janvier 2026
Les temps de l’urbanisme 2
L’urbanisme transitoire
aux prises avec les incertitudes
Vers une recomposition de l’action urbaine ?
Le cas du NPNRU de La Bourgogne à Tourcoing
Vassili Duverly
Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES), ULR 4477
L’urbanisme transitoire
aux prises avec les incertitudes
Vers une recomposition de l’action urbaine ?
Le cas du NPNRU de La Bourgogne à Tourcoing
L’urbanisme transitoire aux prises avec les incertitudes : vers une recomposition de l’action urbaine ? Le cas du NPNRU de La Bourgogne à Tourcoing,
Riurba no
19, janvier 2026.
URL : https://www.riurba.review/article/19-temps/incertitudes/
Article publié le 1er sept. 2026
- Abstract
- Résumé
Transitional urban planning in the face of uncertainty: toward a reimagining of urban action? The case of La Bourgogne NPNRU in Tourcoing
The implementation of forms of transitional urbanism within urban operations, in a context of austerity and uncertainty, questions both the modalities of project management and the possible emergence of a new planning regime. Caught between imperatives of flexibility, immediacy, and reversibility — characteristic of the presentist regime — and alternative configurations of action grounded in maintenance and care for the existing fabric, transitional urbanism challenges the principles of project-based urbanism. It thereby opens broader avenues for reflection on the reconfiguration of temporalities within the urban production process. A situated analysis of an ANRU project reveals these tensions through the diversity of action registers observed.
L’implémentation de formes d’urbanisme transitoire au sein des opérations urbaines, dans un contexte d’austérité et d’incertitude, interroge les modalités de conduite du projet urbain et l’émergence possible d’un nouveau régime d’aménagement. En tension entre les injonctions à la flexibilité, à l’immédiateté et à la réversibilité propres au régime présentiste, et des configurations d’action alternatives fondées sur la maintenance et le soin de l’existant, l’urbanisme transitoire met à l’épreuve les principes de l’urbanisme de projet. Il ouvre ainsi des perspectives de réflexion plus larges sur les reconfigurations des temporalités dans la fabrique urbaine. L’analyse située d’un projet ANRU permet de rendre compte de ces tensions à travers la diversité des registres d’action observés.
post->ID de l’article : 6931 • Résumé en_US : 6976 • Résumé fr_FR : 6973 • Sous-titre[0] : V
Introduction
L’urbanisme transitoire s’inscrit aujourd’hui comme un outil quasi incontournable des métropoles dans la production urbaine. Dans les creux des projets urbains, ces formes d’intervention temporaire remplissent plusieurs fonctions qui donnent à voir une nouvelle lecture du temps et des temporalités du renouvellement urbain : préfiguration d’usages, gestion de l’attente, maintien du cadre de vie, participation citoyenne. Porté par une galaxie d’acteurs aux logiques d’action variées, l’urbanisme transitoire traduit les mutations de l’action collective et révèle de nouvelles manières de faire la ville. Son intérêt se renforce d’autant plus dans un contexte de raréfaction du foncier, de hausse de sa valeur, des contraintes liées à la stratégie ZAN et d’intégration croissante des exigences socioenvironnementales dans les projets urbains. Les projets du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) de la métropole européenne de Lille (MEL) intègrent pleinement ces pratiques et leurs déclinaisons. Utilisé au sein de stratégies d’intervention spécifiques, l’urbanisme transitoire s’articule à la croisée des grands enjeux du renouvellement urbain (générateur de vacance, perturbation et transformations de grandes ampleurs, etc.) et des contextes locaux (quartiers d’habitat ancien, territoire détendu et en déprise, géographie prioritaire, etc.). Notre réflexion s’appuie alors sur une articulation fine entre le cadrage stratégique des démarches transitoires et la production des objets urbains qui leur sont associés. L’incorporation stratégique de l’urbanisme transitoire au sein des projets urbains questionne l’apparition d’un nouveau régime de transformations urbaines fondamentalement lié à la question du temps et son utilisation. Plusieurs registres d’action en tension expriment, de manière différenciée, les rapports aux temporalités des acteurs dans un contexte incertain en proie à l’accélération généralisée.
L’urbanisme transitoire, clé de lecture
des recompositions de l’action urbaine ?
La multiplication des interventions temporaires au sein des différentes politiques sectorielles depuis une dizaine d’années partout en Europe questionne l’apparition d’un nouveau régime d’aménagement. La diversité de ces opérations qui tendent à réinjecter de la valeur dans le moindre interstice du projet répond à la capacité du capitalisme à muter pour répondre aux différentes injonctions sociales, environnementales, politiques sans pour autant bouleverser sa structure fondamentale. Dans un contexte d’accélération permanente, caractéristique du régime présentiste (Hartog, 2003[1]Hartog F. (2003). Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil., Mallet, 2024[2]Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération : les temps de l’urbanisme présentiste, La Tour-d’Aigues, L’Aube., Rosa, 2010[3]Rosa H. (2010). Accélération : une critique sociale du temps. Paris, La Découverte.), l’urbanisme transitoire se dessine à certains égards comme le miroir des logiques néolibérales qui font primer l’immédiat et le court terme sur le temps long et la vision de long de terme, renforçant ainsi le fonctionnement de l’urbanisme de projet qui valorise l’adaptation, la flexibilité et le simultané (Boltanski et Chiapello, 2011[4]Boltanski L, Chiapello È. (2011). Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.). Et paradoxalement, certaines configurations d’urbanisme transitoire sont capables de générer des formes de production non marchande au sein de dispositifs de régénération urbaine plus inclusive. La politique de la ville et l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) n’échappent pas à cette capilarisation de l’urbanisme transitoire qui se décline de manière expérimentale dans des contextes locaux contraints par des transformations urbaines d’ampleur, de forts enjeux de retournement d’usages et d’images, ainsi que des incertitudes multiples.
Des modalités d’action en tension
dans un contexte incertain
Depuis les années 1970, l’incertitude structure l’action collective bien au-delà du domaine de l’aménagement et de l’action territoriale (Callon et al., 2001[5]Callon M, Lascoumes P, Barthe Y. (2001). Agir dans un monde incertain : essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil.). L’incertitude renvoie dans la littérature scientifique à des situations « qui touchent à ce que l’on ignore et ce que l’on sait, et à la capacité d’anticiper, de prévoir, de contrôler l’avenir » (Reghezza-Zitt, 2019[6]Reghezza-Zitt M. (2019). « Gestion de crise et incertitude(s) ou comment planifier le hors-cadre et l’inimaginable. Application aux crises résultant de crues majeures en Île-de-France », Annales de géographie, n° 726(2), p. 5-30.). Les capacités d’anticipation des acteurs de la fabrique urbaine sont mises à l’épreuve des incertitudes (Chalas, 2000[7]Chalas Y. (2000). L’invention de la ville, Paris, Anthropos.), qui conditionnent un certain type d’organisation (Dumont, 2013[8]Dumont M. (2013). « L’aménagement urbain face à l’expérimentation. Actions publiques, dynamiques sociales », habilitation à diriger des recherches, Université Rennes 2.) et nécessitent de « dépasser l’approche linéaire de l’action » (Fedeli, 2011[9]Fedeli V. (2011). « Stratégies et tactiques dans le projet Citta di Città », dans Enjeux de la planification territoriale en Europe, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, p. 281-297.). Dans ce contexte incertain, l’affirmation de certains modèles en urbanisme et aménagement met en tension les temporalités de l’action urbaine structurées par l’urgence des mandats électoraux (Mallet, 2014[10]Mallet S (dir.). (2014). « Quelle(s) temporalité(s) prendre en compte dans un projet urbain durable », rapport, PUCA.), l’articulation des enjeux à court et long terme du développement durable (Arab, 2013[11]Arab N. (2013). « Réversibilité et durabilité dans l’élaboration des choix d’aménagement », dans Scherrer F, Vanier M, Villes, territoires, réversibilités, Paris, Hermann, p. 125-137. ; Mallet et Zanetti, 2016[12]Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, n° 15(2).) ou encore l’austérité budgétaire (Peck, 2012[13]Peck J. (2012). « Austerity urbanism. American cities under extreme economy », City, n° 16(6), p. 626-655. ; Tonkiss, 2013[14]Tonkiss F. (2013). « Austerity urbanism and the makeshift city », City, n° 17(3), p. 312-324.). Ces conceptions alternatives invitent au développement de méthodes qui se veulent plus incrémentales et itératives, voire réversibles. Si elles ont pu être critiquées pour leur incapacité à structurer une vision stratégique de long terme, ces évolutions de l’action publique incarnent un nouveau type de rapports entre projets et temporalités.
Sandra Mallet (2024[15]Op. cit.) souligne que les modalités de conception et de conduite des projets urbains sont ainsi largement impactées dans leurs constructions temporelles par les bouleversements généraux de la société : accélération et montée des incertitudes. Un des avatars de cette accélération généralisée est le renversement du regard des acteurs publics sur les moments de pauses (Andres, 2011[16]Andres L. (2011). « Les usages temporaires des friches urbaines, enjeux pour l’aménagement », Métropolitiques, 11 mai.) et les temps secondaires (Mallet, 2024[17]Op. cit.). Les espaces-temps vacants sont désormais des potentialités à exploiter pour des raisons économiques (Adisson, 2017[18]Adisson F. (2017). « Choisir ses occupants », Métropolitiques, 6 janvier. ; Pinard, 2021[19]Pinard J, Vivant E. (2017). « La mise en évènement de l’occupation temporaire : quand les lieux artistiques off inspirent les opérateurs in de la production urbaine », L’Observatoire, n° 50(2), p. 29-32.) socio-urbaines (Dubeaux[20]Dubeaux S. (2017). « Les utilisations intermédiaires des espaces vacants dans les villes en décroissance : transferts et transférabilité entre l’Allemagne et la France », thèse de doctorat, Paris Sciences et Lettres., 2017 ; Janin et Andres, 2008[21]Janin C, Andres L. (2008). « Les friches : espaces en marge ou marges de manœuvre pour l’aménagement des territoires ? », Annales de géographie, n° 663(5), p. 62-81.) ou encore culturelles (Andres et Grésillon, 2011[22]Andres L, Grésillon B. (2011). « Les figures de la friche dans les villes culturelles et créatives. Regards croisés européens », L’Espace géographique, n° 40(1), p. 15-30. [En ligne ; Vivant et Pinard, 2017[23]Op. cit.). En imaginant différemment les transformations territoriales et les temporalités des projets urbains, l’urbanisme transitoire tend à devenir un levier stratégique pour les villes au service de la requalification et redynamisation locales (Institut Paris Région, 2022[24]Institut Paris Région. (2022). L’urbanisme transitoire. Une pratique qui se pérennise, Notes rapides Territoires, n° 952.). Ce faisant, cette modalité de fabrique de la ville pose la question de son articulation voire de sa confrontation avec les outils réguliers de la fabrique urbaine que sont la planification et le projet urbain.
Les évolutions des modalités de conduite du projet urbain s’inscrivent dans un régime présentiste (Hartog, 2003[25]Op. cit.) qui tend à survaloriser le présent, au sein duquel les acteurs cherchent à maîtriser au mieux le temps du projet, et en particulier la vitesse de montage et de réalisation afin d’éviter les lenteurs des procédures traditionnelles et d’atteindre leurs objectifs finaux (Mallet, 2024[26]Op. cit.). Ces mutations de l’action urbaine répondent aux demandes d’adaptabilité, de réversibilité et de flexibilité de l’espace propres aux logiques des politiques néolibérales et à l’accélération (Rosa, 2010[27]L’accélération sociale avancée décrite par Rosa (2010, op. cit.) repose à la fois sur une augmentation de la vitesse d’action et sur une transformation de l’expérience du temps. ). Elles s’appuient alors sur l’agencement de nouvelles configurations d’acteurs qui s’accompagne d’une pluralisation des sphères décisionnelles et donc d’une dispersion des ressources, qu’elles soient financières, cognitives, d’expertise ou encore de légitimité (Mallet, 2014, p. 51[28]Op. cit.). La multiplication des termes (Nedelec, 2017[29]Nédélec P. (2017). « De nouveaux mots pour de nouvelles modalités de fabrique de la ville ? Initiatives citadines d’aménagement des espaces publics », L’Information géographique, n° 81(3), p. 94-107.) associés aux interventions temporaires traduit l’hétérogénéité des opérations en termes de lieux, de configurations d’acteurs, de temporalités, d’objectifs, de rationalités, etc.
L’émergence du mouvement de l’urbanisme tactique au sein des institutions publiques cristallise le paradoxe de l’investissement des temps morts de la transformation urbaine. La diversité des actions menées au nom de l’urbanisme tactique souligne de nouvelles relations entre les habitants et les pouvoirs locaux en réaction à leur insatisfaction, comme une critique in situ de l’action publique urbaine. Ces approches alternatives pourtant critiques des modèles urbains dominants sont progressivement institutionnalisées, intégrées et dépolitisées par les acteurs publics (Douay et Prévot, 2014[30]Douay N, Prévot M. (2014). « Park(ing) day : Label international d’un activisme édulcoré ? », Environnement Urbain / Urban Environment, n° 8.). De même, les occupations temporaires qui sont maintenant largement répandues, encadrées (Adisson, 2016[31]Op. cit.) et institutionnalisées au sein des opérations urbaines sont nées au sein des dynamiques citoyennes militantes dans les territoires désindustrialisés (Pinard, 2021[32]Op. cit.). L’incorporation de ces pratiques à l’échelle des pouvoirs publics s’est notamment structurée grâce à des agencements inédits entre acteurs culturels et acteurs traditionnels de la fabrique urbaine autour de la figure des friches (Andres et Grésillon, 2011[33]Op. cit. ; Andres et Ambrosino, 2008[34]Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134(3), p. 37-51.). Cette institutionnalisation s’accompagne d’une recomposition du champ des professionnels de la ville et s’inscrit dans une dynamique plus large d’élargissement du spectre des acteurs de la fabrique de la ville, ainsi qu’une diversification de leurs compétences (Pinard et Morteau, 2019[35]Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.).
Urbanisme transitoire : quelques éléments de définition
Nous utiliserons dans cet article la terminologie d’urbanisme transitoire, notamment popularisée autour du projet d’occupation temporaire de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul et le projet des Grands-Voisins à Paris. Selon nous, l’urbanisme transitoire se définit comme un dispositif d’occupation provisoire, plus ou moins complexe, d’un espace en cours de transformation. Articulé aux différentes phases de mutations du site et aux intentions des acteurs en place, l’urbanisme transitoire contribue avec plus ou moins d’intensité aux transitions sociales, urbaines, écologiques et économiques de l’espace dans lequel il s’inscrit. Contrairement à l’occupation temporaire qui n’a pas nécessairement vocation à influer le projet urbain futur, l’urbanisme transitoire met l’accent sur les liens entre le projet à long terme d’un site donné et ses multiples usages dans le temps de la concrétisation d’un projet. Mobilisées comme support des différentes politiques publiques, ses déclinaisons opérationnelles révèlent des référentiels urbains et architecturaux en transformation (des notions connexes émergent dans le même temps : flexibilité, adaptabilité et réversibilité), de nouveaux séquençages de l’action urbaine (notamment en lien avec le tournant expérimental de l’aménagement urbain qui valorise l’itération et le test comme modalité d’action), de méthodologies alternatives (aux prises avec les injonctions à la participation citoyenne et de son renouvellement) – qui prennent en compte le caractère stochastique des contextes de transformations urbaines.
Aussi, au regard du contexte de l’opération NPNRU, du rôle de la SEM Ville renouvelée quant à l’aménagement des espaces publics, et face aux enjeux de transitions foncières et de mutabilité des friches, nous souhaitons explorer dans cet article les dynamiques d’urbanisme transitoire qui s’inscrivent spécifiquement dans les espaces non bâtis et qui font appel à un ensemble d’aménagements spécifiques dans la filiation de l’urbanisme tactique et de son institutionnalisation.
La mise en œuvre de ce type de transformations urbaines au sein des projets urbains est sous-tendue par des modalités de régulation[36]Nous utilisons ici, le terme de « régulation » car il permet d’aborder le système de légitimation des actions et d’identifier les rationalités sous-jacentes. qui mettent en leur centre des régimes temporels[37]Le régime temporel se manifeste dans l’aménagement urbain par des registres d’action spécifiques qui comportent leurs propres conceptions du présent, du futur et de la manière de les articuler pour transformer l’espace. et de justification multiples. Véritables « donneurs de temps », les acteurs du projet urbain guident le rythme et le temps des opérations urbaines. Ils utilisent alors l’urbanisme transitoire comme un instrument de maîtrise du temps par l’espace et inversement. Par sa capacité à incarner le changement, le futur et les transitions, l’urbanisme transitoire s’impose progressivement comme un instrument (Lascoumes et Le Galès, 2005[38]Lascoumes P, Le Galès P. (2005). Gouverner par les instruments, Paris, Presses de Sciences Po.) de contrôle des informalités, des aléas, (més)usages et représentations de l’espace. L’urbanisme transitoire apparaît alors comme générateur et support des rapports sociaux. Véritable « projet dans le projet » (Pinard, 2021, p. 80[39]Op. cit.), sa supposée flexibilité ouvre une discussion sur le temps comme paramètre structurant de l’exercice du pouvoir et de conduite de projet de renouvellement urbain. Son utilisation vise, d’une part, à réduire les délais de l’action, l’effet du temps long sur les habitants, en renversant le rapport des acteurs aux futures transitions afin de globalement assurer la stabilité, l’acceptabilité et la durabilité du projet, et, d’autre part, à maintenir au quotidien le cadre de vie des habitants.
Le renouvellement urbain de la métropole de Lille
(MEL), terrain fertile de l’urbanisme transitoire
Le processus de renouvellement urbain promu par l’ANRU autour des opérations de démolition-reconstruction se caractérise par une évolution des formes de vacance au sein des quartiers prioritaires – qu’il s’agisse des périodes de relogement, des emprises libérées suite aux démolitions, ou encore des espaces publics en attente d’aménagement. Pris dans leur ensemble, le traitement de ces espaces vacants révèle des modèles urbains en tension, confrontés à de multiples incertitudes : commercialisation des emprises, conflits d’usage avec les habitants, retards dans les opérations, ou encore échéances électorales. L’intégration de stratégies d’urbanisme transitoire sur les différents sites du NPNRU de la MEL relève de logiques d’action spécifiques qui accompagnent les transitions à l’œuvre, qu’elles soient foncières, écologiques, sociales, économiques ou urbaines. De nouvelles logiques d’aménagement, davantage orientées vers la gestion et la transformation de l’existant (Arab et al., 2023[40]Arab N, Crague G, Miot Y. (2023). Vers un nouvel agir métropolitain, Paris, Presses des Ponts.), émergent dans plusieurs quartiers engagés dans des processus de renouvellement urbain, notamment à Roubaix où la décroissance urbaine est progressivement envisagée comme une opportunité. Ce changement de paradigme se traduit notamment par l’affirmation des usages transitoires comme nouveau levier opérationnel (Convention pluriannuelle de renouvellement urbain, 2019, p. 18[41]Convention pluriannuelle de renouvellement urbain, 2019, Paris, ANRU.). Cette mise en œuvre stratégique du NPNRU s’appuie ainsi sur l’expérience des premières opérations de rénovation urbaine, qui avaient déjà engendré la création de nombreux espaces vacants dans certains quartiers populaires, faute d’opérations neuves venues remplacer les logements déconstruits (idem). Dans ces conditions, l’urbanisme transitoire apparaît d’abord comme un dispositif sociotechnique essentiel pour assurer une continuité d’usage et maintenir un cadre de vie dans la durée, tout en accompagnant la transformation progressive des territoires les plus durablement touchés par la vacance (ADULM, 2019[42]ADULM. (2019). Une approche renouvelée des lieux vacants dans la métropole lilloise, 96 p.).
Le quartier de La Bourgogne à Tourcoing est une ancienne ZUP de grands ensembles dont le tissu social fut largement impacté par la désindustrialisation. Privilégiant une approche intégrée, le projet NPNRU, situé au sein du périmètre d’une ZAC de près de 50 ha, met en œuvre de nombreuses démolitions (948), réhabilitation (809), résidentialisations (493), diversification (400 d’ici 2035 avec un potentiel de 850 à terme[43]Site de la MEL, « Le renouvellement urbain à La Bourgogne ». [En ligne) qui visent principalement à retourner l’image du quartier et développer une mixité fonctionnelle et résidentielle plus importante, en diversifiant les typologies et formes architecturales. Classé parmi les 200 opérations d’intérêt national par l’ANRU, sa « grande fragilité sociale », le « sentiment de relégation » (Convention pluriannuelle de renouvellement urbain, 2016, p. 18[44]Op. cit.) de la part des habitants et la mono-fonctionnalité concourent pour les acteurs institutionnels à déprécier l’image du quartier. D’un point de vue urbain, l’objectif du NPNRU est d’ouvrir le quartier vers l’extérieur et de reconstituer un maillage viaire hiérarchisé autour d’une grande allée par une restructuration importante de sa morphologie, de ses usages et fonctionnalités. Cette approche massive sur l’urbain (figure 1) s’accompagne d’une réflexion sur le volet social (maintien du cadre de vie, participation citoyenne, projets culturels, etc.) et d’une prise en compte de ces perturbations sur le temps long et le temps du chantier. Projet partenarial[45]La rénovation de La Bourgogne est un projet ANRU, préfet du Nord, ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires), région Hauts-de-France, département du Nord, MEL, ville de Tourcoing, Banque des territoires, Caf du Nord, Action logement, Lille métropole habitat, La Méta, Vilogia, 3F Notre logis, EPF Hauts-de-France aménagé par Ville renouvelée., le NPNRU de La Bourgogne est aménagé par la SEM Ville Renouvelée (SEM VR) en charge de la concession.

La SEM VR propose donc, en réponse à ces différents enjeux, la définition et la mise en œuvre d’une stratégie d’urbanisme transitoire[46]La MEL a notamment souhaité renforcer les volets « accompagnement au changement » et « gestion transitoire » en mobilisant des moyens complémentaires via la subvention Quartier résilient de l’ANRU, qui a validé une subvention en 2023 pour l’accompagnement à cette structuration. fondée sur un meilleur encastrement des temporalités du projet, des dynamiques de retournement d’image, l’opportunité d’intégrer toutes les parties prenantes, et une réactualisation des modalités de la fabrique urbaine via « un urbanisme de transition[47]Site de la SEM VR. [En ligne » qui a l’ambition de changer les modalités de conduite des transformations urbaines et en particulier des espaces publics.
Parallèlement à la déclinaison opérationnelle de cette stratégie, d’autres configurations d’acteurs s’immiscent dans ces espaces-temps et profitent des temps morts de la fabrique urbaine et de la mutation des sites pour développer des projets dont les usages (agriculture urbaine, ressourcerie, résidence artistique) répondent à plusieurs besoins locaux. Pour cet article, nous faisons le choix de nous focaliser uniquement sur les espaces non bâtis extérieurs (en attente de constructions bâties ou d’aménagement d’espace public).
En proie à des objectifs transversaux, des secteurs d’intervention et des temporalités variés, de quoi l’urbanisme transitoire est-il alors le nom ? L’article vise à explorer, au prisme des multiples démarches transitoires, structurées ou non en stratégie au sein d’un quartier NPNRU, la capacité des acteurs à articuler plusieurs horizons temporels et registres d’action pour assurer une cohérence dans l’aménagement des espaces urbains extérieurs. Comment sont (re)pensées les temporalités du projet ? Et comment les acteurs se saisissent-ils de l’accélération globale de la société pour répondre à leur rationalité respective ? Ce recours au transitoire au sein des dispositifs de régénération urbaine est-il le signe d’une transformation du régime d’aménagement du projet, ou marque-t-il une mutation du capitalisme qui réinsère de la valeur partout et tout le temps à l’heure de l’accélération qui valorise la simultanéité, l’efficacité et la flexibilité ? L’article explore le rôle et le sens que donnent les acteurs à l’urbanisme transitoire dans un contexte de mutation de grande ampleur. Oscillant entre un outil au service des politiques publiques et un levier de transformation de la fabrique urbaine, l’urbanisme transitoire révèle des rapports aux temps ambivalents, pris entre l’urgence des enjeux du cadre de vie, l’incertitude des mutations foncières et l’exploration de scénarios potentiels.
Cadrage méthodologique
La méthodologie déployée dans notre enquête est fondamentalement liée à la nature même des processus observés. L’analyse de l’institutionnalisation de nouvelles pratiques urbanistiques s’articule à une étude de l’action en train de se faire, de l’action qui arrive. Nous avons donc fondé un protocole d’enquête qualitative pluriel permettant de décrypter de quelles manières s’élabore et évolue le « monde » des urbanistes (Söderström, 2000[48]Söderström O. (2000). Des images pour agir. Le visuel en urbanisme, Paris, Payot.). Afin d’appréhender les mutations de l’action urbaine, nous mobilisons ici la notion de configuration d’action collective comme cadre d’analyse spécifique des processus spatiaux, politiques et temporels. L’étude du projet d’aménagement ne doit ainsi pas se réduire à l’analyse du temps comme simple marquage chronologique du déroulement de l’action. La gestion, coordination, communication, chantier, production de documents, études, etc. de projet urbain nécessitent une approche plurielle qui combine une prise en compte des échelles d’intervention, des découpages spatiaux et temporels et des différentes rationalités (électorale, de sécurité, du vivre ensemble, etc.) (Mallet, 2014[49]Op. cit.). Les données collectées – représentations, pratiques concrètes, activités routinières, agencements entre acteurs – proviennent d’une « déambulation continue entre les réunions et leurs différents niveaux » (Devisme et al., 2009[50]Devisme L (dir.). (2009). Nantes : petite et grande fabrique urbaine, Marseille, Parenthèses.) au sein du service de politique de la MEL permise par une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE).
Pour comprendre comment se formalise l’institutionnalisation progressive d’un nouvel objet d’action publique comme l’urbanisme transitoire, nous analysons les politiques de renouvellement urbain à partir des cadres de production des règles du jeu urbain : contrats, études, documents stratégiques, protocoles de préfiguration, chartes, guides, conventions de gestion de site, revues de projet, etc. Cette entrée permet de dépasser les seules règles juridiques et d’appréhender la (re)production collective des règles au sens large. Plusieurs entretiens semi-directifs avec les acteurs du NPNRU ont permis de compléter les données ainsi que des réflexions issues du programme de recherche Transurba[51]Le programme de recherche TransUrba, financé par l’ADEME dans le cadre de l’APR TEES et encadré par S. Mallet entre 2022 et 2025, a analysé la diffusion des pratiques d’urbanisme transitoire et leur capacité à répondre aux enjeux de transitions écologique, économique et sociale sur différents territoires, dont le quartier NPNRU de La Bourgogne. auquel j’ai eu la chance de pouvoir participer avec le laboratoire TVES de l’Université de Lille. Nous proposons également d’explorer l’activité urbanistique au travers de la conception et production de ses artefacts, et de la manière dont les acteurs composent avec le déjà-là (Arab, 2018[52]Arab N. (2018). « Pour une théorie du projet en urbanisme », Revue européenne des sciences sociales, n° 56(1), p. 219-240.). Aussi, la troisième ligne forte de notre réflexion est de prendre au sérieux la production des objets de l’urbanisme (Chesnel et Devisme, 2020[53]Chesnel K, Devisme L. (2020). « La ville en mode “démonstrateur urbain” » : Learning from Nantes City Lab », Revue internationale d’urbanisme, n° 9.) qui, au regard de leurs logiques temporelles, traduisent des recompositions de la matérialité de l’action. Nous considérons alors que les artefacts temporaires, par les interactions, les intentions sous-jacentes et les cadres juridiques et techniques qu’ils impliquent, permettent de lire les tensions de l’action urbaine à l’aune des enjeux de durabilité, et concordent à structurer l’activité de projet aussi bien du point de vue de sa matérialité, son organisation ou ses temporalités.
Toutes les données ont ensuite fait l’objet d’une analyse avec une matrice construite autour de cinq axes complémentaires permettant de repérer les signaux faibles des mutations d’un régime d’aménagement − les modalités d’organisation de l’action ; le régime de rationalité et les valeurs et référentiel de l’action ; les objectifs des interventions ; les régimes temporels à l’œuvre ; la typologie des espaces-temps mobilisés.
Construire un cadre d’intervention de gestion transitoire
face aux incertitudes
Avant toute chose, il convient de retracer l’émergence de ces actions transitoires, d’en comprendre les logiques, les temporalités et les caractéristiques, en portant une attention particulière au langage et à la matérialité qu’elles mobilisent. Déclinaisons opérationnelles d’une stratégie intégrée, ces démarches s’inscrivent ici sur des espaces interstitiels au croisement des enjeux de transitions foncières, d’usages, de formes et représentations. L’analyse du cadrage stratégique de ces opérations révèle une inflexion de l’approche spatiotemporelle de l’activité de projet : simultanéité et immédiateté se conjuguent afin d’optimiser les temps secondaires et temps morts de la fabrique urbaine.
Le foncier
au cœur d’une approche multisites de la transition
Ressource essentielle dans la mise en œuvre des projets temporaires, le foncier constitue le paramètre central de la stratégie d’urbanisme transitoire pensée et déclinée par le pôle innovation et maîtrise d’usages de la SEM VR dans le cadre du NPNRU de La Bourgogne. Formalisée en 2023 avec l’aide de la coopérative Plateau Urbain[54]Plateau Urbain est une coopérative qui propose d’accompagner les différents acteurs de la fabrique urbaine dans le montage, la gestion et l’évaluation des projets d’immobilier social et solidaire, et les occupations transitoires et temporaires. via une AMO dédiée, cette stratégie d’urbanisme transitoire poursuit plusieurs objectifs : préfigurer la transformation du quartier, signaler la transformation des lieux, renouveler les espaces publics et leurs usages, préserver les qualités paysagères et innover une fabrique de la ville résiliente. Elle s’appuie sur l’identification des « espaces-temps disponibles » (figure 2), permettant à la fois d’anticiper la mise en œuvre de projets transitoires et de garantir l’existence de « réserves foncières[55]SEM VR (2024), Stratégie d’urbanisme transitoire. » mobilisables, capables d’accueillir de futurs projets afin de « répondre à des besoins pouvant émerger au fur et à mesure du projet » (idem).

Articulée à une analyse socio-urbaine par secteur, la SEM VR place, au centre de la stratégie d’urbanisme transitoire, le cadre de vie comme paramètre de définition de l’action. Plus précisément, cette approche multisites spatialise et temporalise les dynamiques de mutations foncières accompagnant la reconfiguration urbaine du quartier et de ses espaces publics. Autrement dit, sa mise en œuvre repose sur un dialogue continu entre les espaces-temps disponibles et maîtrisés, les enjeux propres à chaque secteur du quartier et des interventions temporaires contextualisées. Les caractéristiques spatiales, physiques, temporelles ou programmatiques des sites identifiés déterminent ensuite la nature des projets transitoires, tant dans leurs objectifs que dans leur forme, leurs objets, ou leur gouvernance ou modalités de gestion.
Le traitement de ces temps secondaires révèle toutefois des logiques d’actions en tension, aux prises avec des incertitudes structurantes, notamment sur les lots en diversification suite à la démolition de logements qui représentent une épreuve supplémentaire pour la mutation de ces fonciers à moyen et long terme.
Pallier l’incapacité
des politiques publiques urbaines :
des instabilités structurantes
L’incertitude structure les démarches transitoires à plusieurs niveaux sur le NPNRU de La Bourgogne. Comme moteur de l’action urbaine, elle vient conforter l’usage des espaces vacants comme un paramètre essentiel de la conduite de l’activité de projet et de gestion des fonciers. Au niveau stratégique, l’urbanisme transitoire s’impose comme une réponse possible aux défaillances du marché immobilier sur le versant nord-est de la MEL (ADULM, 2019[56]Op. cit.), aux limites des politiques publiques d’attractivité (Barbier, 2022[57]Barbier C. (2022). « Au nom de l’attractivité métropolitaine », Métropolitiques, 14 février.) et au décalage potentiel des phases opérationnelles. Les acteurs du NPNRU s’interrogent, de ce point de vue-là, sur la gestion durable des futurs espaces libérés en vue d’une diversification.
Les parcelles destinées à la diversification demeurent marquées par un fort degré d’incertitude, notamment en raison des difficultés persistantes de retournement d’image, qui limitent toute projection stable en matière de commercialisation. La ville de Tourcoing et la MEL mentionnent à plusieurs reprises lors des différents comités techniques[58]Comité technique « Urbanisme transitoire / Feuille de route » du 27 janvier 2025. que la gestion de ces emprises, dont le devenir reste le plus fragile, est l’un des enjeux principaux du projet à long terme, qui va de pair avec le retournement des dynamiques d’attractivité. Cette incertitude interroge la capacité des acteurs publics à s’inscrire dans le temps long de l’action urbaine, alors même que leurs ressources tendent à se réduire, fragilisant la mise en œuvre de leurs politiques (Schupper et Schönig, 2016[59]Schipper S, Schoninh, B. (2016). Urban austerity: Impacts of the global financial crisis on cities in Europe, Berlin, Verlag Theater der Zeit.). L’incertitude opérationnelle est également structurante, aujourd’hui, de la stratégie d’urbanisme transitoire qui intègre des critères de mobilités dans le cahier des charges des aménagements afin de répondre aux temporalités, parfois fluctuantes, des chantiers.
Ces situations imposent parfois de « faire feu de tout bois[60]Entretien avec un directeur d’études de Plateau Urbain. » afin d’identifier des leviers d’action et d’engager la transformation malgré les dysfonctionnements de l’action publique. Dans ce contexte, l’urbanisme transitoire constitue un instrument d’ajustement : il permet d’occuper temporairement les vacants, de maintenir une qualité minimale de cadre de vie et de préserver des marges de manœuvre face aux incertitudes foncières, économiques et opérationnelles. Les futures opérations transitoires décrite dans la section suivante ont alors pour objectifs de compenser cette incapacité des politiques publiques par de nouvelles configurations d’acteurs, et un renversement de la conception du présent qu’il convient désormais d’entretenir, pour aider ces opérations à atteindre leurs objectifs initiaux, tout en permettant des réajustements réalistes au regard des contraintes et des contextes dans lesquels elles se déploient.
Des enjeux sociospatiaux
à des projets transitoires différenciés
En croisant les enjeux socio-urbains du NPNRU avec son séquençage temporel, la SEM VR élabore une feuille de route intégrant un ensemble d’actions potentielles, destinées à être déployées progressivement sur les différents secteurs du quartier au fur et à mesure de l’avancement du projet (figure 3). Centrées sur un accompagnement au long cours des habitants dans la transformation de leur quartier, ces actions ont pour objectifs d’occuper le terrain au quotidien pour des finalités multiples : renouveler les usages, préfigurer la transformation, préserver la qualité paysagère, etc.

Entre 2023 et 2025, La SEM VR, via plusieurs missions d’assistance à maîtrise d’ouvrage, a piloté l’installation d’aménagements urbains temporaires, dont la vocation récréative se conjugue à des ambitions de continuité d’usages et de service. Dans l’attente des travaux définitifs, les différents aménagements réalisés sous maîtrise d’ouvrage SEM VR visent à « renforcer le lien social et l’attractivité du quartier[61]Dossier de presse, septembre 2024, « Inauguration de la halle commerciale et de services et des installations temporaires, place de La Bourgogne à Tourcoing, la Bourgogne se transforme ». ». Pour les réaliser, la société coopérative et participative Récréations urbaines[62]Société coopérative et participative spécialisée dans la mise en œuvre de dispositifs participatifs impliquant des jeunes citoyens et utilisant des méthodologies issues de l’éducation populaire. et l’association SEED[63]SEED est une association de solidarité locale et internationale composée d’urbanistes et d’architectes, qui agit pour l’amélioration du cadre de vie des populations, au travers notamment de chantiers participatifs directement dans l’espace public. ont été sélectionnées suite à leur réponse à plusieurs marchés publics successifs.
La coréalisation de l’allée des enfants, fin 2023, qui constitue la première étape de la déclinaison opérationnelle de cette stratégie, a permis à la SEM VR de maintenir les déplacements quotidiens des habitants au sein du quartier tout en favorisant plusieurs usages ludiques, et ce, malgré la proximité immédiate des emprises de chantier du futur groupe scolaire Jacques Chirac dont la réalisation sera inaugurée pour la rentrée 2025. Sa situation au cœur de quartier à mi-chemin entre le magasin Aldi, la nouvelle place de La Bourgogne, le centre social ou encore la ludothèque et la station de métro en fait un espace fréquenté dont le réaménagement doit permettre d’amorcer la réorganisation du maillage viaire des espaces publics. Imaginée avec les enfants du centre social de La Bourgogne, ce parcours ludique comprend donc plusieurs aménagements comme des rampes de glisses, de la signalétique, du marquage au sol ou encore un « sentier pieds nus ».
Les installations des mobiliers urbains en cœur de quartier est le deuxième ensemble d’aménagements temporaires réalisé en avril 2024 qui doit permettre, en attendant le démarrage des travaux d’espaces publics (prévus fin 2025) de maintenir l’activité sur la place de La Bourgogne et affirmer un peu plus son rôle de nouvelle centralité par une intensification de l’usage des espaces. Pour cela, des aménagements paysagers légers (ganivelles et cheminements) et la réalisation de plusieurs mobiliers urbains conviviaux, ludiques et sportifs ont été mis en œuvre : assises, bancs, tables d’échecs, agrès sportifs, tunnel végétal, billodrome composent désormais les abords de la halle commerciale.
Enfin, l’implantation de la scène culturelle éphémère, réalisée par les architectes de SEED en mai 2024, a pour objectifs de « tester l’implantation d’un équipement culturel de plein air, observer son usage et son appropriation par les habitants, puis envisager à terme sa pérennisation[64]Site de Ville Renouvelée, « Une nouvelle scène en plein air ». [En ligne ». Cette dernière a fait l’objet d’une première activation via un événement d’ampleur programmé par la SEM VR, montrant à la fois une partie des possibilités qu’offre la scène aux structures locales (fanfare, karaoké, DJ set, spectacle, etc.) et la capacité de celle-ci à « faire du lien social » par la mobilisation d’une partie des habitants du quartier. Par la suite, les structures locales sont censées participer à son animation en programmant diverses activités.

Pris dans son ensemble, le traitement de ces fonciers en attente d’aménagement présente des projections temporelles variées qu’il convient désormais d’éclairer au prisme des configurations d’actions collectives qui révèlent des registres d’action en tension. La production de ces dispositifs transitoires oscille alors entre la nécessité de créer des alternatives à l’utilisation des espaces vacants en attendant que les besoins immobiliers et les dynamiques de commercialisation s’amorcent, la gestion courante du projet en facilitant les pratiques sociales et quotidiennes des habitants en période chantier, ou encore en expérimentant des usages sur site qui nourriront à terme la maîtrise d’ouvrage dans la programmation des espaces publics.
Mise à l’épreuve des registres d’action de l’urbanisme transitoire :
des logiques temporelles en tension
Produits à la fois discursifs et matériels, les aménagements et occupations temporaires relèvent d’un régime d’action sous tension, révélateur des évolutions du projet NPNRU. Nous proposons d’explorer la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie d’urbanisme transitoire à La Bourgogne à l’aune des configurations d’action qui y coexistent. Un même aménagement peut ainsi mobiliser tour à tour – ou simultanément – différents registres, qui concourent à reconstituer le sens de l’action urbaine. Les incertitudes budgétaires, techniques, économiques et opérationnelles qui pèsent sur le déroulé du projet questionnent de manière générale le choix des acteurs face aux futurs potentiels qu’il convient d’ordonner ou, à minima, de légitimer pour s’assurer de son acceptabilité. Traits d’union entre le temps futur de la réalisation, le temps quotidien et celui de la gestion de l’existant, ces dispositifs transitoires agissent comme prophéties autoréalisatrices.
Exploiter le potentiel
au sein de l’économie symbolique du projet
Sur le secteur de la halle de La Bourgogne, les aménagements temporaires (figure 5) mis en œuvre dans le cadre de la stratégie d’urbanisme transitoire de la SEM VR s’insèrent comme des variables d’ajustement. Autrement dit, les différents mobiliers provisoires visent à réduire l’inadéquation entre la politique de mixité fonctionnelle et sociale de l’ANRU et les dynamiques du marché immobilier du versant nord-est. Sans être véritablement nouvelles, les utilisations temporaires des espaces vacants constituent un levier essentiel de la revalorisation de l’image du quartier et participent à la mise en récit de sa transformation. Au-delà d’être une modalité de transformation de l’espace urbain, la production de ces dispositifs assure une mise en scène du projet urbain et vise à un retournement du stigmate que porte le quartier. Le discours sur l’attractivité, fondé sur la valorisation du cadre de vie et du présent, occupe une place centrale dans la rhétorique des acteurs : « La conception et la mise en œuvre de cette stratégie de gestion transitoire, préfiguratrice et tactique, apportera une réponse concrète et opérationnelle aux enjeux identifiés ci-dessus. Elle contribuera à bâtir les conditions sociales de réussite du projet NPRU en favorisant l’adhésion des habitants, notamment par la dynamique du “faire” et en diffusant vers l’extérieur un élan de renouveau dans une logique de “faire- savoir[65]MEL, (2023), extrait d’une note d’intention « Quartiers résilients » pour l’obtention d’une subvention de l’ANRU.” ».
Il s’agit de montrer dès aujourd’hui, par le biais de mobiliers urbains temporaires conviviaux comme les bancs et la table (figure 5), les effets visibles de la transformation urbaine pour revaloriser et repositionner le quartier au sein de l’espace métropolitain concurrentiel. Qualifiés de « made in La Bourgogne » les tables et jeux provisoires, cocréés dans le cadre des aménagements cœur de quartiers, sont à la fois des objets techniques qui suscitent des usages conviviaux et de loisirs, et des objets communicationnels qui portent en eux, de par leurs formes et fonctions, les ambitions visibles des transformations urbaines de plus long terme. Ils permettent de souligner la présence des équipements le long de la future grande allée ainsi que la dédensification par démolition au profit d’espaces verts (figure 6).

Partant de l’opportunité des espaces en attente d’aménagement, ces projets centrés sur la thématique des usages s’appuient sur plusieurs référentiels qui permettent une interprétation des transformations en cours. « Place au piéton », « ici on préserve la diversité » « allée des enfants », tous ces termes qui ponctuent les mobiliers de signalisation configurent le discours des opérateurs urbains in situ et les temporalités de l’action. Mais montrer à qui ? Aux habitants restants, certes, mais aussi à divers capitaux potentiels – futurs habitants, investisseurs ou entreprises – susceptibles de s’y implanter : « La place de La Bourgogne est l’espace public majeur du cœur de quartier, et est aujourd’hui fréquentée et traversée par un certain nombre de publics. Cependant, une intensification des usages s’avère nécessaire afin de maintenir l’occupation, de favoriser l’attractivité et d’affirmer ce rôle de centralité dans ce premier temps du renouvellement urbain de La Bourgogne[66]Cahier des charges pour l’installation de mobilier temporaire cœur de quartier.. »
L’objectif de ces aménagements en matière de communication est double : s’ils favorisent l’adhésion des habitants au projet par « la dynamique « du faire[67]Ibid. », ils visent aussi à « diffuser vers l’extérieur un élan de renouveaux dans une logique de “faire-savoir[68]Ibid.” ». Ces aménagements transitoires deviennent ainsi un moyen de « raconter l’histoire de la transformation[69]Entretien réalisé avec un directeur de grands projets à la ville de Tourcoing. » et de construire un discours d’attractivité dont la temporalité s’avère parfois « plus longue que dans d’autres contextes urbains[70]Ibid. ».

La déclinaison opérationnelle de cette stratégie d’urbanisme transitoire s’accompagne d’un storytelling éminemment politique, inscrit dans l’économie symbolique du projet décrite par S. Zukin (1998[71]Zukin S. (1998). « Urban lifestyles: diversity and standardisation in spaces of consumption », Urban Studies, n° 35(5-6), p. 825-839.). En septembre 2024, l’inauguration de la halle commerciale de la place de La Bourgogne et de ses installations temporaires a donné lieu à une communication importante, mobilisant l’ensemble des acteurs institutionnels du projet. Cet événement matérialise à la fois une vision commune et une présence symbolique, physique, budgétaire et politique des représentants de l’action publique dans le quartier. L’activation de la nouvelle centralité avec le concours des aménagements temporaires cristallise un horizon d’attente : celui d’un futur projeté, visible et raconté avant même sa réalisation définitive. La matérialité et l’immédiateté des dispositifs temporaires incarnent cette anticipation : largement mobilisés comme produits d’image et d’espace, ils visent à stimuler l’attractivité du quartier et à relancer l’économie locale en rendant tangible la promesse de transformation ici et maintenant ; ils amorcent ce que la SEM VR appellent des « transitions visuelles » qui annoncent en ce sens la nouvelle centralité du quartier.
L’urbanisme transitoire relève ici d’une fonction performative qui ne remet pas en cause l’organisation générale de la société et du mode projet, et vient même conforter l’utilisation d’un registre d’action démonstratif et évènementiel répondant aux enjeux de marketing territorial. De même que « la réinsertion de la friche dans un cadre planifié est synonyme du retour en force de l’action politique sur ces territoires » (Ambrosino et Andres, 2008[72]Op. cit.), l’utilisation transitoire des temps morts et seconds du projet urbain répond également à une logique de figuration de l’effectivité des politiques publiques, particulièrement dans les contextes d’austérité. La production d’artefacts temporaires est ici une manière de rendre intelligible l’action urbaine. L’immédiateté ainsi que la simultanéité conditionnent ici le NPNRU qui doit se montrer imminent et « donner à voir » rapidement des effets positifs de la transformation urbaine en différents lieux et donc dans les différents temps du projet. Parce qu’elle donne une cohérence spatiale aux transformations en cours qui peuvent paraître décousues, parce qu’elle configure aussi le temps du projet en opérant « une synthèse de l’hétérogène » entre des temps passé, présent et futur, l’installation directement dans l’espace public de ces mobiliers participe donc à la « mise en intrigue », du projet urbain. Ces différents aménagements transitoires survalorisent ici le présent qui fait événement, et dont les artefacts produits temporairement traduisent l’intensification générale de l’activité au quotidien.
Derrière le terme de « préfiguration » qui revient de manière régulière dans le discours des personnes rencontrées ou les différents documents de cadrage (stratégie d’urbanisme transitoire, cahier des charges des aménagements, présentation comité de pilotage, candidature Quartiers Résilients), l’objectif est bien de conforter un horizon d’attente en articulant les interventions temporaires à la programmation des futurs secteurs du quartier. Si la « mise en intrigue[73]On peut ici faire référence aux travaux de Ricœur sur la configuration du récit qui offre une perspective d’analyse originale pour comprendre la narrativité des opérations d’urbanisme. » du projet constitue une des modalités de la préfiguration, le test d’usages en est une autre qui permet de réguler le projet et d’en assurer sa gouvernementalité par une hybridation des expériences participatives.
Stabiliser la décision urbaine :
une situation d’exploration en demi-teinte
Visant à préfigurer les futurs espaces publics, la scène éphémère et les aménagements cœur de quartier fonctionnent également comme de véritables prototypes dont l’objectif est de s’assurer, d’une part, de la motivation des acteurs, et donc de leur capacité à se mobiliser pour animer l’espace public et, d’autre part, de l’acceptabilité du projet dans sa globalité. Le foncier, en l’occurrence les espaces extérieurs disponibles, est ainsi abordé comme un « terrain de jeux[74]Entretien avec une directrice d’études de Plateau Urbain. » par les différents acteurs du projet. La conception, animation, évaluation et éventuelle réorientation des dispositifs temporaires s’appuient sur plusieurs modèles de participation visant à stabiliser le processus de décision collective, améliorer le mobilier, ses modalités de gestion et son activation. Ces dispositifs d’expérimentation configurent alors à plusieurs niveaux le rôle des habitants qui sont tour à tour mobilisés comme témoins (en capacité de donner leur avis sur les aménagements, en phase de conception et/ou d’évaluation), constructeurs (en participant par le faire in situ via les aménagements temporaires à la transformation matérielle et symbolique du quartier), usagers (au travers de l’usage quotidien), gestionnaires (en proposant des activités d’animation des installations éphémères). La potentielle animation par les structures locales de la scène culturelle éphémère (figure 8) s’impose ici comme une situation d’exploration visant à répondre à plusieurs questions : qui sont les acteurs motivés et quels types de coopérations existe-t-il ? Quelles sont les dynamiques artistiques et culturelles sur le quartier ? Quelles sont les personnes et d’où viennent-elles, intéressées par les activités proposées ? Autant de questions qui pourront enrichir à terme la future programmation hors les murs du conservatoire, par exemple.
La multiplication de ces rôles et expériences tout au long du projet urbain révèle une volonté d’articuler différentes logiques temporelles en favorisant une appropriation au présent des transformations urbaines. Dès leur réponse au marché public pour la réalisation des aménagements en cœur de quartier, Récréations urbaines et SEED mentionnent que l’AMO est « un temps d’alignement entre le projet de la ville, les besoins et envies des habitant.e.s et des structures locales (sociales, économiques et écologiques) ». Chemin faisant, les acteurs institutionnels s’appuient alors sur des objectifs de préfiguration qui reposent sur plusieurs rationalités qui concordent à favoriser l’acceptabilité générale du projet et réduire les incertitudes liées à l’appropriation quotidienne des futurs usages des espaces publics : la rationalité économique et budgétaire, la rationalité technique et la rationalité urbanistique. L’observation et l’évaluation[75]Plateau Urbain assure également une mission d’AMO sur l’évaluation de la stratégie d’urbanisme transitoire depuis 2024. de la (bonne) appropriation de ces dispositifs visent, de ce point de vue, à tester puis justifier les choix d’aménagement sur le long terme. Élaborer de manière collective, suite à plusieurs temps d’échanges entre la ville, la SEM, la MEL et Plateau Urbain, le référentiel d’évaluation catégorise plusieurs indicateurs quantitatifs et qualitatifs qui permettent de suivre l’utilisation des aménagements par les habitants : la fréquentation, la dégradation, le type d’usages et usagers, les retours des habitants sur la pérennisation ou bien la suppression de ce type de mobilier, etc. sont autant d’indicateurs à mobiliser pour la SEM VR afin d’enrichir la stratégie transitoire et potentiellement la programmation des espaces publics.

Pour la SEM VR, l’enjeu consiste également à proposer « du temporaire qui dure », réalisé « avec des matériaux de qualité », afin de dépasser l’esthétique de « l’urbanisme de palette[76]Entretien réalisé avec une directrice de projet du pôle Innovation et AMU à la SEM VR. » souvent perçue comme dépréciative par les élus. Du point de vue de la ville de Tourcoing, il s’agissait également d’éviter « le gaspillage de l’argent public dans des aménagements temporaires voués à démolition[77]Entretien réalisé avec un directeur de projet de la ville de Tourcoing. ». Cette évolution des objets de l’urbanisme transitoire – tant du point de vue de leur matérialité que de leur conception architecturale et temporelle – renvoie plus largement aux ambitions du NPNRU, qui vise à « mettre en œuvre une fabrique circulaire et innovante de la ville et œuvrer pour une matérialité engagée et le réemploi des matériaux ». Dans cette perspective expérimentale, des critères de mobilité, de modularité architecturale et de participation citoyenne ont été intégrés au cahier des charges des installations, appelées à être déplacées en fonction de l’avancement des travaux et des transformations sectorielles du quartier, et à évoluer au regard des retours de l’évaluation structurée par la SEM VR. Cette approche par la modularité prolonge la durée de vie théorique du mobilier urbain temporaire, cherchant ainsi à concilier deux termes à priori antagonistes : durabilité et temporaire.
De fait, ces situations d’urbanisme transitoire, qui sont autant de situations d’apprentissage collectif, s’inscrivent pleinement dans la famille d’opérations expérimentales décrites par Bulkeley et Castan Broto (2013[78]Bulkeley H, Castan-Broto V. (2013). « Government by experiment? Global cities and the governing of climate change », Transactions of the Institute of British Geographers, n° 38(3), p. 361-375.), qui soulignent leur capacité à rendre opérationnelles des solutions contextuellement ajustées. Le présent, dans sa dimension quotidienne, devient un temps exploratoire[79]Op. cit. qui permet d’ajuster, enrichir, requestionner et légitimer les orientations d’aménagement du projet urbain par des tests d’usages capables de générer de nouvelles idées et connaissances sur l’activité de projet et son évolution. Toutefois, l’institutionnalisation de ces démarches à l’échelle du projet urbain révèle également un processus de technocratisation, susceptible de neutraliser leur portée critique (Douay et Prévot, 2014[80]Op. cit.). Elles tendent ainsi à devenir des outils de calibrage des décisions, davantage orientés vers la réduction des risques et le maintien de l’adhésion des habitants tout au long du processus de transformation que vers l’ouverture des futurs possibles.
Un instrument de gestion courante :
normalisation du chantier
Considéré comme un point de repère de l’activité urbanistique, le chantier instaure une économie sémiotique spécifique (Serra, 2017[81]Serra L. (2017). « Images de villes, images de chantiers », Urbanités, n° 9.), dont les activités tendent à déprécier l’expérience d’usage, les paysage et, plus largement, le cadre de vie des habitants[82]On se référera ici à la définition de Nadia Arab et Yoan Miot (2017) comme l’ensemble des « artefacts bâtis (places, rues, réseaux, transports, immeubles résidentiels, etc.) et par le paysage urbain et naturel (arbres et autres espaces verts, jardins, potagers, etc.) ».. L’espace public, dans sa matérialité, ses artefacts et ses usages, s’impose comme une composante centrale des politiques d’amélioration cadre de vie (Fleury, 2009[83]Fleury A. (2009). « Espaces publics et environnement dans les politiques urbaines à Paris et à Berlin », Annales de géographie, n° 669(5).). Comme il est souvent rappelé lors de réunions publiques, d’ateliers de concertation ou de comités techniques et politiques : « le temps des habitants n’est pas le temps du projet urbain ». Cette formule est presque érigée en maxime des leviers de réussite du NPNRU de la MEL. Dominique Baert, vice-président de la MEL en charge de la politique de la ville, soulignait ainsi, lors de l’introduction du séminaire IMPETUS en avril 2025[84]Programme européen Interreg auquel participe la MEL, visant aux partages de bonnes pratiques sur la thématique des « usages temporaires ». : « Il y a un souci majeur, qui est double : c’est le temps qui s’écoule, et le temps des habitants qui continuent de vivre à côté de ces chantiers. Nous avons été interpellés ici à la métropole sur la gestion du temps. Comment faire, pendant tous ces travaux, pour que la vie quotidienne reste aussi agréable que possible ? Bref, la question du temporaire ! La gestion de tout ce qui va se passer pendant cette durée-là. »
En toile de fond stratégique, l’enjeu est alors d’arriver à articuler gestion de l’urgence et gestion de l’attente autour d’une logique de maintenance caractérisée par l’affirmation d’un lexique spécifique. En effet, les termes « maintien », « préservation », « sanctuarisation », « continuité » s’installent même directement dans l’espace public, traduisant de manière visible les intentions du projet (figure 8).

Comment alors agir pour limiter les désordres associés au temps du chantier ? La SEM VR propose, d’une part, de renverser l’appréhension du temps du chantier par une approche esthétique, positive et pédagogique[85]On peut ici faire référence aux méthodologies d’éducation populaire proposées par Récréations urbaines, qui impliquent une certaine horizontalisation des pouvoirs dans la conception des espaces urbains. des mutations, et, d’autre part, de limiter l’effet de rupture temporelle qu’impose le temps du chantier dans les pratiques quotidiennes des habitants. Par exemple, la mise en œuvre de l’allée des enfants (figure 9) et des différents aménagements paysagers et de mobiliers qui la constituent, mobilise le registre temporel de la permanence, qui permet de recomposer des continuités situées entre passé, présent et futur du cadre de vie, tant du point de vue paysager (limite l’impact visible des transformations urbaines), que des usages (limite l’impact sur les déplacements et les usages ludiques en maintenant des traversées piétonnes au sein du quartier).

La gestion transitoire s’affirme dès lors comme un outil de conduite ordinaire du projet de renouvellement urbain : elle permet à la fois d’accélérer symboliquement les transformations – en les donnant à voir – et de traiter, sur les plans matériel et symbolique, certaines externalités négatives du chantier. Toutefois, si ces actions accordent une place importante à la maintenance de l’existant, l’accent semble davantage mis sur la résolution de problèmes immédiats que sur la capacité à élaborer une vision prospective de long terme. À côté de ces opérations pensées à une échelle stratégique par les acteurs traditionnels de la fabrique urbaine, de nouveaux agencements d’acteurs ont par ailleurs donné naissance (avant la stratégie déclinée par la SEM VR) à des expériences transitoires inscrites dans des configurations temporelles spécifiques qui donnent à voir le présent comme espace-temps d’imagination de futurs (potentiellement) alternatifs permettant des transitions (voire des bifurcations).
Des « échappées »
à l’ombre des politiques publiques urbaines ?
Si les modalités de la fabrique urbaine demeurent largement descendantes, des « déverrouillages ponctuels des processus » (Dumont et Ferchaud, 2015[86]Ferchaud F, Dumont M. (2015). « Les “échappées” des expérimentations, une forme de design social des espaces ? Le cas du réaménagement du quartier du Blosne à Rennes (France) », Lien social et politiques, n° 73.) s’insèrent néanmoins dans les interstices du projet et offrent des alternatives potentielles au programme de départ, qui seront ensuite intégrées – ou non – selon la capacité des maîtrises d’ouvrage à s’ouvrir à ces propositions. Suivant cette logique, les marges du NPNRU sont saisies comme autant d’opportunités par des collectifs citoyens organisés – notamment à travers le centre social Bourgogne-Pont-de-Neuville – pour expérimenter de nouveaux usages et fonctions sur des espaces délaissés. L’installation ainsi que la trajectoire du projet d’agriculture urbaine « les Petites Pousses » (figure 10) sont caractéristiques d’un renversement du regard des habitants et des structures locales sur les temporalités du projet urbain.
Ce type de démarche temporaire est sous-tendu par une logique de transitions critiques (Mallet, 2024[87]Op. cit.), au sein de laquelle s’élaborent des modèles alternatifs de gestion de l’espace. En effet, le projet des « Petites Pousses », mis en place avec le soutien de la Méta, de la ville et de la MEL (via le contrat de ville notamment), croise des enjeux de formation et de sensibilisation des habitants aux problématiques écologiques (via des ateliers en lien avec le compostage ou le tri sélectif), de réappropriation du temps et de l’espace dans ce secteur délaissé du quartier, ainsi que de compensation des carences structurelles du projet urbain en agissant sur la maintenance – qu’elle soit sociale, urbaine ou économique. Évoluant au fil des années (implantation de serres, installations de pergola, création de tables), ce type d’initiative repose sur la montée en compétence des habitants (l’un d’eux a été formé et recruté comme jardinier par le centre social) et sur la redistribution d’un pouvoir d’agir dans la gestion du cadre de vie[88]La Voix du Nord. (2022). « Tourcoing, le centre social de La Bourgogne garde le cap malgré les difficultés ». [En ligne, pilier essentiel du centre social. Considéré comme un espace de convivialité à rebours des désagréments causés par les travaux, le centre social vise, à travers ce jardin, à « mettre en lumière l’implication du centre social et des habitants dans nos transitions urbaines[89]Site de La Voix du Nord, op. cit. ». Lieu d’expérimentation, « les Petites Pousses » a, de ce point de vue, vocation à transformer et à diffuser durablement des pratiques écologiques habitantes[90]La Voix du Nord. (2022). « Tourcoing, un jardin potager partagé pousse à La Bourgogne ». [En ligne, grâce au maintien de liens sociaux et d’un cadre de vie au sein duquel les interactions entre habitants sont possibles, voire encouragées.
Autrement dit, en s’inscrivant dans le quotidien des habitants, cette configuration collective entre acteurs publics et société civile participe à l’affirmation d’un modèle de cogestion de l’existant, selon une logique partagée de maintenance et d’activation. En effet, les aménagements cœur de quartiers ont, par exemple, été pensés en lien avec le jardin, afin d’assurer une cohérence d’ensemble des espaces extérieurs temporaires. Ces registres d’action rendent lisible la complexité d’une fabrique urbaine en transition, où la maintenance ordinaire de l’existant devient un enjeu structurel et un espace de critique, reconfigurant les rapports de pouvoir et les temporalités du projet. En ce sens, le directeur du centre social milite pour l’agrandissement ou la création d’un jardin définitif dans le quartier.

Si ce registre d’action constitue l’occasion d’élaborer « des mondes possibles » (Callon et al., 2001[91]Op. cit.) alternatifs au modèle dominant (en l’occurrence le déroulé programmatique du NPNRU), sa portée reste limitée. L’urbanisme transitoire, s’il peut ici créer une valeur sociale et symbolique de l’espace et des configurations d’action collectives plus horizontales encouragées par une participation par le faire, il ne modifie pas structurellement les rapports de pouvoir ni les cadres institutionnels de la fabrique urbaine. Le caractère précaire de ces occupations[92]Le site fait l’objet d’une convention d’occupation précaire révocable dans le temps. au périmètre réduit ainsi que la dépendance aux financements publics[93]Op. cit. limitent la capacité de projection sur le long terme et peuvent être lus comme des formes d’ajustement à la marge. La précarisation du temps et des budgets peut en ce sens participer à limiter l’impact de ces projets sur le long terme.
Conclusion :
des registres d’action en tension au croisement d’horizons temporels
Cette étude de cas explore, dans le contexte spécifique du NPNRU, la recomposition de la question du temps au sein du régime d’aménagement du projet. L’analyse des registres d’action met en lumière la diversité des pratiques, en tension entre un régime d’aménagement dominant, orienté vers l’accélération et la valorisation foncière et du présent, et des régimes plus attentifs à l’existant et au quotidien, qui assument l’incertitude pour réguler le projet urbain et, potentiellement, imaginer d’autres formes de mobilisation. De manière générale, les dispositifs transitoires permettent aux acteurs du NPNRU de repenser les articulations temporelles entre court, moyen et long terme, mais ils interrogent également la portée réelle de cette recomposition. Facilitant l’acceptabilité du projet en jouant sur un jeu de visibilité/invisibilité du temps du chantier, les interventions transitoires en espaces publics accompagnent les transformations urbaines en cours afin d’éviter des ruptures temporelles, paysagères, d’usages ou de fonctions qui pourraient nourrir l’insatisfaction au long cours des habitants. L’intégration de l’urbanisme transitoire au sein d’une stratégie de renouvellement urbain plus large implique une reconfiguration des interrelations entre acteurs mais aussi la coexistence de registres d’action hétérogènes, parfois contradictoires. Ce chevauchement met à l’épreuve l’hypothèse d’un nouveau régime d’aménagement, où l’expérimentation sociale, la participation citoyenne et la temporalité du projet deviennent des instruments de régulation. Cependant, cette cohabitation demeure souvent asymétrique : les acteurs institutionnels conservent la maîtrise foncière, stratégique et temporelle leur permettant de réguler le NPNRU.
Cette entrée par les registres d’action ouvre une réflexion sur les évolutions contemporaines du renouvellement urbain, dans un contexte d’injonction à la sobriété – économique, matérielle et énergétique – qui redéfinit les priorités des politiques publiques. Le temps devient un outil de gestion et un levier politique pour maintenir la transformation dans un contexte d’austérité budgétaire. Ces registres d’action s’inscrivent pleinement dans le régime présentiste, au sein duquel les incertitudes deviennent des ressources. Le rapport au futur, et plus encore aux espaces vacants comme réservoirs d’opportunités, s’aligne sur les logiques du « nouvel esprit du capitalisme » fondé sur la flexibilité, la disponibilité permanente et la capacité des acteurs à multiplier les projets simultanément (Boltanski et Chiapello, 2024[94]Boltanski L, Chiapello E. (2024). Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.). Les discours sur l’attractivité et la revalorisation symbolique des quartiers, inscrits dans la concurrence métropolitaine, traduisent cette hybridation : l’urbanisme transitoire devient alors un outil d’image autant qu’un outil de projet. L’instrumentalisation des friches et de leurs représentations témoigne de la plasticité du capitalisme urbain, capable d’absorber les logiques de durabilité et d’expérimentation pour requalifier les temporalités secondaires et convertir l’attente en valeur. À rebours des logiques d’accélération, certaines initiatives reposent sur des pratiques de maintenance et de soin des espaces, qui incarnent une éthique du présent et une politique du maintien (Denis et Pontille, 2022[95]Denis J, Pontille D. (2022). Le soin des choses. Politiques de la maintenance. Paris, La Découverte.). Ces aménagements traduisent un processus de gestion du risque renouvelé au sein duquel le présent est un « laboratoire » du futur. Les interstices du projet demeurent aussi des espaces de détournement et de reformulation. L’urbanisme transitoire permet de concrétiser ici et maintenant des fragments du futur, en réduisant certaines incertitudes, tout en produisant des formes alternatives d’aménagement fondées sur la coconstruction et l’expérimentation partagée. Ces dispositifs transitoires peuvent réintroduire du politique dans le champ de la fabrique urbaine, en donnant lieu à des coopérations entre citoyens et institutions sur la gestion de l’existant via des formes de participation par le faire qui favorise l’appropriation au long cours des espaces urbains.

[1] Hartog F. (2003). Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil.
[2] Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération : les temps de l’urbanisme présentiste, La Tour-d’Aigues, L’Aube.
[3] Rosa H. (2010). Accélération : une critique sociale du temps. Paris, La Découverte.
[4] Boltanski L, Chiapello È. (2011). Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.
[5] Callon M, Lascoumes P, Barthe Y. (2001). Agir dans un monde incertain : essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil.
[6] Reghezza-Zitt M. (2019). « Gestion de crise et incertitude(s) ou comment planifier le hors-cadre et l’inimaginable. Application aux crises résultant de crues majeures en Île-de-France », Annales de géographie, n° 726(2), p. 5-30.
[7] Chalas Y. (2000). L’invention de la ville, Paris, Anthropos.
[8] Dumont M. (2013). « L’aménagement urbain face à l’expérimentation. Actions publiques, dynamiques sociales », habilitation à diriger des recherches, Université Rennes 2.
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[10] Mallet S (dir.). (2014). « Quelle(s) temporalité(s) prendre en compte dans un projet urbain durable », rapport, PUCA.
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[12] Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, n° 15(2).
[13] Peck J. (2012). « Austerity urbanism. American cities under extreme economy », City, n° 16(6), p. 626-655.
[14] Tonkiss F. (2013). « Austerity urbanism and the makeshift city », City, n° 17(3), p. 312-324.
[15] Op. cit.
[16] Andres L. (2011). « Les usages temporaires des friches urbaines, enjeux pour l’aménagement », Métropolitiques, 11 mai.
[17] Op. cit.
[18] Adisson F. (2017). « Choisir ses occupants », Métropolitiques, 6 janvier.
[19] Pinard J, Vivant E. (2017). « La mise en évènement de l’occupation temporaire : quand les lieux artistiques off inspirent les opérateurs in de la production urbaine », L’Observatoire, n° 50(2), p. 29-32.
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[23] Op. cit.
[24] Institut Paris Région. (2022). L’urbanisme transitoire. Une pratique qui se pérennise, Notes rapides Territoires, n° 952.
[25] Op. cit.
[26] Op. cit.
[27] L’accélération sociale avancée décrite par Rosa (2010, op. cit.) repose à la fois sur une augmentation de la vitesse d’action et sur une transformation de l’expérience du temps.
[28] Op. cit.
[29] Nédélec P. (2017). « De nouveaux mots pour de nouvelles modalités de fabrique de la ville ? Initiatives citadines d’aménagement des espaces publics », L’Information géographique, n° 81(3), p. 94-107.
[30] Douay N, Prévot M. (2014). « Park(ing) day : Label international d’un activisme édulcoré ? », Environnement Urbain / Urban Environment, n° 8.
[31] Op. cit.
[32] Op. cit.
[33] Op. cit.
[34] Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134(3), p. 37-51.
[35] Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’occupation temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.
[36] Nous utilisons ici, le terme de « régulation » car il permet d’aborder le système de légitimation des actions et d’identifier les rationalités sous-jacentes.
[37] Le régime temporel se manifeste dans l’aménagement urbain par des registres d’action spécifiques qui comportent leurs propres conceptions du présent, du futur et de la manière de les articuler pour transformer l’espace.
[38] Lascoumes P, Le Galès P. (2005). Gouverner par les instruments, Paris, Presses de Sciences Po.
[39] Op. cit.
[40] Arab N, Crague G, Miot Y. (2023). Vers un nouvel agir métropolitain, Paris, Presses des Ponts.
[41] Convention pluriannuelle de renouvellement urbain, 2019, Paris, ANRU.
[42] ADULM. (2019). Une approche renouvelée des lieux vacants dans la métropole lilloise, 96 p.
[43] Site de la MEL, « Le renouvellement urbain à La Bourgogne ». [En ligne].
[44] Op. cit.
[45] La rénovation de La Bourgogne est un projet ANRU, préfet du Nord, ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires), région Hauts-de-France, département du Nord, MEL, ville de Tourcoing, Banque des territoires, Caf du Nord, Action logement, Lille métropole habitat, La Méta, Vilogia, 3F Notre logis, EPF Hauts-de-France aménagé par Ville renouvelée.
[46] La MEL a notamment souhaité renforcer les volets « accompagnement au changement » et « gestion transitoire » en mobilisant des moyens complémentaires via la subvention Quartier résilient de l’ANRU, qui a validé une subvention en 2023 pour l’accompagnement à cette structuration.
[47] Site de la SEM VR. [En ligne], consulté le 29 avril 2025.
[48] Söderström O. (2000). Des images pour agir. Le visuel en urbanisme, Paris, Payot.
[49] Op. cit.
[50] Devisme L (dir.). (2009). Nantes : petite et grande fabrique urbaine, Marseille, Parenthèses.
[51] Le programme de recherche TransUrba, financé par l’ADEME dans le cadre de l’APR TEES et encadré par S. Mallet entre 2022 et 2025, a analysé la diffusion des pratiques d’urbanisme transitoire et leur capacité à répondre aux enjeux de transitions écologique, économique et sociale sur différents territoires, dont le quartier NPNRU de La Bourgogne.
[52] Arab N. (2018). « Pour une théorie du projet en urbanisme », Revue européenne des sciences sociales, n° 56(1), p. 219-240.
[53] Chesnel K, Devisme L. (2020). « La ville en mode “démonstrateur urbain” » : Learning from Nantes City Lab », Revue internationale d’urbanisme, n° 9.
[54] Plateau Urbain est une coopérative qui propose d’accompagner les différents acteurs de la fabrique urbaine dans le montage, la gestion et l’évaluation des projets d’immobilier social et solidaire, et les occupations transitoires et temporaires.
[55] SEM VR (2024), Stratégie d’urbanisme transitoire.
[56] Op. cit.
[57] Barbier C. (2022). « Au nom de l’attractivité métropolitaine », Métropolitiques, 14 février.
[58] Comité technique « Urbanisme transitoire / Feuille de route » du 27 janvier 2025.
[59]Schipper S, Schoninh, B. (2016). Urban austerity: Impacts of the global financial crisis on cities in Europe, Berlin, Verlag Theater der Zeit.
[60] Entretien avec un directeur d’études de Plateau Urbain.
[61] Dossier de presse, septembre 2024, « Inauguration de la halle commerciale et de services et des installations temporaires, place de La Bourgogne à Tourcoing, la Bourgogne se transforme ».
[62] Société coopérative et participative spécialisée dans la mise en œuvre de dispositifs participatifs impliquant des jeunes citoyens et utilisant des méthodologies issues de l’éducation populaire.
[63] SEED est une association de solidarité locale et internationale composée d’urbanistes et d’architectes, qui agit pour l’amélioration du cadre de vie des populations, au travers notamment de chantiers participatifs directement dans l’espace public.
[64] Site de Ville Renouvelée, « Une nouvelle scène en plein air ». [En ligne].
[65] MEL, (2023), extrait d’une note d’intention « Quartiers résilients » pour l’obtention d’une subvention de l’ANRU.
[66] Cahier des charges pour l’installation de mobilier temporaire cœur de quartier.
[67] Ibid.
[68] Ibid.
[69] Entretien réalisé avec un directeur de grands projets à la ville de Tourcoing.
[70] Ibid.
[71] Zukin S. (1998). « Urban lifestyles: diversity and standardisation in spaces of consumption », Urban Studies, n° 35(5-6), p. 825-839.
[72] Op. cit.
[73] On peut ici faire référence aux travaux de Ricœur sur la configuration du récit qui offre une perspective d’analyse originale pour comprendre la narrativité des opérations d’urbanisme.
[74] Entretien avec une directrice d’études de Plateau Urbain.
[75] Plateau Urbain assure également une mission d’AMO sur l’évaluation de la stratégie d’urbanisme transitoire depuis 2024.
[76] Entretien réalisé avec une directrice de projet du pôle Innovation et AMU à la SEM VR.
[77] Entretien réalisé avec un directeur de projet de la ville de Tourcoing.
[78] Bulkeley H, Castan-Broto V. (2013). « Government by experiment? Global cities and the governing of climate change », Transactions of the Institute of British Geographers, n° 38(3), p. 361-375.
[79] Op. cit.
[80] Op. cit.
[81] Serra L. (2017). « Images de villes, images de chantiers », Urbanités, n° 9.
[82] On se référera ici à la définition de Nadia Arab et Yoan Miot (2017) comme l’ensemble des « artefacts bâtis (places, rues, réseaux, transports, immeubles résidentiels, etc.) et par le paysage urbain et naturel (arbres et autres espaces verts, jardins, potagers, etc.) ».
[83] Fleury A. (2009). « Espaces publics et environnement dans les politiques urbaines à Paris et à Berlin », Annales de géographie, n° 669(5).
[84] Programme européen Interreg auquel participe la MEL, visant aux partages de bonnes pratiques sur la thématique des « usages temporaires ».
[85] On peut ici faire référence aux méthodologies d’éducation populaire proposées par Récréations urbaines, qui impliquent une certaine horizontalisation des pouvoirs dans la conception des espaces urbains.
[86] Ferchaud F, Dumont M. (2015). « Les “échappées” des expérimentations, une forme de design social des espaces ? Le cas du réaménagement du quartier du Blosne à Rennes (France) », Lien social et politiques, n° 73.
[87] Op. cit.
[88] La Voix du Nord. (2022). « Tourcoing, le centre social de La Bourgogne garde le cap malgré les difficultés ». [En ligne].
[89] Site de La Voix du Nord, op. cit.
[90] La Voix du Nord. (2022). « Tourcoing, un jardin potager partagé pousse à La Bourgogne ». [En ligne].
[91] Op. cit.
[92] Le site fait l’objet d’une convention d’occupation précaire révocable dans le temps.
[93] Op. cit.
[94] Boltanski L, Chiapello E. (2024). Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.
[95] Denis J, Pontille D. (2022). Le soin des choses. Politiques de la maintenance. Paris, La Découverte.