frontispice

L’épopée refondatrice
Un nouveau mode de récit
pour un urbanisme de la durée.
Enquête sur les fantômes
de la Porte Pouchet

David Malaud
TVK

Pierre-Alain Trévelo
TVK

Antoine Viger-Kohler
TVK

Baptiste Boleis
TVK

frontispice

L’épopée refondatrice
Un nouveau mode de récit
pour un urbanisme de la durée.
Enquête sur les fantômes
de la Porte Pouchet

• Sommaire du no 18

David Malaud TVK Pierre-Alain Trévelo TVK Antoine Viger-Kohler TVK Baptiste Boleis TVK

L’épopée refondatrice : un nouveau mode de récit pour un urbanisme de la durée. Enquête sur les fantômes de la Porte Pouchet, Riurba no 18, juillet 2025.
URL : https://www.riurba.review/article/18-temps/epopee/
Article publié le 17 mai 2026

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David Malaud, Pierre-Alain Trévelo, Antoine Viger-Kohler, Baptiste Boleis
Article publié le 17 mai 2026
  • Abstract
  • Résumé

The founding epic: A new narrative approach for sustainable urban planning. An investigation into the ghosts of Porte Pouchet

The ecological context calls for the maintainance of the modern city. Leaving the paradigm of creative destruction to an urbanism of duration requires adopting a regime of historicity different from that of modern urban planning founded in utopian futurism. Based on a "chronomaterial" investigation of the transformations of the Porte Pouchet, a fragment of the Paris ring road, this article explores an alternative regime of historicity, integrating the retroactivity of the past into the writing of the urban project. The analogic hypothesis of the "refounding epic" supports a theory of maintainance as a coalition process based on the potentials of permanence and latency revealed by the ghosts of disappeared or unfinished infrastructures.

Le contexte écologique appelle à concevoir la maintenance de la ville moderne. Quitter le paradigme de la destruction créatrice pour un urbanisme de la durée nécessite d’adopter un régime d’historicité différent de celui de l’urbanisme moderne fondé dans le futurisme utopique. À partir d’une enquête « chronomatérielle » sur le cas des transformations de la Porte Pouchet, fragment de la couronne de Paris, l’article investigue un régime d’historicité alternatif, intégrant la rétroactivité du passé dans l’écriture du projet urbain. L’hypothèse analogique de l’ « épopée refondatrice » appuie une théorie de la maintenance comme un processus basé sur les potentiels de permanence et de latence révélés par les fantômes des infrastructures disparues ou inachevées.

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post->ID de l’article : 6442 • Résumé en_US : 6584 • Résumé fr_FR : 6581 • Sous-titre[0] : U

Introduction : l’enquête « chronomatérielle »
comme fondement d’un urbanisme de la durée

Rien n’empêche encore l’immense gâchis écologique de la démolition de l’existant, bâti ou paysagé : ni la comptabilité carbone insuffisamment valorisée, ni le luxe occidental de la patrimonialisation souvent limitée aux façades d’architectures iconiques. L’enjeu contemporain est pourtant d’instaurer un urbanisme de la durée, à même de concevoir les scénarios faisant perdurer l’immense stock d’artefacts matériels construit par les générations précédentes, tout en adaptant ces structures aux besoins des sociétés et des écosystèmes. Cet urbanisme peine à s’établir faute de cadres législatifs et économiques, mais aussi peut-être parce que le « durable » apparaît encore trop comme une optimisation verte des logiques de production urbaine, dominées par la vision moderniste d’un progrès synonyme de tabula rasa (Bourg, 2012[1]Bourg D. (2012). « Transition écologique, plutôt que développement durable. Entretien avec », Vraiment durable, n° 1(1), p. 77-96.).

Les philosophes, anthropologues et sociologues contemporains nous enjoignent pourtant à sortir du paradigme de la « destruction créatrice » (Caye, 2015[2]Caye P. (2015). Critique de la destruction créatrice : production et humanisme, Paris, Les Belles Lettres.). Partant de l’idée qu’il faut détruire pour transformer, et que cela créera davantage de richesses, cette théorie s’est imposée au XIXe siècle et a régi la conception moderniste de l’architecture et de la planification. Elle continue d’ailleurs de structurer des politiques publiques comme celles du « renouvellement urbain ». Pierre Caye (2020[3]Caye P. (2020). Durer. Eléments pour la transformation du système productif, Paris, Les Belles Lettres, 211 p.) lui oppose le paradigme de la « maintenance » qui n’implique pas nécessairement de restaurer les choses dans leur état initial mais de prolonger leur existence.

La traduction opératoire de ce paradigme oblige à recharger les concepts des disciplines de la conception architecturale et urbaine. Depuis 2022, avec l’accueil de Tristan Denis (2025[4]Denis T. (2025). « Architectures hétérochroniques. Temps troubles dans l’acte de bâtir », thèse de doctorat en Architecture, sous la direction de S. Stacher, Cergy Paris Université, accueillie chez TVK par CIFRE, 397 p.), doctorant CIFRE, la cellule de recherche fondamentale de TVK s’est engagée dans cette direction. Ce chantier s’ancre dans une critique de l’ontologie moderne qui, depuis Alberti (1485[5]Alberti LB. (2004 [1485]). L’art d’édifier, Paris, Seuil, 598 p.), définit l’origine de l’architecture dans le disegno, le projet, la conception ex nihilo d’une spatialité idéale qui pourra ensuite s’incarner dans la matière. Ce processus induit un certain rapport au temps, où l’image idéale du futur prime sur celle de l’existant et du passé qu’il contient. Ancrée dans la critique de l’idéalisme et de la technique moderne, la pensée du new materialism (Adam, 1998[6]Adam B. (1998). Timescapes of modernity. The environment and invisible hazards, Londres, Routledge, 256 p. ; Bensaude-Vincent, 2021[7]Bensaude-Vincent B. (2021). Temps-Paysage. Pour une écologie des crises, Paris, Le Pommier/Humensis, 296 p.) propose une ontologie matérielle alternative, attentive à la « polychronie » des processus temporels qui installent les choses et les êtres terrestres dans leurs trajectoires de transformation. Cette ontologie invite à faire de ce temps matériel une catégorie, au sens kantien (Kant, 1787[8]Kant I. (1944 [1787]). Critique de la raison pure, Paris, PUF.), préalable à la conception de la ville, et non une quatrième dimension, simple conséquence des visions spatiales.

Dans sa thèse, Tristan Denis a développé une manière d’approcher cette polychronie via la théorie de l’identité narrative de Paul Ricœur (1988[9]Ricœur P. (1988). « L’identité narrative », Esprit, n° 140-141, p. 295‑304.). Celle-ci permet de penser la permanence d’architectures qui durent tout en étant modifiées comme une mise en intrigue des transformations, laquelle rend intelligible la continuité temporelle des formes architecturales. Le récit est alors l’outil d’une enquête « chronomatérielle » qui permet d’explorer la complexité temporelle d’assemblages matériels construits sur la longue durée.

Une réflexion théorique ancrée dans la pratique :
le cas de la Porte Pouchet

Nous abordons ce vaste problème théorique de l’urbanisme de la durée depuis une pratique d’architecte-urbaniste qui s’intéresse depuis une vingtaine d’années à la transformation de sites fondés par les grandes infrastructures de la modernité. L’approche de TVK a d’abord été empirique et pragmatique, ancrée dans un travail d’arpentage de la « ville du périphérique » (Tomato architectes, 2003[10]Tomato architectes. (2003). Paris : la ville du périphérique, Paris, Le Moniteur, 191 p. Les associés fondateurs Trevelo et Viger Kohler, étaient deux des treize membres du collectif Tomato Architectes.). Prendre la mesure de ce territoire structuré par le boulevard périphérique parisien, développer une connaissance fine de son tissu et de ses mutations a été le préalable pour développer une démarche de projet permettant de transformer ce cœur névralgique de la métropole parisienne tout en faisant durer les structures matérielles héritées et habitées. Le projet urbain de la Porte Pouchet, dans le XVIIe arrondissement de Paris, conçu avec l’agence MG-AU de 2003 à 2022 dans le cadre du Grand projet de renouvellement urbain (GPRU) de la couronne de Paris, a permis de mettre à l’épreuve cette démarche. Tout en maintenant l’ensemble des fonctions en place, l’enjeu était de réorganiser un espace enclavé et saturé par le stationnement automobile. La stratégie a consisté à réhabiliter certains bâtiments comme la tour Bois-le-Prêtre, confiée à l’agence d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, tout en déplaçant d’autres programmes à l’intérieur du site, notamment des logements affectés par les nuisances sonores du boulevard périphérique qui ont été relocalisés dans la rue Pierre Rebière (Périphériques architectes, 2007[11]Periphériques architectes. (2007). « Autrement rue Rebière », Paris, Pavillon de l’Arsenal, 304 p.), ainsi que les transports municipaux et une caserne de pompiers glissés sous le stade Max Roussié (figure 1). Ce jeu de taquin a permis de libérer une trame d’espace public rendant possible l’habitation du quartier et le passage sous le viaduc du boulevard périphérique pour relier Paris à Clichy et Saint-Ouen.

Au-delà de l’explication de la logique du projet et du savoir-faire acquis, la relecture de ce projet ouvre une réflexion plus large sur les logiques de transformation d’un site sur plusieurs siècles. Celle-ci est la base d’une théorie du projet ex materia, visant à faire perdurer les structures matérielles. Une première phase de cette recherche a été restituée dans le livre Paris Porte Pouchet : Ex Materia[12]MG-AU, TVK. (2025). Paris Porte Pouchet. Ex Materia, Lyon, Éditions 205, 144 p.. Il s’agit ici de mettre en perspective ce travail et d’en systématiser les concepts issus d’une interprétation empirique, afin de proposer une traduction opératoire du paradigme de la maintenance.

Figure 1. Stratégie de réhabilitation de la Porte Pouchet (fonctions déplacées en magenta, nouveaux aménagements et édifices en bleu, fantômes des infrastructures du passé en aplats roses) (réalisation : MG-AU + TVK, 2025).

Une nouvelle écriture du projet urbain

Prolonger l’existence d’un site tout en le transformant renvoie à des actions techniques de réparation, restructuration, ajouts ou soustractions, greffes, etc., mais cela questionne plus fondamentalement la manière d’écrire le projet. Nous partons du postulat que l’addition d’actions de transformation ne suffit pas à faire projet urbain. Les multiples choix qui constituent un projet trouvent leur cohérence dans un récit qui articule analyse et projet, organisant le devenir du site et définissant les trajectoires temporelles de ses composantes.

La couronne de Paris a été le banc d’essai de l’urbanisme parisien développé sur l’emprise des fortifications de Thiers. Le site de la Porte Pouchet constitue ainsi une archive stratifiée des différents types de récits urbanistiques depuis le XIXe siècle, de ceux de la planification moderne, ancrés dans le paradigme de la destruction créatrice, au récit contemporain porté par TVK visant la maintenance du site. La première partie de l’article proposera ainsi une analyse de ces différentes étapes de transformation du site en cherchant à caractériser leurs « régimes d’historicité ». Développée par François Hartog (2020[13]Hartog F. (2020). Chronos. L’Occident aux prises avec le Temps, Paris, Gallimard, 352 p.), cette notion désigne la manière dont les récits d’une société articulent les catégories du passé, du présent et du futur, engageant ainsi une expérience du temps singulière. L’objectif est de décrire comment les différentes projections de la société dans le temps se traduisent en des modes opératoires et entraînent, in fine, des modifications matérielles du site.

La seconde partie de l’article rentrera dans la fabrique du projet urbain pour théoriser le mode d’écriture du projet de la Porte Pouchet. L’analyse déploiera une théorie du projet comme un acte narratif qui renoue différemment les rapports entre le futur et le passé gardé par les « fantômes » des infrastructures disparues ou inachevées. La relecture du projet a fait émerger ces figures représentant les accidents successifs qui ont marqué la morphogenèse du quartier et qui prolongent l’action des infrastructures au-delà de leur obsolescence. L’étude de l’agentivité de ces fantômes s’appuiera sur l’ontologie matérielle évoquée précédemment, afin de définir une série de concepts permettant d’ancrer le projet dans la « polychronie » du site (Bensaude-Vincent, 2021[14]Op. cit.).

Ces deux parties conduiront à une synthèse rassemblant les différentes caractéristiques d’un mode de récit intégrant le passé et ses potentialités dans l’écriture du projet urbain. Cette alternative complémentaire au mode de récit utopique, cadre de l’urbanisme moderne, sera finalement comparée au genre de l’ « épopée refondatrice » (Goyet, 2006[15]Goyet F. (2006). Penser sans concept : fonction de l’épopée guerrière, Paris, Honoré Champion, 588 p.), afin d’ouvrir plusieurs perspectives pour la poursuite de cette recherche.

Régimes d’historicité, modes de récits
et trajectoires matérielles du site de la couronne de Paris

Désormais ce n’est donc plus seulement le passé et le futur qu’il faut prendre en compte mais des passés et des futurs, ayant des portées différentes, hétérogènes et, pourtant, reliées.
(Hartog, 2022[16]Hartog F. (2022). À la rencontre de Chronos, Paris, CNRS Éditions, p. 100.)

Le temps est une construction sociale, tissée par les innombrables histoires que se racontent les groupes humains. Les récits aident en effet à saisir et penser le temps dont l’expérience est fondamentalement chaotique (Ricœur, 1985[17]Ricœur P. (1985). Temps et récits. Le Temps raconté, Vol. 3, Paris, Seuil, 432 p.) et font prendre conscience de l’historicité des existences, leur manière d’être dans le temps. Dans la culture occidentale, François Hartog a distingué trois principaux régimes d’historicité (passéisme, futurisme, présentisme) qui organisent différemment les rapports entre passé, présent et futur. Ces trois régimes sont ancrés dans les grands récits sociétaux et politiques, mais il est possible de les relier avec les récits de l’urbanisme et les modes opératoires qui leur sont associés. Relire l’histoire de la couronne de Paris (Cohen et Lortie, 2021[18]Cohen JL, Lortie A. (2021). Des fortifs au périf : Paris, les seuils de la ville, Paris, Pavillon de l’Arsenal, 368 p. Les faits résumés dans cette partie sont issus de cet ouvrage historique très complet.), de la construction des fortifications de Thiers jusqu’au GPRU initié en 2002 par la municipalité, nous permet ainsi d’éclairer des manières successives de jouer avec le temps pour produire la ville. Nous observerons comment ces régimes d’historicité du projet agissent directement ou indirectement sur les trajectoires matérielles des parties du site.

Le tombeau et les fortifications :
entre passéisme et futurisme

Construites sous la monarchie de Juillet de 1840 à 1844, sur un principe établi par Vauban à la fin du XVIIe siècle, les fortifications de Thiers marquent un basculement dans l’histoire de l’aménagement de Paris. On peut y retrouver la tension entre le passéisme et le futurisme, qui caractérise pour Hartog la période de transition suivant la Révolution française. L’ancien régime d’historicité, où le passé de la noblesse et du clergé fonde l’action politique, s’y oppose à la modernité des révolutionnaires ancrée dans la pensée des Lumières, où il revient « à l’avenir d’éclairer le passé et le présent pour tracer un chemin en vue d’une action qui évite le contretemps et se garde de l’anachronisme » (Hartog, 2020, p. 43[19]Op. cit.).

Dans la lignée des autres enceintes chargées de défendre la ville, lieu de l’accumulation du patrimoine, le projet de la nouvelle enceinte s’inscrit en partie dans le passéisme. Les fortifications répondent au besoin de protection des richesses passées et présentes face aux menaces de l’avenir. Mais l’ampleur du projet (35 kilomètres de circonférence et 400 mètres d’épaisseur en comptant l’enceinte et sa zone non aedificandi) en fait également un précurseur de la planification moderne. Les plans établis par le génie militaire inaugurent une pratique de la table rase à grande échelle, creusant le sillon de la modernité dans le parcellaire des domaines agricoles entourant Paris. Non loin de l’emplacement de la Porte Pouchet, un tombeau disparaît ainsi soudainement des cartes une fois l’ouvrage construit (figure 2). L’effacement de ce lieu de mémoire symbolise ce basculement vers le régime moderne et le changement d’échelle de la ville industrielle qui a déjà débuté avec la construction des premières voies ferrées.

Figure 2. Extrait de la carte de la banlieue de Paris à l’extérieur de l’enceinte des Fermiers généraux, établie par les officiers de l’armée, 1831 (source : © IGN).

Rendues inutiles par les progrès balistiques prussiens, l’obsolescence presque immédiate des fortifications témoigne de cette modernité où le temps des objets construits entre en décalage avec le temps du progrès technique, aspiré toujours plus rapidement vers l’avenir. Là où le passéisme pouvait ancrer les artefacts matériels dans une certaine durée, le futurisme qui s’affirme dans le programme infrastructurel défensif de Thiers limite l’utilité des formes construites à un laps de temps. De la conception du programme à son obsolescence, la matière est prise dans un cycle d’assemblage et de démantèlement, à l’image du grand mouvement de terre des fortifications, creusées et élevées puis remblayées quelques décennies plus tard.

Boulevards et ceintures : utopies planificatrices

Là où l’urbanisme des percées haussmanniennes doit encore s’accommoder des ilots existants, détruisant le Paris ancien tout en le maintenant (Des Cars et Pinon, 1991[20]Des Cars J, Pinon P. (1991. Paris-Haussmann : « le pari d’Haussmann », Paris, Picard éditeur / Pavillon de l’Arsenal, 365 p.), l’immense terrain vague des fortifications rend possible l’invention d’un urbanisme nouveau. Avant même leur déclassement en 1919 et leur démolition, leur domaine fait l’objet de toutes les spéculations sur les formes urbaines idéales. Dans les projets et contre-projets successifs, on voit l’évolution des doctrines urbaines, des prémisses hygiénistes aux grandes heures de l’urbanisme moderne.

C’est d’abord le modèle de la ceinture verte qui s’imposera. Planifiée sur la « Zone », l’ancienne zone non aedificandi accueillant potagers et habitats précaires, une ceinture de parcs et d’équipements sportifs doit être aménagée. Elle fait face à un front bâti d’immeubles d’habitations à bon marché construits sur l’emprise des bastions arasés et desservis par l’anneau des boulevards des Maréchaux. Après la Seconde Guerre mondiale, s’appliquera le plan Lafay (figure 3). Adopté en 1953, il autorise la construction de 20 % de la ceinture verte qui accueillera des grands ensembles de logement et le boulevard périphérique pensé comme une autoroute urbaine séparée du réseau viaire classique et raccordée au réseau autoroutier national.

Figure 3. « Vue d’avenir. Ce que pourrait être Paris au voisinage de la rocade périphérique, à l’endroit où celle-ci recueille une autoroute », dessin de Raymond Lopez, extrait du Plan Bernard Lafay, publié par le Comité du Nouveau Paris, 1954 (source : © BNF Gallica).

Dans les deux cas, c’est le futur, incarné par des modèles urbains idéaux, qui organise des aménagements nécessitant l’effacement du présent et du passé pour advenir. Il faut rappeler que ce régime futuriste de l’urbanisme trouve son origine dans un mode de récit spécifique : l’utopie (Choay, 1965[21]Choay F. (1965). L’urbanisme, utopies et réalités, Paris, Seuil, 348 p.). Antoine Picon a montré comment, à partir des Lumières, le récit utopique devient véhicule de progrès scientifique. L’ailleurs qui caractérise l’utopie devient alors un avenir, et l’éternel présent de la société idéale devient l’horizon futur à atteindre, partant du principe que l’on pourrait réformer l’homme et la société en agissant sur leur environnement (Picon, 1997[22]Picon A. (1997). « Une utopie américaine, le monde de Buckminster Fuller », Les Cahiers de la Recherche Architecturale, n° 40, p. 101‑112.). L’urbanisme qui naît en tant que discipline à la fin du XIXe siècle est nourri de ces références littéraires, et se structure comme une science alliant réflexion à des modèles de villes idéales et expérimentation par implémentation. Le modèle donne naissance à un plan adapté au territoire à urbaniser. La production de la ville est alors pensée comme une suite d’actions définies à rebours de l’objectif final, remontant jusqu’au présent qu’il faut commencer par déblayer.

Avec l’avènement des récits de l’urbanisme moderne, la production de la ville se base désormais principalement sur des cycles de destruction créatrice, au rythme de l’obsolescence des techniques et des usages. Mais l’occupation de la « Zone » pendant plusieurs décennies nous montre une autre trajectoire matérielle, conséquence indirecte de la prégnance du futur dans les utopies planificatrices. Le décalage entre l’idéal du plan et le temps de sa réalisation place les lieux dans une attente où peuvent s’exprimer d’autres devenirs. La figure du terrain vague illustre cette trajectoire libre de la matière qui n’est plus, ou pas encore, sous le contrôle d’un programme.

L’échangeur fantôme : crise du futur et laisser-faire

Ce mode opératoire de la planification a deux défauts. Il s’accommode mal du passé dont il préfère faire table rase, mais également du présent, car il est difficile de réorienter les plans pour faire face aux évolutions imprévues du contexte. Pensés comme des totalités, les plans successifs d’aménagement de la couronne ne seront ainsi jamais conçus entièrement, au détriment d’une cohérence d’ensemble initialement prévue. La difficulté d’exproprier les habitants de la Zone puis la Seconde Guerre mondiale marquent un temps d’arrêt dans la construction des HBM et de l’aménagement de la ceinture verte. Le boulevard périphérique sera bien terminé en 1973, mais la couronne subit, elle aussi, la « crise du futur » évoquée par Hartog qui fait place au présentisme. Ce nouveau régime s’installe en Occident à partir des années 1970, avec l’enlisement de la guerre froide, les chocs pétroliers et la prise de conscience des limites de la planète : « ayant perdu l’évidence de sa force d’entraînement, le futur tendait, au contraire, à être perçu comme porteur de menaces » (Hartog, 2020, p. 60[23]Op. cit.).

Figure 4. Plan du projet de raccordement de l’A15 au boulevard périphérique, secteur de la Porte Pouchet et du Pont de Gennevilliers, 6 juillet 1964, Ponts et Chaussées du département de la Seine, Division d’aménagement nord (source : © Archives de Paris).

La crise s’incarne notamment au niveau de la Porte Pouchet dans l’arrêt du projet de raccordement du boulevard périphérique à l’autoroute A15, conçu dès 1964 et abandonné définitivement en 1994 (figure 4). La contestation sociale contre les nuisances automobiles marque l’arrêt du plan moderne, faisant de la Porte Pouchet un échangeur fantôme. Les terrains vagues de la réserve autoroutière ne sont plus alors des espaces en attente. Dans l’absence d’un nouveau projet, ils prennent leur autonomie par rapport au programme infrastructurel et s’installent dans un état de friche.

La ville du périphérique s’établit alors dans le présent. Le temps y tourne en rond, comme les automobilistes sur l’anneau autoroutier. Bureaux et services techniques de la ville s’établissent de part et d’autre de cette nouvelle artère métropolitaine, au gré des opportunités foncières, attirés par le flux et la visibilité. La ville évolue lentement dans un certain laisser-faire, nouvelle valeur incarnée dans les récits de l’urbanisme après la publication des manifestes architecturaux comme Learning from Las Vegas (Venturi et al., 1972[24]Venturi R, Scott Brown D, Izenour S. (1972). Learning from Las Vegas, Cambridge (Mass.) MIT Press, 208 p.) ou Los Angeles: The architecture of four ecologies (Banham, 1971[25]Banham R. (2008 [1971]). Los Angeles: The architecture of four ecologies, Marseille, Parenthèses, 256 p.). L’urbanisation spontanée de ces villes y est prise comme modèle, afin de défendre une posture de non-planification[26]Banham R, Barker P, Hall P, Price C. (1969). « Non-Plan: an experiment in freedom », New Society, n° 338(3), p. 435-443..

Figure 5. Photo du boulevard périphérique, depuis la Porte de Saint-Ouen, vers la Porte de la Chapelle, en 1999 (source : © TOMATO Architectes, 2003[27]Op. cit.).

« La ville du périphérique » : un récit postutopique

Au tournant des années 2000, une nouvelle dynamique urbaine se met en place dans la couronne de Paris avec le lancement, en 2001, du GPRU. Il doit faire face au vieillissement des aménagements et à la dégradation des conditions de vie liée à la saturation automobile de l’espace. L’enjeu d’améliorer la situation tout en maintenant les fonctions en place appelle un mode opératoire différent des phases précédentes qui ont rempli le vaste terrain vague issu de l’enceinte de Thiers. Publié dans l’ouvrage Paris. La Ville du Périphérique (TOMATO architectes, 2003[28]Op. cit.), le projet de fin d’études des 13 étudiants en architecture du collectif Tomato Architectes explore alors ce paysage singulier pour y déceler des potentiels de mutation (figures 5 et 6). L’arpentage et le relevé de la « ville du périphérique » visent à décrire l’esthétique de ce paysage urbain, à la manière de Learning from Las Vegas. Mais l’ouvrage ne fait pas l’apologie du laisser-faire et du présentisme. Le livre débute ainsi par un récit intitulé « Ordinaire Extraordinaire. Une structure de la ville du périphérique vue à travers l’histoire schizophrène de la ceinture ». Cette relecture historique vise à révéler l’inconscient du territoire, les structures sous-jacentes qui l’animent, et peuvent permettre de penser son évolution.

Figure 6. Couverture et page 16 de l’ouvrage Paris, La ville du périphérique[29]Op. cit..

La référence au manifeste rétroactif de Rem Koolhaas (1978[30]Koolhaas R. (2002[1978]). New York Délire, Marseille, Parenthèses, 320 p.) dans New York Délire est assumée. Dans ce récit, l’architecte néerlandais explore l’histoire de Manhattan pour théoriser les principes d’une architecture « métropolitaine ». Il raconte comment le fantôme de Coney Island hante la Manhattan contemporaine. L’esprit festif et innovant des fabuleux parcs d’attractions, dévastés par les incendies au début du XXe siècle, se retrouverait dans l’urbanisme des gratte-ciels qui intègrent dans leur stratification théâtres, salles de fêtes ou de sport, et autres folies. Le manifeste de Koolhaas s’inscrit dans un moment global de retournement vers le passé et la mémoire qui accompagne la crise du futur évoquée par Hartog. Dans le champ de l’architecture et de l’urbanisme, elle débute dès les années 1960 avec les premières critiques de l’urbanisme moderne, notamment celle portée par Aldo Rossi (1966[31]Rossi A. (1981 [1966]). L’architecture de la ville, Paris, L’Equerre, 295 p.) dans L’architecture de la ville. Dans un moment où le tissu ancien des villes était menacé par la tabula rasa moderne, l’architecte et théoricien italien s’est intéressé aux éléments permanents qui orientaient l’évolution des villes dans le temps et constituaient des structures de la mémoire collective. L’étude de la « ville du périphérique » menée par le collectif TOMATO Architectes s’inscrit dans cette perspective, analysant cette forme urbaine annulaire comme une « permanence urbaine » fondée par la construction de l’enceinte de Thiers.

Le récit urbain porté par La Ville du Périphérique apparaît ainsi clairement en rupture avec le futurisme des utopies urbaines et le présentisme des manifestes des années 1970. Sans relever d’un pur passéisme qui chercherait à patrimonialiser cette ville, il redonne au passé un rôle pour éclairer l’avenir. Ce mode de récit adapté au paradigme de la maintenance peut être qualifié provisoirement de postutopique. Opposé au récit utopique, où la conception idéale du futur engendre l’obsolescence des constructions présentes et entraîne des cycles de renouvellement, ce mode de récit ancre l’imagination du futur dans la reconnaissance de la permanence des structures matérielles. L’obsolescence des programmes y active la réhabilitation du passé contenant les ressources nécessaires au changement d’état d’un site.

Étudions maintenant plus en détail la manière dont ce passé agit dans la conception, en observant le cas du projet urbain de la Porte Pouchet.

L’agentivité des fantômes de la Porte Pouchet

La signification des permanences est peut-être là : elles sont un passé qui continue de faire partie de notre expérience.
(Rossi, 1966, p. 44[32]Op. cit.).

Aldo Rossi insistait, dans sa théorie des permanences, sur la continuité mémorielle du passé, toujours présent dans notre expérience. L’exploration du paradigme de la maintenance nous conduit à approfondir cette théorie en nous intéressant également aux discontinuités chronomatérielles qui marquent la transformation des permanences et garantissent ainsi leur durée au fil de leurs cycles de vie. Lors de la relecture des transformations de la Porte Pouchet, la figure des fantômes s’est imposée de manière intuitive pour pouvoir saisir ces moments de discontinuité. Nous avons en effet pu repérer dans la structure matérielle du site les traces d’infrastructures disparues ou inachevées, comme le tombeau effacé par les fortifications ou l’échangeur de l’A15 jamais construit, évoqués dans la partie précédente.

Ces fantômes ont guidé notre reconstitution des logiques sous-jacentes au dessin du projet urbain explicités dans le livre Paris Porte Pouchet : Ex Materia (MG-AU, TVK, 2025[33]Op. cit.). Il s’agit dans cette partie de systématiser cette métaphore utilisée également dans des travaux récents de géographie. Pour Francine Barthe-Deloizy, Marie Bonte, Zara Fournier et Jérôme Tadié (2018[34]Barthe-Deloizy F, Bonte M, Fournier Z, Tadie J. (2018). « Géographie des fantômes », Géographie et cultures, n° 106, p. 5-15.), les fantômes constituent « une catégorie analytique qui permet d’explorer les différentes formes d’entrecroisements des temporalités dans l’espace ». Ils sont un « outil de compréhension de temporalités dissonantes, qui ne sont pas forcément linéaires, et de leurs manifestations en un même lieu ». On peut plus fondamentalement rattacher cette figure aux nouvelles ontologies matérielles qui s’intéressent au temps des choses. Les fantômes pourraient en effet être un outil de mise en récit adapté pour étudier la « polychronie » inhérente à ce que la philosophe Bernadette Bensaude-Vincent (2021[35]Op. cit.) a appelé le « temps-paysage », c’est-à-dire la multiplicité des temporalités interagissant au sein d’un paysage. Partons alors sur la piste des fantômes pour comprendre leur agentivité dans la transformation du site de la Porte Pouchet.

Présences : l’arpentage chronomatériel

Le quartier de la Porte Pouchet a été construit par fragments d’aménagements successifs au rythme des différentes phases de l’histoire de la couronne de Paris. Lorsqu’on le parcourt, on se trouve face à un assemblage urbain transgénérationnel semblable aux architectures prémodernes étudiées par Marvin Trachtenberg (2010[36]Trachtenberg M. (2010). Building-in-time: from Giotto to Alberti and Modern Oblivion, New Haven, Yale University Press, 516 p.). Les formes non unitaires des cathédrales et palais du Moyen Âge et de la Renaissance montrent comment les architectes construisaient alors « avec le temps », obligés de composer avec l’écart entre le temps long de l’édifice et de son chantier, et le temps plus rapide de la société. L’historien explique l’évolution matérielle de ces lieux par un déphasage entre le temps de l’architecture construite et le temps du monde. Le rythme du changement social et technique entraînait la nécessité de transformer l’architecture avant même qu’elle soit achevée. Cette matrice temporelle s’applique en réalité à toute situation construite et nous offre un cadre pour décrire l’apparition des fantômes : ceux-ci naitraient lors d’accidents temporels similaires, à chaque déphasage entre les temps de l’architecture et du monde (figure 7).

Figure 7. Temps de l’architecture, temps du monde et naissance des fantômes (réalisation : ©TVK, 2025).

Or la caractéristique des fantômes, c’est qu’on ne les voit pas, ou du moins pas tout de suite. L’arpentage d’un site permet de repérer les singularités matérielles qui composent le paysage dans le présent, et que nous appelons des « présences ». La phénoménologie architecturale de Christian Norberg-Schulz (1997[37]Norberg-Schulz C. (1997). Genius loci. Paysage, Ambiance, Architecture, Bruxelles, Mardaga.) fait appel à ce concept – ce qui est là – pour définir le « caractère » d’un lieu, son « genius loci ». Les fantômes nous indiquent un autre sens complémentaire. Ces figures de l’absence peuvent également entrer dans l’expérience d’un lieu, lorsque des traces ou des étrangetés dans son organisation éveillent la sensation d’une présence passée. On peut prendre l’exemple du large anneau de l’enceinte de Thiers dont on ressent l’empreinte par la soudaine rupture dans la maille du tissu urbain lorsque l’on traverse le site de Paris jusqu’à Saint-Ouen ou Clichy. L’arpentage spatial devient alors un arpentage chronomatériel qui fait prendre la mesure de l’espace mais aussi du temps (figure 8). Les indices relevés lors de la « chasse aux fantômes » orientent l’enquête, qui est complétée par l’analyse des documents anciens, cartes ou photos aériennes. Elle permet d’identifier les « accidents » qui ont marqué l’histoire du site et expliquent sa configuration actuelle.

Figure 8. Collage chronomatériel représentant en rose les permanences matérielles et les fantômes de la Porte Pouchet (réalisation : © MG-AU+TVK, 2025).

Fondation : la configuration d’un espace-temps

La recherche des fantômes du site fait remonter le cours des cycles de transformation jusqu’au moment de la « fondation ». Il ne s’agit pas d’identifier un point zéro, mais plutôt de trouver l’accident significatif à partir duquel une continuité morphologique s’installe et perdure jusqu’au présent. À la Porte Pouchet, on peut considérer la construction de l’enceinte de Thiers comme l’accident fondateur. Le rythme de développement de la campagne entourant Paris est rattrapé par celui de la ville, conduisant à l’effacement de la trame agricole au profit de la nouvelle étendue générée par l’enceinte. L’accélération du temps de la société, illustré par les progrès balistiques et la croissance urbaine, créera ensuite un déphasage avec le temps de l’infrastructure fortifiée, initiant son obsolescence. Celle-ci déclenche un cycle de mutations du domaine des fortifications marqué par autant d’accidents qui feront advenir progressivement une forme de ville à la mesure de cette étendue. La fondation configure ainsi « un espace-temps dont l’échelle et le rythme sont spécifiques » (MG-AU, TVK, 2025, p. 8[38]Op. cit.), structurant la stabilité et l’évolution du site dans le temps.

On peut alors revenir au schéma temporel de Trachtenberg en y ajoutant un troisième temps, celui de la fondation, la partie du sol où s’accumulent les traces matérielles et immatérielles des accidents qui participent aux multiples refondations du site après l’accident fondateur (figure 9). Ce relief infrastructurel est hanté par les fantômes du lieu, témoins de chacun de ses états. Si le temps de l’architecture est un temps discontinu marqué par le rythme des différents projets, le temps de la fondation est, lui, cumulatif, créant de la continuité par sédimentation. La combinaison des deux temps permet de penser la maintenance du lieu, sa durée et son évolution.

Figure 9. Le temps cumulatif de la fondation (réalisation : ©TVK, 2025).

Permanences et latences : les potentiels du lieu

Deux types d’accidents sont repérables dans l’histoire de la Porte Pouchet : d’une part, l’obsolescence qui advient lorsque le temps du monde va trop vite par rapport au temps de l’artefact et, d’autre part, l’inachèvement qui se produit quand le temps du projet ne va pas assez vite.

L’obsolescence d’un élément du site conduit à sa ruine ou sa démolition. Elle laisse une empreinte dans le sol et dans le parcellaire qui configure une permanence potentielle dans l’évolution urbaine. Même lorsque les fondations matérielles ont disparu, il peut subsister une fondation immatérielle, le tracé de l’élément, qui reste lisible, matérialisée en creux par les autres éléments persistant autour de l’élément disparu, et qui peut continuer à agir. C’est le cas, par exemple, des deux chemins agricoles qui ont donné naissance à la Porte Pouchet. Effacés en 1840 par la construction de l’enceinte qui ne prévoyait pas de portes à leur niveau, ces axes de circulation ont été rétablis à la fin du XIXe siècle avec le percement de la Porte Pouchet, entre les bastions 40 et 41. Ils seront de nouveaux effacés par la construction du boulevard périphérique et l’aménagement du grand ensemble du Bois-le-Prêtre sur la ceinture verte. Le projet urbain de la Porte Pouchet les rétablira finalement afin d’assurer à nouveau le lien entre Paris et les communes limitrophes.

L’inachèvement d’un projet, sa construction partielle forment une réserve pour le futur, que nous appelons une « latence[39]Selon la définition du CNRTL, la latence est l’état de ce qui est latent, c’est-à-dire qui « n’est pas manifeste, qui reste caché, mais demeure susceptible d’apparaître, de se manifester à un certain moment » [En ligne » : l’empreinte d’un futur non advenu agissant encore sur le devenir d’un site. Le projet initial pourra être continué si une solution à l’accident est trouvée, mais sinon la latence est l’occasion d’une potentielle reconfiguration du site. À la Porte Pouchet, la latence la plus manifeste a été créée par l’arrêt du projet de bretelle vers l’A15, dont la réserve foncière est devenue un terrain vague. Dans le cadre de la ZAC Victor Hugo créée en 1992 à Saint-Ouen, le projet autoroutier a été radicalement modifié au profit de la création d’une rue et d’un grand parc venant butter contre le viaduc du boulevard périphérique. Cette reconfiguration a eu un impact sur le terrain parisien situé de l’autre côté du viaduc, au-delà de la réserve foncière. Censé être enclavé contre le futur échangeur, il avait accueilli les parkings des transports automobiles métropolitains (TAM) et de la préfourrière. Dans le cadre du projet urbain de la Porte Pouchet, l’espace a été libéré pour y prolonger le parc en une place-jardin créant un lien entre les deux rives du boulevard périphérique. Le potentiel de reconfiguration de la latence peut ainsi dépasser son propre périmètre et affecter l’évolution des parties adjacentes.

Ce deuxième exemple nous montre qu’en réalité, les accidents du site créent simultanément des potentiels de permanence et de latence. En effet, la réserve de l’A15 transformée en parc urbain peut aussi être vue comme une permanence dont le tracé extérieur subsiste. Et, à l’inverse, l’obsolescence et la ruine des fortifications ont créé à la fois la permanence d’une étendue et lancé une mutation morphologique de son intériorité. En définitive, les accidents du site créent deux ressorts temporels qui structurent son évolution : la permanence, qui est un potentiel de continuité morphologique, et la latence, qui constitue un potentiel d’évolution morphologique (figure 10). L’objectif de l’enquête chronomatérielle est ainsi de repérer ces potentiels de la fondation, amorcés dans le passé et pouvant déterminer autant qu’indéterminer les transformations du site.

Figure 10. Génération des potentiels de permanence et de latence de la fondation (réalisation : ©TVK, 2025).

Assemblages polychroniques :
la transformation par association des parties

Les accidents qui scandent l’histoire du site créent autant de parties qui ne sont pas assujetties à un tout unifié mais renvoient aux différentes totalités conçues dans les divers plans d’aménagement du site : « Dégagées des schémas idéaux qui les ont fait naître, chacune de ces présences se démarque par son caractère singulier et autonome, instituant des mondes en soi » (MG-AU, TVK, 2025, p. 12[40]Op. cit.). Le projet de transformation s’appuie alors sur les potentiels spatiaux et temporels de chacune des parties du site, c’est-à-dire à la fois les capacités de leur forme présente, et les potentiels de permanence et de latence accumulés avec le temps dans leur fondation.

Le potentiel de permanence d’une partie peut être vu comme une force centripète qui étend sa logique de stabilisation aux parties adjacentes dont la transformation renforce la permanence de l’ensemble. On peut reprendre l’exemple déjà évoqué des chemins partiellement effacés par l’enceinte de Thiers et dont les portions restantes intra- et extra-muros ont agi pour rétablir le fragment intermédiaire disparu. À l’inverse, le potentiel de latence exerce une force centrifuge qui tend à déstabiliser les parties limitrophes. C’est le cas, aussi évoqué, de la réserve de la bretelle de l’A15, qui étend son potentiel de mutabilité à la parcelle des TAM. Dans les deux cas, ces forces mettent en évidence de potentielles transformations du site qui jouent autant sur les parties en elles-mêmes que sur leurs relations et leurs interfaces, suivant une logique d’assemblage.

Ce concept s’ancre dans l’histoire des collages artistiques des dadaïstes et des surréalistes, et suppose de concevoir avec des fragments existants qui prennent un nouveau sens par leur assemblage : « Les matériaux physiques et leurs auras sont transmutés en un nouvel amalgame qui transcende et inclut ses parties » (Seitz, 1961[41]Seitz WC. (1961). The Art of Assemblage, New York, Museum of Modern Art, 176 p.). Selon ce principe, dans le projet de la Porte Pouchet, la réunion des parties au sein de quatre assemblages a conduit au déplacement ou à l’ajout d’éléments nouveaux (figure 11). Pour prendre un autre exemple, la rue Pierre-Rebière possédait un potentiel de latence, du fait de l’inachèvement du programme de logements HBM censé la border et de leur remplacement par des grands équipements scolaires adressés uniquement sur le Boulevard des Maréchaux. Désormais trop large pour un faible usage, son assemblage avec le cimetière des Batignolles a permis d’accueillir une épaisseur habitée permettant de reloger les habitants d’une tour démolie car trop proche du boulevard périphérique. L’assemblage crée ainsi un « champ de possibilités transformatives que chaque objet, pris indépendamment, n’ouvre pas » (TVK, MG-AU, 2025, p. 14[42]Op. cit.).

Les potentiels de permanence et de latence des parties du site définissent une multiplicité d’assemblages possibles. Le passé agit ainsi dans la transformation du site, mais il faut maintenant réintroduire le futur pour pouvoir aboutir à la description du mode opératoire. Dans le cas de la Porte Pouchet, la logique des quatre assemblages s’exprime à travers les besoins programmatiques identifiés dans le présent, au départ du projet : maintenir l’ensemble des fonctions dans le quartier, réduire les nuisances du boulevard périphérique, retrouver le lien entre Paris, Clichy et Saint-Ouen, et la possibilité de séjourner dans un espace qui est colonisé par la mobilité.

Figure 11. Les quatre assemblages polychroniques de la Porte Pouchet. De droite à gauche : rue Rebière + cimetière / sol naturel + viaduc / grand ensemble Bois-le-Prêtre + terre-plein / rue Bréchet + ceinture verte (réalisation : © MG-AU + TVK, 2025).

L’agentivité des fantômes, figures de la rétroactivité du passé, permet ainsi de définir différentes étapes d’un mode opératoire, de l’analyse du site au projet. Il débute par un arpentage chronomatériel visant à relever parmi les présences du site les fantômes habitant la fondation du site, créés par les différents accidents qui ont rythmé son évolution. Cette analyse conduit à l’identification des fragments temporels composant le paysage polychronique du site et des potentiels de permanence et de latence de chaque partie. Il est alors possible de déduire différents scénarios d’assemblages : le potentiel de permanence d’une partie peut être étendu à une partie adjacente associée et contribuer à la stabiliser, installant une continuité morphologique, tandis que le potentiel de latence d’une partie peut entraîner la déstabilisation d’une partie contigüe et les emporter toutes les deux dans une évolution morphologique. Ces différents scénarios construisent un champ de possibilités qui est ensuite confronté aux enjeux contemporains du site afin de pouvoir choisir les assemblages qui permettront la maintenance du lieu.

Conclusion :
l’épopée refondatrice, un modèle de récit pour l’urbanisme de la durée

Le destin de la Porte Pouchet aurait été tout autre si le projet de canal de Dieppe à Paris, conçu en 1864 par l’ingénieur Le Breton, avait été réalisé (Lebreton, 1864[43]Le Breton. (1864). Canal maritime de Paris à Dieppe. Projet Le Breton. Port de commerce et port maritime de Paris, Paris, imp. Grandjean, 1864. Voir les détails du projet publiés dans les quatre numéros de la revue Paris port de mer, entre 1863 et 1864.). L’arrivée des navires maritimes jusqu’à Paris, imaginée par Vauban dès le XVIIe siècle, aurait nécessité l’aménagement d’une immense infrastructure (figure 12). Un port de commerce devait s’étendre de Saint-Denis au bas de la butte Montmartre, avec une entrée par un canal traversant Clichy jusqu’à la Porte Pouchet. Ni canaux, ni ports ne verront le jour, le coût des travaux et la concurrence du chemin de fer en ont décidé autrement. À la différence du projet fantôme de bretelle de l’A15, ce futur non advenu n’a pas laissé de trace sur le territoire, mais chacun des accidents qui ont marqué l’évolution du quartier de la Porte Pouchet révèle la profonde imprévisibilité du monde.

Figure 12. Plan du port de commerce et du port maritime de Paris, conçu par l’ingénieur Le Breton, imprimé chez Grandjean à Paris, 1864 (source : © BNF, Gallica).

Le temps de la société est un vaste faisceau composé de multiples lignes temporelles tendues par les imaginaires et les idéologies, les désirs et les desseins des groupes sociaux, et dotées de rythmes et de vitesses différentes définies par les caractéristiques techniques, économiques ou sociales des artefacts qui permettent d’habiter le monde. L’impossibilité de prévoir la trajectoire et les bifurcations de ce temps foisonnant explique les nombreux accidents qui affectent les projets d’infrastructures, autant que l’obsolescence qui gagne rapidement ces objets techniques. La grande accélération et les crises qui caractérisent le temps contemporain rendent d’autant plus forte l’imprévisibilité du monde, renforçant par-là même l’inadaptation temporelle des infrastructures et plus largement de l’ensemble du cadre construit. Plutôt que de sombrer dans le régime d’urbanisme présentiste décrit par Sandra Mallet (2024[44]Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération. Le temps de l’urbanisme présentiste, Paris, Éditions de l’Aube, 305 p.), marqué par l’urgence et l’immédiateté, cet état de fait nous oblige à penser, à côté des récits utopiques qui ont porté la conception des infrastructures, un mode de récit permettant de concevoir la maintenance de leur fondation. Faire durer le vaste patrimoine de la modernité implique d’adopter un autre rapport au temps que celui qui a présidé à sa création.

Revenons tout d’abord sur les deux paradigmes opposés qui ont structuré cette enquête : celui de la destruction créatrice et celui de la maintenance. Nous pouvons désormais leur associer un régime d’historicité, un mode de récit et d’écriture du projet spécifique qui génèrent des trajectoires matérielles particulières. On peut considérer que le paradigme de la destruction créatrice se subdivise en deux tendances, l’une dite « progressiste » liée au mode de récit futuriste, et l’autre « libertaire » liée au mode de récit présentiste. De même, le paradigme de la maintenance possède deux tendances, l’une « patrimoniale » et passéiste qui a seulement été évoquée mais non analysée, et l’autre que l’on pourrait appeler « réformiste », car le passé y est au service de la transformation et qui correspond au mode de récit postutopique au cœur de notre enquête. Le tableau ci-après organise les différents résultats issus de la partie 1 (figure 13).

Figure 13. Tableau comparatif des modes de récit urbain utopique et épique (réalisation : © TVK, 2025).

Afin de mieux caractériser le mode de récit postutopique, nous proposons enfin une analogie avec le genre littéraire de l’« épopée refondatrice ». Réhabilitées par les recherches récentes[45]Goyet F. (2006). Penser sans concept : fonction de l’épopée guerrière, Paris, Honoré Champion, 588 p., les grandes épopées antiques et médiévales dépassent le simple récit héroïque et sont le véhicule d’une réflexion qui vise à fonder un nouvel ordre politique à partir de la relecture d’une crise récente. L’épopée est d’abord un récit oral et polyphonique : les nombreux épisodes des versions transcrites, parfois contradictoires, témoignent d’un processus d’écriture collective où s’opère une sédimentation de la mémoire de la crise. L’Iliade raconte, par exemple, la guerre de Troie, un long conflit sanguinaire finalement gagné par la coalition des cités grecques. Mais le récit n’encense pas les gagnants, il met en évidence la légitimité des deux camps, montre la complexité politique de cette guerre, il inaugure la culture de la démocratie qui va s’établir dans la Grèce d’alors. Les épopées refondatrices présentent donc un régime d’historicité similaire au mode de récit que nous avons étudié, intégrant rétroactivement le passé dans la conception du futur.

Parmi les modèles du livre La ville du périphérique, les manifestes rétroactifs évoqués précédemment cherchent aussi à fonder un ordre nouveau en relisant les crises du passé. Dans New York Delire, on retrouve la même polyphonie qui transcrit les actions des nombreux protagonistes de l’histoire de Manhattan. Adoptant la posture du « ghostwriter », mi-journaliste et mi-historien, l’auteur développe une sorte d’écriture collective, collectionnant différents documents qui transcrivent les multiples voix du territoire et ne cherchent pas à résoudre les tensions et conflits qu’elles portent.

Au-delà de ces grands manifestes, on pourrait retrouver cette même rétroactivité du passé et de ses potentialités dans de nombreux récits de projets urbains contemporains qui visent à ancrer des sites dans la durée et s’interdisent la tabula rasa. La comparaison de ces modes d’écriture du projet au genre de l’épopée refondatrice est alors à voir comme une analogie heuristique. De la même manière que la compréhension du genre utopique a contribué à la théorisation du projet moderne, la théorie littéraire du genre épique pourrait offrir un cadre pour poursuivre l’interprétation théorique du corpus contemporain des projets relevant du paradigme de la maintenance. Ce cadre permet tout d’abord d’intégrer la figure des fantômes, vecteurs de l’agentivité du passé, que nous avons étudiée dans la partie 2. Car le fil narratif épique est justement défini pour explorer la complexité du passé. L’épopée s’écrit après une crise violente, et les héros sont souvent hantés par une généalogie de fantômes qui aident à comprendre leurs actions. Ensuite, la dimension orale et polyphonique de l’épopée offre une perspective pour étudier la fabrique collective du récit urbain, au-delà de l’enquête chronomatérielle que nous avons pu détailler sur le cas de la Porte Pouchet. Celle-ci ne serait que la trame technique d’un récit partagé à construire pas-à-pas avec les parties prenantes d’un projet urbain. Le processus de coalition, ressort narratif d’une épopée telle que l’Iliade, pourrait notamment doubler, sur le plan du récit, la logique chronomatérielle des assemblages. Une coalition est un processus ascendant[46]L’étymologie latine de coalescere signifie en latin « croître ensemble », « s’unir en croissant ». Voir l’étymologie du Wiktionary [En ligne, une union des forces qui part du présent et du passé qu’il contient, pour aller vers un horizon commun mais incertain – la libération d’Hélène dans le cas de l’Iliade. Ce devenir rassembleur, au cœur de l’épopée, représente bien la mobilisation progressive des habitants, de leurs désirs, mais aussi des présences matérielles et des fantômes des sites, qui est indispensable à l’avènement d’un urbanisme de la durée.


[1] Bourg D. (2012). « Transition écologique, plutôt que développement durable. Entretien avec », Vraiment durable, n° 1(1), p. 77-96.

[2] Caye P. (2015). Critique de la destruction créatrice : production et humanisme, Paris, Les Belles Lettres.

[3] Caye P. (2020). Durer. Eléments pour la transformation du système productif, Paris, Les Belles Lettres, 211 p.

[4] Denis T. (2025). « Architectures hétérochroniques. Temps troubles dans l’acte de bâtir », thèse de doctorat en Architecture, sous la direction de S. Stacher, Cergy Paris Université, accueillie chez TVK par CIFRE, 397 p.

[5] Alberti LB. (2004 [1485]). L’art d’édifier, Paris, Seuil, 598 p.

[6] Adam B. (1998). Timescapes of modernity. The environment and invisible hazards, Londres, Routledge, 256 p.

[7] Bensaude-Vincent B. (2021). Temps-Paysage. Pour une écologie des crises, Paris, Le Pommier/Humensis, 296 p.

[8] Kant I. (1944 [1787]). Critique de la raison pure, Paris, PUF.

[9] Ricœur P. (1988). « L’identité narrative », Esprit, n° 140-141, p. 295‑304.

[10] Tomato architectes. (2003). Paris : la ville du périphérique, Paris, Le Moniteur, 191 p. Les associés fondateurs Trevelo et Viger Kohler, étaient deux des treize membres du collectif Tomato Architectes.

[11] Periphériques architectes. (2007). « Autrement rue Rebière », Paris, Pavillon de l’Arsenal, 304 p.

[12] MG-AU, TVK. (2025). Paris Porte Pouchet. Ex Materia, Lyon, Éditions 205, 144 p.

[13] Hartog F. (2020). Chronos. L’Occident aux prises avec le Temps, Paris, Gallimard, 352 p.

[14] Op. cit.

[15] Goyet F. (2006). Penser sans concept : fonction de l’épopée guerrière, Paris, Honoré Champion, 588 p.

[16] Hartog F. (2022). À la rencontre de Chronos, Paris, CNRS Éditions, p. 100.

[17] Ricœur P. (1985). Temps et récits. Le Temps raconté, Vol. 3, Paris, Seuil, 432 p.

[18] Cohen JL, Lortie A. (2021). Des fortifs au périf : Paris, les seuils de la ville, Paris, Pavillon de l’Arsenal, 368 p. Les faits résumés dans cette partie sont issus de cet ouvrage historique très complet.

[19] Op. cit.

[20] Des Cars J, Pinon P. (1991. Paris-Haussmann : « le pari d’Haussmann », Paris, Picard éditeur / Pavillon de l’Arsenal, 365 p.

[21] Choay F. (1965). L’urbanisme, utopies et réalités, Paris, Seuil, 348 p.

[22] Picon A. (1997). « Une utopie américaine, le monde de Buckminster Fuller », Les Cahiers de la Recherche Architecturale, n° 40, p. 101‑112.

[23] Op. cit.

[24] Venturi R, Scott Brown D, Izenour S. (1972). Learning from Las Vegas, Cambridge (Mass.) MIT Press, 208 p.

[25] Banham R. (2008 [1971]). Los Angeles: The architecture of four ecologies, Marseille, Parenthèses, 256 p.

[26] Banham R, Barker P, Hall P, Price C. (1969). « Non-Plan: an experiment in freedom », New Society, n° 338(3), p. 435-443.

[27] Op. cit.

[28] Op. cit.

[29] Op. cit.

[30] Koolhaas R. (2002[1978]). New York Délire, Marseille, Parenthèses, 320 p.

[31] Rossi A. (1981 [1966]). L’architecture de la ville, Paris, L’Equerre, 295 p.

[32] Op. cit.

[33] Op. cit.

[34] Barthe-Deloizy F, Bonte M, Fournier Z, Tadie J. (2018). « Géographie des fantômes », Géographie et cultures, n° 106, p. 5-15.

[35] Op. cit.

[36] Trachtenberg M. (2010). Building-in-time: from Giotto to Alberti and Modern Oblivion, New Haven, Yale University Press, 516 p.

[37] Norberg-Schulz C. (1997). Genius loci. Paysage, Ambiance, Architecture, Bruxelles, Mardaga.

[38] Op. cit.

[39] Selon la définition du CNRTL, la latence est l’état de ce qui est latent, c’est-à-dire qui « n’est pas manifeste, qui reste caché, mais demeure susceptible d’apparaître, de se manifester à un certain moment » [En ligne].

[40] Op. cit.

[41] Seitz WC. (1961). The Art of Assemblage, New York, Museum of Modern Art, 176 p.

[42] Op. cit.

[43] Le Breton. (1864). Canal maritime de Paris à Dieppe. Projet Le Breton. Port de commerce et port maritime de Paris, Paris, imp. Grandjean, 1864. Voir les détails du projet publiés dans les quatre numéros de la revue Paris port de mer, entre 1863 et 1864.

[44] Mallet S. (2024). Politiques urbaines de l’accélération. Le temps de l’urbanisme présentiste, Paris, Éditions de l’Aube, 305 p.

[45] Goyet F. (2006). Penser sans concept : fonction de l’épopée guerrière, Paris, Honoré Champion, 588 p.

[46] L’étymologie latine de coalescere signifie en latin « croître ensemble », « s’unir en croissant ». Voir l’étymologie du Wiktionary [En ligne].