LE BLOG DE LA RIURBA

Cet espace d’informations et de débats complète la RIURBA. C’est un espace ouvert aux professionnels de l’urbanisme, aux acteurs de la ville et aux chercheurs. Il accueille des billets (formats courts) sur l’actualité, des prises de position et organise des débats autour de questions qui traversent aujourd’hui le champ de l’urbanisme.

Tout texte présenté ici est signé et n’engage que son signataire.

 

Dans la bibliothèque de la RIURBA… “Anachronismes urbains”

Un compte rendu d’ouvrage par Alain Bourdin


Référence complète : Jean-Marc Offner (2020), Anachronismes urbains, Paris Presses de science Po, 208p.

Jean-Marc Offner fait le ménage. Dans un livre court, vif, très clair, agréable à lire, il met à la question quelques unes des croyances qui gouvernent l’action et le discours officiels des producteurs de politiques urbaines. Le primat des transports collectifs, la propriété pour tous, le la lutte contre l’étalement urbain, la mixité résidentielle, la proximité comme clé du lien social, le changement nécessaire des périmètres territoriaux, la primauté de l’architecture dans l’urbanisme sont autant de dogmes révoqués en doute, quitte à montrer que, considérés de manière relative et avec souplesse, certains d’entre eux ne sont pas complètement dénués de sens. « Cet ouvrage, dit Offner (p.18), en appelle à une refondation cognitive de l’action publique territoriale, face à une pensée urbaine en panne ». Il s’agit bien de changer de paradigme  (au sens que Thomas Kuhn[1] donne à ce terme) c’est à dire de cadre de raisonnement et pour cela il faut en particulier remettre en cause les méthodologies utilisées aussi bien dans la production de connaissance que dans l’action.

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Villes Post Covid-19 : Quatre Pistes de Réflexion

Par Sami Ibrahim*, le 10 mai 2020

Si le Covid-19 est considéré comme une « nouvelle » menace, détrompez-vous, car les villes et les pandémies partagent une longue histoire.

Comme le raconte Brian Melican, une seule erreur a coûté cinquante mille morts sur quatre-vingt mille habitants à la ville de Marseille. Se préparant pour sa foire d’été en 1720, un navire chargé de soie et de cendres, nécessaire à la production du célèbre savon Marseillais, a été autorisé à décharger sa cargaison dans le port de la ville malgré plusieurs morts suspectées de peste à bord, entraînant l’épidémie dans la ville pendant deux ans, qui a fait des milliers de morts. Les priorités marchandes devançant les précautions établies, et les responsables de la ville craignant les effets de la déclaration d’un état de quarantaine, ont permis le déclenchement de la peste.

Pourtant Marseille avait réussi à empêcher la peste de l’atteindre pendant plus de trois cent ans grâce à un réseau de renseignement, construit autour de consuls basés dans les différentes villes autour de la Méditerranée, qui compilaient des listes d’épidémies dans ces villes et les transmettaient au bureau d’assainissement de la ville. À cela s’ajoute un système de barrières, deux géographiques et une temporelle.

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Coronavirus : ce que la crise nous apprend ne doit pas conduire à abandonner la proie pour l’ombre

En quelques semaines à peine, la pandémie du covid19 est devenue un choc mondial sans précédent. Alors que les  drames humains se nouent par dizaines de milliers dans les hôpitaux, les dispensaires et même au cœur des foyers, la vague de contamination provoque dans son sillage l’arrêt brutal d’une grande partie des activités et le confinement forcé des populations, quel que soit leur condition et leur cadre de vie ordinaire. À la menace de la maladie, s’ajoutent, pour plusieurs milliards de personnes, les craintes liées aux pertes de ressources et au retour de la pauvreté. Les États ont mis en œuvre, quand et comme ils pouvaient, de premières mesures d’accompagnement pour éviter le pire. Et déjà, ils doivent anticiper les conditions d’une sortie de crise et les leçons à tirer. Dès maintenant, il faut réfléchir aux politiques à mener après la catastrophe, aux conditions à réunir, aux modalités de leurs réalisations, sans renoncer à l’essentiel : l’intégrité et la dignité des personnes, les principes de nos systèmes démocratiques qui doivent rester inaliénables. Mais la vigilance s’impose pour maîtriser l’ensemble des problèmes du monde et ne pas céder à une double illusion : prétendre que la crise sanitaire du covid-19 est le seul problème du moment ; attendre le salut des seules initiatives des nations au motif que la mobilisation des populations et des villes se réduiraient à supporter avec patience les conditions du confinement et les restrictions portées aux libertés. Bien qu’indispensable, l’intervention globale des États, aux échelles internationale et nationale, n’y suffira pas si elle ne trouve pas son prolongement dans la vie quotidienne à l’échelle des espaces urbanisés, donc des villes et des populations. La justification de cette hypothèse s’appuie sur la conviction que le coronavirus aura un impact sans doute comparable au moins à la crise de 1929. Dès lors, les interventions à mener ne sauraient agir sur plusieurs dimensions en même temps.

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Dans la bibliothèque de la RIURBA…”De Gafsa à Shanghaï”

Un compte rendu d’ouvrage par Daniel Pinson, Professeur émérite, Aix-Marseille Université

Référence complète : Christian Bouchaud, Lucien Godin, Hugues Leroux (2019). De Gafsa à Shanghaï, Aménager villes et territoires. Paris : L’Harmattan (Collection Histoire de vie et formation). 244p.

L’ouvrage rend compte de l’activité d’un bureau d’étude privé d’urbanisme et d’aménagement du territoire, le Groupe Huit, fondé par les trois auteurs du livre. Condisciples de la section architecture de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris pour les deux premiers, sorti de l’Ecole Polytechnique pour le troisième, tous trois de Nantes, ils en ont constitué le noyau durant 45 ans.

Le livre se lit comme les épisodes successifs d’un groupe d’ « aventuriers », qui deviendront bientôt des praticiens et des experts reconnus dans le monde entier, alors que, sortant de leurs études à la fin de la décolonisation, ils se donnaient comme objectif d’apporter des solutions à l’aménagement des pays qu’on allait bientôt appeler « en développement ».

L’ouvrage est dédié à l’un deux, Lucien Godin, décédé avant son achèvement (2016).

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Le financement de la recherche par projet. Ce que nous apprend le présupposé « modèle américain » à travers l’exemple de l’émergence du champ des urban studies dans les années 50 et 60.

Le rapport du groupe de travail n°1 préparatif à la LPPR sur le « Financement de la recherche » met nettement l’accent sur le financement par projet.  A propos de ce dernier est souvent cité un supposé « modèle américain » qu’il s’agirait de reproduire. Mais souvent le discours sur ce « modèle américain » manque d’une véritable connaissance approfondie de son fonctionnement. Or, l’analyse de l’émergence du champ des urban studies aux Etats Unis au sein des universités par exemple permet de profondément relativiser le rôle du financement par projet dans le financement de la recherche.

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La ville malade du coronavirus 2

Il faut lire la tribune de Pierre Veltz1« Covid 19 Même en temps de crise un peu de recul ne nuit pas » https://www.telos-eu.com/fr/societe/covid-19-meme-en-temps-de-crise-un-peu-de-recul-ne.html. Pour « cadrer » la situation présente, celui-ci nous propose d’abord quelques ordres de grandeur sur la pandémie, en utilisant notamment les statistiques de surmortalité et non celles de l’épidémie qui sont effrayantes mais moins significatives. Puis il revient sur quelques épisodes  récents et terriblement mortifères : la grippe asiatique de 1957 et la grippe de Hong Kong (1969-70) qui n’avaient pourtant pas provoqué de ripostes aussi intenses.

Il propose alors une série d’analyses sous formes de propositions. D’abord le triomphe du refus de la mort évitable, avec le risque que l’on oublie que toute mort n’est pas évitable. Ensuite l’erreur qu’il y a à comparer la situation actuelle avec des évènements historiques anciens tels que la peste noire qui a tué un tiers des européens. Puis le fait que le système sanitaire doit faire face à ce que les entreprises industrielles (et j’aouterai celles de transports en commun) connaissent bien : un phénomène de pic que l’on gère en trouvant les moyens de limiter ces pics. Cela ne signifie ni que notre appareil hospitalier est presque mort, ni qu’il n’a pas besoins de sérieuses réformes, portées par la conviction que « la santé n’est pas une charge à supporter par le système « productif », mais un élément essentiel de création de valeur, sociale mais aussi économique – une composante centrale, avec l’éducation, de cette économie humano-centrée qui émerge sous nos yeux et dont il faut hâter la naissance». Enfin il souligne les inégalités sociales à l’intérieur de la France et entre pays du monde, qui risquent de devenir particulièrement redoutables dans « l’énorme crise économique qui se profile »

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Notes   [ + ]

1. « Covid 19 Même en temps de crise un peu de recul ne nuit pas » https://www.telos-eu.com/fr/societe/covid-19-meme-en-temps-de-crise-un-peu-de-recul-ne.html

Bibliographie   [ + ]

Notes   [ + ]

1. « Covid 19 Même en temps de crise un peu de recul ne nuit pas » https://www.telos-eu.com/fr/societe/covid-19-meme-en-temps-de-crise-un-peu-de-recul-ne.html

Les Pays-Bas et le prix de l’excellence

Il y a 13 universités aux Pays-Bas.[1] Toutes se parent d’excellence. Les métriques de l’excellence académique confirment. Toutes se positionnent dans le top 2% des classements des 17 000 universités de par le monde (QS[2], THE[3], CWTS[4]) et toutes sauf une dans le classement de Shanghai (ARWU[5]). Sept sont classées dans le top 100 mondial du THE Rankings, quatre dans le top 100 des Shanghai Rankings et deux dans le top 100 de QS World University. [6] Pour 2020, mon université – l’Université d’Amsterdam – était classée 64ème (QS) 62ème (THE) et 101ème (Shanghai)[7].

J’y suis (r)attachée depuis les années quatre-vingt, c’est-à-dire avant que les rankings prennent l’importance qu’ils ont aujourd’hui. Avant aussi que l’excellence soit inscrite explicitement comme objectif dans la politique de la recherche et de l’enseignement supérieur du gouvernement.[8]. Depuis 1989, l’excellence est devenue « le superlatif de qualité ». Excellence et compétition avec le top mondial de la recherche (Harvard et Princeton aux Etats-Unis et Cambridge et Oxford au Royaume-Uni) sont les priorités de la politique de la recherche néerlandaise. Un phénomène et une rhétorique dans lesquels s’inscrivent de nombreux pays européens mais aussi la politique de recherche européenne, notamment à travers les bourses ERC.[9] L’ université managériale date de 1997 avec la réforme des universités qui signifia la fin de l’influence des enseignant·es-chercheur·ses et des étudiant·es dans la gestion des universités.[10]

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Implications of turning UK Higher Education Institutions into profit-oriented Enterprises

These are some personal observations from my work experience in a UK university. I started working in a UK research-focused university in 2000. Since then – and even before, gradual changes to funding for the sector and a host of associated developments such as New Public Management and the introduction of performance measures in HE have significantly changed working conditions in this and practically all other higher education (HE) institutions throughout the UK (see e.g., Teichler and Höhle, 2013). This applies for academics involved in teaching and research as well as those involved primarily in research.

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La ville malade du coronavirus

Le coronavirus va-t-il changer la ville ? Certains medias posent la question aux spécialistes. C’est le cas d’un article du Guardian (le 26 Mars), intitulé cities after coronavirus: how covid-19 could radically alter urban life, qui s’appuie principalement sur un entretien avec Richard Sennett.
Après avoir rappelé combien les grandes épidémies ont marqué l’évolution de l’urbanisme ou des sociétés urbaines, ce qu’évoque Sennett dans son dernier livre1Sennett R. Bâtir et habiter. Pour une éthique de la ville. Paris : Albin Michel, 2019. 416 p., cet article aborde la contradiction entre densification et dispersion (désagrégation). Sennett prévoit d’ailleurs le développement d’un conflit entre la demande de santé publique et les exigences de la lutte contre le réchauffement. Il insiste ensuite sur la place du télétravail et ses développements possibles qui pourraient aboutir à une ville dans laquelle les banlieues lointaines et aérées tout comme les centres historiques seraient valorisés, alors que les « premières couronnes » verraient leurs difficultés s’accroitre.

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Notes   [ + ]

1. Sennett R. Bâtir et habiter. Pour une éthique de la ville. Paris : Albin Michel, 2019. 416 p.

Bibliographie   [ + ]

Notes   [ + ]

1. Sennett R. Bâtir et habiter. Pour une éthique de la ville. Paris : Albin Michel, 2019. 416 p.

Pour que l’Europe de la recherche ne soit plus la même

L’année universitaire 2019-2020, je m’en souviendrai. Comme chaque année, un découpage en deux semestres. Le premier a pour sa part été marqué par les mobilisations contre la réforme des retraites et celles contre la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR). Le second a quant été à lui bouleversé par l’épidémie de Coronavirus. En résumé, le premier semestre s’est passé en grève et le deuxième s’annonce confiné. Chronique d’une année de crise dans une université en crise.

Animer un atelier au temps des temps incertains

J’enseigne à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine de l’Université Grenoble et cela devait être une année de fête. Les formations en urbanisme allaient avoir cinquante ans et quoi de mieux qu’un anniversaire pour se retrouver et penser, ensemble, l’avenir. Tel était à Grenoble notre état d’esprit au début de l’année universitaire et les projets tant de recherche que d’enseignement ne manquaient pas. En voici deux exemples.

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Comprendre le néolibéralisme universitaire français à partir de la Suisse

Je me rappelle d’une discussion avec un professeur à l’Université de Genève qui connaît bien le système universitaire français parce que, lui-même Français, a émigré en Suisse en qualité de professeur. J’étais alors à mon je-ne-sais-plus-combien-énième contrat post-doctoral. Je défendais, auprès de lui et d’autres collègues, le statut français de maître·sse de conférences. Ce contrat existe aussi en Suisse, même s’il porte un autre nom : Maître·sse d’Enseignement et de Recherche (MER). Un statut qui existe sur le papier, mais qui, dans la réalité et par conviction, n’est plus utilisé pour embaucher de nouveaux et nouvelles collaborateurs/trices. Dans le discours de l’excellence, pas de place pour des MER. MER c’est du has been. La mode, c’est les tenure tracks.

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L’Espagne, entre précarité et « fuite des cerveaux »

Alors qu’à partir de 2007 l’Espagne connaît une crise économique et financière globale (aggravée par une crise immobilière nationale), elle assiste stupéfaite au départ vers l’étranger d’une bonne partie de ses diplômé·es universitaires. Le phénomène a pris une telle ampleur que la presse commence à parler de « fuga de cerebros », de « fuite des cerveaux », en référence aux milliers de jeunes qui ont quitté le pays en quête de meilleurs horizons où s’épanouir professionnellement. Certain·es, comme moi, architecte diplômée dans une école d’architecture à Madrid, ont visé le monde de la recherche. Si j’ai choisi de le faire en France, c’était en grande partie dû au cadre que j’y ai trouvé : opportunité de financement des recherches doctorales et postdoctorales (même dans les sciences humaines et sociales !) ; indépendance de la pensée scientifique ; possibilité de titularisation relativement « rapide » après la soutenance de la thèse ; sens du « collectif » au sein des organismes de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR).

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L’université ouverte à l’École d’Urbanisme de Paris, une université saisie par tout·e·s et pour tout·e·s

La mobilisation à l’École d’Urbanisme de Paris (EUP) qui a débuté mi-janvier est l’occasion de créer des espaces et des temps d’échanges, de rencontres, de cours alternatifs, de projections, de discussions, de balades… Un vaste programme rapidement réuni sous le nom d’« université ouverte à tout·e·s » mais dont le format et les responsables évoluent au fur et à mesure que les semaines passent. Comme annoncé dans le premier billet de l’EUP, voici une présentation rapide de cette organisation collective.

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