frontispice

Accélérer pour mieux ralentir ?
Le paradigme des urbanismes temporaires

Guillaume Ethier
Université du Québec à Montréal (UQAM)

frontispice

Accélérer pour mieux ralentir ?
Le paradigme des urbanismes temporaires

• Sommaire du no 19

Guillaume Ethier Université du Québec à Montréal (UQAM)

Accélérer pour mieux ralentir ? Le paradigme des urbanismes temporaires, Riurba no 19, janvier 2026.
URL : https://www.riurba.review/article/19-temps/accelerer/
Article publié le 1er sept. 2026

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Figure 1. Avenue Bernard, Montréal, 2021 (cliché : auteur).

Guillaume Ethier
Article publié le 1er sept. 2026
  • Abstract
  • Résumé

Accelerating to better slow down: The paradigm of temporary urbanisms

This article attempts to synthesize the emergence of urban planning trends based on short timeframes into a single paradigm, « urbanismes temporaires » (temporary urbanisms), whose aim is to make urban development more flexible through the planning of projects in public spaces that are reversible, scalable and adaptable to the aspirations of local communities. Paradoxically, these currents based on short-term action are not necessarily complicit with the acceleration of social life and even have the capacity to counterbalance it by adjusting planning to the speed at which societies evolve. As an example, the article looks at a temporary pedestrianization project in Montreal that shows how placemaking can slow down users and enhance social interactions

Cet article propose de synthétiser l’émergence d’un ensemble de courants en urbanisme qui se réclament d’une temporalité courte en un seul paradigme, les urbanismes temporaires, dont l’objectif consisterait à flexibiliser la fabrique de la ville par l’intermédiaire de projets réversibles, évolutifs et adaptables aux aspirations des citadins. Paradoxalement, ces courants inscrits dans la rapidité ne sont pas nécessairement complices de l’accélération de la vie sociale et peuvent même contribuer à la contrebalancer en ajustant l’aménagement des villes à la vitesse d’évolution des sociétés. À titre d’exemple, l’article se penche sur une piétonnisation temporaire à Montréal qui montre comment le placemaking peut ralentir les visiteurs et augmenter les interactions sociales.

Cet encadré technique n’est affiché que pour les administrateurs
post->ID de l’article : 7013 • Résumé en_US : 7047 • Résumé fr_FR : 7044 • Sous-titre[0] : L

Introduction

Posons ici une hypothèse en forme de paradoxe : se pourrait-il que les formes de fabrique de la ville associées à des temporalités courtes, s’inscrivant de facto dans le registre de la vitesse et de l’obsolescence, puissent en vérité être à l’origine de pratiques de la lenteur dans les espaces urbains contemporains ? Qu’à une ère rythmée notamment par un numérique qui mobilise de plus en plus ses usagers dans un présent constamment rafraichi, ces expériences menées en urbanisme ne soient pas l’expression d’une aliénation supplémentaire, d’un renoncement à la stabilité du cadre auquel devrait s’en tenir la ville physique comme arrière-plan, mais qu’il s’agirait plus exactement de tentatives visant à « inventer de nouveaux décors mouvants », comme le suggérait le poète situationniste Ivan Chtcheglov (2006, p. 9[1]Chtcheglov I. (2006). « Formulaire pour un urbanisme nouveau », dans Chtcheglov I, Apostolidès JM, Donné B (dir.), Écrits retrouvés, Paris, Allia, p. 8-16.) ? Se pourrait-il donc que le caractère élastique et provisoire des nouvelles initiatives temporaires permette à son tour de capter les aspirations des citadins en plein vol, de synchroniser un tant soit peu l’offre urbaine à des désirs labiles, et donc de prendre acte de l’incertitude qui marque l’époque ?

Le présent article propose d’explorer ces questions en deux moments, le premier abordant la conception du temps dans le déploiement des « urbanismes temporaires », tandis que le second va considérer le temps de l’expérience des usagers. Tout d’abord, nous allons suggérer que l’émergence, à partir des années 2010, d’un mouvement associé à des temporalités courtes s’est depuis constitué en un paradigme, nommé ici « urbanismes temporaires » au pluriel pour souligner la diversité des courants[2]D’autres tentatives de synthèse du phénomène emploient aussi le terme « urbanisme temporaire ». L’ouvrage collectif Transforming cities through temporary urbanism (Andres et al., 2020) utilise même, à l’occasion, la forme plurielle « temporary urbanisms », sans préciser toutefois comment cette distinction avec le singulier permet, comme ici, de différencier le paradigme des courants qu’il contient. L’urbanisme temporaire y désigne d’ailleurs une pratique qui réapparaît constamment dans les moments de transition dans l’histoire des villes, et non un paradigme en particulier. Enfin, cet « urbanisme temporaire » est subdivisé en catégories d’acteurs, alors que nous allons les classifier en fonction de différentes conceptions du temps, ce qui en fait des conceptualisations qui se chevauchent sans s’emboîter complètement (Andres L, Zhang AY (dir.). (2020). Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer., mais qui constitue néanmoins une alternative aux « […] modèles d’urbanisme plus classiques centrés sur l’organisation hiérarchisée des étapes à mener » (Mallet et Mège, 2021, p. 4[3]Mallet S, Mège A. (2021). « Le temps en urbanisme ? Récits d’expériences », Sur_Mesure. [En ligne). Ce paradigme n’est ni bon ni mauvais en soi, mais ouvre à tout le moins la porte à un certain pragmatisme par rapport à l’horizon temporel de la fabrique urbaine, ce qui débouche sur des stratégies situées, conscientes, dans les meilleurs cas, des bouleversements présents et à venir. On y construit, pour faire image, des radeaux qui flottent en surface du développement urbain : ces embarcations, par leur capacité à se mouvoir au gré des demandes sociales, à renouveler leur offre et à accepter le bricolage, ne semblent participer de l’accélération du monde que si elles sont observées depuis la rive car, en leur sein, elles peuvent activer l’espace public d’une manière qui favorise, paradoxalement, des pratiques de la lenteur.

C’est d’ailleurs ce que nous tenterons de montrer avec la brève présentation, en deuxième partie, de certains résultats tirés d’une recherche empirique menée sur un projet de piétonnisation temporaire à Montréal. Cette étude s’appuie notamment sur la comparaison entre des moments « avant » et « pendant » l’activation du projet, ce qui nous permettra d’apprécier sa capacité à rendre la rue plus « collante », c’est-à-dire que des gens restent sur place plus longtemps en plus d’y socialiser davantage quand le passage est interdit aux voitures (figure 1). Cette adhérence des corps en mouvement, observée également dans d’autres projets temporaires (Ji, 2023[4]Ji CS. (2023). « Public space: The critical connection in a sometimes lonely city », mémoire de master, New York, Columbia University, 32 p.; Paukaeva et al., 2021[5]Paukaeva AA et al. (2021). « Impacts of the temporary urban design on the people’s behavior. The case study on the winter city Khabarovsk, Russia », Cities, vol. 117, p. 1-12. ; The Bentway et al., 2025[6]The Bentway, Gehl Studio, Dalla Lana School of Public Health. (2025). Rx for Social Connection. Public space as a strategy to combat loneliness, Toronto, The Bentway, Gehl Studio, Dalla Lana School of Public Health, 49 p.), ne signifie pas que la course de la vie urbaine soit complètement freinée par ce type d’intervention, mais elle montre à tout le moins le potentiel des urbanismes temporaires à capter, même succinctement, des individus engagés sur des trajectoires qui n’invitent presque plus à la pause ou à la rencontre d’autrui.

Deux postures face à l’accélération

Cet article se veut une contribution à la réflexion sur l’accélération constatée dans la fabrique de la ville et sur les diverses postures adoptées pour la contrer. Paul Virilio nous avait bien renseignés sur la vitesse en tant que propriété constitutive de la modernisation, et sur l’accélération comme un leurre qui pousse à un état d’urgence fictif et perpétuel (Virilio, 1977[7]Virilio P. (1977). Vitesse et politique : essai de dromologie, Paris, Galilée.). Cette tyrannie de l’instantanéité aurait non seulement modifié notre relation au temps, mais aussi à l’espace : « […] rapprocher du “lointain” éloigne proportionnellement du “prochain”, de l’ami, du parent, du voisin, rendant ainsi étrangers, voire ennemis, tous ceux qui se trouvent à proximité, famille, relations de travail ou de voisinage » (Virilio, 1995, p. 33[8]Virilio P. (1995). La vitesse de libération, Paris, Galilée.). Acceptant ce constat, il est généralement convenu que l’on devrait se méfier de tout ce qui participe de l’agitation du monde et qui facilite la circulation au détriment de la permanence, comme la multiplication dans le paysage des non-lieux, espaces ontologiquement vides et destinés à être traversés sans nous transformer (Augé, 1992[9]Augé M. (1992). Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil.  ).

Or, tout en admettant parfaitement ce diagnostic, il semble y avoir un malentendu sur la façon de contrecarrer cette agitation urbaine, ce qui renvoie à un débat plus vaste quant aux postures à adopter pour combattre un problème généralisé : Michael Hardt et Antonio Negri, par exemple, dans Empire (2000[10]Hardt M, Negri A. (2000). Empire, Paris, Exils.), suggéraient de contester la globalisation non pas de l’extérieur, soit à partir d’une position fantasmée hors de l’enceinte du capitalisme, mais plutôt de la combattre de l’intérieur en misant sur la « multitude », une constellation mondiale de sujets et de collectivités qui agissent sur le système en détournant ses moyens politiques et technologiques.

Sur un autre débat, celui qui nous occupe ici, il semble que refuser l’accélération généralisée de la vie sociale (Rosa, 2011[11]Rosa H. (2011). Accélération : une critique sociale du temps, Paris, La Découverte.) par les moyens de l’urbanisme peut se traduire, d’une part, par un rejet de tout ce qui est éphémère ou transitoire, comme les manifestations d’une ville enchaînée, sans distance critique, au présent. On verrait ici l’urbanisme temporaire comme le dernier avatar d’une ville qui s’éloigne d’autant plus de la durabilité et qui offre un spectacle frivole d’occupation et de renouvellement perpétuel de l’espace public destiné à des publics inattentifs et en manque de stimuli (Fincher et al., 2016[12]Fincher R, Pardy M, Shaw K. (2016). « Place-making or place-masking? The everyday political economy of “making place” », Planning Theory & Practice, vol. 17, n° 4, p. 516-536.  ). La critique n’est pas sans valeur, car ces approches temporaires ont bien attiré dans leur sillon des acteurs de tout acabit, certains utilisant effectivement la stratégie éphémère « […] to change and reconfigure their city and do so without government involvement » (Mould, 2014 p. 529[13]Mould O. (2014). « Tactical urbanism: The new vernacular of the creative city », Geography Compass, vol. 8, n° 8, p. 529-539.  ). Mais a-t-on tout dit une fois cette équation posée entre « temporaire » et « accélération » ?

La seconde posture consisterait à admettre que les contradictions de l’expérience contemporaine nous entraînent effectivement dans un remous constant, mais que le fait de poser dans les villes des zones de sociabilisation éphémères, même en évoluant à une vitesse infiniment moindre que la vie sociale en ligne avec ses rebondissements incessants, pourrait constituer une stratégie efficace de neutralisation de l’accélération. Cette tension dialectique est envisagée sérieusement par nombre de théoriciens de la ville pour qui ces nouvelles approches constituent une adaptation aux changements de rythmes de la société (Ascher, 1997[14]Ascher F. (1997). « Du vivre en juste à temps au chrono-urbanisme », Les Annales de la Recherche Urbaine, vol. 77, n° 1, p. 112-122., Mallet, 2024[15]Mallet S, Hartog F. (2024). Politiques urbaines de l’accélération : les temps de l’urbanisme présentiste, La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube.), alors que des concepts préalables comme celui de « ville malléable » de Luc Gwiazdzinski posent explicitement l’idée que les temps de la ville ont changé, que celle-ci porte en elle des identités et des modes de vie hyperdiversifiés, et qu’il vaut mieux miser aujourd’hui sur la « […] polyvalence séquentielle et la modularité des espaces publics, des bâtiments et des quartiers » (2014, p. 186[16]Gwiazdzinski L. (2014). « Face aux nouveaux régimes temporels métropolitains, les pistes du chrono-urbanisme pour une ville malléable », URBIA. Les Cahiers du développement urbain durable, vol. 1, n° l6, p. 179-192.  ).

Cette « seconde posture » face à l’accélération, celle qui sera adoptée ici, tente d’arrimer la théorie à la réalité de la pratique urbanistique plutôt que de la juger en surplomb. Dans Staying with the trouble (2016[17]Haraway DJ. (2016). Staying with the trouble: making kin in the Chthulucene, Durham, Duke University Press.), la théoricienne féministe Donna Haraway suggère d’aborder notre rapport à la nature à l’ère de l’anthropocène en partant du milieu – entendu : à partir de ce qui peut être fait maintenant –, ce qui veut dire éviter de rester dans un « avant » de désolation et d’anxiété face à un monde en perdition, et en refusant par ailleurs de se cantonner dans un « après » besogneux qui se contenterait d’imaginer un nouveau monde à bâtir sur les cendres du nôtre. Cette pensée située, en prise avec le quotidien et les modestes moyens mis à notre disposition pour résister, est plus en phase avec la posture d’une majorité d’acteurs de l’écosystème de l’urbanisme temporaire, aménagistes et groupes citoyens, par exemple, qui tentent de faire revivre un bout de quartier avec des interventions passagères. On est loin ici, à l’évidence, des registres de l’obsolescence néolibérale et du présentisme (Hartog, 2003[18]Hartog F. (2003). Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil.  ). Mais encore faut-il que ces actions locales aient un minimum d’effets bénéfiques sur la vie des communautés pour prétendre agir dans le sens du ralentissement. Avant d’approfondir cette question, tentons d’abord un exercice théorique de classification articulant les différentes conceptions du temps que contiennent ces nouveaux courants en urbanisme.

Un paradigme d’urbanismes temporaires

Tout nouveau mouvement résiste aux étiquettes qu’on veut lui accoler, c’est bien connu. Qui tient vraiment à réduire son travail à une appellation à la mode qui porte en elle, tout à la fois, le travail fondateur de quelques pionniers et ses récupérations opportunistes ? C’est pourtant à cela que nous avons assisté depuis les années 2010 quand sont apparues un peu partout des tentatives visant à revenir à des approches plus expérimentales pour prototyper des projets dans l’espace public, vaste mouvement protéiforme auquel on a vite donné une pléthore de noms. Dès lors, un casse-tête sémantique a mené à diverses mésententes en recherche urbaine, certaines fort enrichissantes, d’autres plus prosaïques, sur les noms à donner à ces approches nouveau genre. Par exemple, il y a effectivement quelque chose de pernicieux à parler de « placemaking », dont l’un des piliers serait d’amplifier les voix citoyennes dans la fabrique urbaine, pour qualifier un projet de revitalisation dont l’objectif implicite consiste à chasser les personnes sans domicile fixe d’un espace (Kudla, 2023[19]Kudla D. (2024). « Masking visible poverty through ‘activation’: creative placemaking as a compassionate revanchist policy », Social & Cultural Geography, n° 25(4), p. 1-20.). À l’inverse, il devient futile de tenter de théoriser des pratiques urbaines avec des concepts robustes lorsque les organismes à l’origine de ces pratiques changent eux-mêmes d’avis sur le terme le plus approprié pour désigner leur travail[20]Par exemple, l’organisme Entremise, à Montréal, ne s’identifie presque plus à l’étiquette d’urbanisme transitoire à laquelle on l’associe. Sa mission, désormais, consiste plutôt à transformer « […] des espaces vacants et sous-utilisés en projets d’immobilier collectif » (Entremise.ca).. Or le temps a fait son œuvre depuis l’émergence du mouvement, et la rampe de lancement qu’a constitué la pandémie de Covid-19 pour les aménagements temporaires (Lejoux et Paulhiac Scherrer, 2023[21]Lejoux P, Paulhiac Scherrer F. (2023). « Covid-19 et émergence d’un “urbanisme de transition” en faveur des mobilités actives à Lyon et à Montréal », Espaces et sociétés, vol. 189, n° 2, p. 23-38.  ) a bien vu l’intérêt pour ces approches atteindre un sommet, puis s’épuiser, si bien qu’on semble se retrouver aujourd’hui à la croisée des chemins : des municipalités un peu partout ont bien institutionnalisé ces pratiques, mais l’effet de mode semble passé, ce qui donne peut-être à voir, désormais, ce qui restera de ces approches et ce qui n’aura été que tendance passagère.

Dans les circonstances, il n’apparaît pas très judicieux d’alimenter la surenchère conceptuelle en proposant une énième tentative de conceptualisation du phénomène. Or réciter chaque fois le chapelet des noms employés pour décrire ces courants ou se résoudre à choisir celui qui décrit grossièrement nos objets de recherche nous éloigne probablement plus encore du caractère synthétique qui unit pourtant la mouvance. Nous allons donc procéder un peu différemment en suggérant une définition des urbanismes temporaires construite selon une approche paradigmatique qui tente de circonscrire ces courants dans un rapport plus général à l’évolution de la conception du temps en urbanisme.

Des solutions nouvelles
à des problèmes formulés différemment

La notion de paradigme, développée par l’historien des sciences Thomas Kuhn (1983[22]Kuhn T. (1983). La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion.  ), a été à la base d’une refonte épistémologique importante depuis les années 1960. Elle a permis de faire éclater une historiographie positiviste des sciences selon laquelle chaque découverte importante réorientait immanquablement l’évolution des connaissances dans une nouvelle direction. La lecture constructiviste de Kuhn est beaucoup plus « sociale », faite d’humains imparfaits, de laboratoires en compétition, d’écoles de pensée et de financements divers qui s’accrochent longtemps à une conception du monde avant que le cumul des écueils identifiés dans une théorie mène à la formulation de théories alternatives qui vont progressivement s’intégrer au corpus dominant. On appelle ces vagues des « paradigmes », et leur analyse permet de bien comprendre qu’elles se chevauchent sans cesse, les nouveaux paradigmes naissant dans la critique des anciens et faisant éventuellement l’objet, à leur tour, de nouvelles attaques. Bien que conservant ses particularités en tant que discipline et pratique (Bognon et al., 2020[23]Bognon S, Magnan M, Maulat J. (2020). Urbanisme et aménagement. Théories et débats, Paris, Armand Colin.), l’urbanisme a aussi évolué dans une dynamique paradigmatique, et la cartographie des écoles de pensée depuis le XIXe siècle montre bien plus des postures qui se chevauchent et s’alternent qu’une histoire linéaire. De nos jours, il existe toujours des approches qui ont intégré l’urbanisme officiel et des tentatives de refonte en cours d’institutionnalisation, comme les courants étudiés dans cet article. Tout paradigme naît, en ce sens, d’une conceptualisation novatrice qui propose « des problèmes types et des solutions » (Kuhn, 1983, p. 11[24]Op. cit.), ce qui semble bien être le cas avec les urbanismes temporaires.

Nous suggérons de définir le paradigme des urbanismes temporaires comme suit : un ensemble de courants urbanistiques qui visent à flexibiliser le développement urbain en offrant la capacité d’agir sur l’espace urbain de manière réversible, évolutive et adaptable aux besoins des citadins. Ce paradigme naît d’une critique de l’idéal de contrôle intégral du domaine public porté par l’urbanisme officiel (Campo, 2016[25]Campo D. (2016). « Tactical urbanism: short-term action for long-term change », Journal of Urban Design, vol. 21, n° 3, p. 388-390.), mais s’intègre néanmoins de plus en plus au coffre d’outils de nombreuses municipalités.

Cette définition opérationnelle et neutre convoque une qualité – la flexibilité – qui rappelle la propension de ces approches à faire évoluer la ville par des interventions à la durée élastique, chaque projet pouvant ainsi être imaginé à l’extérieur de l’horizon temporel usuel de l’urbanisme officiel qui cherche d’ordinaire à aménager, pour les bonnes raisons que l’on connaît, en visant une certaine permanence. Bien sûr, la permanence des villes est une illusion masquant en réalité un réassemblage constant d’éléments qui sont tous plus ou moins impermanents (matériaux, humains, cultures, etc.) (Stevens, 2020[26]Stevens Q. (2020). « Temporariness takes command: how temporary urbanism re-assembles the city », dans Andres L, Zhang AY. (dir.), Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer, p. 13-27.). Sans renverser le « rôle d’organisateur spatial » (Marchal et Stébé, 2014, p. 257[27]Marchal H, Stébé JM. (2014). Les grandes questions sur la ville et l’urbain, Paris, PUF.) de l’urbanisme comme discipline et pratique, les urbanismes temporaires suggèrent quant à eux d’ouvrir le dossier de l’animation de divers espaces urbains à une plus grande palette d’acteurs, comme des citoyens ou des organismes à but non lucratif, et de lâcher prise quant à leur évolution plutôt que d’en fixer durablement les paramètres. S’agit-il d’un « nouveau mainstream », ou d’un modèle qui va demeurer alternatif (Douay et Prévot, 2016[28]Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain alternatif ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, n° 36. ) ? La question se pose, puisque les actions rapides ne se sont pas accaparées toutes les tâches de la fabrique urbaine – qui voudrait d’un pont transitoire ? – et ne concernent essentiellement que la gestion des espaces publics, semi-publics (public à accès limité, comme un événement dans une friche), ou encore celle des édifices vacants en ce qui concerne plus spécifiquement l’urbanisme transitoire. N’empêche, si les idéaux chers à l’urbanisme officiel ne sont pas abandonnés ici, le problème posé par ce paradigme est un peu différent, car si l’on veut toujours créer des villes vertes et à échelle humaine, on souhaite surtout qu’elles s’adaptent plus rapidement à un monde en mutation constante et à des communautés urbaines hautement diversifiées : « Le phénomène est tel qu’on parle aujourd’hui d’une “ville temporaire” et pop-up : une ville qui se développerait en parallèle de la planification traditionnelle, conçue pour une permanence qui ne semble plus convenir à notre époque d’ambivalence, d’incertitude et de rapidité » (Baillargeon et Diaz, 2020, p. 15[29]Baillargeon T, Diaz J. (2020). « L’urbanisme transitoire à Montréal : entre innovation et préservation », Revue Organisations & territoires, vol. 29, n° 2, p. 25-39.  ). En ce qui concerne les solutions, elles diffèrent assez clairement de l’urbanisme officiel et de ses bonnes pratiques comme l’urbanisme participatif, en renversant la séquence d’élaboration d’un projet urbain : on aménage le prototype d’abord, puis on teste ses mérites sur le terrain plutôt que sur plan, et on ouvre enfin la porte à son abrogation si l’espace ne fonctionne pas (ou plus) comme souhaité. Cette approche agile peut sembler hautement énergivore et chronophage, mais rappelons qu’on travaille le plus souvent ici avec des matériaux recyclés et des structures légères, et qu’un aménagement permanent, en définitive, n’est pas particulièrement durable s’il demeure sous-utilisé. « Permanence » et « durabilité », en d’autres mots, ne sont pas toujours synonymes.

Évidemment, tout n’est pas nouveau dans ce paradigme. Il s’agit plutôt d’un retour à des formes d’urbanisation très anciennes qui précèdent la mise en place, au XXe siècle, de vastes appareillages urbanistiques chargés de planifier intégralement les villes et les régions métropolitaines occidentales. Or cette critique de la surrèglementation de la fabrique urbaine n’empêche pas le nouveau paradigme de s’institutionnaliser à son tour (Stevens et al., 2024[30]Stevens Q (dir.). (2024). « From ‘pop-up’ to permanent: Temporary urbanism as an emerging mode of strategic open-space planning », Cities, vol. 154, p. 1-16.) ; un peu partout, en effet, des villes comme Londres, Paris ou Montréal (Baillargeon et Diaz, 2020[31]Op. cit.) intègrent des mécanismes d’action temporaire à leurs plans d’urbanisme.

Cinq variations
sur le thème des urbanismes temporaires

Faire de l’ordre dans ce paradigme reste et restera donc un projet à compléter : les concepts sont nombreux, ils évoluent rapidement, se chevauchent très largement ou s’ignorent d’un continent à l’autre. Ils sont de plus attribués, aux antipodes, à des pratiques dont les visées peuvent différer considérablement, depuis le commun urbain évolutif (Bradley, Reich et Curtis, 2024[32]Bradley AL, Reich CJ, Curtis A. (2024). « A youthful urban commons », Sens public, n° spécial 1639. [En ligne) jusqu’au commerce pop-up. Offrons donc ici un bref panorama du paradigme en évoquant cinq courants importants qui se distinguent partiellement par une emphase placée sur l’un ou l’autre des aspects de la pratique : le placemaking, l’urbanisme transitoire, l’urbanisme tactique, l’urbanisme DIY et l’urbanisme éphémère. La clé de cette exploration réside dans son ordonnancement car, comme nous venons de le suggérer, c’est un rapport particulier au temps qui structure le paradigme. Ces courants se distinguent en effet de l’urbanisme officiel « […] par un passage à l’action rapide » (Perras et Annanian, 2025, p.15[33]Perras A, Ananian P. (2024). « Expérimentation et légitimation de l’innovation en urbanisme : le cas de la piétonnisation à Montréal », Métropoles, n° 35. ). Passée leur mise en œuvre accélérée, cependant, un gouffre sépare les processus de longue haleine se réclamant du placemaking et les interventions à la limite de l’événementiel de l’urbanisme éphémère. Partons ici des inscriptions les plus lentes pour aboutir aux plus ponctuelles.

Le placemaking

Figure 2. Bryant Park, New York, 2023 (cliché : auteur).

Le « placemaking » est un néologisme difficile à traduire en français[34]Une traduction littérale de placemaking serait « faire de la place ». Douay et Prévot (2016, op. cit.) proposent quant à eux la traduction « fabrique des espaces publics ». qui aurait commencé à être utilisé vers 1997 dans les bureaux new-yorkais du Project for Public Spaces (Kent, 2018[35]Kent E. (2018). 2018 : The year the placemaking movement began to self-organize. [En ligne) pour décrire le type d’intervention dans l’espace public mis de l’avant par William H. Whyte, le célèbre urbaniste et fondateur de l’organisme. Des acteurs du milieu avaient demandé à ce dernier, dans les années 1970, de repenser le destin de Bryant Park, un square abandonné aux revendeurs de drogues en plein cœur de Manhattan, ce à quoi il avait proposé, dans un rapport court mais incisif, de déléguer la gestion du site à un organisme externe chargé d’animer l’espace et d’y ajouter du mobilier léger et modulable plutôt que d’augmenter la surveillance policière (Whyte, 1979[36]Whyte WH. (1979). Revitalization of Bryant Park – Public Library Front. New York, 13 p. [En ligne), changeant ainsi durablement le destin de ce lieu aujourd’hui très animé (figure 2). Bien que Bryant Park ait évolué dans une direction que certains qualifieront de commerciale, cette activation a néanmoins servi d’inspiration pour définir le type de démarche citoyenne à la base du placemaking : « With community-based participation at its center, an effective placemaking process capitalizes on a local community’s assets, inspiration, and potential, and it results in the creation of quality public spaces that contribute to people’s health, happiness, and well-being » (Project for Public Spaces, 2015[37]Project for Public Spaces. (2015). What is placemaking? [En ligne).

Dans le placemaking, la dimension temporelle s’exprime par l’idée de « processus » : il s’agit d’un type de démarche dans laquelle une communauté, souvent appuyée par un organisme accompagnateur (Akbar et Edelenbos, 2021[38]Akbar P, Edelenbos J. (2021). « Positioning place-making as a social process: A systematic literature review », Cogent Social Sciences, vol. 7, n° 1, p. 1-29.), se met à l’écoute de ses besoins et élabore une vision progressivement mise en forme par une accumulation de petites touches et retouches sur un lieu. Le concept, dont les paramètres restent manifestement flous en matière d’applications et d’effets réels (Markusen, 2013[39]Markusen A. (2013). « Fuzzy concepts, proxy data: why indicators would not track creative placemaking success », International Journal of Urban Sciences, vol. 17, n° 3, p. 291-303.), demeure relativement marginal jusqu’à l’apparition, dans les années 2010, de concepts concurrents qui vont inciter certains acteurs à reconnaitre la préséance du placemaking. Ces derniers vont préférer son caractère volontairement enraciné dans la réalité des quartiers, comparativement à l’urbanisme tactique, par exemple, qui insiste moins sur la rétroaction citoyenne dans son évolution dans le temps (Douay et Prévot, 2016[40]Op. cit.). Un mouvement mondial de placemaking s’organise alors et va culminer par la signature, en 2018, de la déclaration de Wuhan qui réitère les idéaux de justice sociale de la démarche, comme en fait foi le point 1 du document : « Create connected and accessible spaces that support mobility, social cohesion and interaction between neighborhoods » (Chinese Placemaking Network, 2018[41]Chinese Placemaking Network. (2018). Placemaking Week Wuhan Declaration. [En ligne). Le placemaking est un outil puissant qui travaille sur une couche d’intervention se superposant à des espaces publics qu’on aurait conçus, inaugurés puis livrés à eux-mêmes en considérant que la vie sociale allait s’y alimenter d’elle-même (Lavadinho et al., 2024, p. 10[42]Lavadinho S, Le Brun-Cordier P, Winkin Y. (2024). La ville relationnelle : les sept figures, Rennes, Apogée.). Cette façon d’animer l’espace aura servi à justifier autant des valeureuses démarches citoyennes, associées à la sous-catégorie du « critical placemaking » (Toolis, 2017[43]Toolis EE. (2017). « Theorizing critical placemaking as a tool for reclaiming public space », American Journal of Community Psychology, vol. 59, n° 1-2, p. 184-199.  ), que d’authentiques détournements spatiaux, plus près du « creative placemaking » (Fincher et al., 2016[44]Op. cit. ; Kudla, 2023[45]Op. cit.), qui consiste par exemple à planter, dans un quartier populaire, un décor destiné à des gentrifieurs nouvellement arrivés dans un secteur. Malgré ces contradictions notables, le placemaking conserve, dans l’ensemble, une conception du temps selon laquelle les cycles d’évolution des besoins de la communauté sont plus rapides que la capacité d’adaptation d’aménagements urbains souvent plombés par une réglementation stricte. Néanmoins, ce différentiel entre temps social et temps de la planification urbaine n’empêche pas le placemaking de viser une certaine longévité dans l’activation spatiale, mais seulement de le faire par le moyen d’aménagements évolutifs.

L’urbanisme transitoire

Figure 3. Cité-des-Hospitalières en transition, répétition de danse dans la chapelle, Montréal, 2024 (cliché : auteur).

L’urbanisme transitoire, un terme dont l’usage s’est concentré dans le monde francophone, est une « étape de préfiguration pour des projets de requalification pérenne » (Baillargeon et Diaz, 2020 p. 25[46]Op. cit.). Aucune mention de la communauté ici, même si elle peut évidemment être mobilisée dans une telle démarche, mais surtout l’idée de s’attaquer à une problématique – la vacance –, celle des parcelles non bâties ou des friches, ou encore des bâtiments abandonnés, qui forment dans chaque ville un inventaire d’espaces disponibles et pouvant être occupés provisoirement par un projet qui en assure non seulement l’entretien pendant « l’entre-deux », mais permet aussi d’imaginer des futurs possibles pour le lieu (collectif Ville autrement, 2021[47]Collectif Ville autrement. (2021). Espaces urbains vacants et urbanisme transitoire : explorer le potentiel du transitoire pour agir contre la vacance à Montréal, Montréal, 21 p.). Cette approche, visant explicitement à flexibiliser la fabrique de la ville, permet de faire vivre et d’expérimenter des lieux plutôt que de les laisser péricliter en attente d’un projet définitif, comme ce fut le cas pour le monastère des Religieuses Hospitalières de Montréal (figure 3), dont la gestion a été cédée par la municipalité à l’organisme Entremise pour en tester l’usage auprès d’occupants divers (artistes, organismes communautaires, etc.). Or c’est justement pour se distancer du présentisme connoté des actions éphémères que certaines structures associatives comme Plateau urbain en région parisienne ou Intermède à Lyon, ont migré vers ce terme, « transitoire », qui convoque un entre-deux entre des états évolutifs qui « […] s’inscrit plus largement dans une pensée conjointe de l’espace et du temps dans le cadre de l’aménagement urbain » (Réville, 2023, p. 5[48]Réville L. (2023). « Urbanisme transitoire », Mobidic, Dictionnaire critique des mobilités. [En ligne). Il serait cependant convenu, selon certains auteurs, de faire une distinction supplémentaire entre un urbanisme transitoire, qui se limiterait au temps de vacance entre deux projets, et un « urbanisme de transition » permettant, lui, de « transformer véritablement l’espace » (Lejoux et Paulhiac Scherrer, 2023, p. 26[49]Op. cit.). L’urbanisme transitoire a aussi la particularité de se déployer essentiellement dans des lieux clos (édifices, terrains clôturés, etc.), ce qui tient au fait que l’espace public, à l’inverse, n’est jamais vraiment « vacant » : il peut être sous-utilisé, pratiquement abandonné même, mais il demeure toujours, par définition, ouvert au public. Un projet transitoire peut parfois y être testé pour préfigurer un aménagement pérenne, comme ce fut le cas à la place des Fleurs-de-Macadam à Montréal, mais le transitoire désigne surtout le fait d’animer un espace inaccessible, que ce soit pour que les acteurs qui en obtiennent les clés en fassent un usage exclusif, ou pour qu’ils y accueillent du public. Dans tous les cas, l’urbanisme transitoire pose un temps moyennement long de préfiguration des phases subséquentes plutôt que de penser un temps fait de projets de requalification définitifs qui ne voient pas toujours le jour faute de moyens ou d’ambitions politiques. Ces futurs potentiels s’adossent par ailleurs à un temps qui se prolonge aussi dans le passé, tant il s’agit d’une stratégie qui permet de conserver le patrimoine bâti en l’entretenant entre deux phases d’occupation.

L’urbanisme tactique

Figure 4. Viaduc 375, Montréal, 2017 (cliché : Charles-Olivier Bourque).

C’est sans doute à l’émergence de la notion d’urbanisme tactique que l’on doit l’effervescence observée depuis les années 2010 autour de la question des temporalités courtes en aménagement. Répondant selon leurs propres dires à des « […] slow and siloed conventional city building process » (Lydon et Garcia, 2015 p. 3[50]Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: short-term action for long-term change, New York, Island Press.  ), les urbanistes Mike Lydon et Anthony Garcia proposent dans le livre Tactical Urbanism une conception militante de l’aménagement – inscrite dans le sillon du mouvement Occupy – qui consiste à répondre de manière résiliente à des conditions écologiques et politiques changeantes : « Tactical Urbanism is an approach to neighborhood building and activation using short-term, low-cost, and scalable interventions and policies. Tactical Urbanism is used by a range of actors, including governments, business and non-profits, citizen groups, and individuals. It makes use of open and iterative development processes, the efficient use of resources, and the creative potential unleashed by social interactions » (idem, p. 2).

À première vue, peu de différences avec le placemaking, si ce n’est que sur quelques nuances révélatrices. D’abord, une insistance plus politisée sur le « droit à la ville » d’Henri Lefebvre (1974[51]Lefebvre H. (1974). Le droit à la ville suivi de Espace et politique, Paris, Anthropos.  ) qui ne renvoie pas qu’au seul besoin des communautés de s’approprier leurs espaces communs d’une manière ludique, mais à un véritable désir de changer la ville et d’envoyer un message politique à portée plus grande que la seule empreinte d’un projet[52]Certains remettent cependant en doute ce militantisme affiché tant l’approche admet volontiers une récupération par les pouvoirs publics (Campo, 2016, op cit.) et s’est rapidement mutée en activisme « édulcoré » à travers la labellisation du mouvement (Douay et Prévot, 2014, op cit.)., comme dans l’exemple du Viaduc 375 (figure 4), une promenade temporaire qui a notamment permis de questionner la place occupée par cette infrastructure entièrement dédiée à l’automobile. À l’inverse, là où le placemaking insiste sur le processus d’inscription citoyenne sur l’évolution d’un site, l’urbanisme tactique, avec ses consonances militaires, s’embarrasse moins de susciter le débat en cas de réponse spontanée à un problème. Enfin, si le placemaking est conçu comme un processus d’activation de l’espace qui pourra se poursuivre indéfiniment dans le temps, et si l’urbanisme transitoire anticipe l’émergence d’un état prochain, l’urbanisme tactique imagine plus aisément la possibilité d’une révocation du projet, préférant au fond l’impact social à la permanence. Il y a sur ce point quelque chose qui rappelle bien sûr l’obsolescence, mais on peut aussi envisager les choses sous un autre angle en estimant que le fait de ne pas imposer un projet pérenne peut améliorer le potentiel d’adhésion des récalcitrants. C’est en tout cas le souhait exprimé par les tenants de l’approche : réduire les barrières à l’entrée de projets qui, dans les meilleurs cas, offrent un cadre urbain où la liquéfaction des fonctions et la possibilité d’entrer en collision avec des inconnus nous rapprocheraient de l’idéal de « ville ouverte » formulé par le sociologue Richard Sennett (Bråten, 2024 [53]Bråten LN. (2024). « Temporary temporariness? The (mis)use of tactical urbanism from the ‘open city’ framework », Urban Studies, n° 62(6), p. 1-19.; Sennett, 2007[54]Sennett R. (2007). « The Open City », dans Burdett R, Sudjic D (dir.), Endless City, Londres, Phaidon, p. 290-297.).

L’urbanisme DIY

Figure 5. Coin du jardin, projet citoyen de ruelle verte, Montréal (cliché : auteur).

Dans un passage assez révélateur de Tactical Urbanism, Lydon et Garcia tentent d’affirmer la nouveauté de leur proposition en la distinguant d’une autre approche, l’urbanisme DIY (« Do it yourself » ou « faites-le vous-même »). Nom donné à une collection d’actions citoyennes ponctuelles plutôt qu’à un mouvement en bonne et due forme, l’urbanisme DIY, ou encore Guerrilla urbanism, désigne un type d’intervention dans le domaine public qui est « resident-generated, low budget, and often designed to be temporary » (Talen, 2015 p. 135[55]Talen E. (2015). « Do-it-yourself urbanism: A history », Journal of Planning History, vol. 14, n° 2, p. 135-148.). Ses manifestations sont nombreuses et diffuses, comme celles de citoyens prenant les choses en main pour repeindre eux-mêmes des traverses piétonnes effacées, planter des fleurs dans un terre-plein, doter des arrêts d’autobus de bancs provisoires, construire un parc citoyen dans une ruelle (figure 5), ou occuper différemment, et sans autorisation, des lieux publics (cinéma de ruelle, fête de quartier dans le parc, etc.) (Finn, 2014[56]Finn D. (2014). « DIY urbanism: Implications for cities », Journal of Urbanism: International Research on Placemaking and Urban Sustainability, vol. 7, n° 4, p. 381-398.). Or, d’après Lydon et Garcia (2015 p. 9[57]Op. cit.), si certaines actions DIY ont bel et bien une dimension politique, ce n’est souvent pas explicitement le cas. Il peut en effet s’agir d’initiatives purement ludiques de la part de citoyens qui, en dépit des prescriptions officielles, et possiblement à cause d’une certaine lourdeur administrative, choisissent de penser le quartier comme l’extension du domaine résidentiel (Ethier, 2023[58]Ethier G. (2023). La ville analogique. Rennes, Apogée.). Mais pas ou peu de coordination citoyenne n’est possible à cette échelle, et peu non plus de désir de transformation urbaine durable, ce qui tomberait plutôt sous le parapluie de l’urbanisme tactique (Pradel, 2019[59]Pradel B. (2019). « L’urbanisme temporaire, transitoire, éphémère, des définitions pour y voir plus clair ». Blog de l’École Urbaine de Lyon, Lyon. [En ligne) ; à la place, des mesures palliatives à l’action publique qui ramènent des lieux à un état physique souhaité par ses « artisans ». Ainsi, tant mieux si des interventions citoyennes finissent par se perpétuer et participent à flexibiliser la fabrique de la ville. Bonne nouvelle également si le réflexe citoyen consistant à « participer à transformer son quotidien sans passer par […] l’urbanisme formel » (Baillargeon et Diaz, 2020 p. 29[60]Op. cit.) n’est pas complètement disparu, mais il y a peu à espérer de la mise en commun de ce type de bricolage qui agit à des échelles hyperlocales et sur un temps résolument bref.

L’urbanisme éphémère

Fig. 6. Installation Chronoharp, Amigo & Amigo, 26 janvier au 8 mars 2026, Montréal (cliché : auteur).

Dernière étape de notre exploration du paradigme des urbanismes temporaires, l’urbanisme éphémère sert surtout ici de borne théorique permettant de tracer la frontière avec le domaine de l’événementiel[61]Benjamin Pradel parle quant à lui d’un « urbanisme événementiel » (Pradel B. (2012). « L’urbanisme événementiel : vers des espaces publics hybrides ? », Rencontres scientifiques internationales Territoire, Territorialisation, Territorialité (TTT) : Hybride, Hybridation, Hybridité. [En ligne, car l’émergence des courants nommés précédemment a bien mené depuis une décennie à la multiplication d’interventions ponctuelles de type « pop-up » dont la durée de vie prévue se compte en mois, voire en semaines. Nous parlons ici de l’ensemble des actions non coordonnées, menées autant par des entreprises privées que des municipalités pour, par exemple, masquer des chantiers de construction, ou encore fournir, pour un temps donné, un attrait supplémentaire à des espaces touristiques, comme par l’ajout de structures interactives (figure 6), ou l’aménagement de plages urbaines (Stevens et Dovey, 2023[62]Stevens Q, Dovey K. (2023). Temporary and tactical urbanism: (re) assembling urban space, New York, Routledge.). Le cas des mesures extraordinaires lancées dans le contexte de la Covid-19 est un peu particulier ici, car les diverses piétonnisations et pistes cyclables éphémères destinées à faciliter le déconfinement des résidents se sont parfois mutées en projet pérenne (Perras et Annanian, 2024[63]Op. cit.), ce qui revient à dire que l’urbanisme éphémère devient parfois « transitoire » sans avoir été pensé comme tel. N’empêche, si on peut effectivement y voir le symptôme de l’incapacité des villes néolibérales à s’inscrire dans la durée, ces mesures très ponctuelles constituent peut-être un ultime moyen d’introduire – je paraphrase – de la flexibilité dans les processus urbains (Stevens et al., 2024, p. 14[64]Op. cit.). De fait, Luc Gwiazdzinski, en reconnaissant les temporalités fragmentées de la société contemporaine, suggère lui aussi d’inclure un urbanisme éphémère dans le coffre à outils d’un chrono-urbanisme à développer, une pratique qui s’intéresserait aux « modes d’occupation partiels des espaces et temps de la ville et aux “calendriers” permettant […] de “faire ville” à partir d’une mise en scène et de dispositifs éphémères » (Gwiazdzinski, 2014, p. 187[65]Op. cit.).

En somme, le paradigme des urbanismes temporaires rassemble des approches qui ont une conception du temps réversible (au sens où le projet peut revenir sans trop de peine au moment 0), évolutif et adaptable aux besoins des citadins. Les quelques courants présentés ici, une fois passée leur propension commune à intervenir promptement sur l’espace public, insistent davantage sur l’un ou l’autre de ces trois attributs : le placemaking est le processus le plus adaptable, l’urbanisme transitoire est foncièrement évolutif, l’urbanisme tactique mise avant tout sur la réversibilité potentielle, l’urbanisme DIY est en soi une « adaptation » de la ville par les citoyens, et l’urbanisme éphémère incarne une version plus ponctuelle de ces trois attributs. Or plus de caractéristiques unissent que ne distinguent ces courants qui ne sont, par ailleurs, ni vertueux ni néfastes en soi. De fait, si les urbanismes temporaires se rendent parfois coupables d’engager les espaces publics dans un présentisme hyperactif qui nie leur historicité, leur flexibilité peut aussi se révéler apte à participer du ralentissement de la vie urbaine, comme le suggère l’exemple suivant, ce qui n’est pas banal dans un contexte d’épidémie mondiale de la solitude (OMS, 2025[66]Organisation mondiale de la santé. (2025). De la solitude aux liens sociaux. Ouvrir la voie vers des sociétés plus saines, Genève, Commission de l’OMS sur le lien social :13 p. [En ligne).

À la recherche d’espaces « collants » temporaires à Montréal

Contexte théorique :
les interactions sociales dans l’espace public

L’exploration menée dans la section précédente l’a bien montré : le projet parfait au carrefour des urbanismes temporaires n’existe pas, chaque intervention combinant à son gré un certain nombre de ses caractéristiques. À titre d’exemple, le projet de piétonnisation étudié ici à Montréal peut être considéré à la fois comme de l’urbanisme éphémère, voire transitoire compte tenu de sa reprise chaque été depuis 2021, et il a été élaboré initialement par un organisme à but non lucratif, La Pépinière, qui ne refuse pas l’étiquette de placemaking pour parler de ses projets.

La capacité des urbanismes temporaires à renouveler plus rapidement le décor et l’ambiance des espaces publics ouvre des potentialités nouvelles sur le plan expérientiel. De fait, si ces approches augmentent la vitesse d’exécution des projets, c’est souvent dans le but de faire dévier les citadins de leurs trajectoires quotidiennes et de stimuler des rencontres. À preuve, la plupart des définitions explorées dans la section précédente suggèrent que ces approches flexibles sont génératrices d’interactions sociales, ce qui est plus propice à se produire, paradoxalement, dans des espaces qui favorisent la lenteur. C’est ce qu’avait observé dès les années 1970 William H. Whyte, le « père » du placemaking, dans son étude des petits espaces publics à New York, où il constatait que l’arrêt de quelques personnes dans un espace a un effet multiplicateur : « What attracts people most, it would appear, is other people » (Whyte, 1980 p. 19[67]Whyte WH. (1980). The social life of small urban spaces, Washington, Conservation Foundation.  ). À la même époque, à Copenhague, Jan Gehl (1987[68]Gehl J. (1987). Life between buildings: using public space, New York, Van Nostrand Reinhold.  ) arrive à des conclusions quasi identiques[69]Voir notamment la citation suivante : « People are attracted to other people » (Ibid, p. 25). ; il constatera plus tard que, sur une rue piétonne, les gens circulent 35 % plus lentement et que ce ralentissement dans la mobilité est une condition de possibilité de la vitalité urbaine (Gehl, 2012, p. 83-85[70]Gehl J. (2012). Pour des villes à l’échelle humaine, Montréal, Écosociété.). Interaction et lenteur, en quelque sorte, s’alimenteraient l’une l’autre, et il serait même souhaitable, selon les tenants des urbanismes temporaires, de tabler sur des environnements urbains évolutifs plutôt que sur des structures rigides pour augmenter la fertilisation croisée des relations (Lavadinho et al., 2024, p. 17[71]Op. cit.).

Mais ces interactions sociales se produisent-elles vraiment sous l’impulsion des urbanismes temporaires ? La recherche sur leurs effets concrets sur les interactions sociales reste clairsemée, mais un sous-domaine de recherche s’intéresse bel et bien à l’évaluation postoccupation de projets d’urbanisme temporaire (Stagias et Mahmoud, 2024[72]Stagias A, Mahmoud I. (2024). « Post-occupancy evaluation for tactical urbanism interventions through placemaking model: two case studies from the “Piazze Aperte” program in Milan », Journal of Urbanism: International Research on Placemaking and Urban Sustainability, p. 1-38.). Par exemple, Paukaeva et al. (2021[73]Op. cit.), dans une étude menée à Khabarovsk, dans l’Extrême-Orient russe, montre que même dans un contexte climatique extrême, des aménagements temporaires sur une place publique augmentent la fréquentation de 40 à 60 %, et des relevés photographiques montrent que les gens y font des trajets plus longs qu’à la normale. Une étude réalisée sur le projet d’animation d’un site de placemaking situé sous une autoroute surélevée à Toronto, The Bentway, ouvre quant à elle à des résultats désarmants de simplicité : « […] sticky public spaces support sociability; seating and natural features create the necessary conditions for connections; arts-led programming drives meaningful encounters with friends and strangers alike; and people take comfort from sharing space with other people » (The Bentway et al., 2025, p. 5[74]Op. cit.). La question des espaces « collants », c’est-à-dire des lieux qui ont la capacité de retenir les gens plus longtemps sur place, est aussi évoquée par Stagias et Mahmoud (2024[75]Op. cit.) dans une étude de deux places publiques italiennes, qui montre comment des interventions considérées comme de l’urbanisme tactique semblent créer un effet positif sur le sentiment de sécurité, sur la taille des groupes et sur la diversité sociodémographique des usagers, bien qu’on ne nous informe pas, dans le cadre de la recherche, sur la situation préalable à l’intervention. Une méta-analyse de la littérature sur les effets du placemaking (Akbar et Edelenbos, 2021[76]Op. cit.) fait quant à elle état de hausses diverses en termes de capacité de mobilisation des communautés, d’interactions entre voisins, de dialogue social, de sentiment d’appartenance, de lutte contre l’isolement social, mais aussi des tensions entre nouveaux et anciens résidents de quartiers gentrifiés à qui ces projets « à la mode » sont souvent perçus comme n’étant pas destinés. Sur ce point, il existe bien sûr toute une littérature plus critique qui considère ces approches comme du « place-masking » (Fincher et al., 2016[77]Op. cit.), une forme d’iniquité territoriale qui, disons-le d’emblée, ne s’est pas révélée décisive dans l’exemple montréalais que nous allons maintenant explorer.

Le placemaking à Montréal :
une étude comparative avant/après

S’inscrivant de plain-pied dans ce champ d’étude sur l’effet des urbanismes temporaires sur les interactions sociales, cette enquête de terrain a été menée pendant plusieurs mois sur des sites de placemaking à Montréal pour mesurer les effets de l’activation de différents espaces sous-utilisés (Ethier et Miron, 2024[78]Ethier G, Miron S. (2024). Activation de sites de placemaking dans l’espace public. Étude de photographie d’intervalle, Montréal, La Pépinière, 82 p. [En ligne). L’emphase ayant été placée sur un comparatif avant/après activation, les résultats de nos observations ont généralement montré qu’un espace activé voyait augmenter plusieurs paramètres identifiés par le Project for Public Spaces (2017[79]Project for Public Spaces. (2017). What makes a successful place? [En ligne) comme révélateurs de la qualité d’espace public, comme l’attractivité (hausse de l’achalandage) et la vitalité des lieux (augmentation du nombre d’usages différents). Mais comme deux des trois cas à l’étude se situaient dans des lieux déjà dédiés à la pause, l’un dans un secteur dévitalisé d’un parc et l’autre sur une promenade peu fréquentée près d’un noyau patrimonial, les observations menées avant activation nous montraient certes un nombre moins important de personnes, mais des personnes déjà à l’arrêt, ces résultats ne nous informant que très peu sur le potentiel des urbanismes temporaires à capter au vol l’activité urbaine « ordinaire » et ralentir les usagers dans leurs déplacements. Un troisième site, cependant, est d’habitude ouvert à la circulation automobile, ce qui nous permettait d’étudier l’effet d’une activation temporaire sur le mouvement des personnes et sur les interactions sociales. L’avenue Bernard est une artère commerciale située au cœur de l’arrondissement Outremont, à Montréal. C’est en temps normal une avenue de quatre voies de large, avec des trottoirs qui donnent sur des façades commerciales et des logements aux étages. Depuis 2021, une section de trois îlots est fermée à la circulation pendant la saison estivale : l’espace est ainsi doté pendant quelques mois de fauteuils mobiles, de tables, d’un aménagement composé d’abris pour le soleil et la pluie, de carrés de sable, de peinture au sol et d’une programmation culturelle se déployant tout au long de l’été. Est-ce que cette intervention saisonnière, en extirpant temporairement la rue de la logique des flux circulatoires, favorise le ralentissement de la vie urbaine et augmente les échanges ? Vaste question, évidemment, qui a mené à la formulation d’une hypothèse : l’activation du site allait augmenter les interactions sociales, ce qui allait se traduire par trois indices visuels récoltés à l’aide de la photographie : l’augmentation de l’achalandage dans la rue, une hausse de la taille moyenne des groupes et un ratio supérieur de personnes stationnaires par rapport aux personnes en mouvement (signifiant que les gens s’arrêtent davantage et plus longtemps).

Cadrer les effets d’une piétonnisation temporaire

En plus d’un sondage distribué sur place (n = 156) pour documenter les perceptions des usagers, cette recherche s’est appuyée sur une méthodologie novatrice en anthropologie visuelle (Pauwels, 2016[80]Pauwels L. (2016). « Urban communication research | Visually researching and communicating the city: a systematic assessment of methods and resources », International Journal of Communication, vol. 10, p. 1309-1330.) : la photographie d’intervalle (Smith, 2007[81]Smith T. (2007). « Repeat photography as a method in visual anthropology », Visual Anthropology, vol. 20, n° 2-3, p. 179-200.), qui consiste à prendre de nombreuses photos d’un site à partir d’un point de vue unique. Cette méthode vise à documenter les variations d’ambiance dans un espace qui peut, comme ici, avoir subi des transformations matérielles. Elle se penche sur des échantillons aléatoires de temps et d’espace (le champ de vision de la caméra) qui, cumulés, révèlent des tendances générales et permettent, à l’analyse, un retour sur image impossible avec l’observation directe. En résultent des planches contact analysées comme des séries de « scènes », autant de fragments aléatoires de la vie d’un lieu. La méthode n’est pas sans limites, notamment en ce qui concerne la lisibilité de chaque image : des personnes peuvent en cacher d’autres, les usages sont parfois difficiles à coder (que fait fondamentalement un marcheur qui parle et mange une crème glacée ?), et le positionnement de la caméra, près de l’action mais à l’écart pour ne pas perturber l’activité, s’avère déterminant pour la conduite de l’exercice. Malgré ces écueils, le caractère systématique de la méthode a la capacité de révéler les assemblages qui se forment entre les usagers et l’espace (Kamalipour, 2025[82]Kamalipour H. (2025). « Framing urbanities: invisible/visible urban assemblages », Visual Studies, vol. 40, n° 3, p. 608-614.).

Dans le cas de l’avenue Bernard, des images ont été captées à intervalles réguliers de cinq minutes[83]Cet intervalle est le résultat d’un compromis : un intervalle plus court multipliait les données visuelles sans affiner considérablement la lisibilité des scènes, tandis qu’un intervalle plus long (8 minutes ou plus) dépassait la durée de fréquentation d’une grande partie des utilisateurs, rompant ainsi les séquences d’évolution des activités. au cours de 15 séances d’observation de trois heures en moyenne, ce qui donne un matériau de recherche constitué de 516 photos prises pendant un total de 11 heures avant, et de 33 heures pendant l’activation de la piétonnisation. Plusieurs facteurs, comme la météo, la saisonnalité, l’heure de la journée ou le moment de la semaine, affectent évidemment les allées et venues des 13 629 personnes dénombrées sur ces photos, mais nous nous en tiendrons ici à identifier quelques tendances en ce qui concerne l’effet de l’activation du site de placemaking sur les interactions sociales.

Figure 7. Avenue Bernard, 24 mai 2021, 19 h 25 (cliché : auteur).

L’étude de l’usage de la rue dans sa configuration normale (figure 7) révèle que des gens y circulent abondamment, mais sur les trottoirs seulement en ce qui concerne les piétons, ceux-ci s’arrêtant assez peu dans l’espace, pas plus d’ailleurs que les automobilistes ou les cyclistes. La rue est glissante, en quelque sorte, ce qui se traduit dans nos photos par une donnée intéressante : il y a en général plus de gens en mouvement que de gens stationnaires. De fait, on voit sur les 94 photos prises dans cette phase d’analyse une moyenne de 11,15 personnes en mouvement contre 8,74 personnes stationnaires.

Figure 8. Avenue Bernard, 11 juin 2021, 12 h 27 (cliché : auteur).

Les choses commencent à changer lors des séances d’observation photographique tenues pendant l’installation du site (figure 8), car la rue est soudainement fermée. Le ratio de personnes stationnaires par rapport à chaque personne en mouvement monte alors à 1,45/1, ce qui traduit à la fois le fait que l’on traverse moins l’espace, mais aussi que certains usagers commencent à profiter des aménagements rudimentaires.

Figure 9. Avenue Bernard, 22 août 2021, 19 h 05 (cliché : auteur).

Enfin, la piétonnisation présente une dynamique d’appropriation fort différente dans sa version finale (figure 9). En font foi un certain nombre de paramètres : en termes de fréquentation, on voit ainsi le nombre de personnes par image doubler, d’une moyenne de 12 personnes/image avant la piétonnisation à presque 24 personnes/image lorsque le site est activé. Mais plus de gens dans un espace ne veut pas dire automatiquement plus d’interactions, comme c’est le cas d’une foule entassée sur un quai de métro. Un autre paramètre que permet d’analyser la photographie d’intervalle est la taille des groupes. Ainsi, sur une base constante de 1 (une personne seule dans l’espace), nous avons observé une augmentation de la taille moyenne des groupes de 1,62 à 2,11 quand le site est activé. On sait évidemment peu de choses de la composition de ces groupes, et s’il s’agit par exemple de gens venus sur place ensemble ou s’ils s’y sont rencontrés, si ces personnes se connaissaient ou pas préalablement, etc. Une chose que l’on peut cependant observer, en employant une typologie classique d’observation des espaces publics (Project for Public Spaces, 2009[84]Project for Public Spaces. (2009). The Origin of the Power of 10. [En ligne), c’est que les usages y sont plus diversifiés, c’est-à-dire que plus de gens y font des choses différentes en simultané, et que les usages sociaux y sont plus importants, ce qui signifie que l’on observe davantage d’usagers faire des activités qui nécessitent au moins deux personnes, comme converser, partager un repas ou un verre, jouer ensemble s’il s’agit d’enfants, et ainsi de suite. Finalement, le ratio de personnes stationnaires pour chaque personne arrêtée grimpe à 2,93/1, ce qui tend à démontrer que la piétonnisation a rendu cet espace temporairement plus « collant » (The Bentway et al.[85]Op. cit.).

Les personnes observées, en somme, s’y arrêtent plus souvent et plus longtemps. Des pics d’appropriation ont d’ailleurs été observés les soirs de grande chaleur, et même s’il s’agit d’un quartier favorisé, l’accès gratuit à cet espace de sociabilisation offre un potentiel d’équité territoriale intéressant, dans un secteur où 71,8 % des résidents habitent en appartement (Ville de Montréal, 2018[86]Ville de Montréal. (2018). Profil sociodémographique. Arrondissement d’Outremont, Montréal, 42 p.) et n’ont possiblement pas accès à une cour extérieure.

Il ressort de cette brève incursion dans la vie d’une rue un portrait qui va dans le sens de la décélération : l’aspect temporaire de la piétonnisation, plutôt que de limiter inutilement dans le temps les bénéfices de l’intervention, semble en faire un événement qui s’ajoute momentanément au portefeuille d’espaces publics à la disposition des résidents et des visiteurs, comme les parcs et autres places publiques qui continuent évidemment d’exister en simultané. Or nous n’interprétons pas ces résultats – préliminaires, au demeurant – comme une invitation à agiter partout l’espace urbain ; c’est bien en évitant volontairement d’intervenir en certains lieux que des nations autochtones d’Amérique du Nord, comme les Musqueam à Vancouver, ont maintenu un rapport équilibré avec le territoire pendant des millénaires (Grant et al., 2019[87]Grant H, Sparrow L, Grant L, Scoble J. (2019). « Planning since time immemorial. Musqueam perspectives », dans Gurstein P, Hutton T (dir.), Planning on the edge: Vancouver and the challenges of reconciliation, social justice, and sustainable development, Vancouver, UBC Press, p. 25-46.). Pour s’engager dans la voie d’une décélération, peut-être faut-il retenir ici qu’une intensification de la sociabilisation semble certes souhaitable en certains lieux dévitalisés, mais que d’autres espaces sous-utilisés devraient échapper à la surprogrammation intégrale de l’espace urbain et à l’hubris des urbanistes. Certaines friches, en somme, devraient rester des friches.

Conclusion

Nous avons analysé ici comment le paradigme des urbanismes temporaires porte une conception du temps qui est réversible, évolutif et adaptable aux besoins des citadins, ce qui peut contribuer à générer des pratiques de lenteur malgré le caractère éphémère des projets. C’est en tout cas le constat qui ressort de l’étude des interactions sociales sur un projet de placemaking à Montréal : se synchroniser un tant soit peu à la vitesse de croisière de l’époque ne veut pas nécessairement dire en favoriser l’accélération, comme le font l’urbanisation à la va-vite ou l’étalement urbain. Cette fabrique accélérée de la ville peut donner accès au levier de frein et constituer, paradoxalement, un outil dynamique permettant de ralentir la vie urbaine et d’augmenter la convivialité des villes. L’apport de cette recherche consiste donc à faire dialoguer deux échelles de réflexion sur la temporalité, celle de la fabrique urbaine et celle des usages citoyens, échelles qui sont souvent traitées séparément alors qu’elles peuvent être considérées comme participant d’un même assemblage urbain qui se construit à la rencontre de pratiques et de formes qui, toutes à leur façon, sont en définitive impermanentes : « All urban space are more-or-less impermanent assemblages of material, people, technologies and concepts » (Stevens, 2020[88]Stevens Q. (2020). « Temporariness takes command: How temporary urbanism re-assembles the city », dans Andres L, Zhang AY (dir.), Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer, p. 13-27.). L’on ne saurait défendre toutes les variations de cet urbanisme « compensatoire » – parce que positionné en réponse aux écueils de l’urbanisme traditionnel – à partir de quelques résultats montrant sa capacité paradoxale à ralentir la vie sociale, mais comme l’amalgame entre accélération et éphémérité sous-tend bien des discours sur les formes temporaires d’urbanisme, souligner le potentiel d’une ville plus malléable à alimenter les interactions sociales semble constituer un apport à considérer dans un contexte où la socialisation en face à face semble se fragiliser, au point peut-être de devenir un patrimoine qu’il faudra bientôt protéger. L’accélération, ne l’oublions pas, est un état relatif, et l’acte consistant à refuser net d’entrer dans la parade a peut-être quelque chose de plus réactionnaire que de se mêler à celle-ci, quitte à en refuser certains aspects pour mieux en épouser d’autres. Les urbanismes temporaires constituent en ce sens un moyen de flexibiliser la fabrique urbaine qui peut aller en sens contraire de l’obsolescence, et ce, tout particulièrement si l’on adhère à la thèse de Mathias Rollot pour qui, et contrairement à une conception répandue, « l’obsolète est une entité dont la relation avec le monde ne fait plus sens justement parce qu’il n’a pas évolué quand tout s’est bouleversé autour de lui » (Rollot, 2016, p. 17[89]Rollot M. (2016). L’obsolescence. Ouvrir l’impossible, Genève, MétisPresses.). Il faut cependant respecter quelques conditions pour rendre ces interventions pertinentes : rester en phase avec les aspirations des résidents, évoluer dans le temps et se préparer à fermer boutique si les effets escomptés ne se produisent pas ou plus. Il s’agit là d’une limite évidente aux résultats de recherche présentés ici, car l’étude des appropriations quotidiennes d’une piétonnisation temporaire ne peut s’opérer qu’à partir d’un échantillonnage des usages sociaux de l’espace, alors que la réversibilité et l’adaptabilité des sites sont des questions processuelles qui s’étudient avec d’autres outils méthodologiques. S’il fallait néanmoins s’en tenir à la microsociologie in situ, verrait-on des résultats similaires en ce qui concerne la variété des usages et la lenteur des déambulations au cours d’une hypothétique vingtième édition du projet estival ? Peut-être pas, mais comme la prémisse des urbanismes temporaires consiste précisément à renoncer à la pérennité de la solution, plusieurs options resteraient disponibles aux porteurs de projet : le faire évoluer avec une offre différente, consulter la population sur des changements souhaitables et les tester, céder la gestion du site aux résidents eux-mêmes, déplacer le projet ailleurs ou, plus simplement, y mettre fin. L’activation temporaire d’un espace est un puissant outil de transformation urbaine, en somme, et souligner ses effets bénéfiques en certains lieux ne peut se faire qu’en reconnaissant, d’autre part, qu’une forme d’urbanisme plus souple l’expose aussi à des instrumentalisations diverses, comme le fait de « réserver », même succinctement, des espaces pour certains groupes sociaux (des jeunes professionnels disposés à consommer, par exemple) au détriment des autres. Mais doit-on pour autant refuser d’intégrer de nouvelles conceptions du temps en urbanisme au seul nom des écarts propres à la « ville temporaire » ? Là réside tout l’art de manier une arme : être conscient de sa dangerosité ne devrait pas nous décourager de l’utiliser là où, et surtout quand, elle est utile.


[1] Chtcheglov I. (2006). « Formulaire pour un urbanisme nouveau », dans Chtcheglov I, Apostolidès JM, Donné B (dir.), Écrits retrouvés, Paris, Allia, p. 8-16.

[2] D’autres tentatives de synthèse du phénomène emploient aussi le terme « urbanisme temporaire ». L’ouvrage collectif Transforming cities through temporary urbanism (Andres et al., 2020) utilise même, à l’occasion, la forme plurielle « temporary urbanisms », sans préciser toutefois comment cette distinction avec le singulier permet, comme ici, de différencier le paradigme des courants qu’il contient. L’urbanisme temporaire y désigne d’ailleurs une pratique qui réapparaît constamment dans les moments de transition dans l’histoire des villes, et non un paradigme en particulier. Enfin, cet « urbanisme temporaire » est subdivisé en catégories d’acteurs, alors que nous allons les classifier en fonction de différentes conceptions du temps, ce qui en fait des conceptualisations qui se chevauchent sans s’emboîter complètement (Andres L, Zhang AY (dir.). (2020). Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer.

[3] Mallet S, Mège A. (2021). « Le temps en urbanisme ? Récits d’expériences », Sur_Mesure. [En ligne].

[4] Ji CS. (2023). « Public space: The critical connection in a sometimes lonely city », mémoire de master, New York, Columbia University, 32 p.

[5] Paukaeva AA et al. (2021). « Impacts of the temporary urban design on the people’s behavior. The case study on the winter city Khabarovsk, Russia », Cities, vol. 117, p. 1-12.

[6] The Bentway, Gehl Studio, Dalla Lana School of Public Health. (2025). Rx for Social Connection. Public space as a strategy to combat loneliness, Toronto, The Bentway, Gehl Studio, Dalla Lana School of Public Health, 49 p.

[7] Virilio P. (1977). Vitesse et politique : essai de dromologie, Paris, Galilée.

[8] Virilio P. (1995). La vitesse de libération, Paris, Galilée.

[9] Augé M. (1992). Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil.  

[10] Hardt M, Negri A. (2000). Empire, Paris, Exils.

[11] Rosa H. (2011). Accélération : une critique sociale du temps, Paris, La Découverte.

[12] Fincher R, Pardy M, Shaw K. (2016). « Place-making or place-masking? The everyday political economy of “making place” », Planning Theory & Practice, vol. 17, n° 4, p. 516-536.  

[13] Mould O. (2014). « Tactical urbanism: The new vernacular of the creative city », Geography Compass, vol. 8, n° 8, p. 529-539.  

[14] Ascher F. (1997). « Du vivre en juste à temps au chrono-urbanisme », Les Annales de la Recherche Urbaine, vol. 77, n° 1, p. 112-122.

[15] Mallet S, Hartog F. (2024). Politiques urbaines de l’accélération : les temps de l’urbanisme présentiste, La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube.

[16] Gwiazdzinski L. (2014). « Face aux nouveaux régimes temporels métropolitains, les pistes du chrono-urbanisme pour une ville malléable », URBIA. Les Cahiers du développement urbain durable, vol. 1, n° l6, p. 179-192.  

[17] Haraway DJ. (2016). Staying with the trouble: making kin in the Chthulucene, Durham, Duke University Press.

[18] Hartog F. (2003). Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil.  

[19] Kudla D. (2024). « Masking visible poverty through ‘activation’: creative placemaking as a compassionate revanchist policy », Social & Cultural Geography, n° 25(4), p. 1-20.

[20] Par exemple, l’organisme Entremise, à Montréal, ne s’identifie presque plus à l’étiquette d’urbanisme transitoire à laquelle on l’associe. Sa mission, désormais, consiste plutôt à transformer « […] des espaces vacants et sous-utilisés en projets d’immobilier collectif » (Entremise.ca).

[21] Lejoux P, Paulhiac Scherrer F. (2023). « Covid-19 et émergence d’un “urbanisme de transition” en faveur des mobilités actives à Lyon et à Montréal », Espaces et sociétés, vol. 189, n° 2, p. 23-38.  

[22] Kuhn T. (1983). La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion.  

[23] Bognon S, Magnan M, Maulat J. (2020). Urbanisme et aménagement. Théories et débats, Paris, Armand Colin.

[24] Op. cit.

[25] Campo D. (2016). « Tactical urbanism: short-term action for long-term change », Journal of Urban Design, vol. 21, n° 3, p. 388-390.

[26] Stevens Q. (2020). « Temporariness takes command: how temporary urbanism re-assembles the city », dans Andres L, Zhang AY. (dir.), Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer, p. 13-27.

[27] Marchal H, Stébé JM. (2014). Les grandes questions sur la ville et l’urbain, Paris, PUF.

[28] Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain alternatif ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, n° 36. 

[29] Baillargeon T, Diaz J. (2020). « L’urbanisme transitoire à Montréal : entre innovation et préservation », Revue Organisations & territoires, vol. 29, n° 2, p. 25-39.  

[30] Stevens Q (dir.). (2024). « From ‘pop-up’ to permanent: Temporary urbanism as an emerging mode of strategic open-space planning », Cities, vol. 154, p. 1-16.

[31] Op. cit.

[32] Bradley AL, Reich CJ, Curtis A. (2024). « A youthful urban commons », Sens public, n° spécial 1639. [En ligne].

[33] Perras A, Ananian P. (2024). « Expérimentation et légitimation de l’innovation en urbanisme : le cas de la piétonnisation à Montréal », Métropoles, n° 35. 

[34] Une traduction littérale de placemaking serait « faire de la place ». Douay et Prévot (2016, op. cit.) proposent quant à eux la traduction « fabrique des espaces publics ».

[35] Kent E. (2018). 2018 : The year the placemaking movement began to self-organize. [En ligne].

[36] Whyte WH. (1979). Revitalization of Bryant Park – Public Library Front. New York, 13 p. [En ligne].

[37] Project for Public Spaces. (2015). What is placemaking? [En ligne].

[38] Akbar P, Edelenbos J. (2021). « Positioning place-making as a social process: A systematic literature review », Cogent Social Sciences, vol. 7, n° 1, p. 1-29.

[39] Markusen A. (2013). « Fuzzy concepts, proxy data: why indicators would not track creative placemaking success », International Journal of Urban Sciences, vol. 17, n° 3, p. 291-303.

[40] Op. cit.

[41] Chinese Placemaking Network. (2018). Placemaking Week Wuhan Declaration. [En ligne].

[42] Lavadinho S, Le Brun-Cordier P, Winkin Y. (2024). La ville relationnelle : les sept figures, Rennes, Apogée.

[43] Toolis EE. (2017). « Theorizing critical placemaking as a tool for reclaiming public space », American Journal of Community Psychology, vol. 59, n° 1-2, p. 184-199.  

[44] Op. cit.

[45] Op. cit.

[46] Op. cit.

[47] Collectif Ville autrement. (2021). Espaces urbains vacants et urbanisme transitoire : explorer le potentiel du transitoire pour agir contre la vacance à Montréal, Montréal, 21 p.

[48] Réville L. (2023). « Urbanisme transitoire », Mobidic, Dictionnaire critique des mobilités. [En ligne].

[49] Op. cit.

[50] Lydon M, Garcia A. (2015). Tactical urbanism: short-term action for long-term change, New York, Island Press.  

[51] Lefebvre H. (1974). Le droit à la ville suivi de Espace et politique, Paris, Anthropos.  

[52] Certains remettent cependant en doute ce militantisme affiché tant l’approche admet volontiers une récupération par les pouvoirs publics (Campo, 2016, op cit.) et s’est rapidement mutée en activisme « édulcoré » à travers la labellisation du mouvement (Douay et Prévot, 2014, op cit.).

[53] Bråten LN. (2024). « Temporary temporariness? The (mis)use of tactical urbanism from the ‘open city’ framework », Urban Studies, n° 62(6), p. 1-19.

[54] Sennett R. (2007). « The Open City », dans Burdett R, Sudjic D (dir.), Endless City, Londres, Phaidon, p. 290-297.

[55] Talen E. (2015). « Do-it-yourself urbanism: A history », Journal of Planning History, vol. 14, n° 2, p. 135-148.

[56] Finn D. (2014). « DIY urbanism: Implications for cities », Journal of Urbanism: International Research on Placemaking and Urban Sustainability, vol. 7, n° 4, p. 381-398.

[57] Op. cit.

[58] Ethier G. (2023). La ville analogique. Rennes, Apogée.

[59] Pradel B. (2019). « L’urbanisme temporaire, transitoire, éphémère, des définitions pour y voir plus clair ». Blog de l’École Urbaine de Lyon, Lyon. [En ligne].

[60] Op. cit.

[61] Benjamin Pradel parle quant à lui d’un « urbanisme événementiel » (Pradel B. (2012). « L’urbanisme événementiel : vers des espaces publics hybrides ? », Rencontres scientifiques internationales Territoire, Territorialisation, Territorialité (TTT) : Hybride, Hybridation, Hybridité. [En ligne].

[62] Stevens Q, Dovey K. (2023). Temporary and tactical urbanism: (re) assembling urban space, New York, Routledge.

[63] Op. cit.

[64] Op. cit.

[65] Op. cit.

[66] Organisation mondiale de la santé. (2025). De la solitude aux liens sociaux. Ouvrir la voie vers des sociétés plus saines, Genève, Commission de l’OMS sur le lien social :13 p. [En ligne].

[67] Whyte WH. (1980). The social life of small urban spaces, Washington, Conservation Foundation.  

[68] Gehl J. (1987). Life between buildings: using public space, New York, Van Nostrand Reinhold.  

[69] Voir notamment la citation suivante : « People are attracted to other people » (Ibid, p. 25).

[70] Gehl J. (2012). Pour des villes à l’échelle humaine, Montréal, Écosociété.

[71] Op. cit.

[72] Stagias A, Mahmoud I. (2024). « Post-occupancy evaluation for tactical urbanism interventions through placemaking model: two case studies from the “Piazze Aperte” program in Milan », Journal of Urbanism: International Research on Placemaking and Urban Sustainability, p. 1-38.

[73] Op. cit.

[74] Op. cit.

[75] Op. cit.

[76] Op. cit.

[77] Op. cit.

[78] Ethier G, Miron S. (2024). Activation de sites de placemaking dans l’espace public. Étude de photographie d’intervalle, Montréal, La Pépinière, 82 p. [En ligne].

[79] Project for Public Spaces. (2017). What makes a successful place? [En ligne].

[80] Pauwels L. (2016). « Urban communication research | Visually researching and communicating the city: a systematic assessment of methods and resources », International Journal of Communication, vol. 10, p. 1309-1330.

[81] Smith T. (2007). « Repeat photography as a method in visual anthropology », Visual Anthropology, vol. 20, n° 2-3, p. 179-200.

[82] Kamalipour H. (2025). « Framing urbanities: invisible/visible urban assemblages », Visual Studies, vol. 40, n° 3, p. 608-614.

[83] Cet intervalle est le résultat d’un compromis : un intervalle plus court multipliait les données visuelles sans affiner considérablement la lisibilité des scènes, tandis qu’un intervalle plus long (8 minutes ou plus) dépassait la durée de fréquentation d’une grande partie des utilisateurs, rompant ainsi les séquences d’évolution des activités.

[84] Project for Public Spaces. (2009). The Origin of the Power of 10. [En ligne].

[85] Op. cit.

[86] Ville de Montréal. (2018). Profil sociodémographique. Arrondissement d’Outremont, Montréal, 42 p.

[87] Grant H, Sparrow L, Grant L, Scoble J. (2019). « Planning since time immemorial. Musqueam perspectives », dans Gurstein P, Hutton T (dir.), Planning on the edge: Vancouver and the challenges of reconciliation, social justice, and sustainable development, Vancouver, UBC Press, p. 25-46.

[88] Stevens Q. (2020). « Temporariness takes command: How temporary urbanism re-assembles the city », dans Andres L, Zhang AY (dir.), Transforming cities through temporary Urbanism, Cham, Springer, p. 13-27.

[89] Rollot M. (2016). L’obsolescence. Ouvrir l’impossible, Genève, MétisPresses.