janvier 2026
Les temps de l’urbanisme 2
Préfigurer le projet urbain :
impacts et paradoxes
de l’urbanisme transitoire.
Le cas de l’ancien hôpital
Saint-Vincent-de-Paul à Paris
Léa Goudezeune
Université de Strasbourg | Laboratoire AMUP | École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg
Préfigurer le projet urbain :
impacts et paradoxes
de l’urbanisme transitoire.
Le cas de l’ancien hôpital
Saint-Vincent-de-Paul à Paris
Préfigurer le projet urbain : impacts et paradoxes de l'urbanisme transitoire. Le cas de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris,
Riurba no
19, janvier 2026.
URL : https://www.riurba.review/article/19-temps/prefigurer/
Article publié le 1er sept. 2026
- Abstract
- Résumé
Envisioning urban development: Impacts and paradoxes of transitional urban planning — The case of the former Saint-Vincent-de-Paul Hospital in Paris
This paper questions times in urbanism through the notion of prefiguration. This process is anchored in “meanwhile urbanism”, which is nowadays highly represented and popular. The prefiguration process relies on the will of a shared construction of the city through experimentation. Thanks to the study of the former hospital Saint-Vincent-de-Paul's mutation (Paris, 14th arrondissement), this paper questions the prefiguration impacts (on the urban development project, on the temporary occupation and on professional practices), as the complex, sometimes fantasized, and contradictory of three distinct temporalities: the temporary occupation, activation phase of an abandoned site; the eco-district project, long-term urban development; and the meanwhile occupation, interstitial stage involving the prefiguration process.
Cet article interroge les temporalités en urbanisme à travers la notion de préfiguration. Processus ancré dans l’urbanisme transitoire, dont les occurrences sont nombreuses aujourd’hui, il s’appuie sur une volonté de concevoir la ville contemporaine par une expérimentation partagée. En s’appuyant sur le cas de la mutation de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e arrondissement de Paris, cet article questionne tant les impacts de la préfiguration (sur le projet urbain, sur l’occupation, sur les pratiques professionnelles) que l’articulation complexe, parfois fantasmée et paradoxale de trois temporalités distinctes : l’occupation temporaire, phase d’activation d’un site délaissé ; le projet d’écoquartier, projet d’aménagement au temps long ; et l’occupation transitoire, étape interstitielle mettant en jeu un processus de préfiguration.
post->ID de l’article : 7054 • Résumé en_US : 7087 • Résumé fr_FR : 7084 • Sous-titre[0] : L
Introduction
Dans la littérature scientifique, dans la presse, dans les dialogues entre acteurs de l’aménagement, une pluralité de qualificatifs de l’urbanisme émerge. Qu’il s’agisse d’urbanisme « temporaire », « transitoire », « tactique » ou « participatif », pour n’en citer que quelques-uns, chacune de ces expressions témoigne d’une méthode de fabrique de la ville. Depuis une quinzaine d’années, dans le cadre d’occupations temporaires d’espaces urbains vacants, pratique dite « alternative » de l’aménagement urbain, des « nouveaux professionnels » (Pinard et Morteau, 2019[1]Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’aménagement temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.) invitent à reconsidérer les temps en urbanisme pour permettre des projets itératifs, expérimentaux, plus ancrés dans des enjeux contemporains, sociaux et environnementaux.
Des rapports de force entre acteurs traditionnels et « nouveaux professionnels » se développent, chacun étant expert de l’aménagement du territoire, tantôt légitimé par une institution, par des logiques de marché ancrées, ou par l’expérience. Ils se spatialisent autour des friches (Ambrosino et Andres, 2008[2]Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134, p. 37-51.), supports privilégiés de l’urbanisme transitoire. Les délaissés urbains représentent des opportunités d’occupation, d’activation et de revalorisation de l’espace désaffecté, et des opportunités foncières dans la ville dense. Dans le cadre d’expérimentations pour un travail commun de ces acteurs, une temporalité intermédiaire est mise à profit : le temps de la préfiguration. Il traduit le passage d’une activation temporaire d’un site, interstitielle, à une considération du temps long par la préparation de sa réaffectation.
Cet article cherche à questionner ce temps de la préfiguration, liant temporaire et pérenne, et à en saisir les paradoxes à travers le cas parisien. À Paris, nombreuses sont les occupations temporaires et transitoires. Elles sont largement médiatisées et sollicitées par les pouvoirs publics, les propriétaires fonciers et les aménageurs, qui y voient un potentiel de valorisation et de connexion du projet urbain à son contexte. Pour les faciliter et les encourager, la ville de Paris produit, en 2019, une « Charte en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien[3]Ville de Paris, Charte en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien, [En ligne », suivie d’une « Charte pour l’occupation temporaire et transitoire[4]Ville de Paris, Charte pour l’occupation temporaire et transitoire [En ligne », en 2021, témoignant de l’intérêt pour ces démarches.
Plus précisément, cet article s’appuiera sur le cas de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e arrondissement, aujourd’hui en cours de mutation pour devenir un écoquartier. Il a été marqué par une occupation temporaire, puis transitoire : les Grands Voisins (2015-2020). Ce terrain a été étudié par une méthode d’enquête appuyée sur des entretiens semi-directifs, réalisée entre 2018 et 2022 dans le cadre d’un mémoire de master[5]Goudezeune L. (2023). « Préfigurer le projet urbain par l’occupation transitoire, le cas de Saint-Vincent-de-Paul à Paris », mémoire de master sous la direction de Mireille Diestchy et Barbara Morovich, École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg, soutenu en 2023.. Ont été interviewés trois acteurs de l’occupation transitoire (avril 2021, avril 2022, août 2022), un acteur de la municipalité (avril 2021), deux architectes pratiquant l’aménagement temporaire (mai 2022), ainsi qu’un acteur du projet urbain (août 2022). L’enquête a été complétée par deux phases d’observation de terrain, en 2018, pendant l’occupation transitoire, et en 2022, lors du début de chantier d’écoquartier, et par l’analyse des documents produits tant par les acteurs de l’occupation que par les acteurs traditionnels de l’aménagement (prospectus, glossaires, conférences, documents d’urbanisme, etc.).
L’occupation des Grands Voisins a grandement participé à la prise en considération du transitoire comme outil de préfiguration de projets d’aménagement urbain. L’ancrage de l’article dans ce terrain nous permettra de nourrir le questionnement sur l’impact et les influences réciproques de l’occupation transitoire sur les projets d’aménagement urbain à travers la notion de préfiguration, questionnement que nous pouvons formuler ainsi : comment la préfiguration, en tant que nouvelle temporalité intermédiaire, fait-elle le lien entre activation temporaire et usage pérenne d’un site urbain ?
Plateau Urbain, « coopérative d’immobilier solidaire et d’urbanisme transitoire et temporaire[6]Site internet de Plateau Urbain, [En ligne », et acteur des Grands Voisins, définit la préfiguration dans ses glossaires comme la « mise en place d’usages sur un site pendant une période donnée permettant de préparer et d’annoncer la forme et la programmation finale d’un projet[7]Plateau Urbain, Glossaires, 2021 et 2025 ». Cette définition fait émerger trois questionnements à même de cerner les impacts et paradoxes de la préfiguration, et qui guideront l’ensemble de cet article : une question spatiotemporelle, le processus d’activation de la friche ; une question liée aux usages et aux usagers, concernant l’animation du territoire et la participation ; la question de la finalité, autrement dit, de ce qu’il reste de la préfiguration au terme de sa réalisation.
Nous traiterons donc, dans une première partie, de l’activation de la friche par l’occupation temporaire (les Grands Voisins, saison 1, 2015-2018), pensée de manière interstitielle dans la vie du site, et qui intervient en parallèle de la conception du projet urbain d’écoquartier (2012-premières livraisons prévues en 2026). Ensuite, nous interrogerons l’animation de ce territoire en mutation à travers une dynamique de participation, dans le cadre du passage du temporaire au transitoire, la période de préfiguration (les Grands Voisins, saison 2, 2018-2020). Enfin, nous questionnerons les impacts de la préfiguration dans son rôle de transition vers le projet pérenne.
Activer un site désaffecté
par la planification urbaine et l’occupation temporaire :
la concomitance de l’interstice et du long terme
Dans un contexte d’urbanisme transitoire, les temporalités de la fabrique de la ville ne sont pas linéaires, mais s’entrecroisent et se chevauchent. L’urbanisme transitoire désigne, selon Léa Réville (2023, p. 1[8]Réville L. (2023). « Urbanisme transitoire », MobiDic, Dictionnaire critique des mobilités, 10 p. [En ligne), « l’occupation temporaire de sites vacants dans l’attente d’un projet selon le principe de préfiguration urbaine : contrairement à l’urbanisme temporaire qui n’a pas nécessairement vocation à influer le projet urbain futur, l’urbanisme transitoire met l’accent sur les liens entre le projet à long terme d’un site donné et ses multiples usages dans le temps de la concrétisation du projet ». L’urbanisme transitoire relève d’une recherche de continuité dans différentes phases de vie d’un site, l’occupation temporaire étant une de ces phases. Il ne renvoie pas seulement à l’activation temporaire d’un lieu mais à un travail de préparation de la suite, à une vision sur le long terme à partir d’une expérimentation à court terme. Dans notre cas, l’occupation temporaire et le projet urbain se développent en parallèle, jusqu’à ce que démarre la phase de préfiguration. Le projet urbain et l’occupation, devenue transitoire, se chevauchent alors dans le temps et par une dynamique d’échange et de coconception. À terme, seul demeure le projet urbain, phase vouée à être pérenne, comme l’illustre le schéma ci-dessous (figure 1).

Dans cette première partie, nous nous intéressons à la première phase, durant laquelle se développent parallèlement occupation temporaire et projet urbain, à travers les capacités d’activation du temporaire face à un projet de futur écoquartier (figure 2).

Le temporaire comme outil de revalorisation de la friche urbaine
La revalorisation des friches nécessite un changement de regard, tant de la part des collectivités, des aménageurs, que de la société civile, auquel participe la préfiguration. La désignation d’un site comme « friche » lui donne un caractère péjoratif. Liée dans l’imaginaire collectif à la décroissance postindustrielle, la friche est signe de récession, d’échec économique et de mauvaise gestion urbaine. Si un espace vacant n’est pas toujours lié à la crise industrielle (friche portuaire, hospitalière, délaissé de l’aménagement urbain, etc.), il conserve son image d’anomalie, d’abandon, de rejet (Ambrosino et Andres, 2008[9]Op. cit.). Cependant, depuis les années 1990, alors que l’urbanisme tend vers un modèle de reconstruction de la ville sur elle-même plutôt que vers un modèle d’expansion, le regard sur la friche évolue. La friche devient un terrain d’opportunité de renouvellement, une « jachère urbaine » permettant une nouvelle flexibilité dans l’aménagement urbain (Leray, Plottu et Plottu, 2022[10]Leray A, Plottu B, Plottu É. (2022). « Les espaces délaissés, préfiguration d’un nouveau modèle urbain », communication aux 16e journées de recherches en sciences sociales, INRAE-SFER-CIRAD, décembre, Clermont-Ferrand, HAL open science. [En ligne).
L’occupation temporaire des friches et délaissés urbains a participé à ce changement de considération, démontrant tant aux riverains qu’aux professionnels de l’aménagement le potentiel d’activation des friches, support d’expérimentation, de lien social, de culture, d’engagement (Ferreri, 2015[11]Ferreri M. (2015). « The seductions of temporary urbanism », Ephemera, theory and politics in organization, n° 15, p. 181-191.). Qu’elle soit illégale, marginale ou autorisée, l’occupation porte, souvent par l’art, la culture et la convivialité, la capacité de redonner vie à un site désaffecté. Cet accompagnement d’un nouveau regard envers la friche représente un attrait pour des porteurs de projets de renouvellement urbain (municipalités, aménageurs, etc.). La possibilité de fournir une offre culturelle, engagée et incarnée, et sa réalisation temporaire attirent et fédèrent de nouveaux publics à même de participer au développement d’un quartier (Vivant, 2009[12]Vivant E. (2009). Qu’est-ce que la ville créative, Paris, Presses universitaires de France, 92 p.). Les propriétaires fonciers y voient quant à eux l’opportunité d’un site entretenu, sécurisé, et valorisé le temps de faire émerger un projet de développement urbain. La propriété d’un site désaffecté a un coût, réduit par l’occupation, qui peut également donner de la valeur au foncier (Adisson, 2017[13]Adisson F. (2017). « Choisir ses occupants. Quand les grands propriétaires adoptent des collectifs pour la gestion transitoire des friches urbaines », Métropolitiques, 6 janvier. [En ligne).
À travers une dynamique d’activation, l’occupation redonne donc vie au site, mais pose la question de sa destination finale. Alors que la friche est revalorisée, elle suscite l’intérêt et rentre à nouveau dans la logique mercantile de production de la ville contemporaine, même si l’occupation répond plutôt à une logique de sortie du marché pour un « temps de veille » (Ambrosino et Andres, 2008[14]Op. cit.) propice à l’expérimentation de nouvelles manières de vivre-ensemble en milieu urbain. Il est finalement toujours question de l’après, l’occupation ne se développe qu’en attendant la possibilité d’un projet urbain viable (Ferreri, 2015[15]Op. cit.). Afin d’illustrer le processus d’activation de la friche par l’occupation temporaire, en attendant la longue mise en place du projet urbain, traitons de notre cas d’étude : l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris.
Les Grands Voisins, réactivation
de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul
En 2011, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) cesse ses activités sur le site de Saint-Vincent-de-Paul et déménage dans des locaux plus modernes. Ce sont huit bâtiments et îlots, et 15 000 m² d’espaces extérieurs qui se retrouvent à l’abandon. En 2014, alors que l’étude pour la reconversion de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul est lancée depuis deux ans, l’association Aurore[16]Aurore. [En ligne obtient une convention d’occupation pour y installer un service d’hébergement d’urgence. Aurore est une association vieille de plus de 150 ans, fondée pour héberger des personnes en situation précaire, et pour promouvoir et accompagner leur insertion dans la société. Déjà ancrée en région parisienne, elle ouvre un nouveau site temporaire à Saint-Vincent-de-Paul.
En 2015, sous l’impulsion de la mairie du 14e arrondissement de Paris, l’association Yes We Camp[17]Yes We Camp. [En ligne et la société coopérative Plateau Urbain[18]Plateau Urbain. [En ligne (SCIC) se joignent au projet pour appuyer et diversifier les activités temporaires de Saint-Vincent-de-Paul. Les Grands Voisins naissent de cette collaboration. Aurore crée et gère des espaces d’accueil et d’hébergements pour divers publics, et devient le gestionnaire technique et financier des Grands Voisins. Yes We Camp propose des aménagements temporaires inclusifs et partagés, gère l’ouverture du site au public et la programmation. Plateau Urbain, fondée en 2013 pour promouvoir l’utilisation d’immeubles vacants dans le cadre de projets associatifs, culturels ou de jeunes entreprises, se charge de l’accession aux locaux, de la mise en relation de leurs nouveaux occupants, et participe à la gestion technique des Grands Voisins.
Ces trois structures parviennent dans l’année à ouvrir le site au public, pour la première saison des Grands Voisins, intitulée « fabrique de biens communs[19]Les Grands Voisins. [En ligne ». Elles entament alors un processus d’activation du site de Saint-Vincent-de-Paul de manière déconnectée du projet urbain en cours de planification. L’activation se manifeste ici à travers trois critères : le renouveau d’activités, la capacité de fédération de nouveaux publics et la diffusion d’une image propre à l’occupation.
Le renouveau d’activités, dans le cas des Grands Voisins, s’est traduit à travers la nouvelle vocation sociale du site (accueil de jour et hébergement d’urgence), mais aussi par une programmation culturelle riche, autour d’évènements artistiques et éducatifs, et à travers l’installation d’artistes et d’artisans dans ses locaux. Les Grands Voisins abritent une salle évènementielle, des ateliers, des espaces de restauration, des espaces communs, où se mettent en place évènements et workshops festifs, culturels, engagés et propres à l’échange de connaissances (figure 3). L’ancien hôpital s’active à travers une mixité d’usages : 61 % de la surface occupée est dédiée à l’hébergement, 18 % aux associations gestionnaires, 7 % à l’entreprenariat, 4 % aux artistes, 7 % à une école de sagefemmes, témoin de l’histoire du lieu, et 3 % des locaux sont consacrés à la programmation évènementielle[20]Façons de Faire, n°4, brochure de Paris & Métropole aménagement [En ligne.

Les porteurs de projets tentent de développer un nouveau microcosme, fondé sur la mixité sociale et l’inclusivité, bien que temporaire et voué à s’éteindre à la fin de l’occupation. Les personnes accueillies par Aurore intègrent un parcours de réinsertion en travaillant dans les espaces de restauration du site, dans la conciergerie ou dans les ateliers d’artisanat, voire en prenant part aux activités et évènements culturels. Par ses nouvelles vocations, les occupants espèrent rendre le site fédérateur de publics variés, pour un temps.
Outre le nouveau programme d’activités du lieu, ce sont des outils expérimentés par les Grands Voisins qui sont censés permettre de mobiliser les publics. Tout d’abord, des loyers à bas coûts sont mis en place pour favoriser l’installation des artistes, artisans et jeunes start-up. Leurs dépenses représentent uniquement le montant lié à la surface nette du local. Ensuite, les associations gestionnaires mettent en place des leviers participatifs de gouvernance. Les aménagements et structures architecturales sont construites par le biais de chantiers participatifs, les occupants du site peuvent proposer la création de cercles de discussion pour gérer des problématiques de la vie quotidienne ou amener la réflexion sur de nouveaux sujets d’action[21]Bastien S. (2020). Les Grands Voisins, la citée rêvée, documentaire.. Ces outils considèrent les savoirs acquis par l’expérience (Nez, 2011[22]Nez H. (2011). « Nature et légitimités des savoirs citoyens dans l’urbanisme participatif. Une enquête ethnographique à Paris », Sociologie, n° 2(4), p. 387-404.) tout en limitant les responsabilités engagées pour assurer la bonne marche d’une occupation incertaine (bail précaire, faible stabilité économique, temporalité fermée).
Enfin, le site de Saint-Vincent-de-Paul s’active par la diffusion d’une nouvelle image propre à l’occupation. Les acteurs de l’occupation ont transformé le paysage du site par des actions architecturales qui se matérialisent par des structures temporaires coconstruites (terrasses, scènes, mobilier) à l’apparence singulière, témoin de l’esprit expérimental du lieu, à faire et défaire selon les besoins, et propices à être déconstruites à la fin de l’occupation. Par une signalétique aux formes libres, aux couleurs vives et aux polices dynamiques, le lieu se dote d’une nouvelle identité festive et bienveillante qui laisserait oublier que ces actions et les ambitions qui les accompagnent ne dureront qu’un temps. Le temporaire permet donc une expérimentation située, mais pour le moment vouée à être déconnectée du projet urbain.
L’écoquartier Saint-Vincent-de-Paul,
répondre au diagnostic du quartier,
réactiver de manière pérenne
En parallèle de l’occupation temporaire, le projet d’écoquartier Saint-Vincent-de-Paul se précise. Après un an de désaffectation de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dès 2012, la municipalité étudie sa reconversion dans le but de « produire un quartier sobre et inclusif par un aménagement raisonné et respectueux de l’histoire du site[23]Aménageur en charge du projet, Paris & Métropole aménagement, page projet. [En ligne ». Ce délaissé représente une opportunité de développement sur un des axes viaires principaux du 14e arrondissement.
Un diagnostic, réalisé entre 2015 et 2021 dans le cadre de la révision de Plan local d’urbanisme (PLU) de Paris, confirme l’enjeu de la mutation de l’ancien hôpital. Le 14e arrondissement était alors moins densément peuplé que la moyenne parisienne, avec une surreprésentation d’étudiants et de personnes âgées. Il proposait également moins d’emplois que le reste de la ville (143 emplois à l’hectare contre 209 de moyenne parisienne). Les activités de l’arrondissement étaient principalement tournées vers le secteur médical, s’y ajoutant quelques attractions culturelles et touristiques. L’étude a également révélé une sous-représentation d’activités commerciales[24]APUR, diagnostic territorial du PLU, 14e arrondissement. [En ligne. L’enjeu pour le site de Saint-Vincent-de-Paul est donc de proposer une offre de logements diversifiée et d’être support d’activités économiques, commerciales et créatrices d’emplois.
Le futur écoquartier Saint-Vincent-de-Paul tente donc de répondre à ces enjeux. D’après l’aménageur, le point clé du projet est la mixité programmatique, qui se traduit par une offre de logements mixte (logements sociaux, en accession et intermédiaires) accompagnée d’équipements publics (crèche, école, gymnase) et de commerces tournés vers l’économie sociale et solidaire. Les acteurs de ce projet urbain (la mairie du 14e arrondissement, l’aménageur Paris & Métropole aménagement, et l’agence d’urbanisme et d’architecture Anyoji Beltrando) mettent en avant trois thématiques importantes dans la conception du projet : la création de communs, l’ancrage dans l’histoire du site et les enjeux environnementaux. Ces thématiques sont d’ailleurs partagées par l’occupation temporaire, ces considérations communes sont propices à la mise en place d’un processus de préfiguration, tel que nous le décrirons plus loin dans cet article.
La création de communs s’incarne à travers des espaces partagés et le mode de gestion du quartier qui s’appuie sur la participation de ses résidents. Cette caractéristique est notamment ressortie des étapes de consultation de futurs résidents des logements sociaux, qui ont participé à la réflexion sur des pièces partagées, sur l’utilisation des cours anglaises[25]Une cour anglaise est un espace de cour situé au sous-sol d’un bâtiment, entre sa façade et la rue. Elle est initialement utilisée pour apporter de la lumière et ventiler les espaces habités en sous-sol. Souvent de petite surface, elle n’est que rarement aménagée. Il s’agit surtout d’un espace utilitaire., et sur une gestion commune du quartier qui pourrait toucher aux thèmes de la mobilité ou de l’énergie, et se matérialiser via une conciergerie.
L’ancrage dans l’histoire du site se traduit par la mise en valeur d’une architecture particulière : deux bâtiments de l’ancien hôpital sont jugés comme remarquables par le PLU et seront donc conservés et rénovés. Certains bâtiments sont marqués par la présence de cours anglaises, rares à Paris, qui seront aménagées et employées pour des activités associatives ou artisanales. Pour renforcer l’identité architecturale de Saint-Vincent-de-Paul, les bâtiments neufs du projet auront des cours anglaises. Enfin, ce sont 60 % du patrimoine bâti qui seront réhabilités et réinvestis.
Les enjeux environnementaux se matérialisent notamment par la réhabilitation de certains bâtiments, en limitant donc la destruction qui cause une forte empreinte carbone, par le recyclage et le réemploi des matériaux de construction des bâtiments qui viendraient tout de même à être détruits, par la perméabilisation des sols, et par l’utilisation du réseau d’eau non potable de la ville pour la production d’eau chaude sanitaire. Ces initiatives répondent à la volonté de la ville de Paris, qui a « souhaité en faire un site pilote, qui concrétise l’ensemble de ses engagements pour le climat dans la maîtrise de l’énergie, la biodiversité, la gestion du bruit et de la pluie, ou la mobilité[26]Prospectus de présentation du projet Saint-Vincent-de-Paul de Paris & Métropole aménagement, la Ville de Paris et la Mairie du XIVe arrondissement. », cristallisée par la labellisation écoquartier du projet Saint-Vincent-de-Paul.
Face à ces enjeux, l’élaboration de ce projet urbain se déploie sur un temps long. Les travaux sont aujourd’hui estimés devoir durer jusqu’en 2029, aboutissant donc, du début de l’étude à la livraison, à une réactivation de la friche par le secteur public longue de 17 ans. Cette période recouvre la durée de l’occupation temporaire, de la préfiguration, de consultation des entreprises, la démarche de concertation citoyenne, les travaux de déconstruction, puis de construction et de coordination des projets[27]Aménageur en charge du projet, Paris & Métropole aménagement, page projet [En ligne. L’appui sur une démarche de concertation, qui certes rallonge le temps de conception du projet urbain, témoigne d’une injonction grandissante à la participation citoyenne dans le cadre de l’aménagement du territoire, qui nous renvoie au deuxième aspect de la définition de la préfiguration : le rapport aux usages et aux usagers.
Fédérer temporairement les publics
dans le cadre d’un projet au long terme
Nous nous intéressons ici à la seconde phase (figure 4), lorsque l’occupation temporaire devient transitoire, à travers la question de l’animation du territoire et des dynamiques de participation. L’articulation du transitoire et du pérenne, matérialisée par la préfiguration, questionne les limites d’une coconception affichée dans des discours politiques préparés, mettant en avant de nombreux phénomènes à la mode, en termes d’écologie, d’économie et de démocratie en milieu urbain. Nous interrogeons donc l’articulation du temporaire et du pérenne au regard de la participation, revendiquée comme levier de conception partagée, qui semble pourtant se limiter dans le temps.

La préfiguration pour reconnecter
la pratique de conception urbaine
à son territoire vécu
La question de la place des usages et usagers dans la fabrique de la ville, soulevée par la définition de la préfiguration, s’incarne par des démarches de participation et d’animation du territoire. Les pratiques de conception architecturale et urbaine tendent à s’ancrer dans une réalité non plus seulement projetée mais expérimentée, issue d’un terrain, de ses usages et usagers, comme en témoignent Loïc Blondiaux et Yves Sintomer (2009, p. 28[28]Blondiaux L, Sintomer Y. (2009). « L’impératif délibératif », Rue Descartes, Collège international de Philosophie, n° 63, p. 28-38.) : « un changement idéologique accompagne les transformations actuelles des pratiques de décision dans les démocraties contemporaines. Il passe par la valorisation constante et systématique de certains thèmes : la discussion, le débat, la concertation, la consultation, la participation, le partenariat, la gouvernance ».
Espaces conçus, perçus et vécus se rapprochent (Lefebvre, 1968[29]Lefebvre H. (2009 [1968]). Le Droit à la Ville, Paris, Economica, 3e édition, 160 p. ; 1974[30]Lefebvre H. (1974). « La production de l’espace », L’Homme et la société, n° 31-32, p. 15-32. [En ligne), pour ancrer l’aménagement du territoire dans sa propre contemporanéité. Une injonction à la participation grandissante dans les politiques publiques liées à l’aménagement accompagne ce changement idéologique depuis les années 1990[31]D’après Federica Gatta (2018, p. 53-55), la Commission nationale du débat public est instituée en 1995 pour la considération de la société civile dans les projets d’aménagement du territoire, en particulier à forte incidence sur l’environnement ; en 2001, la concertation devient un enjeu obligatoire dans les révisions et constructions des Plans locaux d’urbanisme ; la loi Lamy introduit la notion de « co-construction » dans des projets de rénovation urbaine.. L’article L103-2 du code de l’urbanisme, dans une version en vigueur depuis décembre 2020, correspond à la dernière traduction législative de cette évolution : il rend obligatoire la concertation, notamment dans le cas de projets de renouvellement urbain et de la création de zones d’aménagement concerté (ZAC).
Le citoyen est alors reconnu, dans une certaine mesure, comme détenteur d’un savoir acquis, que ce soit par son expérience de la ville, par son quotidien, par son engagement ou par sa propre professionnalisation, à même de « contrebalancer la vision institutionnelle techniciste et de construire le dialogue nécessaire à la recherche du consensus social » (Gatta, 2018, p. 53[32]Gatta F. (2018). (Contre) pouvoirs urbains ? Éléments pour une critique anthropologique de l’urbanisme participatif, Paris, Donner Lieu, 211 p.). Dans ce contexte, le processus de préfiguration incarne un outil à même de mettre en avant des besoins propres au territoire, par l’expérimentation, l’articulation des temporalités, afin de donner une image plus soucieuse des savoirs citoyens, plus humaine (Pinard et Morteau, 2019[33]Op. cit.). Les « nouveaux professionnels » entrent en jeu dans le cadre de projets d’urbanisme transitoire, tentant de réconcilier des dynamiques d’aménagement traditionnelles avec des compétences acquises à force d’occupations et de préfigurations. Ils légitiment tant leurs propres savoirs d’expérience que l’écoute des savoirs citoyens collectifs, et peuvent jouer le rôle de facilitateurs, de médiateurs, dans des dispositifs de concertation.
De plus, de nouveaux sujets de société sont aujourd’hui pris en compte dans le cadre de l’aménagement du territoire. La ville doit être le lieu privilégié de la sociabilité (Pradel, 2012[34]Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les espaces-enjeux pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Keerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces-enjeux : entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 245-257.), et l’évènement devient un enjeu des politiques urbaines (Gravari-Barbas, 2009[35]Gravari-Barbas M. (2009). « La “ville festive” ou construire la ville contemporaine par l’évènement », Bulletin de l’Association de géographes français, n° 3, p. 279-290. [En ligne). Les occupations temporaires et transitoires reposent sur une part d’évènementiel, notamment pour assurer la survie économique et la visibilité de leurs actions. À travers la préfiguration, la ville peut se construire sur une solide base festive, une image d’un lieu où « il fait bon vivre » (idem), alors qu’émerge un premier paradoxe questionnant le contraste entre festivité apparente et « vivre-ensemble », entre image donnée à la ville et perception de la ville par ses usagers, et mettant en exergue les limites d’articulation de temporalités complexes, dans le cadre où la préfiguration devient un outil temporaire d’animation en vue d’un projet urbain plus pérenne.
Du temporaire au transitoire, la préfiguration
pour préparer le passage au projet urbain
L’occupation des Grands Voisins, de 2015 à 2018, et le projet urbain porté par la ville depuis 2012 se fondent sur des considérations similaires, notamment de l’ordre de la création de communs, envisagée dans les deux cas par les usages, par la mise en avant d’une mixité sociale, et par des modes de gestion considérés comme participatifs. Plateau Urbain, acteur des Grands Voisins, définit les « communs urbains » comme « des ressources, des lieux bâtis ou non, et gérés par et pour une communauté d’usager.ère.s : ils accueillent une diversité de fonctions, et tentent d’éviter la transformation des valeurs sociales et solidaires qu’ils produisent en valeur marchandes. Ils se caractérisent par une prépondérance donnée au caractère collectif de la gestion du bien sur le partage de sa propriété[36]Glossaire rédigé par Plateau Urbain en 2021. [En ligne ». Ces communs s’incarnent dans l’occupation par la gestion partagée du site à travers les groupes de discussion auxquels prennent part les occupants des lieux, des artistes, artisans et entrepreneurs qui bénéficient de loyers à bas coût, réduisant la valeur marchande de l’espace.
La création de communs urbains au sein des Grands Voisins met en avant « de nouvelles façons de vivre la ville, plus solidaires[37]Façons de Faire n°4, Op.cit., qui, dans une démarche de préfiguration, se poursuivent dans le projet d’écoquartier sous la forme de « socles actifs ». Ces socles sont des espaces d’animation et d’activités relatives à l’économie sociale et solidaire qui se développent en rez-de-chaussée, et qui conservent un mode de gestion collectif et des loyers modérés et progressifs selon les revenus des locataires, inspirés donc des communs produits par les Grands Voisins. Émerge alors une dimension du projet urbain comme outil de réinvention de la fabrique de la ville, qui en fait un acte politique. Si l’inclusion de la société civile dans ce dernier est le reflet d’une demande participative, elle permettrait également de faire valider les politiques publiques par la sphère citoyenne (Pinard, 2023[38]Pinard J. (2023). « L’urbanisme transitoire, outil de patrimonialisation et de mise en scène en amont du projet urbain ? L’exemple de SNCF Immobilier et de ses emprises ferroviaires à Paris », Territoire en mouvement. Revue de géographie et aménagement, n °56. [En ligne). À travers la préfiguration, qui lie ouvertement projet urbain et occupation, la responsabilité de légitimer le projet et de combattre la « morosité [urbaine] ambiante » serait reportée sur des actions collectives (Douay et Prévot, 2016[39]Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain “alternatif” ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, n° 36. [En ligne), telles que celle des Grands Voisins. Dans ce processus, l’occupation temporaire tiendrait le rôle de créateur de modes de gestion de la ville participative, et de promoteur des sujets considérés comme bienveillants par l’opinion publique. La préfiguration, dans son caractère de transition, permettrait d’étudier et d’ajuster les principes mis en place temporairement pour les adapter à des modes de fabrique de la ville traditionnels et pérennes.
Puisque l’occupation temporaire des Grands Voisins a répondu à sa manière au diagnostic posé sur Saint-Vincent-de-Paul et qu’elle a dynamisé le quartier à travers de nouvelles activités économiques et culturelles, les Grands Voisins sont prolongés pour une deuxième saison, de 2018 à 2020, avec pour objectif la préparation du projet urbain pérenne. La mairie du 14e arrondissement, propriétaire des lieux lors de la première saison des Grands Voisins, avait impulsé l’intégration de Yes We Camp et Plateau Urbain au projet[40]Entretien réalisé avec un acteur de l’occupation transitoire en avril 2021, mais c’est l’aménageur, devenu propriétaire à son tour en 2018, qui initie la saison 2 : « L’aménageur a hérité de la phase 1 mais initie la phase 2[41]Entretien réalisé avec un acteur du projet urbain en août 2022 ». Il s’associe avec les porteurs de l’occupation pour faire de la préfiguration un projet commun. La mairie joue alors un rôle de facilitateur de la cohabitation entre occupation et début du chantier[42]Entretien réalisé avec un acteur de la municipalité en avril 2021. L’occupation temporaire a permis à l’ancien hôpital de devenir un espace habité et vécu, témoignant ainsi de l’intérêt potentiel d’une nouvelle étape intermédiaire de préfiguration dont se saisit l’aménageur, étape à même de répondre aux ambitions participatives de la fabrique de la ville.
Une participation effective,
revendiquée ou fantasmée ?
Si le projet urbain encourage l’inclusion de la société civile dans la réflexion autour de la conception d’un espace urbain, cette participation en demeure pourtant limitée. Dans les projets participatifs et de concertation, l’engagement de la société civile dépend, d’une part, de sa volonté à s’intéresser au projet et, d’autre part, de la capacité des « sachants » à entendre les habitants et participants. Dans le cadre des écoquartiers, « la plupart des collectivités et leurs opérateurs se sont le plus souvent contentés d’actions pédagogiques d’accompagnement à l’installation dans le quartier » (Laigle, Souami et Zetlaoui-Léger, 2022[43]Laigle L, Souami T, Zetlaoui-Leger J. (2022). « L’évaluation des écoquartiers comme lieux de vie. Quelles tensions à dépasser », dans Fenker M, Grudet I, Zetlaoui-Leger J (dir.), La fabrique de la ville en transition, Versailles, Editions Quae, p. 149-170.). La pédagogie accompagne l’habitant sans l’inclure dans le processus de projet. Dans notre cas, des démarches participatives ont été portées par l’occupation transitoire, bien que limitées dans la responsabilité et la prise de décision. Dans le cadre du projet d’écoquartier, des démarches de concertation, de communication, mais aussi de coconception ont été mises en place. Bien qu’existante, toutes proportions gardées, la participation semble alors limitée à un temps court, transitoire, tant lors de l’occupation que lors des phases de conception du projet urbain, questionnant la possibilité d’une participation sur le long terme et les moyens qu’un tel phénomène nécessiterait.
Pour cette étude, nous nous sommes appuyés sur les discours et communications des acteurs du projet d’écoquartier (aménageur, mairie, agence d’urbanisme et d’architecture), qui mettent en avant les questions participatives, et une démarche de « faire autrement[44]Faire Paris Autrement, conférence donnée par Paris & Métropole aménagement (alors Paris Batignolles Aménagement) sur le site de Saint-Vincent-de-Paul, 15 juin 2018. [En ligne » par la préfiguration. Il faut cependant prendre du recul face à ces discours en considérant bien qu’ils relèvent d’un milieu régi par un marché, et que la nouvelle image donnée au site de Saint-Vincent-de-Paul y participe. Un paradoxe persiste entre une action en temps de veille, qui pousse à considérer de nouvelles manières de faire la ville, et son retour sur le marché par le biais de la valeur que cette nouvelle image festive, positive, participative donne au projet urbain, oscillant entre « valeur marchande » et « valeur d’usage » (Leray, Plottu et Plottu, 2022[45]Op. cit.). Cette participation relative semble perdre de son impact politique en nourrissant l’image d’une ville coconçue et prônant le vivre-ensemble, à la fois fantasmée et revendiquée depuis les années 1960, et devenue un outil politique de valorisation et de marchandisation foncière. L’intérêt participatif de la préfiguration est donc paradoxal, tant par son ancrage dans des processus économiques et politiques, que par son caractère temporel complexe. Entre temporaire et pérenne, qu’advient-il des populations participantes ? Le degré de leur participation est-il aussi légitime que ce que les discours sur une nouvelle fabrique de la ville laissent transparaître ?
Préparer l’après, influences et impacts de la préfiguration
Si la participation est un levier d’action pour repenser la fabrique de la ville, comme cela est mis en avant par les acteurs agissant sur le site de Saint-Vincent-de-Paul, ce n’est pas l’objectif principal de la préfiguration, qui est censée faire le lien entre l’occupation qui redonne vie à un site désaffecté et le projet urbain qui en pérennise certains aspects. Nous nous intéressons alors à la troisième phase repérée lors de cette étude, la conception du projet urbain marquée par des échanges réguliers avec l’occupation transitoire, où deux temporalités distinctes s’entrecroisent (figure 5). Quels ont donc été les impacts tangibles de la préfiguration sur le projet urbain ?

Une construction partagée de la ville ?
Comme nous l’avons vu précédemment, l’occupation temporaire et le projet urbain partagent des considérations similaires, liées tant au diagnostic du site qu’à des ambitions urbaines. Outre la volonté de « faire commun », matérialisée, d’une part, par des processus participatifs et, d’autre part, par des intentions de projet, les acteurs des Grands Voisins et du projet d’écoquartier partagent une volonté de préserver l’histoire d’un site d’exception. Par exemple, l’occupation a valorisé l’ancienne lingerie de l’hôpital en la transformant en café, buvette et salle évènementielle avec une identité propre, donnée principalement par la signalétique et l’emploi d’un jaune vif caractéristique des Grands Voisins. Alors que ce bâtiment devait être détruit au début des travaux de l’écoquartier, il a finalement été intégré au projet et sera conservé, jusqu’à sa couleur devenue emblématique (figure 6).

De plus, une prise en compte commune des enjeux environnementaux s’est incarnée dans l’action des Petites Voisines, un groupe créé lors des Grands Voisins, visant à transplanter la flore présente sur site, lors de l’occupation, dans un hangar, afin de pouvoir la planter à nouveau en lieu et place à la fin des travaux de l’écoquartier, en partenariat avec les acteurs du projet urbain.
Le partage de certaines ambitions a facilité la porosité entre l’occupation et le projet d’écoquartier, allant d’une recherche de continuité dans les usages jusqu’à la modification du projet initial (conservation de la lingerie, favorisation des structures de l’économie sociale et solidaire, socles actifs, attention à la biodiversité, etc.). La deuxième saison des Grands Voisins, avec pour objectif la « préfiguration des futurs usages du site[46]Prospectus de présentation du projet Saint-Vincent-de-Paul de Paris & Métropole aménagement, la ville de Paris et la mairie du 14e arrondissement. », a fait l’objet à la fois d’une pérennisation de certains principes et espaces de l’occupation, et a été l’occasion d’expérimenter in situ des usages, des modes de circulation et d’organisation de quartier, dans le but de « créer des porosités pour voir ce qui peut nourrir la programmation[47]Entretien réalisé avec un acteur du projet urbain en août 2022. ». À la différence d’une projection urbaine qui « imagine les besoins à un instant T », « l’expérimentation permet de voir les besoins réels[48]Entretien réalisé avec un acteur de la municipalité en avril 2021. ».
Les influences effectives de l’occupation sur le projet urbain et les expérimentations liées à ce cas de préfiguration n’ont été possibles que du fait de la bonne volonté des acteurs concernés qui ont « accepté, osé, voulu changer le programme en cours de route, avec de nouvelles informations[49]Entretien réalisé avec un acteur de l’occupation transitoire en août 2022. », ainsi que le souligne un acteur de l’occupation transitoire des Grands Voisins. Ce sont ces conditions particulières qui ont fait du cas de Saint-Vincent-de-Paul une situation considérée comme « exemplaire[50]Maire du 14e arrondissement, Faire Paris Autrement, Op.cit. et à reproduire, menant à la création de chartes par la ville de Paris pour faciliter l’urbanisme temporaire et transitoire, signées notamment par des promoteurs urbains et de grands propriétaires fonciers. Ce constat a également encouragé la production de nombreux appels à projets pour réitérer l’expérience par acuponcture sur le territoire parisien. La démarche de préfiguration a eu un impact sur les pratiques d’aménagement du territoire mais aussi sur les missions des professionnels traditionnels de l’aménagement qui ont dû trouver des méthodes pour travailler avec les « nouveaux professionnels », partager des termes et des outils, et concevoir le moyen de considérer des temporalités différentes comme une seule et même unité. Cette réussite proclamée a également légitimé l’action des « nouveaux professionnels », en témoignent les nombreuses préfigurations enclenchées en France depuis 2020 par les porteurs des Grands Voisins[51]Site Internet de Plateau Urbain. [En ligne.
Si la préfiguration, dans de telles conditions, a eu un impact tangible sur la conception du projet urbain, elle s’inscrit également dans des processus complexes liés à l’activation d’un site, à l’ancrage dans des logiques de marché et à une forme d’institutionnalisation du phénomène tendant à se systématiser. Nous traiterons alors de gentrification et d’uniformisation du processus d’occupation et de préfiguration, paradoxes qui complexifient la mesure des impacts de cette nouvelle fabrique de la ville.
Le processus de gentrification
face à une temporalité complexe
L’activation d’un site désaffecté, bien qu’attractive dans le cadre du renouvellement de la ville contemporaine, présente un risque de valorisation de la classe aisée par rapport à d’autres populations, dans un processus que nous pouvons apparenter à la gentrification. En s’ancrant dans une de ses définitions, « un processus graduel de transformation des quartiers populaires par l’investissement de groupes sociaux appartenant aux couches moyennes et supérieures » (Bacqué et Fijalkow, 2006[52]Bacqué MH, Fijalkow Y. (2006). « En attendant la gentrification : discours et politiques à la Goutte d’Or (1982-2000) », Sociétés Contemporaines, n° 63, p. 63-83.), on peut considérer que l’installation des associations et collectifs sur le site de Saint-Vincent-de-Paul constitue le début d’un processus de gentrification. Ils valorisent le site par leurs activités, qu’elles soient évènementielles, sociales ou par la facilitation de l’implantation de nombreux artisans, artistes et start-up. Il en résulte alors une nouvelle image du site, ouvert à un public qui en fait l’expérience. Cette image est ensuite diffusée via le bouche-à-oreille, les sites Internet, les réseaux sociaux et la presse. L’ouverture du site au public se traduit aussi par le façonnement de lieux du quotidien, comme des cafés, restaurants, boulangeries, et d’activités quotidiennes comme un marché, une brocante ou des tables rondes de débats. On y retrouve l’esprit « bohème » (Vivant, 2009[53]Op. cit.) conféré par les productions architecturales DIY (Do It Yourself) et par l’esprit expérimental et temporaire du lieu.
Dans le cas des Grands Voisins, l’occupation s’achève en 2020 et laisse place à l’écoquartier qui abritera en principe une mixité de profils, d’après la variété de types de logements proposée (logements en accession, logement social, intermédiaire, libre). La classe aisée risquera cependant de s’approprier l’espace et de supplanter les autres groupes (idem). Si le processus de gentrification se produit en général sur un temps long, la préfiguration peut en accélérer la réalisation, notamment par la production d’une image particulière de la ville, pérennisée par l’articulation de l’occupation et du projet urbain, d’autant plus dans le contexte parisien qui lui est favorable (Clerval, 2016[54]Clerval A. (2016). Paris sans le peuple : la gentrification de la capitale, Paris, La Découverte.). Cela interroge la capacité d’une conception en connaissance du processus de gentrification ou d’embourgeoisement, à garantir la mixité sociale tant revendiquée dans le projet. Les dispositifs programmatiques mixtes et la volonté de mettre en œuvre une gestion de quartier inclusive et participante suffiront-ils à contrer un des effets négatifs de la préfiguration observée aujourd’hui ?
Vers une uniformisation de la préfiguration ?
Enfin, face au succès revendiqué de la préfiguration, les acteurs de la fabrique de la ville tendent à reproduire ce processus. En 2019, par exemple, la ville de Paris produit la « Charte en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien » : elle met en avant l’intérêt de l’utilisation de sites vacants dans la ville dense et la capacité de l’urbanisme temporaire à être vecteur de pratiques sociales, solidaires, culturelles et artistiques, « dont les modèles économiques sont souvent incompatibles avec le marché de l’immobilier traditionnel[55]Op. cit. ». Les signataires (ville de Paris, promoteurs immobiliers, grands propriétaires) s’engagent à faciliter les procédures d’accession à travers des redevances d’occupation conscientes des capacités financières des occupants, des jurys de sélection des occupants transparents et des examens d’autorisations rapides. Ils s’engagent également à valoriser des dispositifs respectueux de l’environnement, une gouvernance inclusive et participative, et la mixité d’usages et d’acteurs présents (notamment en favorisant l’hébergement d’urgence dès qu’il est rendu possible par les locaux occupés). Cette charte comporte aussi la création d’un comité pour partager les expériences d’occupation et « élaborer une stratégie globale en termes d’occupation temporaire à l’échelle métropolitaine[56]Ibid. ».
En 2021, une charte plus complète voit le jour, la « Charte pour l’occupation temporaire et transitoire[57]Op. cit. ». Celle-ci met en avant une recherche de continuité temporelle pour limiter le temps de désaffectation des sites, en anticipant l’occupation, en favorisant la préfiguration et en pérennisant certaines activités de l’occupation. Des chartes facilitent donc l’urbanisme transitoire, et des appels à projet et à manifestation d’intérêt proposent des sites pour mettre en place un processus de conception par la préfiguration. Ce sont cependant souvent les mêmes acteurs qui en bénéficient, puisque ces outils requièrent des compétences et thématiques spécifiques, ce qui peut laisser craindre un phénomène d’uniformisation des propositions transitoires (Adisson, 2017[58]Op. cit.).
Conclusion
À travers le cas de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, cet article a cherché à montrer l’impact de la préfiguration sur la pratique de conception d’un projet urbain. Par l’implication d’acteurs traditionnels de l’aménagement et de l’occupation transitoire, ont été expérimentés sur ce site des éléments du futur projet, tels que les usages, les mobilités ou encore le mode de gestion du quartier. Ce processus, marqué par une volonté de faire la ville de manière partagée, a impacté directement le programme et l’architecture du projet d’écoquartier, mais aussi l’occupation transitoire qui s’est vue rallongée, sur un périmètre réduit, et qui a tourné ses activités vers la préparation de l’après. Finalement, ce processus a aussi modifié les pratiques des professions impliquées, redéfinissant leurs missions, méthodes et outils.
Considérée et revendiquée par les acteurs traditionnels et ceux de l’occupation comme une réussite, la phase de préfiguration devient un enjeu de conception contemporain, à même de se reproduire. Les propriétaires fonciers y voient l’opportunité de réduire les coûts liés à la vacance de leurs terrains et de les valoriser pour leur future mise sur le marché. La municipalité bénéficie de l’image humaine, plus à l’écoute et expérimentale que confère la préfiguration aux projets d’aménagement urbain. Les entreprises, associations et collectifs porteurs d’occupation transitoire y gagnent une légitimité renouvelée, leur assurant de nouveaux marchés et donc une potentielle subsistance économique.
Les dynamiques de préfiguration soulèvent pourtant de nombreux paradoxes, dus notamment à une ambivalence entre ancrage ou distance face au marché immobilier, et à l’imbrication de l’action éphémère et de la pratique de l’aménagement urbain au temps long. La préfiguration risque effectivement de tendre vers une uniformisation des pratiques qui questionne son essence même, censée être support d’expérimentation et de remise en question de la manière de concevoir la ville contemporaine. Elle renforce plutôt une image de la ville festive, participative, empreinte de « vivre-ensemble », basée sur des discours plus que sur un réel empowerment des populations en présence, participant même à des dynamiques s’apparentant à la gentrification.
S’il est néanmoins intéressant d’en noter les impacts, tels qu’une modification mesurée de la pratique de conception de la ville et une valorisation des actions sur le temps court, notamment d’origine culturelle, la préfiguration reste à interroger pour en saisir davantage les dérives, notamment dans le cadre de sa systémisation qui semble aujourd’hui à l’œuvre.
[1] Pinard J, Morteau H. (2019). « Professionnels de l’aménagement temporaire, nouveaux acteurs de la fabrique de la ville ? Du renouvellement des méthodes en urbanisme à l’émergence de nouveaux métiers », Riurba, n° 8.
[2] Ambrosino C, Andres L. (2008). « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, n° 134, p. 37-51.
[3] Ville de Paris, Charte en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien, [En ligne].
[4] Ville de Paris, Charte pour l’occupation temporaire et transitoire [En ligne].
[5] Goudezeune L. (2023). « Préfigurer le projet urbain par l’occupation transitoire, le cas de Saint-Vincent-de-Paul à Paris », mémoire de master sous la direction de Mireille Diestchy et Barbara Morovich, École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg, soutenu en 2023.
[6] Site internet de Plateau Urbain, [En ligne].
[7] Plateau Urbain, Glossaires, 2021 et 2025
[8] Réville L. (2023). « Urbanisme transitoire », MobiDic, Dictionnaire critique des mobilités, 10 p. [En ligne].
[9] Op. cit.
[10] Leray A, Plottu B, Plottu É. (2022). « Les espaces délaissés, préfiguration d’un nouveau modèle urbain », communication aux 16e journées de recherches en sciences sociales, INRAE-SFER-CIRAD, décembre, Clermont-Ferrand, HAL open science. [En ligne].
[11] Ferreri M. (2015). « The seductions of temporary urbanism », Ephemera, theory and politics in organization, n° 15, p. 181-191.
[12] Vivant E. (2009). Qu’est-ce que la ville créative, Paris, Presses universitaires de France, 92 p.
[13] Adisson F. (2017). « Choisir ses occupants. Quand les grands propriétaires adoptent des collectifs pour la gestion transitoire des friches urbaines », Métropolitiques, 6 janvier. [En ligne].
[14] Op. cit.
[15] Op. cit.
[18] Plateau Urbain. [En ligne].
[19] Les Grands Voisins. [En ligne].
[20] Façons de Faire, n°4, brochure de Paris & Métropole aménagement [En ligne].
[21] Bastien S. (2020). Les Grands Voisins, la citée rêvée, documentaire.
[22] Nez H. (2011). « Nature et légitimités des savoirs citoyens dans l’urbanisme participatif. Une enquête ethnographique à Paris », Sociologie, n° 2(4), p. 387-404.
[23] Aménageur en charge du projet, Paris & Métropole aménagement, page projet. [En ligne].
[24] APUR, diagnostic territorial du PLU, 14e arrondissement. [En ligne].
[25] Une cour anglaise est un espace de cour situé au sous-sol d’un bâtiment, entre sa façade et la rue. Elle est initialement utilisée pour apporter de la lumière et ventiler les espaces habités en sous-sol. Souvent de petite surface, elle n’est que rarement aménagée. Il s’agit surtout d’un espace utilitaire.
[26] Prospectus de présentation du projet Saint-Vincent-de-Paul de Paris & Métropole aménagement, la Ville de Paris et la Mairie du XIVe arrondissement.
[27] Aménageur en charge du projet, Paris & Métropole aménagement, page projet [En ligne].
[28] Blondiaux L, Sintomer Y. (2009). « L’impératif délibératif », Rue Descartes, Collège international de Philosophie, n° 63, p. 28-38.
[29] Lefebvre H. (2009 [1968]). Le Droit à la Ville, Paris, Economica, 3e édition, 160 p.
[30] Lefebvre H. (1974). « La production de l’espace », L’Homme et la société, n° 31-32, p. 15-32. [En ligne].
[31] D’après Federica Gatta (2018, p. 53-55), la Commission nationale du débat public est instituée en 1995 pour la considération de la société civile dans les projets d’aménagement du territoire, en particulier à forte incidence sur l’environnement ; en 2001, la concertation devient un enjeu obligatoire dans les révisions et constructions des Plans locaux d’urbanisme ; la loi Lamy introduit la notion de « co-construction » dans des projets de rénovation urbaine.
[32] Gatta F. (2018). (Contre) pouvoirs urbains ? Éléments pour une critique anthropologique de l’urbanisme participatif, Paris, Donner Lieu, 211 p.
[33] Op. cit.
[34] Pradel B. (2012). « L’urbanisme temporaire : signifier les espaces-enjeux pour réédifier la ville », dans Bonny Y, Ollitrault S, Keerle R, Le Caro Y (dir.), Espaces de vie, espaces-enjeux : entre investissements ordinaires et mobilisations politiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 245-257.
[35] Gravari-Barbas M. (2009). « La “ville festive” ou construire la ville contemporaine par l’évènement », Bulletin de l’Association de géographes français, n° 3, p. 279-290. [En ligne].
[36] Glossaire rédigé par Plateau Urbain en 2021. [En ligne].
[37] Façons de Faire n°4, Op.cit.
[38] Pinard J. (2023). « L’urbanisme transitoire, outil de patrimonialisation et de mise en scène en amont du projet urbain ? L’exemple de SNCF Immobilier et de ses emprises ferroviaires à Paris », Territoire en mouvement. Revue de géographie et aménagement, n °56. [En ligne].
[39] Douay N, Prévot M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain “alternatif” ? Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, n° 36. [En ligne].
[40] Entretien réalisé avec un acteur de l’occupation transitoire en avril 2021
[41] Entretien réalisé avec un acteur du projet urbain en août 2022
[42] Entretien réalisé avec un acteur de la municipalité en avril 2021
[43] Laigle L, Souami T, Zetlaoui-Leger J. (2022). « L’évaluation des écoquartiers comme lieux de vie. Quelles tensions à dépasser », dans Fenker M, Grudet I, Zetlaoui-Leger J (dir.), La fabrique de la ville en transition, Versailles, Editions Quae, p. 149-170.
[44] Faire Paris Autrement, conférence donnée par Paris & Métropole aménagement (alors Paris Batignolles Aménagement) sur le site de Saint-Vincent-de-Paul, 15 juin 2018. [En ligne].
[45] Op. cit.
[46] Prospectus de présentation du projet Saint-Vincent-de-Paul de Paris & Métropole aménagement, la ville de Paris et la mairie du 14e arrondissement.
[47] Entretien réalisé avec un acteur du projet urbain en août 2022.
[48] Entretien réalisé avec un acteur de la municipalité en avril 2021.
[49] Entretien réalisé avec un acteur de l’occupation transitoire en août 2022.
[50] Maire du 14e arrondissement, Faire Paris Autrement, Op.cit.
[51] Site Internet de Plateau Urbain. [En ligne].
[52] Bacqué MH, Fijalkow Y. (2006). « En attendant la gentrification : discours et politiques à la Goutte d’Or (1982-2000) », Sociétés Contemporaines, n° 63, p. 63-83.
[53] Op. cit.
[54] Clerval A. (2016). Paris sans le peuple : la gentrification de la capitale, Paris, La Découverte.
[55] Op. cit.
[56] Ibid.
[57] Op. cit.
[58] Op. cit.