, 15 juillet 2020.” ».

Des projets démonstrateurs

L’engagement de la métropole dans ce nouveau champ des politiques urbaines, à partir de 2018-2019, est également facilité par des opérations menées par d’autres acteurs, privés ou parapublics. Trois projets « vitrines » de l’occupation temporaire et de l’urbanisme transitoire sont initiés entre 2016 et 2018 sur le territoire métropolitain et agissent comme des « démonstrateurs » à même de convaincre définitivement la puissance publique de déployer le transitoire sur son patrimoine. La première de ces opérations pilotes est L’Autre soie à Villeurbanne, qui a débuté en 2016 avec l’accueil de 150 personnes exilées issues de la « jungle de Calais » dans un centre d’accueil et d’orientation (CAO), puis s’est poursuivie en 2017 avec la transformation du CAO en centre d’hébergement d’urgence (CHU) et l’implantation de structures de l’économie sociale et solidaire. Portée par le groupe d’intérêt économique « La ville autrement », composé de bailleurs sociaux, d’une fondation et d’une association de lutte contre le sans-abrisme et le mal-logement, elle est réalisée sur des terrains appartenant initialement à l’État. Le projet final rassemble près de 300 logements diversifiés (accession sociale, habitat participatif, hébergement d’urgence, logement social, résidence étudiante…), des espaces dédiés à l’économie et à la culture, dont une salle de spectacles et un tiers-lieu.

Une autre opération pilote propose une conception différente du transitoire : celle du U, situé au pied de la tour panoramique du quartier de La Duchère. Il est occupé durant 18 mois, à partir de 2018, par différentes activités économiques (associatives, artisanales, libérales) en vue de favoriser le développement local, et dans l’attente de la réhabilitation du bâtiment. Ce dernier est propriété de la Société d’équipement du Rhône et de Lyon (SERL), acteur local historique de l’aménagement, qui s’est appuyé sur l’expertise de Plateau urbain pour la gestion de l’occupation.

Dans une veine similaire, l’occupation temporaire des Halles du faubourg est initialement prévue (en 2018) pour durer moins d’un an, jusqu’à la démolition de l’ancienne usine dans laquelle elle a pris place. Elle est prolongée de deux ans suite au retard du projet immobilier engagé par le promoteur Duval, propriétaire du site. Les Halles du faubourg accueillent durant près de trois ans un espace d’exposition artistique, un lieu de vie regroupant des espaces ouverts au public, des espaces de travail et des évènements : cette mixité d’usages va lui assurer une forte médiatisation locale. Les élus s’y pressent et les Halles du faubourg deviennent une référence lyonnaise à même, selon le directeur régional de la promotion immobilière du groupe Duval, de démontrer la viabilité de la formule temporaire et de sécuriser les pouvoirs publics : « Et puis, on a quand même prouvé que ça fonctionnait, parce que ça, c’était quand même le fond du problème. Il y avait des trucs dont on avait déjà entendu parler en région parisienne, à Paris, etc., mais à Lyon, à l’époque, c’était quand même encore balbutiant… Moi, je me rappelle très bien de Kimelfeld venant au premier vernissage de l’exposition et me disant : “mais c’est quand même incroyable que ce soit des privés… Enfin, il faut que ce soit des privés qui fassent ça”. Ce à quoi je lui ai dit : “mais écoutez, David, rien ne vous empêche de le faire” […] Je pense que ça va être très répandu, puisque maintenant les aménageurs publics ou privés se sont dits que c’est un truc qui pouvait être quand même maîtrisé[87]Entretien avec les auteurs, 10 novembre 2020. ».

Ces trois projets démonstrateurs de la maîtrise du temporaire dans la conception et le projet urbain, quand bien même ils ne sont pas portés par la collectivité, sont fortement intégrés dans l’action publique locale via des périmètres opérationnels ou institutionnels (au sein du projet Carré de soie pour L’autre soie, dans le cadre d’un projet urbain partenarial pour les Halles du faubourg, et dans le périmètre du quartier prioritaire de la politique de la ville, Duchère, pour le U). Le cadrage public demeure limité, mais la métropole de Lyon suit de près ces expériences en leur apportant un soutien. Ces trois projets diffusent ainsi une culture de l’urbanisme temporaire à Lyon, en formant un réseau d’échange et de retour sur expérience auprès des collectivités.

Cette fin des années 2010 est donc caractérisée par une nette évolution dans le développement de l’urbanisme transitoire à Lyon, avec un engagement beaucoup plus affirmé de la métropole dans ce champ des politiques urbaines. La commande politique formulée par le président de la métropole se précise alors, comme l’indique la responsable de l’urbanisme transitoire à Lyon à cette période : « Il y a une démarche d’occupation temporaire à la demande du président, sur du patrimoine métropolitain. Et puis, c’est aussi la demande, de la part du président, d’accompagner un certain nombre d’acteurs à mettre en œuvre de l’occupation temporaire[88]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ». L’engagement de la collectivité se traduit notamment par des moyens humains et financiers dévolus au pilotage du temporaire sur le territoire métropolitain. Un poste spécifique de technicien est créé en 2019, et un programme d’investissement de 800 000 € vient doter l’urbanisme transitoire d’un budget dédié.

Structuration progressive d’un dispositif par acculturation

Cette période est également celle d’une volonté d’acculturation de la métropole aux initiatives d’urbanisme temporaire qui ont été menées en France et à l’étranger. Un premier rassemblement se tient en 2018, à l’initiative d’une réflexion portée par la cellule Ville intelligente et à l’occasion des Entretiens Jacques Cartier. En mars 2019, une table ronde organisée par SNCF Immobilier[89]Benoît Quignon, son directeur de 2016 à 2020, a dirigé les services de la ville de Lyon (2001-2014), puis de la métropole (2015-2016). au Marché international des professionnels de l’immobilier (MIPIM) de Nice convainc David Kimelfeld d’expérimenter plus largement l’urbanisme transitoire sur le territoire. Six mois plus tard, une première journée d’échange rassemble des techniciens de la collectivité et certains de ses partenaires (bailleurs sociaux, SNCF, communes, associations d’hébergement) « dans un objectif d’animation territoriale et d’accélération[90]UrbaLyon/Grand Lyon la Métropole (novembre 2019) : « Occupation temporaire : retour sur la journée Partage des pratiques du mardi 5 novembre 2019 à Fagor Brandt – Lyon 7ème », p. 2. ». D’autres suivent rapidement. Les techniciens lyonnais participent ainsi régulièrement à des rencontres et à des formations sur le sujet. Le modèle du transitoire circule et commence à s’imposer dans les démarches de nombreuses villes, définissant progressivement un nouveau référentiel en matière de politiques urbaines (Jobert et Muller, 1987[91] Jobert B, Muller P. (1987). L’État en action. Politiques publiques et corporatismes, Paris, PUF, 242 p.). Cette dynamique d’acculturation est indubitablement favorisée par le gain de visibilité et le succès du transitoire, et notamment par l’expérience des Grands Voisins à Paris, qui fait figure de modèle au sein des milieux professionnels de l’urbanisme et dans la presse spécialisée, soulignant « le poids des éléments de connaissance, des idées, des représentations ou des croyances sociales dans l’élaboration des politiques publiques » (Surel, 2019, p. 87[92] Surel Y. (2019). « Approches cognitives », dans Boussaguet L, Jacquot S, Ravinet P (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, 5e édition, Paris, Presses de Sciences Po, p. 87-94.).

L’agence d’urbanisme de l’aire métropolitaine est missionnée pour produire une expertise, dans une logique d’appropriation locale du temporaire. Elle lance en 2019 une étude comparative, puis publie un premier guide pratique sur les freins et leviers destiné, selon la technicienne alors chargée de l’urbanisme transitoire à la métropole, à renseigner la faisabilité de cette pratique par une collectivité : « La commande qu’on a passée à l’agence, c’est d’aller chercher les expériences qui sont portées plus particulièrement par les collectivités publiques et nous faire des retours sur les freins, les clés de réussites pour faire de l’urbanisme transitoire, […] nous faire ce retour d’expérience-là[93]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ». Des rencontres réunissant les acteurs impliqués et intéressés par cette démarche sont ensuite organisées, donnant l’occasion de découvrir des expériences en cours ou achevées, et de construire, sous la forme d’ateliers, les modalités de déploiement de telles pratiques par les services techniques de la métropole. L’agence d’urbanisme indique ainsi à propos de l’occupation temporaire que « ce nouveau mode de faire intéresse de plus en plus les collectivités publiques, dans le but d’apporter des réponses non seulement aux enjeux de la vacance, mais aussi à des problématiques foncières, urbaines et sociales[94]UrbaLyon/Grand Lyon la métropole (octobre 2019) : « Occupation temporaire. Enjeux et guide pratique à l’usage des collectivités locales. De l’intention à la mise en œuvre, l’essentiel des méthodes, outils et conditions de réussite issus de 16 retours d’expériences », p. 3. ».

C’est également en 2019 qu’une dizaine de sites sont identifiés pour la mise en œuvre concrète de l’urbanisme temporaire sur des terrains et bâtis appartenant à la métropole. L’investissement, pour des durées limitées, de réserves foncières en attente de projets et de sites vacants doit permettre d’ « expérimenter des usages nouveaux, ancrés sur le territoire, répondant à des besoins variés[95]Commission permanente du 21 novembre 2022, délibération n° CP-2022-1864, p. 89. ». De telles pratiques d’aménagement apparaissent comme la réponse appropriée à « un enjeu d’allongement des projets d’urbanisme[96]Extrait du registre des délibérations du conseil de la métropole. Délibération n° 2019-3819, conseil du 30 septembre 2019. » et l’opportunité de rentabiliser le temps de veille inhérent aux évolutions des espaces urbains (Andres, 2010[97]Andres L. (2010). « Reconquête culturo-économique des territoires délaissés : de l’importance du temps de veille et de ses acteurs transitoires », Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens/Journal of Mediterranean geography, n° 114, p. 51-62.).

Le transitoire est alors conçu comme un espace-temps propice à l’expérimentation d’usages et à l’accompagnement de certaines politiques sectorielles de la métropole. Ainsi, les trois premiers sites[98]Poudrette, Gratte-Ciel et Allée du Textile. appartenant à la collectivité qui font l’objet d’occupations temporaires, situés sur les communes de Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, accueillent des entreprises de la filière du réemploi et de l’économie circulaire, des projets d’agriculture urbaine et des activités relevant du secteur de l’économie sociale et solidaire : depuis 2018, la métropole a multiplié les initiatives dans ces secteurs.

Pour l’exécutif métropolitain, ces projets temporaires servent des enjeux de visibilité et permettent une valorisation rapide de leur action. Le patrimoine affecté doit, selon le service qui en a la charge, « créer de l’innovation » à partir d’une mixité d’usages associant le culturel, l’économique et le social, dans une « logique inclusive[99]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ». L’intérêt est non seulement économique, épargnant des frais de gardiennage qui peuvent représenter un coût élevé, mais aussi sécuritaire et juridique, car il se pose comme un rempart contre les occupations indues (squatts) et permet une maîtrise des durées d’occupation et des délais de libération des sites. On observe de ce fait un glissement d’une conception de l’occupation temporaire comme risque, à son recours comme dispositif de gestion temporelle et de sécurisation des pouvoirs publics face aux éventuels squattages et volontés de pérennisation des occupants.

La période de 2015 à 2020 est donc celle de la démonstration, de l’acculturation et de l’expérimentation de l’urbanisme transitoire dans la métropole de Lyon. Elle est aussi celle où s’ouvre une « fenêtre d’opportunité » favorable au changement de l’action publique suite à l’élection d’un nouveau président de la métropole. L’arrivée de David Kimelfeld à la tête de l’institution métropolitaine (political stream), les efforts d’acculturation en matière d’urbanisme transitoire et l’identification d’une série d’enjeux auquels il peut répondre (problem stream), ainsi que la création d’un poste et d’un budget dédiés (policy stream) tendent ensemble à consolider les bases de l’institutionnalisation de l’urbanisme transitoire comme dispositif de transformation de l’action publique.

Face à des temporalités qui demeurent hétérogènes, discontinues et fragmentées, l’urbanisme transitoire n’est cependant pas synonyme d’urbanisme rapide et nécessite d’être anticipé. Pour son ancienne responsable à la métropole, « on essaie d’être le plus en amont possible, parce que justement on s’est rendu compte que l’occupation temporaire nécessite du temps, nécessite des investissements et qu’il faut qu’on ait la visibilité la plus forte possible pour diminuer les aléas, parce qu’il y a tellement d’autres aléas qu’il ne faut pas avoir cet aléa-là, temporel, qui nous tombe dessus… et qui nous fait tomber un projet[100]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ». La période suivante, qui s’ouvre avec un changement de majorité politique locale, est ainsi celle où l’urbanisme transitoire est véritablement mis à profit pour permettre une maîtrise temporelle de l’action publique, dans une triple logique d’optimisation, d’intensification et d’accélération de la mise en œuvre des politiques publiques métropolitaines.

L’urbanisme transitoire : consolidation d’un dispositif
de transformation de l’action publique (de 2020 à aujourd’hui)

En juin 2020, les élections municipales et métropolitaines signent l’arrivée au pouvoir local de nouvelles majorités. Les écologistes et leurs alliés de gauche remportent les deux scrutins. Cette évolution invite à être attentif au « lien entre alternance politique et programme d’action publique, soit dans le sens de certaines formes de continuité, soit dans le sens du changement » (Marrel et Payre, 2006, p. 5[101]Op. cit.).

Un déploiement transversal, généralisé et sectorisé

Si le mandat précédent a été celui de l’expérimentation de l’urbanisme transitoire à Lyon, celui des écologistes est celui de la définition d’une vision d’ensemble et d’une stratégie globale, caractérisées par le rôle central de la métropole. Cette dernière s’engage en effet dans « la mise en œuvre d’un urbanisme transitoire sur [ son ] territoire[102]Extrait du registre des délibérations du conseil de la métropole. Délibération n° 2019-3819, conseil du 30 septembre 2019. » qui doit, selon la vice-présidente à l’urbanisme et au cadre de vie depuis 2020, favoriser l’élaboration d’ « un nouveau rapport à la ville, vertueuse, mixte, hospitalière, productive et participative[103]Les Ateliers Briand, dossier de presse, 14 décembre 2022, p. 3. », pour « fabriquer la ville autrement[104]Les écologistes (2023) : « L’urbanisme transitoire : nouvelle dynamique des territoires » (tribune politique), MET’. Le magazine de la Métropole, n° 38. ». Conjointement à l’adoption de ce nouveau récit sur la ville comme vecteur pour symboliser le changement (Marie, 1989[105] Marie JL. (1989). « La symbolique du changement », dans Mabileau C, Sorbets C (dir.), Gouverner les villes moyennes, Paris, Pédone, p. 109-149.), l’équipe de Bruno Bernard mobilise l’urbanisme transitoire comme un dispositif concret d’évolution des politiques urbaines locales. Comme l’explique la chargée de mission déploiement de l’offre logements intercalaires (depuis 2023) : « ce qui va nous intéresser aussi, c’est la mixité des politiques publiques au sein de cet urbanisme transitoire[106]Entretien avec les auteurs, 22 novembre 2023. ».

La période 2020-2025 est ainsi marquée par une multiplication des projets temporaires, par leur inscription sur l’ensemble du territoire métropolitain et par le « développement de stratégies intégrées d’urbanisme transitoire[107]UrbaLyon/Grand Lyon la Métropole (novembre 2019), op. cit., p. 25. ». Après une phase expérimentale, l’urbanisme transitoire semble se structurer comme un dispositif stabilisé d’action publique, se déclinant sous des formes matérielles (moyens financiers et humains, projets urbains, ressources publiques diverses) et immatérielles (communication institutionnelle, discours politiques, définition de normes d’action, construction d’une expertise) afin de gérer un problème public et de répondre à des enjeux fixés par la puissance publique.

On dénombre une vingtaine d’opérations transitoires[108]Sur un total de 33 projets recensés durant la période (hors espaces publics). Ces chiffres ne sont pas exhaustifs si l’on en croit les techniciens de la métropole, mais certains projets sont difficilement repérables. lancées sur des propriétés de la métropole de Lyon entre 2020 et 2025. L’augmentation quantitative s’accompagne d’un allongement des durées moyennes d’occupations et d’un accroissement du rythme de mise en œuvre des projets, en vue, selon l’ancienne responsable de l’urbanisme transitoire de la métropole, de disposer d’une « certaine souplesse dans les sites, pour que, quand il y en a un qui ferme, il y en a un autre qui ouvre[109]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ». Si les localisations des sites sont toujours dictées par les opportunités que constituent les grandes emprises et friches industrielles rachetées par la collectivité, on note une diversification spatiale des projets transitoires sur le territoire métropolitain, qui doit permettre, selon la même technicienne, de « créer un réseau suffisamment hétérogène dans les sites proposés pour que chacun y retrouve ses besoins ».

Ce recours croissant au temporaire par la métropole s’appuie sur son autonomie en matière d’aménagement dont elle détient la compétence sur son territoire, sur un renforcement des moyens financiers avec l’attribution d’un budget conséquent (10 M€ sur l’ensemble du programme pluriannuel d’investissement de la métropole), et sur des moyens humains avec la création de deux postes de catégorie A (à la direction de la maîtrise d’ouvrage urbaine et à la direction du patrimoine). Pour l’actuelle directrice de projet urbanisme transitoire (depuis 2023), ces moyens sont « assez inédits en France et même ailleurs[110]Entretien avec Yulia Kaiava (IGE) dans le cadre du projet UrbaTime, 22 février 2025. » et traduisent l’ambition politique des exécutifs écologistes en matière d’urbanisme transitoire. Selon le DGA délégué à l’urbanisme et aux mobilités, « on a eu une commande politique vraiment d’amplification de ces politiques de… intercalaires, on pourrait dire, avec effectivement des moyens dédiés dans ma délégation […]. Une ligne dans le PPI [plan pluriannuel d’investissement], non négligeable, de 10 millions d’euros pour accompagner ces initiatives, c’est pas rien. Et puis des directions thématiques […] qui ont joué le jeu et qui ont clairement fait valoir des besoins qui pouvaient se retrouver dans ces occupations-là. […] Voilà, un très très beau mode projet comme on sait le mettre en place. Lourd au départ, mais une fois qu’il est lancé, il est puissant et il est actif. Une action foncière qui est en plus convergente d’opportunités avec… les moyens de son action et a pu accélérer un certain nombre d’acquisitions avec des élus convaincus que la maîtrise foncière publique de certains biens serait décisive pour cette politique-là comme pour les développements urbains ultérieurs[111]Entretien avec les auteurs, 5 juillet 2024. ».

On entre ainsi à partir de 2020 dans une phase d’institutionnalisation de la démarche transitoire, dont la gouvernance politique est assurée par un collectif d’élus réunis au sein d’un comité de pilotage. D’un point de vue opérationnel, c’est la direction de la maîtrise d’ouvrage urbaine (DMOU) qui assure le pilotage global de l’urbanisme transitoire sur le territoire métropolitain. Une direction de projet transversale, dédiée spécifiquement à la démarche transitoire, y est rattachée, afin d’en coordonner les ressources et d’en favoriser le développement par un accompagnement méthodologique[112]Le service chargé de l’urbanisme transitoire a ainsi défini des cadres d’achat public, des montages juridiques et des études de faisabilité spécifiques.. Chaque site est ensuite géré par une équipe projet en fonction des vocations des opérations. Comme l’explique la cheffe de projet urbanisme transitoire de 2022 à 2024, « c’est le moment où les directions ont décidé de positionner une direction de projet transversale, plutôt qu’un chef de projet qui fait ça en plus du reste, parce que c’était devenu vraiment une démarche très portée, avec la commande, une démultiplication des sites, et justement de la commande politique, au sein des politiques publiques, avec des attentes de plus en plus claires[113]Entretien avec les auteurs, 18 juillet 2023. ».

Cheffe de file du déploiement soutenu du temporaire sur l’agglomération lyonnaise, la collectivité métropolitaine assiste des partenaires externes, comme les propriétaires privés, des communes de la métropole, des bailleurs sociaux ou la SNCF. La métropole de Lyon s’est également dotée d’une assistance à maitrise d’ouvrage (AMO), confiée aux groupements Plateau urbain et intermède, pionnier en matière d’occupation temporaire sur le territoire avec les Halles du faubourg. Le développement du temporaire à Lyon s’appuie ainsi sur la professionnalisation de ce secteur de l’aménagement (Pinard et Morteau, 2019[114]Op. cit.), sur la généralisation d’outils réglementaires (appels à projets, appels à manifestations d’intérêt, conventions d’occupation temporaire) et sur la création de structures spécialisées aux échelles nationales et locales, dont la reconnaissance va favoriser la légitimation de la pratique (Mallet, Mège et Fleury, 2023[115]Op. cit.). Ces structures peuvent réaliser des missions d’études préliminaires ou remplir le rôle de gestionnaire des sites faisant l’objet de projets transitoires.

En parallèle, la métropole poursuit ses initiatives pour développer une expertise interne et donner une visibilité à son action dans le champ du temporaire. À l’automne 2021, elle organise la seconde édition des rencontres d’urbanisme transitoire, qui réunissent 150 personnes. En décembre 2022, la collectivité inaugure son plus important projet, l’Étape 22D, sur les quatre hectares d’un ancien site industriel de Villeurbanne, désirant en faire un « lieu démonstrateur de l’urbanisme transitoire dans la métropole de Lyon ». Il accueille, en 2023, les troisièmes rencontres de l’urbanisme transitoire, intitulées « Maturité et défis », où est présenté un « atlas des sites d’urbanisme transitoire » qui recense toutes les opérations sur le territoire métropolitain, réalisé avec le concours de l’agence d’urbanisme. La puissance publique agit ainsi comme un ensemblier de la pratique du temporaire à Lyon, en animant un réseau d’acteurs et en institutionnalisant un dispositif transversal au service de différentes politiques publiques.

L’arrivée à maturité de la stratégie d’urbanisme transitoire de la métropole de Lyon favorise le déploiement de politiques sectorielles par la mise à disposition d’espaces vacants qui forment une offre foncière et immobilière alternative au marché privé. Le temporaire se diffuse sur le territoire en se saisissant des friches pour y favoriser l’implantation de nouveaux usages, selon une logique de différenciation et d’innovation territoriales. Les pouvoirs publics cherchent ainsi à optimiser leur patrimoine en expérimentant des pratiques et des projets qu’ils jugent à même de répondre aux enjeux urbains qu’ils ont définis. La métropole fournit alors des intervalles spatiaux et temporels à des acteurs (privés, publics et associatifs) susceptibles de contribuer à la réalisation de son programme d’action publique.

Malgré une certaine mixité programmatique des projets transitoires mise en avant, des secteurs publics sont plus spécifiquement soutenus. Le premier, qui représente la moitié des opérations temporaires initiées par la métropole sur son patrimoine depuis 2020, est celui de l’hospitalité, dans le contexte local singulier des compétences départementales sociales assumées par la métropole. La politique de l’hospitalité conduit à la création de plusieurs centres d’hébergement destinés à des publics bénéficiaires de dispositifs particuliers : mères isolées avec des enfants de moins de trois ans au titre de la protection maternelle et infantile ; mineurs non accompagnés au titre de l’aide sociale à l’enfance ; exilés en recours de minorité. Plusieurs partenaires associatifs de la collectivité gèrent ainsi des sites qui accueillent des « tiny houses », des logements modulaires, des anciens bâtis reconvertis en logements et une offre de réinsertion professionnelle.

Le second secteur d’action publique particulièrement soutenu par l’urbanisme transitoire concerne les activités économiques et le développement de filières émergentes, comme l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire et du réemploi. L’accompagnement de ces filières est notamment l’objectif de deux des plus importantes occupations lancées par la métropole sur ses propriétés : les Ateliers Briand et l’Étape 22D. La politique culturelle profite également de l’optimisation du patrimoine métropolitain vacant, selon une logique de rayonnement par l’accueil de grands évènements (festivals, biennales). Le degré de soutien public, notamment financier à travers le nivellement de redevance demandé aux occupants des sites temporaires, varie en fonction des politiques publiques, les plus sociales profitant de mises à disposition gratuites. Selon l’ancienne responsable de l’urbanisme transitoire de la métropole, il est en effet « essentiel qu’on conserve des endroits où l’accession au logement, à l’activité économique, à l’activité culturelle, etc., existe[116]Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020. ».

S’ils bénéficient de l’engagement de la collectivité, ces usages semblent néanmoins condamnés à une forme de précarité spatiale et temporelle (Védrine et Zanetti, 2025[117]Op. cit.) qui les contraint à des localisations changeantes et de courte durée sur des sites périphériques et au bâti souvent dégradé. L’accueil temporaire sur le patrimoine libre de la métropole ne pallie alors que très insuffisamment les difficultés d’accès à un marché foncier et immobilier discriminant.

Optimisation, intensification et accélération :
un dispositif de gestion temporelle
de l’action publique

Au-delà d’une simple fonction d’accueil d’usages, l’urbanisme transitoire est régulièrement présenté par les techniciens et par les élus locaux comme un « accélérateur de politiques publiques[118]Si cette formulation est donnée comme la question orientant les débats de la Troisième journée de l’urbanisme transitoire organisée par la Métropole de Lyon sur le site de l’Étape 22D à Villeurbanne le 19 octobre 2023, elle est reprise comme une affirmation dans l’édito de la première édition de l’Atlas de l’urbanisme transitoire, élaboré en partenariat avec l’agence d’urbanisme locale, présenté à cette occasion, signé par Bruno Bernard (p. 3). ». Durant le mandat de David Kimelfeld, l’urbanisme transitoire est davantage conçu comme un élément de marketing politique et une vitrine expérimentale de l’action publique en faveur de l’innovation urbaine. La nouvelle majorité écologiste le mobilise pour répondre à une volonté d’accélération des temporalités de l’action publique et pour renouveler plus profondément les politiques urbaines. Dans un contexte d’austérité budgétaire, il y a un intérêt financier indéniable dans le recours au temporaire que prône la puissance publique, à travers une rentabilisation du temps de veille des opérations d’aménagement et des économies de portage foncier en conséquence : cela démontre aussi une volonté pragmatique de réutilisation et d’optimisation de l’existant afin de réduire la vacance urbaine et de préserver des ressources foncières et matérielles devenues rares.

Cette recherche d’optimisation, d’intensification et d’accélération s’inscrit dans une volonté plus large de maîtrise des temporalités de l’action publique En effet, malgré le recours à des gestionnaires spécialisés chargés de faire respecter les délais et les conditions de sortie des occupations temporaires, la crainte de pérennisations non souhaitées est toujours présente chez les techniciens lyonnais, comme le reconnaît l’ancienne directrice de la mission Carré de soie : « il faut quand même qu’on veille à gérer un accompagnement économique, parce qu’il ne faudrait pas non plus que ça soit contre-productif, c’est-à-dire qu’on se retrouve avec des bâtiments qui soient complètement verrouillés par des occupants et qui ne puissent pas non plus servir aux autres politiques publiques[119]Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021. ». La puissance publique cherche ainsi à assurer sa maîtrise des temporalités d’occupation, dont dépendent les temporalités des futurs projets d’aménagement et donc de l’ensemble de son programme politique. La maîtrise du temps et de sa définition est alors au fondement d’une chronopolitique, en tant que « composante centrale de toute forme de souveraineté » (Rosa, 2010, p. 26[120] Op. cit.) : l’urbanisme transitoire peut ainsi être considéré comme un dispositif de pouvoir sur le temps et sur l’espace.

Depuis l’élection en 2020 d’une nouvelle majorité écologiste, l’urbanisme transitoire s’est consolidé comme un véritable dispositif d’action publique mise en œuvre par la métropole de Lyon, conformément aux ambitions de sa vice-présidente déléguée à l’urbanisme et au cadre de vie, qui déclarait en 2021 vouloir « généraliser la politique de mise à disposition de bâtiments vacants pour des occupations temporaires sur le territoire de la métropole, afin qu’elle devienne une politique métropolitaine, aussi systématique que possible[121]Retour sur la journée « Partage des pratiques », 4 octobre 2021, UrbaLyon et métropole de Lyon. ». Elle confirme cet objectif deux ans plus tard : « on en fait vraiment une politique à part entière, avec l’idée effectivement de massifier l’urbanisme transitoire dans nos biens métropolitains, en préfiguration, alors en optimisation des fonciers disponibles[122]Entretien réalisé par les auteurs, 17 juillet 2023. ». Pour l’ancienne directrice de la mission Carré de soie, cette institutionnalisation est issue de l’alternance politique à la tête de la collectivité : « À l’époque, ce n’était pas porté en tant que politique publique. Maintenant, ça l’est, on a de nouveaux élus qui en font une politique publique et y vont carrément[123]Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021. ». Si certains acteurs considèrent l’urbanisme transitoire comme une véritable politique publique, cet avis ne fait pas consensus. Pour notre part, nous préférons le qualificatif de dispositif, qui permet de rendre compte de l’instrumentalisation de l’urbanisme transitoire au service de diverses politiques publiques métropolitaines.

Ce dispositif se caractérise par la définition d’une stratégie à la fois spatiale et temporelle de l’action urbaine de la collectivité. Sur le plan spatial, elle repose sur une démarche foncière et patrimoniale qui cherche à limiter la vacance et les nouvelles constructions pour favoriser le recyclage des espaces bâtis, en mettant à disposition les lieux nécessaires pour répondre aux enjeux territoriaux identifiés par la collectivité. En cela, elle porte une nouvelle approche du renouvellement urbain qui fait du temporaire une modalité centrale de la transformation des espaces urbains qui ont perdu leur fonction initiale, s’inscrivant à une échelle bien plus vaste que celle du seul site. Sur le plan temporel, le transitoire devient une phase à part entière des procédures courantes d’aménagement (ZAC, PUP, GOV, etc.) et plus largement de l’action urbaine de long terme, à laquelle elle est intégrée en amont pour en permettre l’optimisation, l’intensification ou l’accélération.

Le transitoire articule ainsi des occupations provisoires et de court terme, pour offrir une réponse rapide et ponctuelle à des besoins urgents ; et des démarches de préfiguration à moyen ou long terme, pour expérimenter les futures fonctions et usages des espaces en renouvellement. Il est donc utilisé pour maîtriser les temporalités de l’action publique urbaine. Par ailleurs, on constate avec le mandat des écologistes une poursuite du changement de l’action publique opéré durant la mandature précédente, et une consolidation de la mobilisation de l’urbanisme transitoire comme dispositif de transformation de l’action publique et des temporalités. Sur l’ensemble de la période historique considérée (2002-2025), le changement dans l’action publique se fait donc de manière mixte (Baumgartner et Jones, 2002[124]Op. cit.) en articulant des phases de changement incrémental et des phases de changement soudain.

Conclusion

Dans cet article, nous avons présenté, de manière chronologique, les trois phases de déploiement de l’urbanisme temporaire par les services de la métropole de Lyon. Après une période d’expérimentations qui s’apparente à une pratique innovante mais marginale d’aménagement et de transformations des espaces vacants (2002-2015), la période qui suit (2015-2020) et plus particulièrement avec le mandat de David Kimelfeld, permet une certaine incubation du corpus doctrinal de l’urbanisme transitoire, éprouvé dans d’autres territoires et mieux saisi dans ses contours comme dans le champ des possibles qu’il offre, au service de politiques sectorielles liées aux compétences métropolitaines. Les outils s’affinent, et les services techniques structurent leur action de manière coordonnée. En toute logique, la période qui s’ouvre au lendemain des élections de 2020, avec l’arrivée des écologistes et dans un contexte de recadrage des priorités politiques en adéquation avec le programme de l’équipe élue, vient réorienter et confirmer l’élan pris sous la majorité précédente. L’urbanisme temporaire est déployé au cœur d’une commande politique claire et dans une conception renouvelée du temps et des temporalités de l’action publique, comme le constate également la directrice de projet urbanisme transitoire à la métropole entre 2022 et 2024, Emmanuelle Sibué-Allart : « le réel changement concernant la prise en charge métropolitaine de l’urbanisme transitoire se situe dans le rapport au temps » (Sibué-Allart, 2025, p. 130[125]Sibué-Allart E. (2025). « De la friche au projet : l’urbanisme transitoire comme accélérateur de dynamiques territoriales », dans Payre R, Paul C, Parnet C (dir.), Les territoires qui disent non ! Mobilisations et mutation de l’action publique, Boulogne-Billancourt, Berger-Levrault, p. 127-130.), articulant la mise en œuvre rapide dans la conduite de projet tout en veillant à pérenniser des usages dans l’activation de sites durables, répondant à des besoins permanents. L’une des singularités de l’action publique déployée sur le territoire réside certainement dans le rôle d’ensemblier que constitue la mission de la directrice de projet urbanisme transitoire, selon un dispositif interne transversal au service de différentes politiques sectorielles, et intégrant le concours d’acteurs privés spécialisés.

Le cas étudié, pour la métropole de Lyon, invite à une interprétation critique de la complexité et l’étendue de son champ d’application. Tout comme pour la sémantique, les acteurs interrogés donnent des appréciations contradictoires.

  • La vice-présidente à l’urbanisme et au cadre de vie laisse entendre que cela se rapproche d’une politique publique : « je ne sais pas si c’est une spécificité lyonnaise mais, en tout cas, moi, je ne vois pas comment ça peut fonctionner si on n’y met pas de moyens humains et financiers, comme toute politique[126]Entretien avec les auteurs, 17 juillet 2023.. Les changements entrepris tendent à démontrer les efforts déployés en cette faveur.
  • L’actuelle directrice de projet urbanisme transitoire est plus nuancée : « C’est une démarche au service des politiques publiques. Ce n’est pas une politique publique en soi. Par contre, le fait qu’il y ait un budget spécifique, un poste dédié, etc., ça donne les caractéristiques peut-être d’une politique publique en tant que telle. Si c’était une vraie politique publique, il faudrait que j’aie un service dédié à une politique spécifique. En fait, je pense qu’on a voulu vraiment mettre le paquet là-dessus et expérimenter, d’où mon poste, un budget, etc. Mais, dans les faits, on ne fait pas du transitoire pour faire le transitoire : on fait du transitoire pour y mettre quelque chose[127]Entretien avec les auteurs, 24 juin 2025. ». Si la singularité de l’urbanisme transitoire à l’échelle locale semble résider dans un fléchage sectorisé de l’action publique recourant au dispositif sectoriel de l’urbanisme transitoire, la convergence des initiatives soutenues par la collectivité et l’intégration de mécanismes opératoires en son sein confèrent aux principes de l’urbanisme transitoire des capacités vectorielles de changement institutionnel notables.
  • Enfin, celle qui a précédemment occupé ces fonctions, arguant sur le fait que la thématique est portée et encadrée par les pouvoirs publics mais dans un lien étroit avec les acteurs du territoire, affirme : « en cela, l’urbanisme transitoire ne constitue pas une politique publique en tant que telle, mais une nouvelle façon de faire au service d’un maximum de politiques publiques […]. Donc, autour de ces trois politiques publiques principales – hospitalité, culture et transition économique –, on a vraiment le cœur de notre commande politique qui vise à utiliser l’urbanisme transitoire comme facilitateur et lieu d’expérimentation, ce qui produit en définitive des projets temporaires assez riches » (Sibué-Allart, 2025, p. 128-129[128]Op. cit.). Dépassant un cadrage opportuniste, la métropole de Lyon a en quelque sorte établi une démarche processuelle d’application opératoire endogène, à l’interface de différents services, et exogène, à l’articulation de systèmes d’acteurs et au service de politiques publiques augmentées par les outils, les moyens et les dispositifs développés et activés à ces fins.

L’urbanisme transitoire correspond bien à un dispositif d’action publique et non à une politique publique à part entière, dans le sens où, n’étant pas totalement stabilisé, il est encore sujet à des expérimentations. L’urbanisme temporaire s’est aujourd’hui très largement imposé à l’agenda politique d’un grand nombre de collectivités. Les configurations territoriales spécifiques de chacune d’entre elles démontrent que le portage politique varie selon le contexte. Si l’innovation de l’action publique, par l’expérimentation de ces pratiques, constitue un changement parfois brutal par rapport à des modalités établies, la maturité du transitoire dans le champ de l’urbanisme est telle que l’on peut émettre l’hypothèse qu’il soit prochainement parfaitement intégré auprès des acteurs professionnels, qui pourront dès lors entreprendre de manière autonome cette démarche, nouvelle phase temporelle de l’urbanisme et de l’aménagement. L’urbanisme transitoire, dispositif d’accompagnement au changement de l’action publique et de maîtrise de ses temporalités, reflète l’appropriation du paradigme temporel de l’urbanisme par des acteurs multiples, mobilisés pour différents objectifs mais convergents autour d’une même pratique, à la fois spatiale et temporelle.


[1] Les acteurs lyonnais interrogés utilisent spontanément les terminologies urbanisme temporaire/transitoire de manière souvent indifférenciée. La littérature scientifique n’est pas homogène non plus sur les termes utilisés pour rendre compte de ces pratiques. Landgrave-Serrano, Stoker et Crisman (2021) les regroupent par exemple dans la catégorie de l’ « urbanisme ponctuel » (Landgrave-Serrano M, Stoker P, Crisman JJA, 2021, « Punctual urbanisms: rapid planning responses to urban problems », Journal of Planning Literature, n° 36, p. 467-491). Dans cet article, nous reflétons cette ambivalence et employons « urbanisme transitoire » et « urbanisme temporaire » dans un entendement large.

[2] Diguet C. (2018). L’urbanisme transitoire : optimisation foncière ou fabrique urbaine partagée ?, Paris, Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France. 

[3] Lemonier M. (2018). « Urbanisme temporaire : des espaces réinventés », Diagonal : revue des équipes d’urbanisme, n° 203, p. 15-25.

[4] SNCF Immobilier et Plateau Urbain. (2019). « Urbanisme transitoire en Europe », Conférence MIPIM. 

[5] Buratti T, Communa. (2020). « L’urbanisme temporaire. Enjeux et perspectives », Pour la solidarité. Notes d’analyse, septembre.

[6] ADULM (Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole). (2021). L’urbanisme transitoire : paroles d’acteurs et retours d’expériences de la Métropole lilloise, Lille, ADULM, 136 p. 

[7] Quignon B. (2025). « L’urbanisme transitoire, producteur de valeur et créateur de liens », dans Payre R, Paul C, Parnet C (dir.), Les territoires qui disent non ! Mobilisations et mutation de l’action publique, Boulogne-Billancourt, Berger-Levrault, p. 121-125.

[8] Hou J (dir.). (2010). Insurgent public space: Guerrilla urbanism and the remaking of contemporary cities, Londres, Routledge, 288 p.

[9] Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les “espaces-enjeux” pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Keerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces-enjeux : entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 245-256.

[10] Oswalt P, Overmeyer K, Misselwitz P. (2013). Urban catalyst: The power of temporary use, Berlin, DOM Publishers, 384 p.

[11] Ferreri M. (2015). « The seductions of temporary urbanism », Ephemera, n° 15, p. 181-191.

[12] Madanipour A. (2017). « Temporary use of space: Urban processes between flexibility, opportunity and precarity », Urban Studies, n° 55, p. 1093-1110.

[13] Andres L, Kraftl P. (2021). « New directions in the theorisation of temporary urbanisms: Adaptability, activation and trajectory », Progress in Human Geography, n° 45, p. 1237-1253.

[14] Stevens Q, Dovey K. (2023). Temporary and tactical urbanism:(re)assembling urban space, Londres, Routledge, 222 p.

[15] Pradel B. (2007). « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, n° 82, p. 123-130.

[16] Iveson K. (2013). « Cities within the city: Do-it-yourself urbanism and the right to the city », International Journal of Urban and Regional Research, n° 37, p. 941-956.

[17] Tardiveau A, Mallo D. (2014). « Unpacking and challenging habitus: An approach to temporary urbanism as a socially engaged practice », Journal of Urban Design, n° 19, p. 456-472.

[18] Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.

[19] Rose G, Stocker M, Ornetzeder M. (2022). « The learning city: Temporary housing projects as urban niches for sustainability experiments », Sustainability, n° 14, p. 51-98.

[20] Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: Short-term action for long-term plan, Washington, Island Press, 256 p.

[21] Silva P. (2016). « Tactical urbanism: Towards an evolutionary cities’ approach? », Environment and Planning B: Planning and design, n° 43, p. 1040-1051.

[22] Hasenknopf R. (2024). « L’urbanisme transitoire en quartier populaire : quelles appropriations ? Les cas de Wild im West (Vienne) et TLM (Paris) », Métropoles, n° 35.

[23] Baillargeon T, Diaz J. (2020). « L’urbanisme transitoire à Montréal : entre innovation et préservation », Revue Organisations & Territoires, n° 29, p. 25-39.

[24] Bragaglia F, Caruso N. (2020). « Temporary uses: A new form of inclusive urban regeneration or a tool for neoliberal policy? », Urban Research & Practice, n° 15, p. 194-214.

[25] Mallet S, Mège A, Fleury A. (2023). « Le temporaire comme instrument de la fabrique urbaine. Émergence et ancrage dans la métropole de Bordeaux », Riurba, n° 14.

[26] Afin notamment de permettre à certains usages d’accéder à des espaces (dédiés), malgré l’incapacité de répondre aux exigences financières du marché immobilier.

[27] Andres L. (2013). « Differential spaces, power hierarchy and collaborative planning: A critique of the role of temporary uses in shaping and making places », Urban Studies, n° 50, p. 759-775.

[28] Mould O. (2014). « Tactical urbanism: The new vernacular of the creative city », Geography Compass,  n° 8, p. 529-539.

[29] Calvino A. (2018). « Les friches, vernis sur la rouille ? », Le Monde diplomatique, avril, p. 26-27.

[30] Colomb C. (2012). « Pushing the urban frontier: Temporary uses of space, city marketing, and the creative city discourse in 2000s Berlin », Journal of Urban Affairs, n° 34, p. 131-152.

[31] Demailly KE, Darly S. (2017). « Urban agriculture on the move in Paris: The routes of temporary gardening in the neoliberal city », ACME: An International Journal for Critical Geographies, n° 16, p. 332-361.

[32] Védrine C, Zanetti T (dir.). (2025). Hébergement et occupation temporaires. Spatialités et temporalités des territoires de l’accueil, Paris, L’œil d’Or, 324 p.

[33] LQC solutions/urbanism: lighter, quicker, cheaper.

[34] Greco J. (2012). « From pop-up to permanent », Planning, n° 78, p. 14-21.

[35] Op. cit.

[36] Muller P. (2005). Esquisse d’une théorie du changement dans l’action publique. Structures, acteurs et cadres cognitifs. Revue française de science politique, n° 55, p. 155-187.

[37] Marrel G, Payre R. (2006) « Les temporalités du politique », Pôle Sud, n° 25, p. 5-7.

[38] Nous avons fait le choix de nous restreindre aux approches classiques du changement dans la sociologie de l’action publique et en sciences politiques, mais notons au moins l’existence d’une troisième approche, dans le champ des études urbaines, qui s’intéresse au recours à l’expérimentation comme mode d’appréhension des incertitudes et déterminant les relations au changement des acteurs (Ramirez-Cobo I, Zepf M, 2022, « Expérimenter et valoriser les incertitudes dans le projet urbain : des instruments pour le changement en urbanisme ? Le cas du projet de l’Esplanade à Grenoble », dans Arab N, Mille A, Pauchon A (dir.), Urbanisme et changement : injonction, rhétorique ou nouvelles pratiques ?, Toulouse, Presses universitaires du Midi, p. 115-127 ; Ambrosino C, Devisme L, 2024, « De quoi l’expérimentation urbaine est-elle le nom ? », Métropoles, n° 35).

[39] Lindblom C. (1958). « Policy analysis », American Economic Review,  n° 48, p. 298-312.

[40] Lindblom C. (1959). « The science of muddling through », Public Administration Review, n° 19, p. 31-40.

[41] Hall P. (1989). The power of economic ideas, Princeton, Princeton University Press, 408 p.

[42] Pierson P. (1994). Dismantling the welfare State ? Reagan, Thatcher, and the politics of retrenchment, Cambridge, Cambridge University Press, 223 p.

[43] Pierson P. (2004). Politics in Time, Princeton, Princeton University Press, 208 p.

[44] Kingdon J. (1984). Agendas, alternatives and public policies, New York, Harper and Collins, 230 p.

[45] Cohen MD, March JG, Olsen JP. (1972). « A garbage can model of organizational choice », Administrative Science Quarterly, n° 17, p. 1-25.

[46] Commaille J, Simoulin V, Thoemmes J. (2014). « Les temps de l’action publique entre accélération et hétérogénéité », Temporalités, n° 19.

[47] Claude V. (2006). Faire la ville. Les métiers de l’urbanisme au XXe siècle, Marseille, Parenthèses.

[48] Baumgartner F, Jones B. (dir.). (2002). Policy dynamics, Chicago, University of Chicago Press, 371 p.

[49] Rosa H. (2010). Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 480 p.

[50] Op. cit.

[51] Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération. Les temps de l’urbanisme présentiste, Paris, Éditions de l’Aube, 305 p.

[52] Arab N, Mille A, Pauchon A (dir.). (2022). Urbanisme et changement : injonctions, rhétorique ou nouvelles pratiques ?, Toulouse, Presses Universitaires du Midi.

[53] Le programme ANR UrbaTime (2018-2024) a été piloté par Sandra Mallet (URCA/Habiter).

[54] Le programme TransUrba, soutenu par l’Ademe (2022-2025), a également été piloté par Sandra Mallet (URCA/Habiter).

[55] Op. cit.

[56] Tonkiss F. (2013). « Austerity urbanism and the makeshift city », City, n° 17, p. 312-324.

[57] Talen E. (2015). « Do-it-yourself urbanism: A history », Journal of Planning History, n° 14, p. 135-148.

[58] Ferreri M. (2021). The permanence of temporary urbanism. Normalising precarity in austerity London, Amsterdam, Amsterdam University Press, 194 p.

[59] Ripoll F, Veschambre V. (2005). « Introduction. L’appropriation de l’espace comme problématique », Norois. Environnement, aménagement, société, n° 195, p. 7-15.

[60] Colin B. (2018). « Comment l’urbanisme et 1968 ont aménagé des squatts à Paris et Berlin-Ouest », Lendemains. Études comparées sur la France / Vergleichende Frankreichforschung, n° 169, p. 38-49.

[61] Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134, p. 37-51.

[62] Lextrait F. (2001). Une nouvelle époque de l’action culturelle, rapport à Michel Duffour, secrétariat d’État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, Paris, La Documentation française, 290 p.

[63] Grésillon B. (2011). « La reconversion d’un espace productif au cœur d’une métropole : l’exemple de la friche Belle de Mai à Marseille », Rives méditerranéennes, n° 38, p. 87-101.

[64] Pattaroni L. (2011). « Le nouvel esprit de la ville », Mouvements, n° 65, p. 43-56.

[65] Bardet F, Healy A. (2015). « Les acteurs urbains et les promesses des palmarès internationaux des villes. Lyon à la conquête du “Top 15” européen », Métropoles, n°16.

[66] Entretien réalisé par les auteurs, 8 juin 2020.

[67] Buron G. (2007). Stratégies et dynamiques conflictuelles autour des délaissés urbains. Quand la ville rencontre la ville…, rapport de recherche, PUCA.

[68] Lyon Mag, 20 décembre 2010.

[69] Une partie des occupants est finalement relogée jusqu’en 2019 dans les trois hectares d’une ancienne bonneterie rachetée par la ville de Lyon. La « friche Lamartine », espace de création et d’expérimentation artistique, connaît plusieurs adresses successives dans la ville de Lyon, au gré des conventions d’occupation temporaire et de la réalisation de projets d’aménagement urbain.

[70] Entretien réalisé par les auteurs, 8 juin 2020.

[71] Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021.

[72] Entretien réalisé par les auteurs, 5 juillet 2024.

[73] Op. cit.

[74] Berthou J. (2025). « La convention d’occupation temporaire : un espace d’interdépendance entre les squatteur·euse·s et les autorités publiques », dans Vedrine C, Zanetti T (dir.), Hébergement et occupation temporaires. Spatialités et temporalités des territoires de l’accueil, Paris, L’œil d’Or, p. 251-269.

[75] Aguilera T. (2012). « Gouverner les illégalismes », Gouvernement et action publique, n° 3(1), p. 101-124.

[76] Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021.

[77] Bouhaddou MK. (2019). « Attente(s) et incertitude(s), le terreau de “Prenez Racines !” », Les cahiers du développement social urbain, n° 69, p. 28-29.

[78] Op. cit.

[79] La biennale d’art contemporain est relocalisée dans les usines Fagor-Brandt à partir de 2019, puis aux Grandes Locos pour la dernière édition, deux sites d’urbanisme transitoire de la métropole.

[80] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[81] Entretien avec les auteurs, 15 juillet 2020.

[82] Ibid.

[83] Ibid.

[84] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[85] Biennale d’art contemporain, Nuits sonores, biennale de la danse, Lyon street food festival, festival Peinture fraîche.

[86] Entretien avec les auteurs, 15 juillet 2020.

[87] Entretien avec les auteurs, 10 novembre 2020.

[88] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[89] Benoît Quignon, son directeur de 2016 à 2020, a dirigé les services de la ville de Lyon (2001-2014), puis de la métropole (2015-2016).

[90] UrbaLyon/Grand Lyon la Métropole (novembre 2019) : « Occupation temporaire : retour sur la journée Partage des pratiques du mardi 5 novembre 2019 à Fagor Brandt – Lyon 7ème », p. 2.

[91] Jobert B, Muller P. (1987). L’État en action. Politiques publiques et corporatismes, Paris, PUF, 242 p.

[92] Surel Y. (2019). « Approches cognitives », dans Boussaguet L, Jacquot S, Ravinet P (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, 5e édition, Paris, Presses de Sciences Po, p. 87-94.

[93] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[94] UrbaLyon/Grand Lyon la métropole (octobre 2019) : « Occupation temporaire. Enjeux et guide pratique à l’usage des collectivités locales. De l’intention à la mise en œuvre, l’essentiel des méthodes, outils et conditions de réussite issus de 16 retours d’expériences », p. 3.

[95] Commission permanente du 21 novembre 2022, délibération n° CP-2022-1864, p. 89.

[96] Extrait du registre des délibérations du conseil de la métropole. Délibération n° 2019-3819, conseil du 30 septembre 2019.

[97] Andres L. (2010). « Reconquête culturo-économique des territoires délaissés : de l’importance du temps de veille et de ses acteurs transitoires », Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens/Journal of Mediterranean geography, n° 114, p. 51-62.

[98] Poudrette, Gratte-Ciel et Allée du Textile.

[99] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[100] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[101] Op. cit.

[102] Extrait du registre des délibérations du conseil de la métropole. Délibération n° 2019-3819, conseil du 30 septembre 2019.

[103] Les Ateliers Briand, dossier de presse, 14 décembre 2022, p. 3.

[104] Les écologistes (2023) : « L’urbanisme transitoire : nouvelle dynamique des territoires » (tribune politique), MET’. Le magazine de la Métropole, n° 38.

[105] Marie JL. (1989). « La symbolique du changement », dans Mabileau C, Sorbets C (dir.), Gouverner les villes moyennes, Paris, Pédone, p. 109-149.

[106] Entretien avec les auteurs, 22 novembre 2023.

[107] UrbaLyon/Grand Lyon la Métropole (novembre 2019), op. cit., p. 25.

[108] Sur un total de 33 projets recensés durant la période (hors espaces publics). Ces chiffres ne sont pas exhaustifs si l’on en croit les techniciens de la métropole, mais certains projets sont difficilement repérables.

[109] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[110] Entretien avec Yulia Kaiava (IGE) dans le cadre du projet UrbaTime, 22 février 2025.

[111] Entretien avec les auteurs, 5 juillet 2024.

[112] Le service chargé de l’urbanisme transitoire a ainsi défini des cadres d’achat public, des montages juridiques et des études de faisabilité spécifiques.

[113] Entretien avec les auteurs, 18 juillet 2023.

[114] Op. cit.

[115] Op. cit.

[116] Entretien avec les auteurs, 8 juin 2020.

[117] Op. cit.

[118] Si cette formulation est donnée comme la question orientant les débats de la Troisième journée de l’urbanisme transitoire organisée par la Métropole de Lyon sur le site de l’Étape 22D à Villeurbanne le 19 octobre 2023, elle est reprise comme une affirmation dans l’édito de la première édition de l’Atlas de l’urbanisme transitoire, élaboré en partenariat avec l’agence d’urbanisme locale, présenté à cette occasion, signé par Bruno Bernard (p. 3).

[119] Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021.

[120] Op. cit.

[121] Retour sur la journée « Partage des pratiques », 4 octobre 2021, UrbaLyon et métropole de Lyon.

[122] Entretien réalisé par les auteurs, 17 juillet 2023.

[123] Entretien réalisé par les auteurs, 2 mars 2021.

[124] Op. cit.

[125] Sibué-Allart E. (2025). « De la friche au projet : l’urbanisme transitoire comme accélérateur de dynamiques territoriales », dans Payre R, Paul C, Parnet C (dir.), Les territoires qui disent non ! Mobilisations et mutation de l’action publique, Boulogne-Billancourt, Berger-Levrault, p. 127-130.

[126] Entretien avec les auteurs, 17 juillet 2023.

[127] Entretien avec les auteurs, 24 juin 2025.

[128] Op. cit.