frontispice

Mettre en projet l’espace public
Enquête sur le réaménagement
de la place des Fêtes et ses rythmes
2013-2019

Juliette Charron
LAVUE-LAA

frontispice

Mettre en projet l’espace public
Enquête sur le réaménagement
de la place des Fêtes et ses rythmes
2013-2019

• Sommaire du no 19

Juliette Charron LAVUE-LAA

Mettre en projet l’espace public : enquête sur le réaménagement de la place des Fêtes et ses rythmes 2013-2019, Riurba no 19, janvier 2026.
URL : https://www.riurba.review/article/19-temps/espace-public/
Article publié le 1er sept. 2026

Copier la référence
Télécharger le PDF
Imprimer l’article
Juliette Charron
Article publié le 1er sept. 2026
  • Abstract
  • Résumé

Planning Public Spaces. A study on the redevelopment of place des Fêtes and its rhythms, 2013–2019

This article analyzes the renovation of Place des Fêtes in Paris’s 19th arrondissement, which was part of the program Réinventons nos places. We examine how, inspired by methods of temporary or tactical urbanism, the Parisian institution established a framework that allows for a certain degree of flexibility for developers working with municipal services. By studying the project process from the inside—from the initial call for proposals to its implementation on the square—we hypothesize that time becomes a key element of the project, even more so than space, where on-the-ground actions become design practices for the project.

L’article analyse le réaménagement de la place des Fêtes, dans le 19e arrondissement de Paris, dans le cadre du programme « Réinventons nos places ». Il montre comment, en s’inspirant des méthodes d’urbanisme temporaire ou tactique, l’institution parisienne établit un cadre d’action permettant une relative marge de négociation pour les prestataires extérieurs aux services municipaux. En étudiant depuis l’intérieur le processus de projet depuis la commande jusqu’à son apposition sur la place, nous émettons l’hypothèse que le temps devient matière de projet davantage que l’espace, où les actions menées sur place deviennent des pratiques de conception du projet.

Cet encadré technique n’est affiché que pour les administrateurs
post->ID de l’article : 6811 • Résumé en_US : 6901 • Résumé fr_FR : 6899 • Sous-titre[0] : E

Introduction

Comme les autres espaces publics, les places occupent une position croissante dans les politiques urbaines depuis les années 1980 (Joseph, 1992[1]Joseph I. (1992). « L’espace public comme lieu de l’action », Les Annales de la Recherche Urbaine, vol. 57, p. 211‑217.). En France, dans un contexte de mise en cause de l’urbanisme fonctionnaliste, la notion d’espaces publics émerge notamment avec la publication d’un rapport du Plan Urbain, en 1988. Dans ce rapport, l’espace public est perçu comme « un véritable enjeu urbain » pour « donner une nouvelle image de marque de la ville » et « favoriser la cohésion des pratiques sociales et culturelles » (Plan urbain, 1988[2]Plan urbain. (1988). Espaces publics, Paris, La Documentation française, 131 p. La citation provient de la lettre de mission du délégué à la Recherche et à l’Innovation et du directeur de l’Architecture et de l’Urbanisme à André Louisy, responsable du groupe de travail Espaces publics, en préambule du rapport (p. 10).). Après le déplacement de compétences des sujets urbains de l’État aux municipalités dans le cadre de la décentralisation, le terme devient « omniprésent » (Fleury, 2007[3]Fleury A. (2007). « Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul », thèse de doctorat, Université Paris 1, p. 52.) dans les discours sur la ville, au fil des années. L’espace public, au même titre que l’ensemble de la commande publique, « prend une connotation symbolique » (Biau, 2018[4]Biau V. (2018). « Nouveaux appels à compétences et enjeux de qualification chez les professionnels de la fabrication de la ville », Cybergeo: European Journal of Geography, p. 3.) pour les élus[5]Avec la loi Defferre de janvier 1983, suivie de celle de juillet 1983 qui établit les modalités des transferts de compétences de l’État aux communes, notamment en matière d’urbanisme. [En ligne, devenant un « objet privilégié de leur intervention » (Arab et Bourdin, 2009, p. 142[6]Arab N, Bourdin A. (2009). « La commande d’espace public dans les collectivités territoriales. Nouvelles formes de coopération et d’expertises », dans Biau V, Tapie G (dir.), La fabrication de la ville. Métiers et organisations, Marseille, Parenthèses, p. 141‑151.).

En parallèle, de nouvelles manières de pratiquer l’urbanisme sont progressivement apparues, où la manipulation du temps permet la réalisation du projet. De l’occupation transitoire, dans le cas des espaces vacants ou de lieux inutilisés dans l’attente de transformation (Pinard, 2021[7]Pinard J. (2021). « L’urbanisme transitoire, entre renouvellement des modalités de fabrique de la ville et évolution de ses acteurs : Une immersion ethnographique au sein de SNCF Immobilier », thèse de doctorat, Université Paris-Est, 559 p.), au développement d’actions tactiques (Silva, 2016[8]Silva P. (2016). « Tactical urbanism: towards an evolutionary cities’ approach? », Environment and Planning B: Planning and Design) promues comme alternative à des stratégies de planification institutionnelle (Douay et Prévot, 2016[9]Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain “alternatif” » ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, vol. 36. ; Lydon et Garcia, 2015[10]Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: Short-term action for long-term change, Washington DC, Island Press, 230 p. , Mortelette et al., 2023[11] Mortelette C, Gagnol L, Burger C. (2023). « L’urbanisme tactique : outil d’émancipation ou de neutralisation des pratiques habitantes dans les espaces urbains ? », L’Espace Politique, vol. 47‑48.), ces nouvelles manières de faire tendent à imposer l’urbanisme temporaire (Mallet et al., 2024[12]Mallet S, Mège A, Fleury A. (2024). « Le temporaire comme instrument de la fabrique urbaine : émergence et ancrage dans la métropole de Bordeaux », Riurba, n° 14.  ; Pradel, 2012[13]Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les “espaces-enjeux” pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Kerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces enjeux : Entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 245‑256.) comme un outil incontournable du projet urbain (Carlini, 2019[14]Carlini S. (2019). « Imaginer et “faire autrement” la ville ? Un dispositif d’”occupation temporaire” au sein des transformations de la métropole francilienne », Urbia, Hors série, n° 5, p. 51‑68.). Cet outil s’accompagne d’un renouvellement d’alliances dans les jeux d’acteurs de la fabrique urbaine (Gomes et Dang Vu, 2023[15]Gomes P, Dang Vu H. (2023). « Les appels à projets urbains innovants en temps réel. Des groupements entre recompositions et décompositions », Riurba, n° 12.). Sans traiter spécifiquement de l’émergence des nouveaux acteurs (Biau, 2020[16]Biau V. (2020). Les architectes au défi de la ville néolibérale, Marseille, Parenthèses, 242 p.  ; Macaire, 2009[17]Macaire E. (2009). « Des architectes dans le champ socioculturel », dans Bureau MC, Perrenoud M, Shapiro R (dir.), L’artiste pluriel, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, p. 161‑173.) et de leurs compétences (Biau, 2018[18]Op. cit.   ; Pinard et Morteau, 2019[19]Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? », Riurba, n° 8.) dans la commande publique, il sera question ici de leur intégration dans ces processus institutionnels d’aménagement urbain et des actions qu’ils y mènent.

Nous interrogerons dans cet article ces nouvelles logiques de production urbaine lorsqu’elles sont appliquées à l’espace public. De quelles manières la commande publique, par l’emploi de méthodes d’urbanisme temporaire et tactique, transforme-t-elle les pratiques de projet entre imposition d’un cadre d’action et possible adaptation au site ? Comment la commande et les enjeux portés par celle-ci, en atterrissant sur une place, articulent-ils intention générale et application locale, quel frottement advient-il dans ce saut d’échelle ?

Nous faisons l’hypothèse que les acteurs, invités par la ville de Paris à participer au réaménagement, travaillent davantage à mettre en projet la place, par l’instigation d’un rythme, qu’à la réalisation concrète de l’aménagement. La segmentation de la commande générale de réaménagement entraîne une superposition des missions, une succession des acteurs, et une récurrence de l’action, sur et pour la place. Le rythme devient le moteur de l’action. En plaçant le temps au cœur du processus de projet, l’expérience sur place donne lieu à des ajustements, des détournements et des déplacements des intentions initiales, prévues et imprévues dans les cadres de la commande.

Élaboré par la mairie de Paris en 2015 pour le réaménagement de sept places[20]La place du Panthéon, la place de la Madeleine, la place de la Nation, la place d’Italie, la place de la Bastille, la place Gambetta et la place des Fêtes., le programme « Réinventons nos places » nous apparaît comme emblématique de la manière dont une volonté politique, pensée à l’échelle municipale, s’applique localement, par l’usage du temps comme outil de projet pour transformer l’espace public. Notre regard portera sur l’une de ces places du programme Réinventons nos places, la place des Fêtes, dans le 19e arrondissement de Paris, durant l’application du processus de réaménagement, entre 2013 et 2019. Contrairement aux autres places du programme, sa morphologie ne correspond ni à une place de carrefour ni à une place de mairie ; aussi, sa présence dans ce programme interpelle. Notre article s’intéressera spécifiquement au cas du réaménagement de cette place selon une approche anthropologique (Olivier de Sardan, 1995[21]Olivier de Sardan JP. (1995). « La politique du terrain. Sur la production des données en anthropologie », Enquête, Archives de la revue Enquête, n° 1, p. 71‑109.). Depuis la place des Fêtes, nous analyserons le déroulement des étapes successives du réaménagement, en suivant le processus et ses temporalités. Les données de terrain présentées ici sont issues de l’enquête ethnographique réalisée sur la place des Fêtes[22]L’enquête ethnographique qui s’étend de 2017 à 2021 a été réalisée dans le cadre d’une thèse de doctorat menée sous la direction d’Alessia de Biase au laboratoire LAA-LAVUE : Charron J. (2024). « “Résoudre” l’espace public ? Ruptures et continuités dans les récits d’aménagement de la place des Fêtes », thèse de doctorat, Université Paris Nanterre, 503 p.. Au cours de celle-ci, des entretiens semi-directifs ont été réalisés avec les différents « acteurs[23]Nous choisissons de nommer de manière indistincte « acteurs » tout individu ou groupe, qu’il soit commanditaire, concepteur ou participant, en considérant que tous agissent à mettre en projet la place. » (Gaudin, 2001[24]Gaudin JP. (2001). « L’acteur. Une notion en question dans les sciences sociales », Revue européenne des sciences sociales, n° 39, p. 121. ; Goffman, 1973[25]Goffman E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 254 p.) prenant part au projet : les agents de la direction de la voirie et des déplacements (DVD) en charge du projet, les équipes de concepteurs lauréats des différentes missions, et des acteurs locaux participant à différentes étapes de concertation que nous allons détailler[26]En tout, un peu plus de 70 entretiens semi-directifs avec des acteurs impliqués dans les transformations de la place, qu’elles soient urbaines ou sociales, ont été réalisés au cours de l’enquête. L’enquête, pour partie historique, a mobilisé des interlocuteurs susceptibles de raconter différents moments de remise en question de l’espace public ; dans le cadre de cet article, seuls les entretiens avec les acteurs impliqués dans le dispositif de projet Réinventons nos places sont mobilisés.. Ces entretiens se sont accompagnés d’observations participantes (Foote Whyte, 1943[27]Foote Whyte W. (1943). Street corner society : La structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris, La Découverte, 403 p.) selon une approche situationnelle (Augé, 1994[28]Augé M. (1994). Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, 195 p.). Ainsi, nous avons pris part à des situations de travail (workshops, ateliers de coconception et réunions de chantier) et de restitution publique. Enfin, durant le terrain ethnographique, de nombreux documents ont pu être récoltés (communication et pièces écrites des marchés) permettant de comprendre l’inscription des situations observées dans le processus.

Notre article se structure en deux parties qui se distinguent par l’échelle d’analyse et le point de vue. Il s’agira dans un premier temps de l’inscription de ce programme Réinventons nos places dans une filiation avec d’autres programmes d’aménagement d’espace public développés par la ville de Paris ces dernières années, et de la relation qu’entretient ce programme avec des modes d’urbanisme tactique et temporaire. Nous nous pencherons, par la suite, sur les étapes de projet en analysant les marchés publics successifs afin d’éclairer les manières de « faire projet » mises en avant par la ville, par la constitution de cadres d’actions en relation avec l’espace d’application. Pour gagner en clarté, les missions seront nommées selon leur enchaînement dans la temporalité globale de réaménagement. La deuxième partie portera sur nos observations de terrain. Davantage ethnographique, elle s’appuiera sur des extraits d’entretiens et de carnets de terrain. Par la description, nous donnerons à voir, depuis la place, les actions et les acteurs qui font le projet, ainsi que la manière dont ils négocient, détournent et s’arrangent avec le cadre imposé par la ville. Nous aborderons la manière dont le processus évolue de la commande à l’application, et les changements de projet qui en résultent. Enfin, nous questionnerons les limites de cette manière de procéder, où certains effets du processus de projet tactique mis en place par la mairie et appliqués par les acteurs prenant part au réaménagement ne sont pas anticipés.

Entre intention politique et situation spécifique,
la fabrication d’une commande

Transformer l’espace public
en renouvelant les manières de faire

Réinventons nos places s’inscrit dans une généalogie de programmes d’aménagement urbain d’espace public. À Paris, la nouvelle municipalité arrivée au pouvoir en 2001 engage un certain nombre de transformations urbaines qui amorcent un changement d’échelle et de procédés[29]Certains aménagements tels que les Champs-Elysées, la place de la Bastille ou la place des Fêtes ont été réalisés au titre des « grands projets d’aménagement et d’embellissement de l’espace public parisien » dans le programme de mandature du maire Jacques Chirac. en prônant une politique de reconquête de l’espace public (Germain, 2006[30]Germain P. (2006). « Quartiers verts », dans Texier S (dir.), Voies publiques. Histoires & pratiques de lespace public à Paris, Paris, Pavillon de l’Arsenal, p. 292‑293.). Des programmes/projets phares marquent cette période, participant à la fois à changer la perception d’un espace public par l’événement (Chaudoir, 2007[31]Chaudoir P. (2007). « La ville événementielle : temps de l’éphémère et espace festif », Géocarrefour, n° 82(3). ; Lallement, 2007[32]Lallement E. (2007). « Evénements en ville, événements de ville : vers de nouvelles ritualités urbaines ? », Communication et organisation, n° 32, p. 26‑38.  ; Pradel, 2007[33]Pradel B. (2007). « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, n° 82(3).) et à l’intégration de nouveaux objectifs politiques de piétonnisation, végétalisation et de prise en compte des usages dans l’espace public (Delarc, 2016[34]Delarc M. (2016). « Quelle prise en compte des “usages” dans la conception des espaces publics urbains ? », Métropolitiques, 20 janvier. ; Zaza, 2018[35]Zaza O. (2018). « Horizons urbains en expérimentation : discours et pratiques d’une collectivité territoriale face au numérique », thèse de doctorat, Université Paris Nanterre, 483 p.). Nous pouvons citer entre autres les « espaces civilisés » élaborés en 2001, Paris-plage qui voit le jour en juillet 2002 sur les quais de Seine (Pradel, 2013[36]Pradel B. (2013). « Sous les pavés, Paris Plages », Métropolitiques, 8 juillet.), le programme « La rue en partage » lancé en 2013 ou encore la piétonnisation des voies sur berges rive droite, en 2012. Le réaménagement de la place de la République par l’agence d’architecture TVK, de 2010 à 2013, marque un changement d’objet d’attention dans ces transformations.

Cette volonté de transformation de l’aménagement urbain se double de logiques de renouvellement de la commande publique avec les nouveaux modèles élaborés par la ville de Paris : Réinventer, Reinventing[37]Réinventer Paris est un appel à projets urbains innovants (APUI), lancé en 2014, qui transforme la commande publique dans le cas de cession foncière. S’ensuivront Réinventer la Seine en 2016, Inventons la Métropole du Grand Paris en 2016, Réinventer Paris 2 en 2017 et Réinventer Paris 3 en 2021. (Greco et al., 2018[38]Greco L, Josso V, Rio N. (2018). « Les “Réinventer” : un concours de programmation… sans programmiste ? », Métropolitiques, 4 juin.). Par son nom, Réinventons nos places s’inscrit en écho avec ces nouvelles procédures en matière d’urbanisme (Zetlaoui-Leger, 2022[39]Zetlaoui-Leger J. (2022). « Urbanisme participatif », dans Petit G, Blondiaux L, Casillo I et al. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la Participation, DicoPart, La Plaine-Saint-Denis, GIS Démocratie et Participation 2e édition.) et témoigne d’une volonté de changement dans les modes de production d’espace, en l’occurrence public, et ce, également au sein des services techniques de la ville. La démarche se réfère au NYC Plaza Program développé par la ville de New York en 2008, comme nous le raconte l’architecte chargé de la maîtrise d’œuvre à la DVD : « En fait, tout ça, c’est parti de l’expérimentation de Times Square qui avait été, au départ, de faire tout de suite… de mettre des bordures en béton, des GBA pour réduire la circulation et donner plus d’espace aux piétons pour expérimenter ce qu’on pouvait faire, et développer les usages sur l’espace public libéré. Mais derrière, il y avait un projet définitif » (extrait d’entretien avec l’architecte voyer chargée de projet, ville de Paris, période 2013-2016, le 15 février 2019).

L’ensemble du processus suit un développement itératif jusqu’à la finalisation de la proposition. Cette démarche s’inspire de la méthode de placemaking développée par l’organisation à but non lucratif étasunienne Project for Public Spaces qui, en poursuivant les travaux de William H. Whyte (1980[40]Whyte WH. (1980). The Social life of small urban spaces, Washington DC, Conservation Foundation, 125 p.), pense et conçoit des espaces publics en prenant en compte le contexte et le public. En se référant à cette démarche de projet, la commande publique montre sa volonté de s’adapter à une manière de penser et de concevoir l’urbanisme grâce à l’implication des citadins, en s’appuyant sur des modèles alternatifs à la planification (Silva, 2016[41]Op. cit.), au sein, justement, d’un programme institutionnel (Mortelette et al., 2023[42]Op. cit.). En cela, Réinventons nos places déploie une méthode où, comme cela a pu être le cas dans le processus de réaménagement de la place de la République (Delarc, 2016 ; Zaza, 2018[43]Op. cit.), la prise en compte des usages dans les projets d’espaces publics lie étroitement pratiques sociales et spatiales (Gomes, 2017[44]Gomes P. (2017). « La production de l’espace public à Lyon, Lisbonne et Louvain-la-Neuve. Politiques, processus et prise en compte des usages », thèse de doctorat, Université Paris-Est, 643 p.).

Dans ce cadre, les temporalités imposées par la mairie suivent leurs propres logiques administratives et politiques tout en définissant des moments dédiés à des actions tactiques susceptibles de déplacer, pour partie, les attentes du projet (Silva, 2016[45]Op. cit.). Cette manière de faire suit les principes d’un urbanisme temporaire défini « comme action d’organiser et d’aménager temporairement un espace public afin d’en amplifier les usages à court terme et de l’intégrer à des projets urbains sur le long terme » (Pradel, 2012, p. 245[46]Op. cit.). Le processus de « mise en projet » tel que nous le qualifions doit permettre d’intégrer continuellement les dynamiques observées et initiées lors de ces moments d’intervention tactique pour valider le plan d’aménagement qui se construit en parallèle des actions visibles. Les actions tactiques, à l’échelle locale, répondent à un enjeu de mise en débat de l’aménagement futur qui permet de légitimer l’action à l’échelle générale du projet. C’est ce que nous allons tâcher de détailler en observant de manière concrète l’organisation temporelle du processus dans le cas de la place des Fêtes.

L’élaboration effective d’un processus en étapes

Comme nous l’avons mentionné, la situation spatiale et sociale de la place des Fêtes se distingue des autres places de Réinventons nos places. Elle s’inscrit dans des réalités matérielles et sociales singulières — place centrale d’un tissu urbain dense constituée à la suite d’une opération immobilière entamée dans les années 1950 — et dans un imaginaire multiple — celui d’un grand ensemble presque en marge de Paris, espace public inachevé[47]L’opération de rénovation urbaine des années 1960-70 fabrique un espace vide qui se juxtapose avec le square préexistant. Elle fait l’objet d’un réaménagement dans les années 1990 par l’architecte Bernard Huet pour tenter de définir et d’unifier la place., et bastion populaire prompt aux revendications sociales. C’est dans ce contexte que la mairie d’arrondissement décide, dès 2010, par le biais d’un vœu au conseil de Paris, d’envisager un réaménagement.

Pour comprendre et analyser la temporalité du projet de réaménagement de la place, nous avons pris le parti de retranscrire graphiquement les étapes successives en détaillant les différentes missions émises par la ville selon les prescriptions, les durées des missions, les prestataires extérieurs à la ville, lauréats de ces missions, et les actions menées. Le schéma construit au fur et à mesure de la prise de connaissance des données[48]Pieces écrites des marchés publics : règlement de la consultation, cahier des clauses techniques particulières et cahier des clauses administratives particulières. permet de suivre le fil – en rose – de ce processus complexe fait de commandes morcelées (figure 1).

Figure 1. Le processus de projet : prescription, acteurs (source : autrice).

La première étape est donc antérieure à l’application du programme Réinventer nos places. Elle représente ce que l’on pourrait définir comme la mise en marche de la machine. Il s’agit d’un état des lieux réalisé en interne au sein des services techniques de la ville, dans la continuité du vœu exprimé par la mairie d’arrondissement. Ces prescriptions balisent le contenu de la première mission publiée en 2013, que nous nommons « mission préalable ». L’Équipe Préconisation[49]Pour des raisons d’anonymisation, nous choisissons de qualifier les différents prestataires extérieurs à la ville agissant dans le projet suivant les attendus des missions qui sont les leurs., lauréate de cette mission, doit établir un diagnostic afin de formuler des propositions à la mairie d’arrondissement. La fin de cette mission coïncide avec la création, en 2014, d’une autre mission de la part de la ville de Paris. Nous la nommons « mission dispositif[50]Nous nous appuyons, pour la nommer ainsi, de la définition d’un dispositif donné à Agamben par Foucault lors d’un entretien « Le dispositif lui-même, c’est le réseau qu’on établit entre ces éléments » (Foucault M. (1977). Dits et écrits, volume III, p. 299-300, cité dans Agamben G. (2006). « Théorie des dispositifs », Poésie, n° 115(1), p. 25). ». Lors de la publication de cette mission, deux places sont nommées précisément, la place de la Bastille et celle de la Nation, auxquelles s’ajoutent d’« autres espaces publics » non définis à l’époque.

Alors que le lancement officiel de Réinventons nos places par la maire de Paris est annoncé sur la place de la Bastille en juin 2015, les sept places sur lesquelles il s’applique sont enfin dévoilées : il s’agit des place de la Bastille, place des Fêtes, place Gambetta, place d’Italie, place de la Madeleine, place de la Nation et place du Panthéon. Avec la mission dispositif, dorénavant nommée Réinventons nos places, la mairie de Paris impose un processus de projet qui structure et coordonne, à l’échelle de la ville, les actions et les interactions entre les acteurs impliqués dans les missions subsidiaires qui coexistent avec le dispositif (Pinson, 2009[51]Pinson G. (2009). Gouverner la ville par projet : urbanisme et gouvernance des villes européennes, Paris, Presses de Sciences Po, 420 p.). Cette mission met en ordre les règles des missions ultérieures qui doivent avoir lieu à l’échelle locale. La mission se déroule sur un an, mais le dispositif, en tant que tel, continue d’agir jusqu’à l’aboutissement de l’ensemble des réaménagements prévus.

Sur la place des Fêtes, alors que se termine la mission préalable en 2014, l’Équipe Préconisation remporte la mission dispositif, et endosse un rôle d’assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) auprès de la ville de Paris. Passant de la première mission locale, commanditée par la mairie d’arrondissement, à une mission ville, l’équipe est chargée d’accompagner cette dernière dans la modernisation de la production urbaine pour répondre à une volonté politique de transformation de la « culture de travail » (Delarc, 2018[52]Delarc M. (2018). « Une immersion dans le projet “Réinventons nos places” à Paris (Places des Fêtes, de la Nation et de la Bastille) : une analyse de situations de travail et de productions de connaissances au sein des services de la ville de Paris », thèse de doctorat, Université Paris-Est, p. 54.) de l’institution. Dans la pratique, cette intention implique des déplacements de tâches affectées aux services techniques (Fleury et Wuest, 2016[53]Fleury A, Wuest L. (2016). « Vers de nouveaux modes de production des espaces publics à Paris ? », Métropolitiques, 18 mars.). C’est, au sein de la DVD, l’ « agence publique[54]En empruntant les mots de Benjamin Le Masson dans son intervention aux assises des architectes-voyers « Maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre publiques ». [En ligne » d’architecture, maîtrise d’œuvre (MOE) pour des projets d’aménagement d’espace public, qui doit être amenée à évoluer.

En raison de l’avance de la place des Fêtes par rapport aux autres places intégrées, le projet de réaménagement se scinde spatialement en deux, comme nous l’explique la chargée d’opération de la ville de Paris : l’un, particulier à la place des Fêtes, financé par des budgets participatifs, qui suit les attendus d’un projet de voirie pour la périphérie de la place, et l’autre, innovant, financé par Réinventons nos places, pour le centre de la place, et dont le résultat est inconnu. Concrètement, pendant que les services de la ville prennent la relève de ce qui avait déjà été acté lors de la mission préalable, les missions suivantes ont pour objectif de définir les usages prescrits sur l’espace central, pour lequel l’application du dispositif Réinventons nos places dissocie, nous allons le voir, deux aspects du projet : l’infrastructure, confiée entièrement à la ville, et l’aménagement, partagé entre la ville et les prestataires extérieurs.

Une volonté de continuité dans la commande

En avril 2016, une nouvelle mission, la « mission intermédiaire », telle que nous la nommons, est lancée. Elle s’inscrit sous la bannière Réinventons nos places, mais seules deux des sept places en sont l’objet, la place du Panthéon et la place des Fêtes. Comme nous l’explique l’ingénieure chargée d’opération, l’enjeu de cette mission pour la place des Fêtes est « d’avoir une continuité dans le temps[55]Extrait d’entretien avec l’ingénieure chargée d’opération, ville de Paris, le 13 novembre 2018. » et de montrer aux habitants que le travail entamé se poursuit. Il s’agit d’animer le projet de manière visible sur la place, le temps que le dispositif se mette en route sur les autres places. C’est en ce sens une phase d’expérimentation peu contrainte, qui a pour dessein de « faire patienter ». La méthodologie implique de travailler par actions délimitées dans le temps ayant pour effet la mise « en mouvement de l’espace », selon les mots de la commande[56]CCTP « Mission de programmation et de réalisation d’actions par un collectif de compétences pluridisciplinaires dans le cadre de l’aménagement de la place des Fêtes et de la place du Panthéon », p. 5.. Pour répondre à la mission intermédiaire sur la place des Fêtes, un collectif est créé, nous le nommerons Collectif Animation. Le mandataire du collectif envisage une pratique de projet qui lui permet de « tester des stratégies de reconquête de l’espace public avec des méthodologies de performance[57]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019. », nous dit-il, témoignant d’un usage du temps propre à l’intervention, où le fait d’entrer en action est primordial.

À peine un mois après la publication de la mission intermédiaire, de nouveaux appels d’offres sont organisés par la ville. Il s’agit des missions que nous nommons « conclusives ». Ces missions se déploient sur l’ensemble des places du dispositif Réinventons nos places, et sont réparties en quatre lots qui réunissent deux à deux les places, à l’exception de la place de la Bastille. Dans ce marché, la place des Fêtes se retrouve jumelée avec la place Gambetta[58]Pour la place des Fêtes et la place Gambetta, les compétences demandées dans le règlement de la consultation sont à minima un architecte, un paysagiste et un ingénieur structure., en tant que « places populaires », comme l’explique l’ingénieure chargée d’opérations. L’enjeu de ces missions conclusives est d’accompagner la conception du projet et d’occuper le terrain durant la réalisation des travaux sur chacune des places, par de la médiation de projet. En janvier 2017, le marché de la mission conclusive est attribué à un nouveau collectif : le Collectif Projet, qui doit remplacer sur place le Collectif Animation, une fois sa mission terminée. La durée de leurs missions est différente : si le Collectif Animation avait une mission de quatre mois, le Collectif Projet est, lui, mandaté pour trois ans par la ville. Cela représente pour le Collectif Projet une opportunité : « On n’est pas juste dans un truc de concertation, on va jusqu’au suivi opérationnel et à la réalisation effective de ce qui est désiré[59]Extrait d’entretien avec l’un des membres du Collectif Projet, le 15 octobre 2017. ». Avec la mission conclusive, la répartition des tâches évolue : la MOE est divisée en deux : la MOE 1 est détenue par des agents de la ville chargés de la conception technique, et la MOE 2 attribuée au Collectif Projet pour la programmation des usages sur l’espace public[60]Les interlocuteurs du Collectif Projet sont les élus de la mairie du 19e arrondissement et le secrétariat général de la mairie de Paris..

La volonté de produire une impression de continuité de présence sur place pour les habitants produit paradoxalement une rupture, car la réponse à la mission conclusive doit être remise, alors que, sur place, le Collectif Animation commence à peine sa mission. Cette stratégie de rapidité empêche l’intégration des conclusions du premier collectif pour l’appel d’offres du second. Dans ce système de commandes successives, de quelle manière ces prestataires extérieurs à la ville trouvent-ils et se font-ils une place sur le terrain, quelles pratiques et quelles actions déploient-ils pour prendre part au processus de projet ? C’est ce que nous allons donner à voir en détaillant les différentes actions menées, leurs réceptions et leurs répétitions.

S’installer et agir depuis la place

Initier, sur place, la démarche de projet

Sur la place, alors que les premières étapes du processus de projet s’amorcent, l’Équipe Préconisation fait face aux attentes des citadins organisés et avertis, dans la mesure où de nombreux sujets sont sur la table depuis longtemps. Dans sa mission, l’Équipe Préconisation a pour principale tâche de rassembler une pluralité d’acteurs locaux autour d’actions. Ainsi, dès le démarrage de sa mission, l’équipe entre en contact avec les acteurs locaux (associations et figures du quartier), sur les conseils des élus locaux. Au fil des ateliers et des marches participatives qu’elle organise, l’Équipe Préconisation élabore avec les participants des cartes thématiques, des questionnaires et des débats sur différents aspects urbains, sociaux et paysagers de la place[61]Le 6 décembre 2013, atelier 1 : Lancement. Le 25 janvier 2014, atelier 2 : Diagnostic des usages, besoins, attentes. Le 13 février 2014, atelier 3 : Comment faire quartier, équipements, trame verte et identité. Le 13 mars 2014, atelier 4 : Déplacements tous modes. Le 10 avril 2014, atelier 5 : Quels aménagements pour quels usages ? Le 24 juin et le 11 septembre 2014, atelier de synthèse. Le 19 novembre 2014 : Présentation des scénarios.. Ces temps-espaces – rendez-vous, ateliers, présentations – dévolus au processus de mise en projet donnent à voir la démarche suivie. L’ensemble de ce travail aboutit à la présentation des deux scénarios d’aménagement soumis au vote des « habitants[62]La votation se déroule sans périmètre, en s’appuyant sur les listes électorales et du porte-à-porte, montrant l’enjeu quantitatif que représente la participation pour la mairie d’arrondissement pour faire valoir auprès de la mairie centrale l’action menée localement. ». De cette votation découlent des travaux de modification de voirie sur la partie périphérique de la place réalisés directement par les services municipaux.

C’est la réussite et la publicisation de cette première mission à l’échelle locale qui permettent à l’Équipe Préconisation de remporter l’appel d’offres de la mission dispositif, tout en justifiant l’intégration de la place au dispositif à l’échelle de Paris. Ainsi, le dispositif s’appuie sur les méthodes de travail testées place des Fêtes afin qu’elles servent de modèle pour les autres places. Sur l’ensemble des places, durant un an, des rendez-vous de concertation avec les acteurs locaux sont organisés. La mission encadre également la participation de l’Équipe Préconisation à des comités au sein de l’administration, et à la communication auprès des élus et des professionnels de l’aménagement d’espace public[63]Par l’organisation d’événements, notamment une journée de séminaire le 29 mai 2015, qui s’articule en deux parties : communications d’ « experts » et débat le matin, et atelier de travail entre les acteurs externes et internes aux services de la ville, l’après-midi.. Le bilan de la concertation préalable de Réinventons nos places est établi en avril 2016. Il présente des schémas d’objectifs pour chacune des sept places parisiennes et correspond à la fin de la mission de l’Équipe Préconisation. La place des Fêtes, au même titre que les autres, doit refléter les objectifs politiques en matière d’aménagement urbain – limitation de la circulation automobile au profit des piétons et développement de la végétalisation des espaces publics – en déployant la doctrine municipale in situ, ce que nous allons étudier en détail avec les actions menées par le collectif suivant.

Donner le tempo

Le Collectif Animation, qui remporte la mission intermédiaire en juillet 2016, se pose pour quatre mois sur la place des Fêtes. Lorsque nous le rencontrons, le mandataire voit dans la construction par l’institution de ces nouveaux appels à projets « une prise de conscience que c’est quelque chose à traiter en soi [l’espace public] et pas seulement ce qui reste[64]Entretien avec l’un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019. ». Pour cela, la mission s’inscrit dans des modes de production urbaine qui intègrent des injonctions de participation au travers d’une dynamique de « co », de la coconception à la coconstruction, qui s’appuie sur la mise en place d’actions tactiques (Lydon et Garcia, 2015[65]Op. cit.), ce qui doit induire une rapidité d’intervention renforcée par l’implication des participants dans l’élaboration des intentions de projet.

Pour l’immersion in situ demandée dans la mission, l’outil « Base de préfig’[66]Terme proposé par le CCTP « Mission de programmation et de réalisation d’actions par un collectif de compétences pluridisciplinaires dans le cadre de l’aménagement de la place des Fêtes et de la place du Panthéon. » » – un conteneur de chantier – est posé sur la partie centrale de la place. Cet outil doit permettre au collectif d’être présent directement sur l’espace public, au contact du tissu local. Imaginée comme support temporaire des actions, sa présence doit être circonscrite au temps du dispositif. Le premier mois sur la place est ainsi consacré à sa transformation. Les travaux se font directement sur la place et permettent de rencontrer les acteurs locaux et de les impliquer dans ce chantier participatif et ouvert à tous. L’ajout d’un toit multipente et d’un habillage de pois orange ont pour effet de changer l’image, mais plus encore l’imaginaire de ce conteneur gris (figure 2).

Figure 2. La place des Fêtes (cliché : autrice, 15 février 2017).

D’outil technique, il devient « objet curieux, objet plastique », selon les mots du mandataire. L’outil/objet qu’est le conteneur symbolise l’action de mise en projet et est décorrélé, à cette étape du projet, de « la promesse du chantier qui commence, ce qui n’était pas le cas[67]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019. », comme nous le dit le mandataire. Le collectif, à partir de ce moment, le nomme « Capla » pour « cabanon de la place des Fêtes ». En s’appuyant sur ce nouvel objet au centre de la place, le collectif met en route une série d’actions, d’ateliers participatifs, de workshops, etc., qui instaurent un rythme à l’espace public. La question du calendrier prévu dans la mission se confronte dès son application au contexte social de la place, ce que raconte l’artiste mandataire : « Là, la construction du Capla, au mois de juillet, révèle déjà qu’il y a des forces directement sur place que l’on peut impliquer […]. Et puis là, l’un des membres du collectif dit, dans la réunion sur “qu’est-ce qu’on fait jusqu’à la fin du mois de juillet, comment on reprend en septembre”, il dit : “Il faut y aller maintenant” […] le charme, c’est bien sûr d’être beaucoup plus réactif que n’importe quelle administration classique, et, en même temps, je peux le mettre en critique en disant : “c’est juste un autre modèle de flexibilité à souhait, où tu as 12 heures par jour, semaine après semaine, sans samedi, dimanche pour occuper une place, tout le monde ne peut pas jouer à ça !” » (extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019).

Ainsi, les premiers temps de présence sur place du collectif bouleversent la temporalité prévue. Le changement de dernière minute, pour assurer une continuité de présence durant le mois d’août, reflète le manque initial de prise en considération du contexte social du quartier où le mois d’août n’est pas pour tous synonyme de départ en vacances. Dans le même temps, cela justifie la pertinence de confier la mission à ces acteurs de « l’informel », plus souples sur l’organisation du travail par une adaptabilité organisationnelle, relationnelle et technique, pour apporter une réponse rapide aux enjeux perçus du site de projet (Boboc et Metzger, 2020[68]Boboc A, Metzger JL. (2020). « Les méthodes agiles et leurs contradictions », SociologieS.). Par conséquent, durant le mois d’août, le collectif organise une série de workshops d’une semaine chacun. Chacune de ces semaines est thématique, selon les observations réalisées le mois précédent, et donne lieu à la fabrication d’ « objets d’usage[69]Selon les mots du journal élaboré par le Collectif Animation pour rendre compte de leurs missions. » pour lesquels les acteurs, identifiés lors de l’habillage de la base de Prefig’ en Capla, sont sollicités directement par le collectif pour participer. Par exemple, la semaine sur le thème « Écoute », un « DJ booth mobile » et un barbecue sont produits, avec l’association des jeunes du quartier. Les productions qui découlent de ces semaines de workshop correspondent à des acteurs identifiés présents aux alentours de la place, de manière à mettre en avant de potentiels animateurs de la place pouvant prendre la relève du collectif à la fin de leur mission. Cela s’inscrit dans une logique de valorisation des ressources sociales et des systèmes de relations propres au territoire « découvertes ou produites dans l’action » (Pinson, 2009, p. 139[70]Op. cit.). La valorisation du temps de l’action domine, irrigue le processus de projet, et construit la mise en projet de la place. Le collectif, durant cette étape, se place en chef d’orchestre, organisant les moments d’animation de la place.

Le collectif noue, selon les formats, des alliances temporaires avec les différents acteurs qui gravitent autour de la place des Fêtes et fait le choix de mettre à disposition de ces acteurs locaux la clé du Capla pour, selon les dires du mandataire, que la place soit « mieux habitée ». L’enjeu moral de l’occupation de l’espace transparaît, justifiant la nécessité de permettre aux acteurs locaux d’ « investir par moment[71]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019. » l’outil, afin de programmer des animations sur la place. Après l’été, ce sont donc ces acteurs qui proposent à leur tour des animations. Celles-ci prennent la forme de rencontres, de repas ou de fêtes, les initiateurs locaux ouvrent le Capla, en sortent les « objets d’usage » – fabriqués durant les workshops – et s’installent le temps d’une après-midi ou d’une soirée. Comme nous le confie le mandataire du Collectif Animation, ces nouveaux formats permettent de « réinventer une forme de fête populaire sur la place[72]Ibid. ». Nous analysons ce type d’animation, qui s’adresse principalement aux résidents du quartier, comme une démonstration, pour et par les habitants, de l’énergie et de la vitalité du quartier, célébrant une certaine forme de quotidien (de Certeau, 1990[73]de Certeau M. (1990). L’invention du quotidien, Paris, Gallimard, 349 p.). Les « objets d’usage » sortis lors de ces événements ponctuels participent d’un « soft urbanisme » (Pradel, 2013[74]Op. cit.), léger et réversible (Serra, 2013[75]Serra L. (2013). « Villes, territoires, réversibilités : pas à pas », dans Scherrer F, Vanier M (dir.), Villes, territoires, réversibilités, Paris, Hermann, p. 11-23.), le temps de l’animation. Le Capla peut également être le support d’événements culturels, ayant cours à l’échelle de la ville, comme le raconte le mandataire : « Pour la Nuit blanche, avec l’artiste qui a le théâtre à côté, on a cousu des habits pour le Capla, et ça devenait un objet de projection.[76]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019. » Dans ce cadre, des acteurs du monde culturel sont mis à contribution, pour créer des « événements festifs urbains », comme les qualifie Emmanuelle Lallement (2007[77]Op. cit.), qui jouent sur le registre de l’exceptionnel, une fois par an, et de l’insoupçonné. Ici, nous analysons l’événement comme performatif : par l’événement, la place se hisse sur le parcours des spectateurs venus du tout-Paris et s’inscrit dans l’agenda annuel de la ville.

La mission Animation se clôture par un retour d’expérience du collectif qui présente ces « temps forts » lors d’une réunion publique du conseil de quartier, fin 2016. Par sa manière de procéder, le collectif interroge le processus de projet prévu par la ville (Macaire, 2015[78]Macaire E. (2015). « Collectifs d’architectes. Expérimenter la coproduction de l’architecture », Lieux Communs. Les Cahiers du LAUA, n° 17.). L’expérience proposée par le Collectif Animation sur la place des Fêtes, loin de seulement « faire patienter », devient la charnière d’un changement de projet en modifiant la linéarité du processus. Les actions d’animation changent les attentes des riverains et font évoluer le projet imaginé par les services, ce que nous raconte l’ingénieure de la ville qui a suivi l’entièreté du projet : « En fait, par rapport à l’option table rase qu’on avait imaginée au départ, finalement, arrive la solution de ce petit conteneur. Alors qu’au départ, on avait en tête : on supprime, on supprime. […] Par un ensemble de choses, on se dit, à la fois pour des raisons techniques et de simplification, de gestion plus simple, on s’est dit “bah, finalement, pourquoi pas proposer la réalisation d’un Capla pérenne” » (extrait d’entretien avec l’ingénieure chargée d’opération, ville de Paris, le 13 novembre 2018).

Par l’événement, une autre vision de la place est donnée à voir, l’attention portée sur le vide de la place se déplace vers un objet, le Capla. Le collectif, par sa présence, modifie la trajectoire du projet et court-circuite, en quelque sorte, la linéarité de la commande des missions, dédoublant la ligne de projet attendue pour la mission suivante, comme le montre la figure 3. Si, initialement, le projet devait consister en un réaménagement de la place, l’implication du Collectif Animation déplace les intentions de la ville pour ajouter à ce projet un projet d’architecture avec la construction d’un Capla pérenne au centre de la place. Ce dernier ayant, dans sa version temporaire, cristallisé les attentes des acteurs locaux impliqués dans le processus. Nous allons à présent voir ce que le collectif suivant fait de cet héritage du collectif Animation, et de quelle manière il s’en saisit (de Biase 2014[79]De Biase A. (2014). Hériter de la ville : pour une anthropologie de la transformation urbaine, Paris, Donner lieu, 191 p.).

Figure 3. Le processus de projet : prescription, acteurs, actions (source : autrice).

Entre continuité, rupture et répétition

Une fois déclaré lauréat, le Collectif Projet poursuit les actions participatives sur la place des Fêtes au sujet du projet général d’aménagement du centre de la place avec les services de la mairie, « c’est un work in process[80]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 21 novembre 2017. », comme nous le dit le Collectif Projet. Bien que de nombreux éléments aient été définis en amont de leur arrivée, entre les acteurs locaux impliqués et l’Équipe Préconisation puis le Collectif Animation, ils ont la tâche de confirmer ou infirmer les hypothèses de la ville (figure 4).

Figure 4. Panneau d’annonce du changement de collectif, place des Fêtes (cliché : autrice, 15 février 2017).

Aussi, le Collectif Projet cherche à comprendre comment son travail peut s’inscrire dans la continuité du processus de projet sans refaire ce qui a déjà été fait. Il commence par réaliser une étude de site. Si de nombreuses études de site ont déjà été faites par les équipes/collectifs précédents, celle-ci permet à ce nouvel acteur de prendre à son tour connaissance du terrain. Puis il commence à animer des ateliers en s’appuyant sur le Capla, et reprend la cadence des formats élaborés par le collectif précédent suivant les saisons. L’été est ainsi le temps du workshop. Pour cette saison 2, il n’est que d’une semaine et consiste en la réalisation « sur le terrain, à échelle un[81]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 15 octobre 2017. » d’éléments de mobilier. Lors de ce workshop durant lequel les habitants sont invités à lui prêter main forte, le Collectif Projet fabrique et emprunte des mobiliers inutilisés de la ville de Paris, afin de tester les hypothèses d’aménagement, avant l’installation des éléments définitifs. Ces mobiliers sont donc amenés à rester sur place le temps que le projet aboutisse. Dans une interview donnée à une radio locale[82]Radiopotain est un projet de webradio participative des habitants du 23 rue du Docteur-Potain à Paris, dans le 19e arrondissement. Interview. [En ligne, le Collectif Projet définit son action comme un accompagnement au changement des méthodes de projet, qui ne met aucunement en avant un résultat final d’intervention sur l’espace public, au profit d’un processus constitué d’étapes et d’événements tels que le workshop d’été (figure 5).

Figure 5. Le workshop d’été, place des Fêtes (cliché : autrice, 25 juillet 2017).

Après la rentrée, d’autres workshops ont lieu, qui s’adressent autant aux services de la ville qu’au public local. L’événement « workshop » devient un moyen de déplacer le regard des agents municipaux en charge de dessiner le projet d’aménagement. L’architecte du Collectif Projet nous raconte ce déplacement lors d’un de nos entretiens : « Un jour, on nous a présenté le projet d’éclairage […] pensé par les services d’éclairage en interne, services techniques, et là, on s’est dit qu’il fallait vraiment qu’il y ait un workshop sur l’éclairage sur la place des Fêtes pour décaler le truc, amener de l’imaginaire, amener une réflexion sur les usages, et surtout ne pas faire ce projet qui nous était proposé, […] pour que la ville regarde le projet d’éclairage avec un regard différent » (extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, période 2016-2020, le 15 octobre 2017).

Lors de ce workshop, le collectif invite des concepteurs lumière à proposer une alternative au projet d’éclairage de la ville. Ce temps permet de tester l’appréciation du public tout en mettant en question les stratégies établies par les services municipaux au moyen d’événements festifs et démonstratifs sur la place. En ce sens, le Collectif Projet contourne, par l’événement, le projet initial de la ville. Une autre action d’importance est la création d’une frise historique par le Collectif Projet. En avril 2017, quelques mois après le début de leur mission, elle est exposée sur l’une des parois du Capla et donne lieu à un atelier ouvert au public. Après cet atelier, la frise est retravaillée pour y intégrer « la partie projet et futur », comme nous l’explique la chargée de projet au sein du Collectif Projet. La destination de cette exposition est double : elle permet à la fois d’inscrire la démarche dans une continuité historique et de médiatiser la démarche de projet tout en témoignant du travail effectué par le Collectif Projet (figure 6).

Figure 6. La frise chronologique, place de Fêtes (cliché : autrice, 21 août 2018).

Bien que le Collectif Projet s’inscrive, par sa présence in situ, dans la continuité temporelle du collectif précédent, il fait face, sur le terrain, à l’incompréhension des acteurs locaux qui sont à nouveau sollicités pour participer. Cette dichotomie entre continuité d’un processus en plusieurs phases et rupture par remplacement des représentants pour chacune des phases est perçue par le Collectif Projet dès son arrivée sur la place des Fêtes : « c’est un problème de continuité, on en était à la troisième concertation pour la place des Fêtes, mais les gens disaient  : “J’ai donné mon avis déjà, il y a trois ans”[83]Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 15/10/17. ». Le remplacement du premier collectif par le second correspond à une homogénéisation de la commande pour l’ensemble des places. Il est, selon les mots de l’architecte chargé du projet à la ville, envisagé comme « un enchaînement » dans le processus. Cependant, ce changement d’interlocuteur au niveau local brouille la compréhension de la dynamique de projet générale. La répétition de ces « boucles » (Zaza, 2018[84]Op. cit. p. 430.) produit, vis-à-vis des citadins, un effet contrarié, comme nous le confie un élu de l’arrondissement : « on a fait attendre un peu la place des Fêtes pour qu’elle se regroupe avec les autres places, en fait, et de ça est né un peu de la frustration, parce qu’on a l’impression d’avoir fait plusieurs fois le même travail[85]Extrait d’entretien avec un fondateur d’association puis élu d’arrondissement, le 27 octobre 2019. ». Cette récurrence fait pourtant partie de la stratégie politique pour occuper le terrain, le temps que les autres places soumises aux dispositifs rattrapent l’avance de la place des Fêtes, et afin de montrer qu’il se passe des choses, au risque de créer l’épuisement de la dynamique participative. En ce sens, les collectifs ont davantage la charge d’être présents sur place que de, concrètement, élaborer le projet d’aménagement en tant que MOE 2.

Dans ce processus, les collectifs répondent à un enjeu de communication et de mise en visibilité sur site des décisions prises au sein des services de la ville. Cependant, le Collectif Projet tente de prendre part à la conception en interférant dans le processus de conception par l’organisation d’événements qui implémentent le projet d’aménagement défini par la ville, tout en poursuivant la piste initiée par son prédécesseur avec le Capla. Cette piste donne lieu à une nouvelle mission, celle de la réalisation d’un bâtiment sur la place en remplacement du Capla. Pour cette nouvelle mission, le Collectif Projet agit en tant que MOE à part entière, sortant des rôles établis par Réinventons nos places[86]L’éventualité de construction d’un bâtiment est signifiée dans le CCTP de la mission conclusive par la création d’une nouvelle mission de maîtrise d’œuvre complète pour le Collectif Projet..

Conclusion

Au travers de cet article, nous nous sommes interrogée sur la mise en projet de la place, dans laquelle les temporalités d’intervention des différents acteurs, leurs missions et leurs rôles sont continuellement négociés auprès des commanditaires comme des destinataires. Nous avons cherché à donner à voir depuis l’intérieur, de la commande et de la place, comment, en jouant avec le temps, le projet se construit. Grâce à l’analyse du processus et la description des actions de projet développées sur la place des Fêtes, il nous a été possible de comprendre, dans l’enchaînement voire le chevauchement des missions, de quelle manière les méthodes d’urbanisme dont s’est inspirée la ville dans la conception de la commande ont abouti à créer un rythme d’actions qui se déploie dans une forme de quotidienneté (Guez et Zanini, 2021[87]Guez A, Zanini P. (2021). « Des rythmes et des chronotopes », EspacesTemps.net Revue électronique des sciences humaines et sociales.) où le projet se fabrique dans et par ces temps. En ce sens, le processus de réaménagement participe au déploiement d’une temporalité de l’action qui s’inscrit dans le temps ordinaire d’un espace public. Cela reflète l’injonction contemporaine à l’animation continue de l’espace urbain qui, par le processus d’aménagement, nous semble trouver une raison à l’action. Dans ce contexte, la place est vue comme le support de l’animation urbaine pris dans un projet processus, en plusieurs temporalités et saisonnalités, où les actions sont plus valorisées que la réalisation en tant que telle.

L’aménagement de la place des Fêtes est inauguré de façon officieuse le 14 décembre 2019, alors que la campagne électorale est en cours ; le bâtiment, quant à lui, ne sera livré qu’en juin 2021, en partie du fait de la crise sanitaire de la Covid-19 (Charron, 2021[88]Charron J. (2021). « Paris, Place des Fêtes », dans De Biase A (dir.), Regards sous contrainte : carnet de terrain d’un monde pandémique, Paris, Éditions BOA, p. 92-95.). À l’échelle du dispositif, la place des Fêtes est la dernière à être livrée (figure 7).

Que déplace, dans les processus de projets et dans l’aménagement urbain, cette mise en projet de l’espace public ? Au-delà de l’expérience Réinventons nos places, la diffusion voire la banalisation (Mallet et al., 2023[89]Op. cit.) des pratiques, venue de modèles d’intervention alternatifs (Douay et Prévot, 2016[90]Op. cit.), répond à un enjeu de renouvellement d’une culture de projet au sein des institutions (Delarc, 2018[91]Op. cit.). Par exemple, la ville de Paris entame, en 2018, une concertation sur le réaménagement de la place du Colonel-Fabien. Ce projet conçu en interne emprunte les modes d’action des collectifs. Ainsi, les services de la ville organisent des ateliers participatifs et des marches exploratoires afin de définir le projet avant sa réalisation. En 2021, le réaménagement de la place de la Catalogne en forêt urbaine donne lieu, quant à lui, à une préfiguration « afin d’expérimenter le nouvel aménagement de la place », selon la communication sur le site de la mairie de Paris, avant la réalisation du projet, le tout étant piloté en interne par les services de la ville. Cependant, ces pratiques fondamentalement réalisées in situ et selon l’opportunité, comme nous avons pu le voir, lorsqu’elles sont déployées par une collectivité publique, peuvent-elles travailler avec la temporalité de l’incertitude dans la conception comme dans l’aménagement de l’espace ? Face à la grande variété et complexité des situations de projet dans l’aménagement de l’espace, le déploiement de ce type d’expérimentations en tant que méthodologie (Arab et Vivant, 2018[92]Arab N, Vivant E. (2018). « L’innovation de méthodes en urbanisme : freins et leviers d’une entreprise incertaine », Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère, n° 1.) par l’institution risque, paradoxalement, de standardiser les outils et de systématiser des réponses spatiales afin de pouvoir les employer à l’échelle du territoire administré.

Figure 7. Photographie de la place de Fêtes (cliché : autrice, 4 décembre 2019).


[1] Joseph I. (1992). « L’espace public comme lieu de l’action », Les Annales de la Recherche Urbaine, vol. 57, p. 211‑217.

[2] Plan urbain. (1988). Espaces publics, Paris, La Documentation française, 131 p. La citation provient de la lettre de mission du délégué à la Recherche et à l’Innovation et du directeur de l’Architecture et de l’Urbanisme à André Louisy, responsable du groupe de travail Espaces publics, en préambule du rapport (p. 10).

[3] Fleury A. (2007). « Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul », thèse de doctorat, Université Paris 1, p. 52.

[4] Biau V. (2018). « Nouveaux appels à compétences et enjeux de qualification chez les professionnels de la fabrication de la ville », Cybergeo: European Journal of Geography, p. 3.

[5] Avec la loi Defferre de janvier 1983, suivie de celle de juillet 1983 qui établit les modalités des transferts de compétences de l’État aux communes, notamment en matière d’urbanisme. [En ligne].

[6] Arab N, Bourdin A. (2009). « La commande d’espace public dans les collectivités territoriales. Nouvelles formes de coopération et d’expertises », dans Biau V, Tapie G (dir.), La fabrication de la ville. Métiers et organisations, Marseille, Parenthèses, p. 141‑151.

[7] Pinard J. (2021). « L’urbanisme transitoire, entre renouvellement des modalités de fabrique de la ville et évolution de ses acteurs : Une immersion ethnographique au sein de SNCF Immobilier », thèse de doctorat, Université Paris-Est, 559 p.

[8] Silva P. (2016). « Tactical urbanism: towards an evolutionary cities’ approach? », Environment and Planning B: Planning and Design, vol. 43.

[9] Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain “alternatif” » ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, vol. 36.

[10] Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: Short-term action for long-term change, Washington DC, Island Press, 230 p. 

[11] Mortelette C, Gagnol L, Burger C. (2023). « L’urbanisme tactique : outil d’émancipation ou de neutralisation des pratiques habitantes dans les espaces urbains ? », L’Espace Politique, vol. 47‑48.

[12] Mallet S, Mège A, Fleury A. (2024). « Le temporaire comme instrument de la fabrique urbaine : émergence et ancrage dans la métropole de Bordeaux », Riurba, n° 14. 

[13] Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les “espaces-enjeux” pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Kerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces enjeux: Entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 245‑256.

[14] Carlini S. (2019). « Imaginer et “faire autrement” la ville ? Un dispositif d’”occupation temporaire” au sein des transformations de la métropole francilienne », Urbia, Hors série, n° 5, p. 51‑68.

[15] Gomes P, Dang Vu H. (2023). « Les appels à projets urbains innovants en temps réel. Des groupements entre recompositions et décompositions », Riurba, n° 12.

[16] Biau V. (2020). Les architectes au défi de la ville néolibérale, Marseille, Parenthèses, 242 p. 

[17] Macaire E. (2009). « Des architectes dans le champ socioculturel », dans Bureau MC, Perrenoud M, Shapiro R (dir.), L’artiste pluriel, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, p. 161‑173.

[18] Op. cit.  

[19] Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? », Riurba, n° 8.

[20] La place du Panthéon, la place de la Madeleine, la place de la Nation, la place d’Italie, la place de la Bastille, la place Gambetta et la place des Fêtes.

[21] Olivier de Sardan JP. (1995). « La politique du terrain. Sur la production des données en anthropologie », Enquête, Archives de la revue Enquête, n° 1, p. 71‑109.

[22] L’enquête ethnographique qui s’étend de 2017 à 2021 a été réalisée dans le cadre d’une thèse de doctorat menée sous la direction d’Alessia de Biase au laboratoire LAA-LAVUE : « “Résoudre” l’espace public ? Ruptures et continuités dans les récits d’aménagement de la place des Fêtes », thèse de doctorat, Université Paris Nanterre, 503 p.

[23] Nous choisissons de nommer de manière indistincte « acteurs » tout individu ou groupe, qu’il soit commanditaire, concepteur ou participant, en considérant que tous agissent à mettre en projet la place.

[24] Gaudin JP. (2001). « L’acteur. Une notion en question dans les sciences sociales », Revue européenne des sciences sociales, n° 39, p. 121.

[25] Goffman E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 254 p.

[26] En tout, un peu plus de 70 entretiens semi-directifs avec des acteurs impliqués dans les transformations de la place, qu’elles soient urbaines ou sociales, ont été réalisés au cours de l’enquête. L’enquête, pour partie historique, a mobilisé des interlocuteurs susceptibles de raconter différents moments de remise en question de l’espace public ; dans le cadre de cet article, seuls les entretiens avec les acteurs impliqués dans le dispositif de projet Réinventons nos places sont mobilisés.

[27] Foote Whyte W. (1943). Street corner society: La structure sociale dun quartier italo-américain, Paris, La Découverte, 403 p.

[28]Augé M. (1994). Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, 195 p.

[29] Certains aménagements tels que les Champs-Elysées, la place de la Bastille ou la place des Fêtes ont été réalisés au titre des « grands projets d’aménagement et d’embellissement de l’espace public parisien » dans le programme de mandature du maire Jacques Chirac.

[30] Germain P. (2006). « Quartiers verts », dans Texier S (dir.), Voies publiques. Histoires & pratiques de lespace public à Paris, Paris, Pavillon de l’Arsenal, p. 292‑293.

[31] Chaudoir P. (2007). « La ville événementielle : temps de l’éphémère et espace festif », Géocarrefour, n° 82(3).

[32] Lallement E. (2007). « Evénements en ville, événements de ville : vers de nouvelles ritualités urbaines ? », Communication et organisation, n° 32, p. 26‑38. 

[33] Pradel B. (2007). « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, n° 82(3).

[34] Delarc M. (2016). « Quelle prise en compte des “usages” dans la conception des espaces publics urbains ? », Métropolitiques, 20 janvier.

[35] Zaza O. (2018). « Horizons urbains en expérimentation : discours et pratiques d’une collectivité territoriale face au numérique », thèse de doctorat, Université Paris Nanterre, 483 p.

[36] Pradel B. (2013). « Sous les pavés, Paris Plages », Métropolitiques, 8 juillet.

[37] Réinventer Paris est un appel à projets urbains innovants (APUI), lancé en 2014, qui transforme la commande publique dans le cas de cession foncière. S’ensuivront Réinventer la Seine en 2016, Inventons la Métropole du Grand Paris en 2016, Réinventer Paris 2 en 2017 et Réinventer Paris 3 en 2021.

[38] Greco L, Josso V, Rio N. (2018). « Les “Réinventer” : un concours de programmation… sans programmiste ? », Métropolitiques, 4 juin.

[39] Zetlaoui-Leger J. (2022). « Urbanisme participatif », dans Petit G, Blondiaux L, Casillo I et al. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la Participation, DicoPart, La Plaine-Saint-Denis, GIS Démocratie et Participation 2e édition.

[40] Whyte WH. (1980). The Social life of small urban spaces, Washington DC, Conservation Foundation, 125 p.

[41] Op. cit.

[42] Op. cit.

[43] Op. cit.

[44] Gomes P. (2017). « La production de l’espace public à Lyon, Lisbonne et Louvain-la-Neuve. Politiques, processus et prise en compte des usages », thèse de doctorat, Université Paris-Est, 643 p.

[45] Op. cit.

[46] Op. cit.

[47] L’opération de rénovation urbaine des années 1960-70 fabrique un espace vide qui se juxtapose avec le square préexistant. Elle fait l’objet d’un réaménagement dans les années 1990 par l’architecte Bernard Huet pour tenter de définir et d’unifier la place.

[48] Pieces écrites des marchés publics : règlement de la consultation, cahier des clauses techniques particulières et cahier des clauses administratives particulières.

[49] Pour des raisons d’anonymisation, nous choisissons de qualifier les différents prestataires extérieurs à la ville agissant dans le projet suivant les attendus des missions qui sont les leurs.

[50] Nous nous appuyons, pour la nommer ainsi, de la définition d’un dispositif donné à Agamben par Foucault lors d’un entretien « Le dispositif lui-même, c’est le réseau qu’on établit entre ces éléments » (Foucault M. (1977). Dits et écrits, volume III, p. 299-300, cité dans Agamben G. (2006). « Théorie des dispositifs », Poésie, n° 115(1), p. 25).

[51] Pinson G. (2009). Gouverner la ville par projet : urbanisme et gouvernance des villes européennes, Paris, Presses de Sciences Po, 420 p.

[52] Delarc M. (2018). « Une immersion dans le projet “Réinventons nos places” à Paris (Places des Fêtes, de la Nation et de la Bastille) : une analyse de situations de travail et de productions de connaissances au sein des services de la ville de Paris », thèse de doctorat, Université Paris-Est, p. 54.

[53] Fleury A, Wuest L. (2016). « Vers de nouveaux modes de production des espaces publics à Paris ? », Métropolitiques, 18 mars.

[54] En empruntant les mots de Benjamin Le Masson dans son intervention aux assises des architectes-voyers « Maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre publiques ». [En ligne].

[55] Extrait d’entretien avec l’ingénieure chargée d’opération, ville de Paris, le 13 novembre 2018.

[56] CCTP « Mission de programmation et de réalisation d’actions par un collectif de compétences pluridisciplinaires dans le cadre de l’aménagement de la place des Fêtes et de la place du Panthéon », p. 5.

[57] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019.

[58] Pour la place des Fêtes et la place Gambetta, les compétences demandées dans le règlement de la consultation sont à minima un architecte, un paysagiste et un ingénieur structure.

[59] Extrait d’entretien avec l’un des membres du Collectif Projet, le 15 octobre 2017.

[60] Les interlocuteurs du Collectif Projet sont les élus de la mairie du 19e arrondissement et le secrétariat général de la mairie de Paris.

[61] Le 6 décembre 2013, atelier 1 : Lancement. Le 25 janvier 2014, atelier 2 : Diagnostic des usages, besoins, attentes. Le 13 février 2014, atelier 3 : Comment faire quartier, équipements, trame verte et identité. Le 13 mars 2014, atelier 4 : Déplacements tous modes. Le 10 avril 2014, atelier 5 : Quels aménagements pour quels usages ? Le 24 juin et le 11 septembre 2014, atelier de synthèse. Le 19 novembre 2014 : Présentation des scénarios.

[62] La votation se déroule sans périmètre, en s’appuyant sur les listes électorales et du porte-à-porte, montrant l’enjeu quantitatif que représente la participation pour la mairie d’arrondissement pour faire valoir auprès de la mairie centrale l’action menée localement.

[63] Par l’organisation d’événements, notamment une journée de séminaire le 29 mai 2015, qui s’articule en deux parties : communications d’ « experts » et débat le matin, et atelier de travail entre les acteurs externes et internes aux services de la ville, l’après-midi.

[64] Entretien avec l’un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019.

[65] Op. cit.

[66] Terme proposé par le CCTP « Mission de programmation et de réalisation d’actions par un collectif de compétences pluridisciplinaires dans le cadre de l’aménagement de la place des Fêtes et de la place du Panthéon. »

[67] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019.

[68] Boboc A, Metzger JL. (2020). « Les méthodes agiles et leurs contradictions », SociologieS.

[69] Selon les mots du journal élaboré par le Collectif Animation pour rendre compte de leurs missions.

[70] Op. cit.

[71] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019.

[72] Ibid.

[73] de Certeau M. (1990). L’invention du quotidien, Paris, Gallimard, 349 p.

[74] Op. cit.

[75] Serra L. (2013). « Villes, territoires, réversibilités : pas à pas », dans Scherrer F, Vanier M (dir.), Villes, territoires, réversibilités, Paris, Hermann, p. 11-23.

[76] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Animation, le 27 avril 2019.

[77] Op. cit.

[78] Macaire E. (2015). « Collectifs d’architectes. Expérimenter la coproduction de l’architecture », Lieux Communs. Les Cahiers du LAUA, n° 17.

[79] De Biase A. (2014). Hériter de la ville : pour une anthropologie de la transformation urbaine, Paris, Donner lieu, 191 p.

[80] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 21 novembre 2017.

[81] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 15 octobre 2017.

[82] Radiopotain est un projet de webradio participative des habitants du 23 rue du Docteur-Potain à Paris, dans le 19e arrondissement. Interview. [En ligne].

[83] Extrait d’entretien avec un des membres du Collectif Projet, le 15/10/17.

[84] Op. cit. p. 430.

[85] Extrait d’entretien avec un fondateur d’association puis élu d’arrondissement, le 27 octobre 2019.

[86] L’éventualité de construction d’un bâtiment est signifiée dans le CCTP de la mission conclusive par la création d’une nouvelle mission de maîtrise d’œuvre complète pour le Collectif Projet.

[87] Guez A, Zanini P. (2021). « Des rythmes et des chronotopes », EspacesTemps.net Revue électronique des sciences humaines et sociales.

[88] Charron J. (2021). « Paris, Place des Fêtes », dans De Biase A (dir.), Regards sous contrainte : carnet de terrain d’un monde pandémique, Paris, Éditions BOA, p. 92-95.

[89] Op. cit.

[90] Op. cit.

[91] Op. cit.

[92] Arab N, Vivant E. (2018). « L’innovation de méthodes en urbanisme : freins et leviers d’une entreprise incertaine », Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère, n° 1.