juillet 2025
Les temps de l’urbanisme 1.
Décalages temporels et fabrique urbaine ordinaire
Ethnographie d’un projet de renouvellement urbain à La Réunion
Tanika Join
GREAT, ENSA La Réunion, AAU-CRENAU, ENSA Nantes
Décalages temporels et fabrique urbaine ordinaire
Ethnographie d’un projet de renouvellement urbain à La Réunion
Décalages temporels et fabrique urbaine ordinaire : ethnographie d’un projet de renouvellement urbain à La Réunion,
Riurba no
18, juillet 2025.
URL : https://www.riurba.review/article/18-temps/decalages/
Article publié le 17 mai 2026
- Abstract
- Résumé
Temporal mismatches and ordinary urban fabric: An ethnography of an urban renewal project in Reunion Island (France)
This article examines temporal mismatches between resident dynamics, field actors, and institutional logics within an urban renewal project in Réunion Island. Based on a three year ethnographic study, it analyzes the implementation of micro-projects within a Local Urban Management (gestion urbaine de proximité, GUP) framework. The study highlights how the project progresses unevenly, suspended between financial requirements, uncertain dialogues, and institutional rhythms, while residents mobilize attachment regimes and everyday life rhythms that often clash with the temporalities imposed by the project.
Cet article explore les décalages temporels entre dynamiques habitantes, actions de terrain et logiques institutionnelles dans un projet de renouvellement urbain à La Réunion. À partir d’une enquête ethnographique sur trois ans, il analyse la mise en œuvre de micro-projets au sein d’un dispositif de gestion urbaine de proximité (GUP). L’étude montre comment le projet avance de manière heurtée, suspendue entre exigences financières, dialogues incertains et rythmes institutionnels, tandis que les habitants mobilisent des régimes d’attachement et des rythmes de vie ordinaires fluctuants et inscrits dans la quotidienneté, souvent en friction avec le temps du projet.
post->ID de l’article : 6427 • Résumé en_US : 6535 • Résumé fr_FR : 6532 • Sous-titre[0] : E
Introduction
Dans les politiques urbaines contemporaines, l’approche par projet est devenue un mode d’action central de l’action publique (Genestier, 2012[1]Genestier P. (2012). « Gilles Pinson, gouverner la ville par projet. Urbanisme et gouvernance des villes européennes, 2009 », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 107, p. 131‑133. ; Pinson, 2005[2]Pinson G. (2005). « Le projet urbain comme instrument d’action publique », dans Lascoumes P, Legales P (dir.), Gouverner par les instruments, Paris, Presses de Sciences Po, p. 199‑233.). En urbanisme et aménagement, cette approche suppose une capacité à produire des changements sociospatiaux visibles et planifiés, portés par une mise en récit des transformations urbaines que le projet doit amener dans les quartiers (Pinson, 2020[3]Pinson G. (2020). La ville néolibérale, Paris, Presses universitaires de France, 160 p.). Ce récit s’inscrit dans des temporalités composites, où s’entrecroisent les temps administratif, politique, technique, mais aussi les mémoires (Halbwachs, 1997[4]Halbwachs M. (1997 [1950]). La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 304 p. ; Colin, 2016[5]Colin C. (2016). « Défendre et protéger son quartier de la destruction », Carnets de géographes, n° 9 [En ligne) et les attentes des habitants (Mège et Mallet, 2021[6]Mège A, Mallet S. (2021). « Le temps en urbanisme ? Récits d’expériences », Sur-Mesure [En ligne ; Mallet et Zanetti, 2015[7]Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO, n° 15 [En ligne ; Elias, 1984[8]Elias N. (1984). Time: an essay, Cambridge (MA), Blackwell Publishers.). Pour accompagner le déploiement du projet, les politiques urbaines ont largement développé la rhétorique de la participation citoyenne afin de mobiliser les habitants dans l’élaboration des transformations de leur quartier. Cette participation citoyenne sera abordée ici à travers les impératifs fixés par la loi Lamy de 2014. Toutefois, nous verrons que conjuguer les remontées des habitants issues des démarches de participation citoyenne (Bacqué et Gauthier, 2011[9]Bacqué MH, Gauthier M. (2011). « Participation, urbanisme et études urbaines : quatre décennies de débats et d’expériences depuis “A ladder of citizen participation” » de S. R. Arnstein », Participations, n° 1, p. 36-66.) et la prise en compte des contraintes opérationnelles du projet vient complexifier davantage la conduite du projet urbain (idem ; Arhip-Paterson, 2020[10]Arhip-Paterson W. (2020). « L’usure à la tâche. La fabrique éreintante du budget participatif de la Ville de Paris pour les agents municipaux (2014-2020) », dans GIS Démocratie et Participation, actes des sixièmes journées doctorales sur la participation et la démocratie participative, 26-27 novembre.).
Ainsi, c’est dans ce contexte que l’étude des dynamiques de territorialisation d’un projet de renouvellement urbain à La Réunion a permis d’observer la mise en œuvre d’une stratégie de gestion du temps, associée à des opérations d’aménagement de proximité. La territorialisation désigne ici l’ensemble des étapes permettant de contextualiser l’action publique (Duran, 2020[11]Duran P. (2020). « Territorialisation », Dictionnaire des politiques territoriales, Paris, Presses de Sciences Po, p. 529‑537 [En ligne) et le projet auprès des « acteurs intermédiaires » de la proximité (Devisme et Ouvrard, 2015[12]Devisme L, Ouvrard P. (2015). « Acteurs intermédiaires de la mobilisation territoriale : les enseignements des démarches de prospective-action », Lien social et Politiques, n° 73, p. 73‑93., Combes, 2021[13]Combes H. (2021). « Un intermédiaire du quotidien. Continuum entre vie de quartier, politique de guichet et mobilisations à Mexico », Sociétés contemporaines, n° 123, p. 163‑190 [En ligne) et des habitants pour l’adapter à un territoire. Ces acteurs regroupent ici une partie de l’équipe opérationnelle, sa direction, le chargé du développement humain et de la coconstruction, ainsi que les professionnels du terrain intervenant auprès d’eux, tels que les éducateurs spécialisés[14]L’éducateur spécialisé est un professionnel du travail social. Il exerce dans le cadre d’un mandat et de missions institutionnelles. Il accompagne, dans une démarche éducative et sociale globale, des personnes, des groupes ou des familles en difficulté dans le développement de leurs capacités de socialisation, d’autonomie, d’intégration ou d’insertion (Code de l’action sociale et des familles, art. D.451-41 et D.451-41-1)., les adultes relais[15]Le contrat adultes-relais vise à offrir un emploi aux adultes rencontrant des difficultés et habitant dans des zones urbaines sensibles. Ces emplois consistent en des actions de médiation culturelle et sociale (voir : service-public.gouv.fr)., les agents de proximité[16]Le gestionnaire de proximité chez le bailleur social partie prenante de ce projet est l’interlocuteur privilégié des locataires. Il ou elle assure des tâches administratives ainsi que le suivi technique des bâtiments pour le compte du bailleur (entretien avec une gestionnaire de proximité le 08.01.2021)..
Dans la phase préliminaire du projet, la diffusion de « bonnes pratiques » de gestion du temps dans le projet (Devisme et al., 2007[17]Devisme L, Dumont M, Roy É. (2007). « Le jeu des “bonnes pratiques” dans les opérations urbaines, entre normes et fabrique locale », Espaces et sociétés, n° 131, p. 15‑31.) participe à l’inscription d’une stratégie pour assurer la continuité du projet sur plusieurs années, voire plusieurs décennies, par la mise en œuvre de micro-projets de proximité. Deux de ces opérations, pensées comme des moyens de rythmer et de rendre visible ce renouvellement urbain auprès des habitants et des institutions, seront ici analysées : la réhabilitation du square Mérencienne et la mise en œuvre du « chemin des écoles ». Ces opérations rappellent le déplacement des échelles d’aménagement vers de petits niveaux d’opérations ponctuelles, qui s’inscrit dès les années 2000 dans une tendance structurelle des évolutions de la fabrique urbaine (Dumont, 2004[18]Dumont M. (2004). « Les micro-territoires dans l’aménagement urbain, objets spatiaux et sociaux paradoxaux », Norois, n° 193, p. 47-59.). Les « micro-territoires » y sont mobilisés comme des révélateurs des mutations urbaines dans lesquels viennent prendre place des micro-projets permettant de dynamiser et d’accompagner la mise en œuvre de processus participatifs. Les temporalités de ces micro-projets permettent ainsi de mobiliser les citoyens sur des délais de projet plus courts que ceux d’un projet urbain (Zetlaoui-Léger, 2005[19]Zetlaoui-Leger J. (2005). « L’implication des habitants dans des micro-projets urbains : enjeux politiques et propositions pratiques », Les Cahiers de la Cambre. Architecture, n° 3, p. 99-110.) et de répondre aux impératifs fixés de participation citoyenne.
En tenant compte des articulations entre les différentes échelles décisionnelles — du national au quartier vécu en passant par les instances territoriales — cette recherche explore la fabrique de la ville entre 2019 et 2023 à travers un projet de renouvellement urbain à La Réunion (Join, 2023[20]Join T. (2023). « Projet urbain et fabriques ordinaires de la ville. Appréhender le territoire entre acteurs, projet et habitants dans un programme de renouvellement urbain à La Réunion », thèse de doctorat en urbanisme, université de La Réunion, 365 p.). Elle repose sur une analyse de discours issus d’entretiens semi-directifs menés auprès de 19 habitants (anciens, nouveaux, engagés ou non dans la participation citoyenne) et de 30 acteurs professionnels (institutionnels, maitrises d’ouvrage, maitrises d’œuvre, acteurs de proximité), investis dans le projet. Ces entretiens sont complétés par le suivi sur une année de 12 réunions de gestion urbaine de proximité (GUP)[21]En tout, ce sont 28 réunions qui ont eu lieu en 2019, sur lesquelles 18 comptes rendus ont pu être obtenus., dont l’analyse des discours s’est structurée sur l’évolution de thématiques récurrentes (ateliers de concertation, gestion des véhicules hors d’usages (VHU), doléances du conseil citoyen[22]Les conseils citoyens ont été créés par l’article 7 de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. Cette loi a imposé la création d’un conseil citoyen dans chaque quartier prioritaire afin d’associer les habitants aux politiques de la ville. Chaque conseil citoyen est composé d’un collège d’habitants volontaires tirés en partie au sort et d’un collège d’acteurs locaux., évènements de sensibilisation), permettant d’identifier les rythmes qui structurent les temporalités du projet.
L’approche ethnographique adoptée met en lumière la façon dont les acteurs, professionnels et habitants, « font avec le temps », ajustant en permanence pratiques et discours dans un contexte de contraintes multiples. L’article montre ce que produisent ces frictions sur la fabrique urbaine ordinaire et les territoires, et ce, alors que l’action publique mobilise les micro-projets pour inscrire le renouvellement urbain dans les temporalités habitantes. Ces micro-projets concentrent ici des paradoxes de la production urbaine, à la fois dans leur manière de s’inscrire dans l’histoire du développement urbain réunionnais et de coconstruire ces projets en y combinant les différentes temporalités du renouvellement urbain.
Tout d’abord, les différentes temporalités associées au projet de renouvellement urbain, aux modalités de la participation citoyenne et au contexte réunionnais seront présentées. Par la suite, la réhabilitation du square Mérencienne et l’opération du « chemin des écoles », deux opérations de proximité inscrites dans le projet de renouvellement urbain, seront analysées au regard des différentes temporalités présentées en première partie.
Questionner les temporalités
d’un projet de renouvellement urbain à La Réunion
La fabrique contemporaine de la ville est marquée par les temporalités multiples des projets urbains qui viennent s’inscrire dans le temps plus long de l’évolution des villes dans lesquelles ils se déploient. Ils reposent sur une narration anticipatrice inscrite dans une temporalité linéaire et cumulative. Leur mise en œuvre suppose une capacité à construire un avenir urbain désirable, selon une séquence opérationnelle appuyée sur la rationalisation du temps et des actions : diagnostic, concertation, programmation, réalisation (Boutinet, 1990, p. 464[23]Boutinet JP. (2012). Anthropologie du projet, Paris, Presses Universitaires de France.). Cette temporalité est inscrite dans des dispositifs institutionnels normés, tels que ceux du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), et se décline selon les rythmes des appels à projets, des échéances électorales ou des enveloppes budgétaires allouées.
Contextualisation et temporalités
du projet de renouvellement urbain
Les projets de renouvellement urbain s’étendent parfois sur plus de 20 ans, durant lesquels se succèdent différentes phases. Les NPNRU se divisent en deux grandes phases de conventionnement entre les collectivités et l’Agence nationale de renouvellement urbain (ANRU). La phase de préfiguration, au cours de laquelle les collectivités mènent des études, vise à coconstruire le projet avec les acteurs du territoire, les habitants mobilisés et les financeurs. Cette phase donne lieu à la signature d’une convention pluriannuelle entre les partenaires locaux et l’ANRU, permettant le lancement de la phase opérationnelle.
Le projet de renouvellement urbain en question se déploie à Saint-Denis de La Réunion (2014-2030). Il est porté par la ville de Saint-Denis et la CINOR[24]Communauté intercommunale du Nord de l’Ile, elle regroupe les communes de Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, et est cofinancé par l’ANRU dans le cadre du NPNRU. Le pilotage stratégique est assuré par des représentants de l’État, de la région, du département, de l’ANRU, les élus et les équipes de directions générales de la ville de Saint-Denis et de la CINOR, auxquels se joignent l’ensemble des partenaires financeurs[25]La Caisse des Dépôts et Consignations, L’Agence Nationale de l’Habitat, l’Agence de la transition écologique, l’Agence régionale de la santé, la Chambre de commerce et d’industrie et Action logement et les bailleurs sociaux. Des conseillers citoyens[26]La loi sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 communément appelé loi Lamy, impose aux collectivités la constitution d’un conseil citoyens rattaché aux quartiers de la politique de la ville. sont invités à participer aux instances de pilotage du projet. Son périmètre opérationnel regroupe les quartiers du Butor, de Vauban et du Bas Maréchal Leclerc (figure 1). Ces quartiers s’inscrivent dans une continuité spatiale entre le centre-ville de Saint-Denis et deux axes de circulation permettant de traverser la ville, l’un par le sud, le deuxième par le nord (figure 1). Les quartiers de Vauban et du Butor seront plus spécifiquement abordés et sont tous les deux concernés par des démolitions de logements sociaux financés par l’ANRU.

Le protocole de préfiguration a été signé en juin 2016. Il prévoyait douze études, sur trois ans, permettant de mieux cerner le périmètre opérationnel du projet. Ces études ont abouti en 2019 sur le conventionnement du projet entre la ville de Saint-Denis et l’ANRU. Pour accompagner le montage du projet, la collectivité s’est appuyée sur deux assistances à maîtrise d’ouvrage (AMO) dont les missions ont été déterminées dans le protocole de préfiguration. Ces AMO, composées d’experts et de consultants au service de l’action publique locale (Bataille, 2020[27]Bataille N. (2020). « Experts et consultants au service de l’action publique locale : une approche pragmatique du travail de l’ingénierie privée », thèse de doctorat en aménagement, université de Tours.), viennent en appui de la collectivité sur des missions d’ingénierie de projet sous la coordination des services de la ville, en lien avec l’intercommunalité, les bailleurs sociaux et les habitants.
La première a eu pour mission d’anticiper la mise en œuvre de la concertation avec les habitants et la définition des outils de communication. La deuxième, pilotée par les services de la ville, était dédiée à la GUP. Elle visait à favoriser la coordination des acteurs mobilisés sur le terrain et à améliorer l’entretien et la propreté des quartiers. Ces deux AMO s’appuient sur leurs expériences passées sur des projets de renouvellement urbain et participent à la circulation croisée des modèles (Béal et al., 2015[28]Béal V, Epstein R, Pinson G. (2015). « La circulation croisée », Gouvernement et action publique, n° 3, p. 103‑127.), à la standardisation de la conception organisationnelle du projet (Bataille et Lacroix, 2018[29]Bataille N, Lacroix G. (2018) « Standardisation de la conception et sur mesure organisationnel. La sous-traitance de l’ingénierie urbaine », Les Annales de la recherche urbaine, n° 113, p. 24‑35.) et à la diffusion des « bonnes pratiques » du projet.
L’enquête débute à la fin des études de préfiguration lorsque la coconstruction s’accélère pour la finalisation du projet à conventionner. Cette étape de l’enquête permet d’appréhender les débuts de la phase opérationnelle.
Se saisir des temporalités d’un projet
de renouvellement urbain comme support
de la participation citoyenne
Les projets urbains s’inscrivent dans une conception de la ville façonnée par des héritages historiques et culturels (Choplin et Ghorra-Gobin, 2021[30]Choplin A, Ghorra-Gobin C. (2021). « Vers une pensée urbaine globale », L’Information géographique, n° 85, p. 11‑23. ; Estèbe, 2020[31]Estèbe P. (2020). « Cynthia Ghorra-Gobin : à la poursuite des modèles urbains », Tous urbains, n° 32, p. 106‑108.). Pour bénéficier d’un meilleur ancrage sur des territoires présentant chacun leurs spécificités (Robinson, 2006[32]Robinson J. (2013). Ordinary cities. Between modernity and development, Londres, Routledge, 218 p.), des dispositifs visant à associer les citoyens à la décision ont été progressivement mis en œuvre par un ensemble d’acteurs publics (Bacqué et Gauthier, 2011[33]Bacqué MH, Gauthier M. (2011). « Participation, urbanisme et études urbaines : quatre décennies de débats et d’expériences depuis “A ladder of citizen participation” de S. R. Arnstein », Participations, n° 1, p. 36-66.). En France, la politique de la ville, qui s’applique dans les quartiers dits prioritaires de la ville, a été pionnière sur ces questions. Elle a été suivie, entre autres, par la loi sur la démocratie participative de 2002, puis la loi Lamy de 2014. Ces outils viennent ainsi se greffer au projet urbain et au projet politique de développement de la ville, en y intégrant notamment leurs propres temporalités.
Le temps, en tant que construit social et culturel inscrit dans des projets aux multiples facettes et aux représentations plurielles, nécessite des actions de coordination pour assurer la pérennité d’un projet et la mobilisation des habitants (Mallet et Zanetti, 2015[34]Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, n° 15.). Ainsi, dès novembre 2017, l’élaboration de la stratégie de coconstruction préconise la mise en place d’une GUP et d’ateliers participatifs impliquant conseillers citoyens et habitants. Ces dispositifs doivent permettre d’ancrer le projet au plus près des rythmes urbains vécus par les usagers et habitants (Mallet, 2020[35]Mallet S. (2020). « Les rythmes de la production urbaine au prisme de l’accélération sociale », EspacesTemps.net.) et d’assurer une continuité dans le temps pour sa mise en œuvre. Pour alimenter le projet et animer les ateliers, les experts préconisent d’intervenir sur des espaces de proximité, appelés « espaces de poches » ou pocket places. Ces espaces sont plébiscités dès l’amorce du projet, à la fois par les acteurs professionnels et par les habitants, mais aussi par les travaux de recherche sur les espaces publics et les modes d’habiter à La Réunion (Watin, 1992[36]Watin M. (1992). « Quel espace public pour une jeune société civile ? Le cas de l’île de La Réunion », Les Annales de la recherche urbaine, n° 57-58, p. 62‑70. ; Watin et al., 1992[37]Watin M, Chabrand D, Vidal L. (1992). Les espaces publics à La Réunion, Approche socio-urbaine, CAUE, DDE, université de La Réunion.), mobilisés pour étayer ces choix.
L’approche proposée, alliant prise en compte de spécificités territoriales et contraintes temporelles du projet, est rapidement intégrée par l’équipe urbaine. Les services de l’État, via la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), proposent alors, pour financer ces espaces, de bénéficier de fonds grâce à l’investissement territorial intégré (ITI[38]Issus de fonds FEDER relayés par la région sur des fonds européens dans le cadre des projets de renouvellement urbain, ces financements permettent de mettre en place, dans un cadre extérieur à l’ANRU, des projets sur des territoires concernés par du renouvellement urbain.), imposant également de nouvelles contraintes temporelles à l’équipe projet. Initialement centrée sur les enjeux opérationnels de gestion urbaine (entretien, voisinage, circulation de l’information), la GUP va se saisir des enjeux de coconstruction du projet.
Interroger les temporalités
des projets urbains
en posant un regard sur l’histoire
des villes réunionnaises
À Saint-Denis, chef-lieu du département, le premier plan d’aménagement est un plan en damier réalisé en 1721 et repris en 1790. Au moment de l’abolition de l’esclavage, proclamée à La Réunion le 20 décembre 1848, des premiers bidonvilles, ou kan de leur nom local, s’établissent autour des villes où les personnes affranchies des plantations vont venir s’installer (Rasine Kaf, 2008[39]Rasine Kaf (association). (2008). Les sentiers de la mémoire de Saint-Denis. Des camps au boulevard, histoire d’une réhabilitation, Sainte-Clotilde, Éclipse du temps. ; Vaxelaire, 1999[40]Vaxelaire D. (1999). Le grand livre de l’histoire de La Réunion. 1. Des origines à 1848 (vol. 1), Saint-Denis, Orphie, 352 p.). C’est aussi à ce moment que la diversité culturelle de La Réunion va continuer à s’étoffer avec l’arrivée de travailleurs et de commerçants provenant de diverses régions d’Inde et de Chine ; c’est la période de l’engagisme (Jauze, 2011[41]Jauze JM. (2011). « Cultures et identités dans les villes des Mascareignes » dans Rajaonah Faranirina V (dir.), Cultures citadines dans l’océan Indien occidental (XVIIIe – XXIe siècles), Paris, Karthala, p. 149-167.). Après sa départementalisation en 1946, La Réunion va connaitre une importante politique de modernisation de son territoire, notamment à partir des années 1960[42]Jusque-là, malgré la départementalisation de l’île en 1946, la Réunion restait un territoire secondaire pour la France. Devenue seul territoire français habité de l’océan Indien après l’indépendance de Madagascar (les Comores se dirigeant eux aussi vers l’indépendance), elle devient éminemment stratégique pour la France qui met en œuvre une vaste politique de modernisation. (Ève, 2012[43]Ève P. (2012). « Les ébauches urbaines dans les Mascareignes au XVIIIe siècle », dans Martinière G, Saupin G, Acerra M, Vidal L (dir.), Les villes et le monde : du Moyen Âge au XXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 59-90.).
Cette modernisation s’accompagne de la résorption de l’habitat insalubre (Gehin et Paulais, 2000[44]Gehin C, Paulais T. (2000). La résorption de l’habitat insalubre en Outre-Mer, Paris, Cahiers de politique urbaine, 115 p.), habitats qui entourent encore, dans les années 1980, le centre de Saint-Denis. Elle s’accompagne du développement du logement social, des différentes infrastructures routières, lycées, écoles, etc. (Simon, 2008[45]Simon T. (2008). « Une île en mutation. Infrastructures, aménagement et développement à La Réunion », EchoGéo, n° 7.). En quelques années, les paysages de l’île et les modes d’habiter sont transformés (Watin, 2007[46]Watin M. (2007). « Du Kartié au quartier : quel développement urbain à La Réunion ? », Alizés : revue angliciste de La Réunion, n° 29-I Lettres, p. 87‑100.) par le passage « de la kaz a ter à la kaz en lèr » et l’évolution des kartié[47]La terminologie kartié issu du créole réunionnais est utilisée par Michel Watin pour mettre en avant les évolutions dans les modes d’habiter qui ont découlé de l’évolution des villes réunionnaises à partir des années 1980. (Watin, idem) traditionnels, ces kartié étant alors marqués par un fort ancrage familial (Watin, idem ; Ottino, 1996[48]Ottino P. (1996). « La Réunion : l’organisation familiale des Blancs des Hauts », dans Cherubini B (dir.), Le monde rural à la Réunion. Mutations foncières, mutations paysagères, Paris, L’Harmattan, p. 259‑298.) et organisés autour de formes d’autosuffisances alimentaires associées à de petits élevages, plantations (Join et Serra, 2022a[49]Join T, Serra L. (2022a). « Emotions and frustrations: an analysis of the failure of a democratic participative », The Urban Transcripts Journal, n° 5(2). [En ligne) et une économie de subsistance marquée par des logiques de débrouilles et de coopération (Rosa Bonheur, 2019[50]Rosa Bonheur, collectif. (2019). La ville vue d’en bas. Travail et production de l’espace populaire, Paris, Amsterdam.). Aujourd’hui, ces transformations sont inscrites dans la mémoire des habitants de ces quartiers (Rasine Kaf, 2008[51]Op. cit., Hadbi et al., 2022[52]Hadbi R, Hamrouni A, Join T. (2022). « Négocier les mémoires en temps de transformations urbaines, regards croisés entre Grenoble, Saint-Denis (La Réunion) et Tunis », Rencontres AAU, Fabrique du sensible & mutations des espaces habités, n° 22. [En ligne). Parmi ces kartié, celui de Patates à Durand au Butor, en zone déclarée inondable et en cours de résorption en 1980 (Dupont, 1990[53]Dupont G. (1990). Saint-Denis de La Réunion. Ville tropicale en mutation, Paris, L’Harmattan.) (identifiable sur la figure 2 par la lettre I) est concerné par le projet de renouvellement urbain. Des travaux historiques révèlent que l’implantation de ce kartié remonte aux alentours de 1892-1920 par des groupes de pêcheurs d’origine indienne, lui ayant valu l’appellation de quartier de pêcheur (Bonniol et al., 2011[54]Bonniol C, Hoarau L, Nöel-Cadet N, Rebeyrotte JF. (2011). Étude secteur Patates à Durant/Butor, pour une politique partenariale de développement culturel, rapport de recherche, université de La Réunion.).

L’analyse d’un projet structuré par les impératifs de l’ANRU met en lumière des régimes temporels et des modalités d’action publique hérités de cette histoire urbaine. D’une part, l’approche du logement et de l’habitat par le renouvellement urbain vient rompre avec les logiques de constructions de l’habitat (Bertoncello et Lataulade, 1996[56]Bertoncello B, Lataulade B. (1996). « La politique de la ville à La Réunion : adaptation ou détournement ? », Hommes & Migrations, n° 1203, p. 26‑32.) ; d’autre part, elle reprend les modalités interventionnistes (Souffrin et Watin, 1995[57]Souffrin E, Watin M. (1995). « L’accès à la propriété sociale à La Réunion. Du don à la citoyenneté ? », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 66, p. 33‑39.) des années 1960-1990 dans la définition des objectifs et des actions à mettre en œuvre (figure 3).

Déconstruire et coconstruire,
les conflits de temporalités
dans le renouvellement urbain : le square Mérencienne
L’annonce du renouvellement urbain s’est accompagnée d’un récit transformateur porté par les élus et les services municipaux vantant la requalification des espaces publics, la rénovation des logements et l’amélioration du cadre de vie. Début 2019, la coconstruction avec les habitants des projets d’aménagement de proximité, inscrits dans la convention avec l’ANRU, est présentée aux acteurs de la GUP. Parmi ces projets, la réhabilitation du square Mérencienne (figures 4 et 5), espace central d’un quartier historique de la ville, a suscité de nombreux débats entre l’équipe du projet, les deux éducatrices spécialisées[58]Recrutées par deux associations d’action sociale financées par la mairie et le projet pour accompagner les familles en difficulté dans le cadre du renouvellement urbain. et l’agent de proximité du bailleur social[59]Ce dernier est au contact des locataires pour leurs démarches liées à leur logement et notamment sur le sujet des relogements..
Rénover un quartier
tout en relogeant ses habitants :
des temporalités contradictoires

Figure 5. Le square Mérencienne après sa rénovation. Derrière, un terrain vague où se trouvaient avant les démolitions, les immeubles Pirhannas et Cassepierre (cliché : autrice, le 13 mai 2025).
En octobre 2018, l’annonce publique de la démolition prochaine des logements attenants au square Mérencienne dans le cadre du projet de renouvellement urbain a engendré l’inquiétude des habitants. La démolition concerne 90 logements construits en 1983 et issus de la RHI du quartier de pêcheur de Patate à Durand, à la suite des dégâts causés, en 1980, par le passage du cyclone Hyacynthe. L’annonce intervient dans un contexte conflictuel entre les habitants et leur bailleur social[60]Les notes de terrain prises lors de l’annonce des démolitions témoignent de conflits marqués entre le bailleur social et les locataires, que viendront confirmer les entretiens avec des habitants ayant vécu la construction de ces logements., et complique la réception du projet de réhabilitation du square. Deux logiques temporelles s’affrontent lors des réunions de GUP : celle, institutionnelle, de l’équipe projet, visant à avancer dans les calendriers, et celle, de terrain et sociale, portée par les acteurs de proximité, plus attentive aux préoccupations immédiates des habitants liées au relogement.
En août 2019, une première phase de concertation autour de la conception du nouveau square est organisée au Butor, et un atelier de coconstruction doit être animé par l’équipe du projet et la maitrise d’œuvre retenue pour la réhabilitation. L’atelier aura lieu en plein cœur du quartier concerné par les déconstructions, à un moment de forte incertitude pour les habitants. Malgré les alertes en réunion de GUP, la concertation a lieu comme prévu par l’équipe projet en accord avec le bureau d’étude mandaté (Join, 2023[61]Op. cit.) ; elle vise davantage à définir des modalités d’aménagement qu’à questionner l’opportunité de l’intervention. À ce stade du projet, la multiplication et le croisement des temporalités des différents groupes d’acteurs sont mis sous silence au profit des stratégies spatiales et temporelles de l’équipe du projet urbain, l’enjeu étant de donner à voir le quartier qui se transforme.
Malgré la participation d’une vingtaine de personnes, le compte rendu de l’atelier confirme l’absence d’adhésion : « très peu d’habitants des immeubles “Le Butor[62]L’immeuble Le Butor est le seul bâtiment qui entoure le parc pour lequel il n’est pas prévu de démolition. Les habitants de cet immeuble seront donc les principaux bénéficiaires du réaménagement de ce parc.” présents, aussi bien à la concertation qu’à la restitution. […] Les habitants qui se sont interrogés sur la présence des esquisses […] approuvent les aménagements préconisés, mais mettent ce projet au second plan, étant pour leur grande majorité préoccupés par les déconstructions à venir[63]CR du 21 août 2019, « Aménagement du square Mérencienne / portage ville / concertation : 21.08.19 à 14h / Travaux : S2 », présenté en réunion de GUP le 17 septembre 2019. ».
Ce hiatus, signalé en réunion par les acteurs de terrain, est entériné rétrospectivement par l’équipe projet, sans infléchir la trajectoire engagée. Trois mois plus tard, en GUP, l’équipe entérine les aménagements du square sur la base de l’atelier d’août, sans avoir transmis les esquisses au chef de projet politique de la ville, qui réitère l’inadéquation perçue du projet. L’agacement de l’équipe témoigne alors d’une tension croissante : là où elle attend une validation rapide, les logiques habitantes, marquées par la défiance et la précarité, freinent l’adhésion.
Ce décalage entre dynamiques sociales et logiques d’action institutionnelles illustre les limites d’une planification anticipée, où l’exigence d’avancement prévaut sur l’écoute des habitants, et alimente le décalage entre les objectifs du projet et les réalités vécues sur le terrain.
Dissonances temporelles
et fragmentation de l’action de proximité :
les limites d’une coordination
institutionnelle contrainte
Au-delà du constat récurrent de décalage temporel entre projets urbains et vécus des habitants, le projet de réhabilitation du square Mérencienne met en lumière les difficultés d’articulation entre acteurs et l’absence de synchronisation de leurs temporalités respectives. L’analyse des échanges en GUP et des comptes rendus d’ateliers révèle des tensions entre les différents intervenants : maîtrise d’œuvre, équipe projet et acteurs intermédiaires avec, en arrière-plan, les habitants. Chacun porte des logiques d’action liées à ses missions, ses outils et ses temporalités propres. Les échanges soulignent un jeu d’imputations réciproques, où la responsabilité des difficultés est renvoyée d’un acteur à l’autre. Les propos qui suivent, tenus par le représentant du bailleur, illustrent cette logique : « Là, on a réussi à construire quelque chose de stable, les gens ont compris, il y a déjà des relogements qui sont en cours ; alors, qu’est-ce qu’on va aller travailler sur un square qui est une source de problème dans le quartier ? Il n’a jamais tenu, ce square[64]En entretien avec le chef de projet politique de la ville du quartier, le 26 novembre 2019, dans sa mairie annexe de référence. » (Join, 2023, p. 203[65]Op. cit.).
Malgré les tentatives de coordination par la GUP, les acteurs se heurtent à des désaccords persistants, alimentés par un déficit d’alignement stratégique. Malgré les alertes des acteurs de proximité, les temporalités du projet urbain, inscrites dans un calendrier opérationnel contraint, finissent par s’imposer, marginalisant les dynamiques sociales et les temporalités habitantes. Ainsi, les stratégies de temporisation des acteurs de proximité en réunion de GUP n’ont pas suffi à ralentir la détermination de l’équipe projet pour faire aboutir cette réhabilitation.
Ces confrontations mettent en question non seulement le projet coconstruit, son image et celles des acteurs face aux habitants, mais aussi la volonté de structurer formellement deux rythmes du projet, à travers la proposition faite, dès les études de préfiguration de réaliser des opérations de petites envergures tout au long du projet pour rythmer ce dernier et le rendre visible dans les quartiers. Elles interrogent la capacité du dispositif de concertation et de coordination, par la GUP, à structurer une véritable coproduction, au-delà des injonctions formelles.
Le « chemin des écoles »,
une mobilisation manquée du conseil citoyen

Présentée en mars 2019 en réunion de GUP, l’opération dite du « chemin des écoles » est conçue en lien avec le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), et vise à sécuriser et ludifier les trajets scolaires à pied (figure 6). Il mobilise enfants, écoles, associations, habitants, services techniques et bailleurs sociaux. En s’appuyant sur les modalités de l’urbanisme transitoire, les associations sont présentées comme des actrices importantes de ces transformations (Pinard et Morteau, 2019). Ces associations sont invitées dans cette opération pour porter l’action des « petits pas » dont l’objet est le dessin, avec les écoles, de « petits pas » sur le trottoir autour d’un temps de convivialité dans le quartier de Vauban.
Une participation encadrée
par les temporalités du projet :
entre reconnaissance
de l’expertise d’usage et mise à distance
Sur le plan discursif, l’ensemble des partenaires, de l’État à la municipalité en passant par l’équipe projet, s’accorde sur la nécessité d’une participation active du conseil citoyen. Les acteurs soulignent son rôle central dans la fabrique urbaine, en les présentant comme des « experts d’usage » dont la connaissance du quartier en tant qu’usager quotidien leur permet d’être, aux côtés des institutions, des cogarants du cadre de vie dans les quartiers en projet. L’ambition affichée est celle d’habitants en mesure de coconstruire les réponses aux problématiques qu’ils rencontrent.
Toutefois, en tant qu’usagers du territoire, ces derniers investissent le projet selon des logiques propres, à la fois affectives – attachement aux lieux, mémoire et souvenir, espoirs et projections personnelles (Join et Serra, 2022) – et pratiques – conflits de voisinage, nuisances sonores, dépôts de déchets sauvages, véhicules hors d’usage – qui s’inscrivent dans les enjeux de GUP (Join, 2023, p. 157[66]Op. cit.). Ces logiques, inscrites dans des temporalités du quotidien relevant de temps courts et opportunistes, mais aussi tissées de souvenirs et d’attachements inscrits dans le temps long, sont souvent dissonantes des calendriers administratifs et techniques associés aux opérations d’aménagement. Ces rythmes différenciés complexifient l’organisation du projet et révèlent les limites des dispositifs de participation lorsqu’ils sont pensés en amont et associés à des cadres temporels peu flexibles, comme c’est le cas ici dans la mise en œuvre du projet de renouvellement urbain. En mars 2019, quand le projet du « chemin des écoles » est présenté pour la première fois en réunion de GUP[67]Le conseil citoyen n’est alors pas encore convié à ces réunions et le sera seulement à partir du mois d’octobre de la même année., ce dernier est annoncé comme essentiel à la vie du projet[68]Notes personnelles prises en réunion de GUP, le 25 mars 2019.. Suite à cette annonce, un atelier de coconstruction[69]L’objectif annoncé étant bien de coconstruire ce projet avec les habitants, au-delà d’uniquement les concerter. est prévu en août 2019 et doit mobiliser pour la première fois le conseil citoyen sur ce sujet. Ces ateliers sont programmés les 13 et 14 août, dans une logique de mutualisation avec deux autres projets de coconstruction à Vauban. Cette mutualisation doit permettre, pour le bureau d’études retenu, de limiter les allers-retours couteux depuis l’Hexagone. Ces contraintes révèlent ainsi, malgré elles, la rationalisation des temps de participation. Bien que les écoles aient déjà contribué, les habitants, eux, sont consultés dans un cadre contraint et tardif.
En septembre, les devis pour cette opération sont finalisés, et deux associations locales sont sélectionnées pour encadrer les enfants lors d’un atelier peinture. À ce stade, la contribution du conseil citoyen reste limitée à l’atelier d’août, construit autour d’une balade commentée.
L’entrée du conseil citoyen
dans les réunions de GUP
et une opération du « chemin des écoles »
insaisissable
Malgré un discours institutionnel valorisant la participation citoyenne, les modalités concrètes de mise en œuvre témoignent d’un cadrage étroit du rôle des habitants, souvent cantonné à la remontée de doléances plutôt qu’à une réelle coconstruction. Dans les réunions de GUP, un temps leur est dédié à partir d’octobre 2019, pour partager leurs observations issues du terrain, permettant à l’équipe du projet urbain de rester informée et de les tenir informés, sans pour autant leur accorder une place décisionnelle.
Lors de sa première participation en GUP, une habitante, membre du conseil citoyen et faisant figure d’ « experte d’usage » engagée[70]Formée à l’École du renouvellement urbain (ERU) au moment de la formation du conseil citoyen, elle tient à ce que les remontées du conseil citoyen soient entendues et, en tant qu’experte d’usage, elle possède également les casquettes, puisqu’elle est à la fois habitante du quartier mais aussi commerçante et propriétaire ayant récemment acquis un bien dans le quartier., signale plusieurs points de danger sur le trajet des écoliers, notamment un caniveau non protégé et le passage des élèves sur une zone de stationnement non aménagée.
Le mois suivant, cette même représentante revient sur les dangers persistants du parcours pour le « chemin des écoles ». Elle évoque une situation préoccupante où les enfants, sortant de derrière un local à poubelles, se retrouvent invisibles des automobilistes. Or, à ce stade, la phase de concertation sur cette opération est terminée, et les travaux ont d’ores et déjà débuté. Les demandes formulées ne peuvent plus être prises en compte, malgré le caractère « transitoire » du projet et la compréhension de l’équipe. S’instaure une forme de désajustement entre porteurs de projets et représentants des habitants, chacun attribuant à l’autre l’inefficacité du processus participatif. L’équipe du renouvellement urbain pointe les incohérences internes du conseil citoyen, tandis que sa représentante reproche aux aménageurs leur manque d’anticipation des usages réels du quartier, estimant qu’il relève du « bon sens » d’éviter que des enfants arrivent subitement derrière un mur au bord de la route. Ce n’est donc qu’au moment de la mise en œuvre concrète des aménagements que les dysfonctionnements apparaissent de manière tangible, révélant les insuffisances du processus participatif en amont.
Malgré l’engagement tardif mais réel des habitants, la dynamique institutionnelle reste dominante : une fois les travaux enclenchés, les marges de correction sont quasi inexistantes. Le cas du « chemin des écoles » illustre la déception des habitants face à des dispositifs participatifs perçus comme inefficaces. Le conseil citoyen, initialement mobilisé comme appui, devient un acteur critique, révélant l’incapacité à concilier ambitions institutionnelles et attentes locales dans les temporalités imposées par le projet urbain.
Gouverner le temps, gouverner l’espace :
fractures temporelles
dans le renouvellement urbain réunionnais
Tout au long de l’année de suivi des réunions de GUP, les acteurs de proximité ont développé différentes stratégies pour tenter de composer avec les tensions temporelles liées au projet de renouvellement urbain. Ces stratégies témoignent de leur connaissance du terrain et de leurs rôles cruciaux dans la territorialisation des projets (Devisme et Ouvrad, 2015[71]Op. cit.). Positionnés à l’interface entre institution et habitants, ces acteurs intermédiaires de proximité ont essayé de temporiser l’avancée des projets engagés par l’institution, en lançant des alertes en réunion pour éviter les situations conflictuelles avec les usagers des espaces sur lesquels ils travaillent. Pourtant, ces remontées sur les risques de décalage entre les dynamiques institutionnelles et les dynamiques du terrain, bien qu’exprimées, peinent à infléchir les calendriers institutionnels et disparaissent progressivement dans les comptes-rendus officiels des réunions (Dumont, 2004[72]Op. cit. ; Zetlaoui-Léger, 2005[73]Op. cit.). Cette situation révèle la difficulté des démarches opérationnelles du projet urbain à intégrer pleinement l’imprévu et les ajustements issus du terrain, et témoigne de la déconnexion entre le temps de la discussion et le temps de la décision et de la réalisation (Zetlaoui-Léger, 2005[74]Op. cit.). Elle montre ici comment, dans une opération de proximité par microprojet et se revendiquant de l’urbanisme tactique (Dumont, 2004[75]Op. cit. ; Dovey, 2014[76]Dovey K. (2014). « The Temporary City », Journal of Urban Design, n° 19, p. 261-263.), l’approche héritée de l’urbanisme programmatique, historiquement fondée sur la prévision, le programme et la séquence linéaire (diagnostic, concertation, programmation, réalisation) (Amphoux, 2022[77]Amphoux P. (2022). « Vers un urbanisme de l’incertitude », Raison présente, n° 222, p. 49‑57.), se renouvelle dans les politiques territoriales postcontractuelles, comme celles portées par l’ANRU (Epstein, 2005[78]Epstein R. (2005). « Les politiques territoriales post-contractuelles : le cas de la rénovation urbaine », Politiques et management public, n° 23, p. 127‑143.). Malgré la volonté initiale de travailler par microprojets et d’introduire davantage de réversibilité, les cadres opérationnels restent majoritairement structurés par la maîtrise des financements et des procédures, reproduisant ainsi une gouvernance du temps rigide (Zetlaoui-Léger, 2005[79]Op. cit. ; Epstein, 2005[80]Op. cit.).
Les temporalités de l’équipe urbaine sont marquées par l’engagement de différents financements et une coordination nécessaire avec les bureaux d’études qui les accompagnent, qui conditionne le soutien de l’ANRU au projet urbain (Epstein, 2005[81]Op. cit.). La maitrise des instruments financiers est ici au cœur de la gouvernance urbaine (Brac de la Perrière et al., 2020[82]Brac de la Perrière M, Lécuyer L, Milani M, Ragain E. (2020). « Qui gouverne le logement social à La Réunion ? », mémoire de master, AFD, Science Po, École urbaine.) et conditionne la mise en œuvre des microprojets qui s’inscrivent dans le cadre du renouvellement urbain. Dans ce contexte, « rester maître du temps » constitue non seulement un enjeu de pilotage mais aussi une ressource financière complémentaire aux fonds de l’ANRU. Les financements mobilisés, sur les conseils de la DEAL, imposent ainsi à l’équipe urbaine de maitriser les temporalités dans lesquelles ces financements s’inscrivent, le terrain réunionnais ne fait ici pas exception.
Ainsi, la participation à des projets tels que la conception d’un parc est perçue par l’équipe urbaine comme un investissement d’intérêt général pour l’avenir du quartier, sans réellement intégrer les temporalités résidentielles et affectives. Ces décalages ne doivent pas être seulement pensés comme des défaillances de mise en œuvre, mais comme des caractéristiques structurelles de l’action urbaine contemporaine. Pour faire avancer le projet, chaque groupe mobilise ses cadres temporels. Ces cadres sont ici ceux fixés par les temporalités du relogement, des missions de coconstruction et des travaux associés. Inscrits dans des silos institutionnels, ils sont gérés par les acteurs de manière indépendante les uns des autres, et viennent complexifier les dialogues entre acteurs du projet et avec les habitants du territoire en transformation. À mesure que les ateliers de coconstruction et les comptes-rendus de réunions s’enchainent, la parole des acteurs de proximité est progressivement lissée, simplifiée, pour s’ajuster aux cadres et aux temporalités qui structurent le projet urbain. Ce constat témoigne de la difficile territorialisation de l’action publique[83]C’est l’objet du constat fait par le rapport sénatorial de la délégation aux collectivités territoriales déposé le 29 septembre 2022, dans lequel les sénateurs constatent le manque cruel de moyens alloués aux services de l’État pour s’assurer d’un véritable travail avec les collectivités locales. (Join, 2023[84]Op. cit.) et du manque de flexibilité des cadres institutionnels de l’action publique face aux remontées du terrain (Vannier et al., 2009[85]Vanier M, Debardieux B, Turco A, Melé P. (2009). Territoires, territorialité, territorialisation – Controverses et perspectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 228 p.).
Toutefois, dans les contextes insulaires et postcoloniaux, où le rapport au temps est lui-même chargé d’histoire et où les systèmes de domination successifs ont nourri un sentiment d’injustice encore très présent dans les quartiers, les projets urbains s’inscrivent dans une épaisseur sociale et temporelle faite de conflits passés, d’usages stabilisés ou en tension. L’injonction au changement portée par ces projets vient souvent heurter ces temporalités locales, générant malentendus, résistances ou contournements (Choplin, 2012[86]Choplin A. (2012). « Désoccidentaliser la pensée urbaine », Métropolitiques [En ligne). À La Réunion, l’urbanisation rapide imposée à partir des années 1980 (Dupont, 1990[87]Op. cit.), dans le cadre des politiques de rattrapage, sans que le temps ne soit pris pour penser un développement adapté aux spécificités du territoire réunionnais, a laissé des traces durables dans les mémoires habitantes. Une partie des habitants des quartiers en renouvellement étudiés dans le cadre de cette recherche portent encore le souvenir des transformations de leur cadre de vie. Si l’accès à un logement en dur, après des années passées dans des habitats précaires, est souvent perçu comme une avancée vers la modernité et le confort, il s’accompagne aussi d’un profond sentiment de perte. Les récits témoignent d’une nostalgie marquée et d’un sentiment d’injustice lié à la disparition des liens sociaux anciens, mais surtout à la dépossession des espaces que les habitants occupaient et entretenaient quotidiennement (Join et Serra, 2022b[88]Join T, Serra L. (2022). « Nostalgie et mémoires habitantes dans la fabrique de la ville durable à La Réunion », dans Rosier P, Watin M (dir.), Accompagner la transition climatique dans les espaces tropicaux : pratiques architecturales, urbanistiques et paysagères innovantes, Montpellier, L’Esperou, p. 241-248.).
Conclusion
L’analyse du projet de renouvellement urbain montre combien les temporalités de l’action publique sont traversées par des tensions invisibles mais structurantes ; elle appelle à une reconnaissance des temps pluriels dans les projets urbains. Elle invite à sortir de la fiction d’un temps homogène, court et long, linéaire et maitrisable, tel qu’il est construit par les cadres institutionnels. Loin de se résumer à une simple gestion des délais ou une optimisation des calendriers, le temps s’impose ici comme un véritable enjeu de pouvoir : pouvoir de décider du rythme et de la durée, d’imposer des pauses ou d’accélérer les processus selon les priorités propres à chaque groupe d’acteurs. Reconnaitre la pluralité des temporalités devient donc essentiel pour envisager des fabriques urbaines multiples articulant passé, présent et futur. À La Réunion, cette reconnaissance est d’autant plus cruciale que les trajectoires historiques, marquées par les processus coloniaux et les politiques de rattrapage, nourrissent des sentiments d’injustice, d’indignation, de rejet à l’égard de changements urbains que certains habitants ont subis et qui doivent pouvoir être pris en compte et mis en discussion. Ainsi, cette ethnographie invite à envisager les temporalités urbaines non comme des contraintes techniques mais comme des dimensions constitutives de la fabrique de la ville. L’ordinaire, le discontinu, le tâtonnement doivent pouvoir trouver place dans les processus de transformation urbaine, afin de dessiner des fabriques urbaines multiples, sensibles aux différentes strates et dynamiques du temps. Reconnaître et intégrer cette épaisseur temporelle et sensible constitue une force pour imaginer des projets urbains plus inclusifs, durables et ancrés dans les réalités vécues par les habitants.
[1] Genestier P. (2012). « Gilles Pinson, gouverner la ville par projet. Urbanisme et gouvernance des villes européennes, 2009 », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 107, p. 131‑133.
[2] Pinson G. (2005). « Le projet urbain comme instrument d’action publique », dans Lascoumes P, Legales P (dir.), Gouverner par les instruments, Paris, Presses de Sciences Po, p. 199‑233.
[3] Pinson G. (2020). La ville néolibérale, Paris, Presses universitaires de France, 160 p.
[4] Halbwachs M. (1997 [1950]). La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 304 p.
[5] Colin C. (2016). « Défendre et protéger son quartier de la destruction », Carnets de géographes, n° 9 [En ligne].
[6] Mège A, Mallet S. (2021). « Le temps en urbanisme ? Récits d’expériences », Sur-Mesure [En ligne].
[7] Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO, n° 15 [En ligne].
[8] Elias N. (1984). Time: an essay, Cambridge (MA), Blackwell Publishers.
[9] Bacqué MH, Gauthier M. (2011). « Participation, urbanisme et études urbaines : quatre décennies de débats et d’expériences depuis “A ladder of citizen participation” » de S. R. Arnstein », Participations, n° 1, p. 36-66.
[10] Arhip-Paterson W. (2020). « L’usure à la tâche. La fabrique éreintante du budget participatif de la Ville de Paris pour les agents municipaux (2014-2020) », dans GIS Démocratie et Participation, actes des sixièmes journées doctorales sur la participation et la démocratie participative, 26-27 novembre.
[11] Duran P. (2020). « Territorialisation », Dictionnaire des politiques territoriales, Paris, Presses de Sciences Po, p. 529‑537 [En ligne].
[12] Devisme L, Ouvrard P. (2015). « Acteurs intermédiaires de la mobilisation territoriale : les enseignements des démarches de prospective-action », Lien social et Politiques, n° 73, p. 73‑93.
[13] Combes H. (2021). « Un intermédiaire du quotidien. Continuum entre vie de quartier, politique de guichet et mobilisations à Mexico », Sociétés contemporaines, n° 123, p. 163‑190 [En ligne].
[14] L’éducateur spécialisé est un professionnel du travail social. Il exerce dans le cadre d’un mandat et de missions institutionnelles. Il accompagne, dans une démarche éducative et sociale globale, des personnes, des groupes ou des familles en difficulté dans le développement de leurs capacités de socialisation, d’autonomie, d’intégration ou d’insertion (Code de l’action sociale et des familles, art. D.451-41 et D.451-41-1).
[15] Le contrat adultes-relais vise à offrir un emploi aux adultes rencontrant des difficultés et habitant dans des zones urbaines sensibles. Ces emplois consistent en des actions de médiation culturelle et sociale (voir : service-public.gouv.fr).
[16] Le gestionnaire de proximité chez le bailleur social partie prenante de ce projet est l’interlocuteur privilégié des locataires. Il ou elle assure des tâches administratives ainsi que le suivi technique des bâtiments pour le compte du bailleur (entretien avec une gestionnaire de proximité le 08.01.2021).
[17] Devisme L, Dumont M, Roy É. (2007). « Le jeu des “bonnes pratiques” dans les opérations urbaines, entre normes et fabrique locale », Espaces et sociétés, n° 131, p. 15‑31.
[18] Dumont M. (2004). « Les micro-territoires dans l’aménagement urbain, objets spatiaux et sociaux paradoxaux », Norois, n° 193, p. 47-59.
[19] Zetlaoui-Leger J. (2005). « L’implication des habitants dans des micro-projets urbains : enjeux politiques et propositions pratiques », Les Cahiers de la Cambre. Architecture, n° 3, p. 99-110.
[20] Join T. (2023). « Projet urbain et fabriques ordinaires de la ville. Appréhender le territoire entre acteurs, projet et habitants dans un programme de renouvellement urbain à La Réunion », thèse de doctorat en urbanisme, université de La Réunion, 365 p.
[21] En tout, ce sont 28 réunions qui ont eu lieu en 2019, sur lesquelles 18 comptes rendus ont pu être obtenus.
[22] Les conseils citoyens ont été créés par l’article 7 de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. Cette loi a imposé la création d’un conseil citoyen dans chaque quartier prioritaire afin d’associer les habitants aux politiques de la ville. Chaque conseil citoyen est composé d’un collège d’habitants volontaires tirés en partie au sort et d’un collège d’acteurs locaux.
[23] Boutinet JP. (2012). Anthropologie du projet, Paris, Presses Universitaires de France.
[24] Communauté intercommunale du Nord de l’Ile, elle regroupe les communes de Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne
[25] La Caisse des Dépôts et Consignations, L’Agence Nationale de l’Habitat, l’Agence de la transition écologique, l’Agence régionale de la santé, la Chambre de commerce et d’industrie et Action logement
[26] La loi sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 communément appelé loi Lamy, impose aux collectivités la constitution d’un conseil citoyens rattaché aux quartiers de la politique de la ville.
[27] Bataille N. (2020). « Experts et consultants au service de l’action publique locale : une approche pragmatique du travail de l’ingénierie privée », thèse de doctorat en aménagement, université de Tours.
[28] Béal V, Epstein R, Pinson G. (2015). « La circulation croisée », Gouvernement et action publique, n° 3, p. 103‑127.
[29] Bataille N, Lacroix G. (2018) « Standardisation de la conception et sur mesure organisationnel. La sous-traitance de l’ingénierie urbaine », Les Annales de la recherche urbaine, n° 113, p. 24‑35.
[30] Choplin A, Ghorra-Gobin C. (2021). « Vers une pensée urbaine globale », L’Information géographique, n° 85, p. 11‑23.
[31] Estèbe P. (2020). « Cynthia Ghorra-Gobin : à la poursuite des modèles urbains », Tous urbains, n° 32, p. 106‑108.
[32] Robinson J. (2013). Ordinary cities. Between modernity and development, Londres, Routledge, 218 p.
[33] Bacqué MH, Gauthier M. (2011). « Participation, urbanisme et études urbaines : quatre décennies de débats et d’expériences depuis “A ladder of citizen participation” de S. R. Arnstein », Participations, n° 1, p. 36-66.
[34] Mallet S, Zanetti T. (2015). « Le développement durable réinterroge-t-il les temporalités du projet urbain ? », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, n° 15.
[35] Mallet S. (2020). « Les rythmes de la production urbaine au prisme de l’accélération sociale », EspacesTemps.net.
[36] Watin M. (1992). « Quel espace public pour une jeune société civile ? Le cas de l’île de La Réunion », Les Annales de la recherche urbaine, n° 57-58, p. 62‑70.
[37] Watin M, Chabrand D, Vidal L. (1992). Les espaces publics à La Réunion, Approche socio-urbaine, CAUE, DDE, université de La Réunion.
[38] Issus de fonds FEDER relayés par la région sur des fonds européens dans le cadre des projets de renouvellement urbain, ces financements permettent de mettre en place, dans un cadre extérieur à l’ANRU, des projets sur des territoires concernés par du renouvellement urbain.
[39] Rasine Kaf (association). (2008). Les sentiers de la mémoire de Saint-Denis. Des camps au boulevard, histoire d’une réhabilitation, Sainte-Clotilde, Éclipse du temps.
[40] Vaxelaire D. (1999). Le grand livre de l’histoire de La Réunion. 1. Des origines à 1848 (vol. 1), Saint-Denis, Orphie, 352 p.
[41] Jauze JM. (2011). « Cultures et identités dans les villes des Mascareignes » dans Rajaonah Faranirina V (dir.), Cultures citadines dans l’océan Indien occidental (XVIIIe – XXIe siècles), Paris, Karthala, p. 149-167.
[42] Jusque-là, malgré la départementalisation de l’île en 1946, la Réunion restait un territoire secondaire pour la France. Devenue seul territoire français habité de l’océan Indien après l’indépendance de Madagascar (les Comores se dirigeant eux aussi vers l’indépendance), elle devient éminemment stratégique pour la France qui met en œuvre une vaste politique de modernisation.
[43] Ève P. (2012). « Les ébauches urbaines dans les Mascareignes au XVIIIe siècle », dans Martinière G, Saupin G, Acerra M, Vidal L (dir.), Les villes et le monde : du Moyen Âge au XXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 59-90.
[44] Gehin C, Paulais T. (2000). La résorption de l’habitat insalubre en Outre-Mer, Paris, Cahiers de politique urbaine, 115 p.
[45] Simon T. (2008). « Une île en mutation. Infrastructures, aménagement et développement à La Réunion », EchoGéo, n° 7.
[46] Watin M. (2007). « Du Kartié au quartier : quel développement urbain à La Réunion ? », Alizés : revue angliciste de La Réunion, n° 29-I Lettres, p. 87‑100.
[47] La terminologie kartié issu du créole réunionnais est utilisée par Michel Watin pour mettre en avant les évolutions dans les modes d’habiter qui ont découlé de l’évolution des villes réunionnaises à partir des années 1980.
[48] Ottino P. (1996). « La Réunion : l’organisation familiale des Blancs des Hauts », dans Cherubini B (dir.), Le monde rural à la Réunion. Mutations foncières, mutations paysagères, Paris, L’Harmattan, p. 259‑298.
[49] Join T, Serra L. (2022a). « Emotions and frustrations: an analysis of the failure of a democratic participative », The Urban Transcripts Journal, n° 5(2). [En ligne].
[50] Rosa Bonheur, collectif. (2019). La ville vue d’en bas. Travail et production de l’espace populaire, Paris, Amsterdam.
[51] Op. cit.
[52] Hadbi R, Hamrouni A, Join T. (2022). « Négocier les mémoires en temps de transformations urbaines, regards croisés entre Grenoble, Saint-Denis (La Réunion) et Tunis », Rencontres AAU, Fabrique du sensible & mutations des espaces habités, n° 22. [En ligne].
[53] Dupont G. (1990). Saint-Denis de La Réunion. Ville tropicale en mutation, Paris, L’Harmattan.
[54] Bonniol C, Hoarau L, Nöel-Cadet N, Rebeyrotte JF. (2011). Étude secteur Patates à Durant/Butor, pour une politique partenariale de développement culturel, rapport de recherche, université de La Réunion.
[55] Op. cit.
[56] Bertoncello B, Lataulade B. (1996). « La politique de la ville à La Réunion : adaptation ou détournement ? », Hommes & Migrations, n° 1203, p. 26‑32.
[57] Souffrin E, Watin M. (1995). « L’accès à la propriété sociale à La Réunion. Du don à la citoyenneté ? », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 66, p. 33‑39.
[58] Recrutées par deux associations d’action sociale financées par la mairie et le projet pour accompagner les familles en difficulté dans le cadre du renouvellement urbain.
[59] Ce dernier est au contact des locataires pour leurs démarches liées à leur logement et notamment sur le sujet des relogements.
[60] Les notes de terrain prises lors de l’annonce des démolitions témoignent de conflits marqués entre le bailleur social et les locataires, que viendront confirmer les entretiens avec des habitants ayant vécu la construction de ces logements.
[61] Op. cit.
[62] L’immeuble Le Butor est le seul bâtiment qui entoure le parc pour lequel il n’est pas prévu de démolition. Les habitants de cet immeuble seront donc les principaux bénéficiaires du réaménagement de ce parc.
[63] CR du 21 août 2019, « Aménagement du square Mérencienne / portage ville / concertation : 21.08.19 à 14h / Travaux : S2 », présenté en réunion de GUP le 17 septembre 2019.
[64] En entretien avec le chef de projet politique de la ville du quartier, le 26 novembre 2019, dans sa mairie annexe de référence.
[65] Op. cit.
[66] Op. cit.
[67] Le conseil citoyen n’est alors pas encore convié à ces réunions et le sera seulement à partir du mois d’octobre de la même année.
[68] Notes personnelles prises en réunion de GUP, le 25 mars 2019.
[69] L’objectif annoncé étant bien de coconstruire ce projet avec les habitants, au-delà d’uniquement les concerter.
[70] Formée à l’École du renouvellement urbain (ERU) au moment de la formation du conseil citoyen, elle tient à ce que les remontées du conseil citoyen soient entendues et, en tant qu’experte d’usage, elle possède également les casquettes, puisqu’elle est à la fois habitante du quartier mais aussi commerçante et propriétaire ayant récemment acquis un bien dans le quartier.
[71] Op. cit.
[72] Op. cit.
[73] Op. cit.
[74] Op. cit.
[75] Op. cit.
[76] Dovey K. (2014). « The Temporary City », Journal of Urban Design, n° 19, p. 261-263.
[77] Amphoux P. (2022). « Vers un urbanisme de l’incertitude », Raison présente, n° 222, p. 49‑57.
[78] Epstein R. (2005). « Les politiques territoriales post-contractuelles : le cas de la rénovation urbaine », Politiques et management public, n° 23, p. 127‑143.
[79] Op. cit.
[80] Op. cit.
[81] Op. cit.
[82] Brac de la Perrière M, Lécuyer L, Milani M, Ragain E. (2020). « Qui gouverne le logement social à La Réunion ? », mémoire de master, AFD, Science Po, École urbaine.
[83] C’est l’objet du constat fait par le rapport sénatorial de la délégation aux collectivités territoriales déposé le 29 septembre 2022, dans lequel les sénateurs constatent le manque cruel de moyens alloués aux services de l’État pour s’assurer d’un véritable travail avec les collectivités locales.
[84] Op. cit.
[85] Vanier M, Debardieux B, Turco A, Melé P. (2009). Territoires, territorialité, territorialisation – Controverses et perspectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 228 p.
[86] Choplin A. (2012). « Désoccidentaliser la pensée urbaine », Métropolitiques [En ligne].
[87] Op. cit.
[88] Join T, Serra L. (2022). « Nostalgie et mémoires habitantes dans la fabrique de la ville durable à La Réunion », dans Rosier P, Watin M (dir.), Accompagner la transition climatique dans les espaces tropicaux : pratiques architecturales, urbanistiques et paysagères innovantes, Montpellier, L’Esperou, p. 241-248.