Comprendre le néolibéralisme universitaire français à partir de la Suisse

Je me rappelle d’une discussion avec un professeur à l’Université de Genève qui connaît bien le système universitaire français parce que, lui-même Français, a émigré en Suisse en qualité de professeur. J’étais alors à mon je-ne-sais-plus-combien-énième contrat post-doctoral. Je défendais, auprès de lui et d’autres collègues, le statut français de maître·sse de conférences. Ce contrat existe aussi en Suisse, même s’il porte un autre nom : Maître·sse d’Enseignement et de Recherche (MER). Un statut qui existe sur le papier, mais qui, dans la réalité et par conviction, n’est plus utilisé pour embaucher de nouveaux et nouvelles collaborateurs/trices. Dans le discours de l’excellence, pas de place pour des MER. MER c’est du has been. La mode, c’est les tenure tracks.

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L’Espagne, entre précarité et « fuite des cerveaux »

Alors qu’à partir de 2007 l’Espagne connaît une crise économique et financière globale (aggravée par une crise immobilière nationale), elle assiste stupéfaite au départ vers l’étranger d’une bonne partie de ses diplômé·es universitaires. Le phénomène a pris une telle ampleur que la presse commence à parler de « fuga de cerebros », de « fuite des cerveaux », en référence aux milliers de jeunes qui ont quitté le pays en quête de meilleurs horizons où s’épanouir professionnellement. Certain·es, comme moi, architecte diplômée dans une école d’architecture à Madrid, ont visé le monde de la recherche. Si j’ai choisi de le faire en France, c’était en grande partie dû au cadre que j’y ai trouvé : opportunité de financement des recherches doctorales et postdoctorales (même dans les sciences humaines et sociales !) ; indépendance de la pensée scientifique ; possibilité de titularisation relativement « rapide » après la soutenance de la thèse ; sens du « collectif » au sein des organismes de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR).

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L’université ouverte à l’École d’Urbanisme de Paris, une université saisie par tout·e·s et pour tout·e·s

La mobilisation à l’École d’Urbanisme de Paris (EUP) qui a débuté mi-janvier est l’occasion de créer des espaces et des temps d’échanges, de rencontres, de cours alternatifs, de projections, de discussions, de balades… Un vaste programme rapidement réuni sous le nom d’« université ouverte à tout·e·s » mais dont le format et les responsables évoluent au fur et à mesure que les semaines passent. Comme annoncé dans le premier billet de l’EUP, voici une présentation rapide de cette organisation collective.

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L’École d’Urbanisme de Paris se mobilise !

Le 5 décembre 2019 démarrait en France un mouvement interprofessionnel inédit contre la réforme brutale du système des retraites. D’abord visible dans les transports, il en est aujourd’hui à plus de deux mois de grève, mobilise des secteurs inattendus comme l’opéra, les avocats ou la french tech et multiplie les manifestations nationales comme les actions symboliques… À l’université aussi, ce mouvement fait des émules. Déjà inquiets de la dégradation des conditions de travail et d’études, les membres des universités s’alarment de l’annonce d’une Loi « darwinienne » de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR). Fondée sur les principes de managérialisation du service public, de compétition des unités de recherche et de précarisation des carrières, elle soulève l’opposition d’une partie croissante de l’enseignement supérieur et la recherche[1] qui y reconnaît la même vision du monde que dans le projet retraite. 

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Appel à Billets

Nos conditions de recherche dans le champ de l’urbanisme : témoignages internationaux

Mobilisée contre les réformes qui peuvent porter atteinte à l’indépendance et à la qualité de la recherche, la RIURBA publie sur son blog une série de témoignages sur les conditions des chercheurs en France et dans d’autres pays. Nous souhaitons en particulier rendre compte de ce qu’est le quotidien des enseignants chercheurs et chercheurs, par rapport au choix des thèmes et à l’orientation des travaux, au déroulement de la carrière, au financement par projets, aux systèmes de contrôle… Nous appelons à des contributions parvenant de différents contextes nationaux (y compris la France) et de personnes travaillant dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme.

Les premiers témoignages à lire (et à compléter ! L’appel court toujours !) :

L’adresse : contact@riurba.review

Appel à Comm’ : Mutations sociétales et évolutions de l’action publique urbaine

Le Plan Urbanisme Construction Architecture (Puca) et le Lab’URBA organisent le 1er juin 2018 un séminaire intitulé « Mutations sociétales et évolutions de l’action publique urbaine » qui se tiendra à la grande arche de la Défense.
Ce séminaire s’inscrit dans le cadre du programme incitatif de recherche « Retour sur vingt ans d’évolution des modes d’action publique urbaine » initié par le Puca. Un premier cycle de séminaires organisé en 2015-2016 a permis de mettre à plat ces principales évolutions dans le design institutionnel, l’organisation des systèmes d’acteurs et des niveaux de gouvernement afin de les rendre plus lisibles et d’en permettre une compréhension systémique. Un ouvrage rendant compte de ces travaux sera publié au premier semestre 2018 sous la direction de Vincent Béal, Sébastien Gardon, Maxime Huré, Marie-Clotilde Meilllerand et Max Rousseau.
Parallèlement, il est apparu important d’engager une réflexion permettant d’analyser ces évolutions de l’action publique à la lumière des grandes transformations sociétales. Il s’agit ici alors de rendre compte de ce qui change l’action publique et non ce qui change dans l’action publique. Pour ce faire, la démarche exploratoire conduite par Alain Bourdin, Michel Casteigts et Joël Idt consiste à considérer à la fois les analyses qui permettent de rendre compte des transformations sociétales et les théories centrées sur l’action publique. C’est dans le cadre de ce second chantier de recherche que s’inscrit le séminaire du 1er
juin 2018 intitulé « Mutations sociétales et évolutions de l’action publique ». A l’issue du séminaire, une sélection des communications présentées fera l’objet de la publication d’un ouvrage collectif ou d’un numéro de revue.

Date limite de remise des propositions : lundi 26 mars 2018

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Appel à Comm’ : Rencontres APERAU 2018

« Que reste-t-il du projet ? Approches, Méthodes & Enjeux communs »

Les Rencontres internationales en urbanisme de l’APERAU rassemblent chaque année des chercheurs et des praticiens qui débattent des enjeux urbanistiques contemporains de l’aménagement des villes et des territoires, notamment lors du colloque annuel de l’association. International et francophone, cellui-ci regroupe 41 institutions adhérentes au sein de trois sections régionales : Amérique du nord, Afrique et Moyen-Orient, Europe.

L’APERAU représente l’un des réseaux scientifiques francophones les plus dynamiques, qui joue pleinement le jeu de la francophonie et des échanges multiculturels dans une thématique, la ville, et plus largement l’aménagement et le développement durable, un enjeu considérable à l’échelle planétaire. L’APERAU bénéficie du soutien de l’Agence universitaire de la francophonie et de l’Association internationale des maires francophones.

Chaque année, ces rencontres sont organisées par un membre du réseau APERAU, à travers le monde francophone. La première édition s’est déroulée à Bordeaux, en 1999. Lille a déjà accueilli les septièmes rencontres, en 2005. Les dernières éditions ont eu lieu à Brest (2010), Constantine (2011), Lausanne (2012), Aix-en-Provence (2013), Montréal (2014), Rennes (2015), Bruxelles (2016) et Byblos (2017), au Liban.

Du 18 au 22 juin 2018, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de Lille et le laboratoire TVES organisent la vingtième édition de ces rencontres internationales en urbanisme, sur l’un des campus de l’Université de Lille, la Cité scientifique, à Villeneuve d’Ascq.

 La manifestation se déroulera du 18 au 22 juin 2018 selon le planning suivant :
– Lundi 18 juin : Assemblée générale de l’APERAU internationale
– Mardi 19 juin : Rencontres doctorales de l’APERAU internationale
– Mercredi 20 juin : Séance plénière d’ouverture, introduisant le colloque « Que reste-t-il du projet ? Approches, méthodes et enjeux communs » et restitution du programme de recherche franco-brésilien « Richesses en partage », développé entre les universités de Lille et de Belo Horizonte. Soirée de convivialité au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, à Tourcoing.
– Jeudi 21 et vendredi 22 juin : Ateliers du colloque « Que reste-t-il du projet ? Approches, méthodes et enjeux communs ». Ateliers mobiles dans la métropole lilloise le 21 après-midi.
– Séance plénière de clôture le 22 juin.

Le programme définitif sera diffusé ultérieurement.
Les inscriptions aux rencontres de l’APERAU 2018 se feront à partir du mois de mars 2018 sur le site Internet de l’Apereau.
Ces Rencontres internationales ont été exceptionnellement adossées au colloque du réseau francophone/lusophone du réseau « Attilio », qui se tiendra à Tours la semaine précédente, du 13 au 15 juin 2018, sur le thème : « Nature et ville. Regards croisés franco-lusophones », un évènement soutenu par l’APERAU et son équivalent brésilien, l’ANPUR.

Appel à communication rencontres APERAU Lille 2018

URBANISTE ? C’EST QUOI, UN URBANISTE ?

(Copyright Antoine de Saint – Exupéry, in « Le Petit Prince »)

(Copyright Antoine de Saint – Exupéry, in « Le Petit Prince »)

« DESSINE -MOI UN MOUTON, euh non, UN URBANISTE » Par Jean-Michel GUENOD, en collaboration avec Laurence COMBE D’INGUIMBERT.

I -PREAMBULE : DES INTERROGATIONS FONDATRICES

…. Mais avant tout une précaution indispensable : admettre que la tâche est hasardeuse !

En effet on trouve quelques superbes et pertinentes définitions de l’architecture, de « firmitas, utilitas, venustas » selon Vitruve, au « jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière » de Le Corbusier. Mais trouve-t-on l’équivalent pour l’urbanisme, au-delà du peu compromettant « art, science et technique de l’aménagement des agglomérations humaines » du Larousse, où le choix des trois mots-clefs est d’un parfait œcuménisme, comme le pêle-mêle qu’il propose citant Haussman, Cerda, Auzelle, Le Corbusier encore, ainsi que « nos grands contemporains », Françoise Choay, Christopher Alexander, François Ascher aussi ; mais rien d’aussi potentiellement consensuel, ramassé et frappant que les deux formules citées pour l’architecture.

Et c’est déjà là que le problème commence ! Mon postulat donc : l’urbanisme, considéré comme un mélange de ce que les Anglo-Saxons nomment plus précisément physical planning et urban design, n’est pas un avatar de l’architecture modulo juste une importante homothétie ! C’est une discipline à part entière, complexe de surcroît, qui nécessite une formation spécifique et ne confère à aucune formation ou profession autre un droit de préemption particulier, pas plus les architectes que les X-Ponts ou les géographes. Mais l’objet n’est ici en aucun cas de se livrer à une manichéiste charge en règle contre la place prise « spontanément » par les architectes et l’architecture dans les métiers et les pratiques de l’urbain[1]. En revanche, il s’agira de chercher un peu plus avant à en cerner le personnage (ou l’assemblage pertinent, s’il s’agissait d’un être multiple), lequel doit de surcroît correspondre à un monde urbain dont les paradigmes, autant que les formes, évoluent fortement, à hauteur des changements économiques, politiques et sociétaux de notre époque.

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Histoire de téléphériques – Réponse à un appel à billets –

Clément Orillard poursuit la discussion sur les téléphériques, lancée depuis Brest par Lionel Prigent. En premier rebond de cet  appel à billets, Florence Paulhiac rendait compte des réflexions montréalaises quant à l’opportunité de ce mode de transport en commun. C’est donc ici le deuxième rebond de ce même  appel ; une mise en perspective historique d’un drôle de transport urbain.

Lorsque l’on observe les premières réalisations de téléphérique ou télécabine en ville, il s’agit la plupart du temps d’opérations isolées attachées à la desserte d’un aménagement particulier. Parmi ceux-ci, on retrouve bien évidemment des opérations s’inscrivant dans une logique qui est celle des loisirs émergeant alors au sein des sociétés urbaines. Ainsi en est-il du téléphérique du port de Barcelone, lancé à l’occasion de l’Exposition Internationale de 1929, ou du téléphérique de Madrid, lancé en 1967 afin de desservir le complexe récréatif de Casa de Campo. En Allemagne, le téléphérique de Cologne est inauguré en 1957 pour accéder de manière efficace à l’exposition fédérale horticole dans le Rheinpark, stratégie suivie plus de cinquante ans plus tard par la ville de Coblence pour l’exposition horticole de 2011. Le Jewel Cable Car de Singapour a été inauguré en 1974 afin de desservir le parc de loisir de l’île de Sentosa. Plus largement, nombreux sont les exemples de téléphérique qui ne desservent qu’un point haut accueillant divers usages en matière de loisirs, comme le téléphérique de la Bastille à Grenoble.

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Dans la bibliothèque de la RIURBA… “Mangroves urbaines”

9782373680232Alain Bourdin nous donne quatre bonnes raisons de lire de toute urgence l’ouvrage de David Mangin et Marion Girodo sur les mangroves urbaines[1].

Il s’agit d’un vrai livre d’urbanisme. En regardant le dessin de la couverture qui nous présente le voisinage de l’opéra de Paris et nous fait voir les circulations en sous sol, on se dit que le mot de mangrove n’est peut être pas adéquat. Selon l’ONF « La mangrove est un écosystème qui se développe le long des côtes protégées des zones tropicales et subtropicales. Elle pousse dans un milieu à dépôt salin présentant diverses formes de sols anaérobies. Elle accueille une flore peu diversifiée mais une faune très riche.[2] ». Alors que les auteurs expliquent (p.9) : « Une mangrove  urbaine est un système urbain et architectural permettant à ses usagers de se rendre directement, depuis un quai de transport en sous-sol, à des espaces divers, souterrains ou aériens ». La poésie du mot dissimule-t-elle une incertitude conceptuelle ou un gout trop prononcé du « chic et choc » ? Certainement pas. L’objet urbain en cause est parfaitement identifié, il a du sens, il entraîne une réflexion sur le « mécano urbain », dirait David Mangin, ou sur le fonctionnement des villes contemporaines. Et ce texte n’a rien du manifeste par lequel certains architectes justifient et mettent en valeur leur manière de faire la ville. Ni d’une étude de formes urbaines qui dériverait vite vers une pure analyse architecturale. Ni d’une utopie, ni d’un recueil de prescriptions. Il s’agit de l’étude de dispositifs urbains considérés à la fois sous l’angle de la forme, des fonctions, des usages et de l’organisation (juridique, gestionnaire). Tout au plus manque-t-il la dimension imaginaire. Au centre se trouve la question des mobilités métropolitaines et de leurs liens avec les espaces du commerce d’abord, et également ceux des bureaux. On pourrait dire autrement qu’il y est question des hubs intra-urbains et de leur inscription dans l’espace des grandes métropoles. Un sujet d’urbanisme s’il en est.

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Le téléphérique urbain à Montréal : se balader ou se déplacer ? Mythes et enjeux métropolitains – Réponse à un “Appel à billets” –

Florence Paulhiac répond à l’appel à billets lancé la semaine dernière par Lionel Prigent : des téléphériques en débat !

Plusieurs réflexions sur le développement de Montréal ont porté leurs regards sur l’opportunité d’implanter un téléphérique urbain. C’est notamment une proposition de la société Skylink faite à la Ville de Montréal, en 2006, qui lance le débat. Montréal fera-t-elle partie des 100 grandes villes du monde équipées d’un tel moyen de transport ? En 2012, l’idée de téléphérique urbain est reprise comme promesse de campagne par un des candidats à la mairie de Montréal : s’il est élu, le téléphérique reliera le parc du Mont-Royal, point culminant de la ville (appelé aussi La Montagne) à la rive sud de la métropole. Le projet est alors versé pêle-mêle aux autres projets du candidat, au côté du tramway notamment, et devient un élément de solution aux problèmes de mobilité et de la congestion routière. Ses atouts majeurs ? Peu coûteux (réalisation estimée à 25 millions de dollars canadiens), il pourrait transporter de 4 à 6 000 personnes à l’heure, en proposant une vue magnifique… Même si le point d’arrivée sur la Montagne est peu pertinent pour les déplacements domicile-travail. Le candidat ne sera pas élu à la mairie.

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APPEL A BILLETS : “Le téléphérique : un nouvel outil de transport public ou un instrument de marketing territorial ?”

Le Blog de la Riurba lance une nouvelle rubrique : “Appel à billets“. Comme son nom l’indique, dans cette rubrique, vous pouvez poser une question, lancer un débat ou y participer : c’est une invitation à discuter,  s’opposer, s’affronter (!) . Lionel Prigent inaugure la rubrique et lance depuis bREST,  “un appel à billets” au sujet des téléphériques… A vos réactions !

Régulièrement, des « innovations », apparues dans une ville et dans le contexte particulier d’un projet, suscitent un engouement des urbanistes qui en reproduisent ensuite rapidement le concept dans d’autres villes. Il en est ainsi du téléphérique urbain, mode de transport marginal (il en existe à Lisbonne ou à Constanza) que Brest a développé depuis trois ans. L’initiative a d’abord suscité la curiosité, avant d’intéresser de plus en plus de villes. La Revue internationale d’urbanisme devait commenter cette actualité et tenter d’en comprendre, à partir d’exemples, les motivations, les attentes et les risques. Notre première étape est Brest, où le nouvel essor du téléphérique a commencé.

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Lettre ouverte au maire de Rome : Le “stade Raggi” de l’urbanisme romain ?

Comme tous ceux publiés sur le blog, le texte ci-dessous n’engage que ses auteurs. Nous avons souhaité le publier – comme nous publierons d’éventuelles réponses – car il appartient aux débats sur les enjeux actuels de l’urbanisme dans les capitales européennes, débats dont notre revue se doit de rendre compte.

Nous, étudiants, doctorants, chercheurs, professeurs, professionnels de l’urbanisme, de l’architecture et du paysage de langue française avons fait le choix d’étudier les dynamiques, les problèmes et les défis de la Rome contemporaine. Cet intérêt ancien et durable nous conduit à suivre avec attention les développements récents de la vie politique romaine et à réagir à l’un de ses derniers épisodes : la démission de l’adjoint à l’urbanisme Paolo Berdini, en raison d’un désaccord avec la maire Virginia Raggi (Movimento 5 Stelle[1]) quant au projet du nouveau stade du club de l’AS Roma dans la périphérie sud de la ville. Nous regrettons vivement cette décision et souhaitons interpeller la maire et son équipe sur les nombreuses incertitudes qu’elle ouvre pour la municipalité et pour la ville.

La périphérie romaine dévorée par les appétits spéculatifs

Dans le cadre de nos différentes activités, nous avons partagé plusieurs des combats de Paolo Berdini, en particulier celui mené en faveur d’un nouveau modèle de développement pour la capitale italienne : un développement au service de l’intérêt général et non de la somme des intérêts particuliers qui depuis trop longtemps influencent, déterminent voire asservissent l’action publique dans la ville (Insolera 2011) – portant ainsi une lourde responsabilité dans la dégradation de sa situation. Avec un endettement dépassant les 13 milliards d’euros (Berdini 2014), des niveaux de congestion routière et de pollution inédits en Europe occidentale (Delpirou, Passalacqua 2014), des dizaines de quartiers périphériques dépourvus de services et d’équipements publics (Pompeo 2012), une crise structurelle des transports collectifs (Tocci et al. 2008) et des systèmes de propreté urbaine et de ramassage des déchets, Rome est aujourd’hui loin de l’incarnation de l’urbanité européenne célébrée par les écrivains et les artistes ou, plus près de nous, du « modèle vertueux » des années 1990 et 2000 (Scandurra 2007).

S’il n’est pas question de contester le caractère inopportun et maladroit des propos qui ont précipité la chute de Paolo Berdini[2], ni de céder à la théorie du complot, il faudrait être d’une grande naïveté pour réduire sa démission à un épisode supplémentaire du triste feuilleton politico-médiatique qui secoue la municipalité romaine depuis huit mois[3]. Bien au-delà du gossip, il s’agissait d’une occasion idéale pour se débarrasser d’un des rares adjoints au sein de l’équipe municipale dont l’honnêteté et la légitimité n’avaient jamais été contestées et qui était resté farouchement indépendant par rapport aux différents cercles d’influence, groupes de pouvoirs et lobbys attachés au tout puissant secteur de la promotion foncière et immobilière romain – lui-même lié depuis des décennies à la classe politique locale au sein d’un véritable « système collusif » (d’Albergo, Moini 2015).

Ce sont ces mêmes groupes qui, alors que la capitale connaît une longue période de stagnation économique et démographique (Cellamare 2016), ont continué à construire d’immenses « cathédrales » immobilières et commerciales en plein cœur de la campagne romaine, déjà maltraitée par des décennies de spéculation (De Lucia, Erbani 2016) : 38 centres commerciaux de grande dimension ont été ouverts entre 2001 et 2013, la plupart autour du grande raccordo anulare, une rocade autoroutière implantée à une vingtaine de kilomètres du Capitole et qui coupe en deux le plus grand territoire communal d’Europe (Prezioso 2015).

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